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Joseph BARDOUIL (1799-1878)

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    M. Bardouil naquit le 13 décembre 1799, dans une prison où sa mère était détenue pour crime de fidélité à son Dieu et à son roi. Sa famille était originaire de Languidic, au diocèse de Vannes. Le futur Missionnaire reçut à la maison paternelle, et plus tard au collège des Jésuites de Vannes, une éducation profondément chrétienne. Ordonné prêtre en 1826, il exerça avec succès le saint ministère dans son diocèse jusqu’en 1834, époque de son entrée au Séminaire des Missions. Le 22 avril 1835 il s’embarqua pour Pondichéry , où il arriva le 2 septembre 1835.

    Nous ne pouvons résister au désir de transcrire les détails que nous donne Mgr Laouënan sur la vie admirable de notre vénéré Confrère.

    « La mort de M. Bardouil, nous écrit Sa Grandeur , a été comme toute sa vie, celle d’un homme de Dieu, cherchant en tout et ne voulant que l’accomplissement de la volonté divine… A son arrivée en Mission, il fut envoyé dans les districts qui forment aujourd’hui la plus grande partie du Vicariat de Madras, et qui appartenaient alors à celui de Pondichéry . Quand la Mission de Madras eut été formée, il fut rappelé dans le pays tamoul et chargé du district de Colanour. L’étendue du pays confié à ses soins était énorme ; mais c’était la moindre des difficultés que le zélé Missionnaire avait à surmonter. La plupart des chrétientés comprises dans ce district adhéraient au schisme indo-portugais, alors dans toute sa vigueur ; et il serait impossible de dire les déboires, les humiliations, les privations de tout genre et les travaux que M. Bardouil eut à subir, pendant 20 ans, pour ramener ces pauvres schismatiques au véritable bercail de l’Église et pour y garder ceux qu’il avait ramenés. Il était insulté, bafoué, menacé, volé, plusieurs fois même on voulut le mettre à mort. Mais sa patience, sa douceur furent inaltérables.

    « C’est alors qu’afin d’attirer sur ses travaux les bénédictions divines, il prit l’habitude de ne plus manger de pain et de viande, et de se nourrir uniquement de riz cuit à l’eau, avec quelques légumes et un peu de sel. La dépense pour sa nourriture ne s’élevait pas à plus de 4 roupies (10 fr.) par mois. Il faisait cependant des courses effrayantes de nuit et de jour, et par tous les temps, pour assister les malades et pour visiter ses chrétiens . Toutes ses économies, il les employait à construire des oratoires et des presbytères qu’il bâtissait lui-même , ou à secourir les pauvres et à rendre aux chrétiens toutes sortes de services… En un mot, il était tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ .

    « Dieu lui donna enfin la consolation de voir le succès de ses travaux et de ses sacrifices ; peu à peu, les schismatiques rentrèrent dans l’obéissance et le chiffre de la population chrétienne s’accroissant en même temps par les naissances et par les conversions de païens , là, où en 1843 M. Bardouil n’avait trouvé que 4 ou 5,000 chrétiens , il y en a aujourd’hui 16,000 ; on dut alors diviser son district en 7 districts nouveaux. Le bon vieux Père choisit pour lui le district le plus éloigné et le plus pauvre, celui de Viryour où il a passé les 12 dernières années de sa vie.

    « Cependant sa vue baissait, et bientôt il devint aveugle. Cette nouvelle épreuve lui fournit l’occasion de faire un acte de mortification vraiment héroïque. Un médecin oculiste lui offrit de l’opérer, promettant de le guérir ; tout le monde l’engageait à profiter de cette offre ; mais il voulait que je lui en donnasse l’ordre formel. Je m’y refusai de mon côté, tout en lui conseillant de se prêter à l’opération. Mais il demandait toujours un ordre formel. Soupçonnant alors qu’il avait quelque motif spirituel pour en agir ainsi, j’allai le voir à Viryour et je l’invitai à me faire connaître toute sa pensée. Il me dit : « Jusqu’à présent et tant que j’ai joui de la vue, les chrétiens n’ont pas toujours écouté mes avis ; mais depuis que je suis devenu aveugle, ils sont changés du tout au tout ; pour m’être agréables, ils ne se disputent plus, ils sont exacts aux prières du matin et du soir, ils fréquentent les sacrements : en un mot, ils me remplissent de joie et de consolation. Si je me faisais opérer et que l’opération réussît, je craindrais de perdre cette consolation et de voir disparaître cet heureux changement. Donc, puisque Dieu l’a accordé à ma cécité, je crois qu’il vaut mieux que je reste aveugle ; et c’est pourquoi je ne consentirai  à l’opération que sur un ordre formel de Votre Grandeur. » Admirant cette abnégation, sans en être surpris , car le cher vieux Père nous avait accoutumés depuis longtemps à son esprit de sacrifice, j’approuvai ses sentiments et l’engageai à persister.

    « Au reste, son infirmité ne l’a pas empêché, jusqu’aux derniers jours de sa vie, de travailler très-activement au salut des âmes. Il catéchisait, il prêchait, il entendait les confessions ; parfois même , quand son compagnon était absent, il allait administrer les malades. Le Saint-Siège , sur ma demande, lui avait accordé la permission de célébrer la sainte Messe, et il l’a fait jusqu’aux premiers mois de cette année .

    « Quand il n’était pas occupé au saint ministère , il priait continuellement, sensible aux moindres attentions, reconnaissant des plus légers soins ; toujours aimable, gai et patient ; humble envers tout le monde et surtout envers ses Supérieurs et ses Confrères : il a donné à tous, pendant sa longue carrière , l’exemple de toutes les vertus sacerdotales et apostoliques et a été l’honneur de ce Vicariat. »

    Sa fin fut sainte et pénitente comme avait été sa vie : « S’il eût consenti, écrivait son cher compagnon , à se laisser transporter à Pondichéry , je crois que sa vie aurait pu être prolongée, au moyen des secours qu’il était impossible de lui procurer ici, mais il a voulu mourir à son poste . Dieu l’avait mis à Viryour, il voulut rester à Viryour jusqu’à la fin. »

    C’est là qu’il est mort le 28 octobre dernier , après avoir reçu en pleine connaissance tous les secours de la religion, à l’âge de 78 ans et 10 mois , après 43 ans de mission.

     

    • Numéro : 422
    • Pays : Inde
    • Année : 1835