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Paul BARDET (1922-1990)

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    Paul Bardet naquit à Duingt, petit bourg de Haute-Savoie, le 24 août 1922, dans une famille de sept enfants dont deux moururent très jeunes. Son père, Joseph Bardet, était fruitier et devait s’absenter très souvent de la maison familiale. Sa mère, née Adèle Courrier, mourut le 3 octobre 1927. Paul dut être confié, le 2 janvier suivant, à l’orphelinat du Bocage à Chambéry où il rejoignit son frère Jean qui l’y avait précédé de quelques semaines. Un autre frère, Auguste, l’y rejoindra à la mort de son père en 1934. Cet orphelinat était dirigé par Mgr Costa de Beauregard, neveu de Mgr de Guébriant. Ses deux sœurs entrèrent dans un orphelinat à Bonneville. Cette dispersion de la famille n’empêcha pas que, pendant toute sa vie, Paul Bardet garda des contacts étroits avec ses quatre frères et sœurs.

     

    En 1935, alors qu’il avait treize ans, il demanda à entrer au petit séminaire des Missions Étrangères. Il fut confié à M. Chagny qui formait de jeunes enfants se destinant au sacerdoce à Montmélian, puis à Melun. Il entra ensuite au séminaire Théophane-Vénard à Beaupréau où il se montra un bon élève au caractère excellent. Paul avait trouvé dans cette communauté une famille où il se sentait aimé. Il n’oubliait certes pas ses camarades du Bocage, et tous les ans il revenait passer un mois de vacances avec eux en colonie à La Serraz près du Bourget-du-Lac, et il passait le mois restant chez son oncle tuteur.

     

    Il entra au grand séminaire des Missions Étrangères le 28 août 1941. C’était Paris sous l’occupation allemande, avec les restrictions alimentaires malgré les prouesses de l’économe du séminaire. L’année suivante, les jeunes gens nés en 1922, devant partir au Service du Travail Obligatoire (STO), devaient faire un choix : ou partir en Allemagne, ou entrer dans la clandestinité. Paul opta pour celle-ci. Il revint en Savoie et, avec un séminariste de Chambéry, tenta de passer en Suisse. Le premier essai fut un échec qui se solda par une fuite devant des chiens et des gens armés de mitraillettes. Le second réussit et, après avoir accompli un mois de camp de travail à fabriquer du charbon de bois dans les montagnes, pénitence que les Suisses imposaient aux immigrants clandestins, Paul put suivre les cours à l’université de Fribourg. Il semble qu’il ait, au moins pendant un certain temps, logé au séminaire marianiste de cette ville.

     

    Il rentra en France le 7 décembre 1945 et rejoignit le séminaire de la rue du Bac. Il fut ordonné prêtre avec vingt-cinq autres « aspirants » le 29 juin l947 et reçut sa destination pour le Vicariat apostolique de Saïgon. Après avoir escaladé quelques monts en compagnie de cousins, M. Bardet arriva à Marseille où il dut attendre jusqu’au 24 décembre pour s’embarquer, une grève ayant empêché les navires de prendre le large. Il arriva à Saïgon le 24 janvier suivant.

     

    Il fut envoyé à Cho-Quan, grosse paroisse dans la banlieue de Saïgon, pour étudier la langue. M. Bellemin, âgé de soixante-huit ans et très fatigué, en était le curé en même temps qu’il était l’aumônier du noviciat des Sœurs Amantes de la Croix, dont le couvent jouxtait l’église. Paul essaya d’étudier avec l’aide des paroissiens et des religieuses, mais on ne le laissa à ses études que moins d’une année, car en janvier 1949 il fut nommé vicaire à la cathédrale de Saïgon.

     

    À l’époque, le clergé de la cathédrale comprenait le Père Séminel, curé, le Père de Monjour et deux prêtres vietnamiens. Les fidèles français étaient très nombreux, fonctionnaires civils, militaires, commerçants, ainsi que leurs familles. Ce fut auprès d’eux que le Père Bardet eut à exercer son apostolat, sans avoir beaucoup d’occasions de s’exercer à l’usage de la langue vietnamienne. Il travailla avec beaucoup de zèle et d’enthousiasme, s’occupant des jeunes, des catéchismes, de la chorale, et il était également aumônier des prisons. A ce titre, il eut plusieurs fois à accompagner des condamnés jusqu’à l’échafaud.

     

    Tout alla bien jusqu’en 1954, date à partir de laquelle les Français quittèrent le Vietnam. En peu de temps, Paul Bardet se retrouva sans ouailles, et il eut un moment de découragement. Il rentra en France pour un congé, apportant avec lui quatre cents kilos de bagages. Il se reposa en Savoie auprès de son frère Auguste, non sans faire de nombreux remplacements dans les paroisses avoisinantes, et il reçut une nouvelle affectation pour le Centre Catholique Chinois de Tamatave à Madagascar.

     

    Ce centre, établi à Tamatave, avait été fondé à la demande des évêques de la grande île en 1953. Il avait un double but : culturel et religieux. Pour atteindre ce but, on avait institué des cours de français, car les jeunes Chinois, qui avaient abandonné l’espoir de pouvoir retourner un jour en Chine, désiraient connaître cette langue ; on avait fondé des œuvres pour les jeunes, comme des associations culturelles ou sportives ; il y avait une bibliothèque et un cinéma ; le catéchisme était enseigné aux volontaires ; et les missionnaires visitaient régulièrement les Chinois disséminés à Madagascar. De cinq cents à sept cents jeunes fréquentaient ce Centre tous les ans, deux cents étaient pensionnaires. De nombreux jeunes fréquentaient le catéchisme, et les missionnaires avaient la joie de conférer de nombreux baptêmes. Le Père Bardet y fut accueilli par le Père Cotto, fondateur et supérieur du Centre, et par les Pères Barreau et Elhorga, ainsi que par le Père Matthieu Hui.

     

    Paul Bardet, qui ne connaissait pas le chinois, fut affecté à l’enseignement (français, histoire et géographie principalement) et aux catéchismes. Comme il aimait beaucoup les jeunes, ce travail lui plut. Le matin, il arrivait au Centre dans sa petite Volkswagen, muni d’un gros cartable et d’un bout de bambou dont il frappait son bureau pour amener le silence dans la classe. Ses cours étaient très vivants, il savait enseigner en amusant, mais il était très exigeant, aussi bien pour les études que pour la tenue. Lui-même revêtait toujours une soutane blanche immaculée. Ses élèves ont gardé de lui un excellent souvenir. Ses instructions catéchétiques menèrent de nombreux jeunes jusqu’au baptême.

     

    Il travailla pendant quinze ans au Centre. En 1972, il revint en France et demanda à être affecté à un travail plus pastoral. Il fit d’abord une année d’études à l’ISTR, puis reçut une destination pour le diocèse de Saint-Denis de la Réunion. Après avoir accompli du ministère en France pendant quelques mois, Paul Bardet partit le 27 janvier 1973 pour la Réunion où il fut affecté à l’équipe sacerdotale de la paroisse du Tampon, équipe alors réduite à un seul prêtre, le curé.

     

    Cette paroisse est très étendue et comporte de nombreuses dessertes. Il faut en outre assurer l’enseignement religieux dans un CES. Le travail ne manquait pas, d’autant que Paul Bardet aidait à la préparation des émissions religieuses de la radio. Il demeura dans cette paroisse pendant neuf ans. Il revint en congé en France, c’est-à-dire qu’il fit du ministère en Savoie, remplaçant un curé très malade qu’il soigna jusqu’à sa mort. Il reçut alors une nomination pour le groupe missionnaire de Nouvelle-Calédonie. Le 1er novembre 1982, pour la quatrième fois, âgé de soixante ans, il partit pour une nouvelle Mission.

     

    Il fut d’abord affecté au poste de La Foa comme adjoint au Père Olivier Deschamps. Dans ce vaste district de l’intérieur, il eut l’occasion de prendre contact avec le monde mélanésien, avec les petites communautés tribales, car il y avait une dizaine de dessertes avec lieu de culte. Au centre de la mission, il retrouvait une population pluri-ethnique, semblable à celle qu’il avait connue à La Réunion. Il se trouva à l’aise et travailla dans la bonne humeur, mais l’autorité diocésaine jugea qu’il pourrait prendre des responsabilités plus importantes.

     

    En mars 1983, il fut nommé curé d’une paroisse de Nouméa celle du Cœur Immaculé de Marie, paroisse connue sous le nom d’église du Vœu. En effet, en 1942, l’évêque de Nouméa avait fait vœu de construire une église à la gloire de la Sainte Vierge si la Nouvelle-Calédonie échappait à l’invasion japonaise. La première pierre avait été posée en 1947 et la paroisse instituée en 1950. Cette paroisse englobe tout un quartier de plages, d’hôtels et de villas, avec une importante population blanche.

     

    Ce fut donc dans ce milieu très urbanisé que Paul Bardet exerça son ministère. Avec son expérience d’enseignant à Madagascar et de pasteur à La Réunion, il donna toute sa mesure et fut vite apprécié de ses paroissiens, Sa parole facile, son langage direct, et surtout sa grande amabilité, firent que tous avaient plaisir à le rencontrer et à l’écouter. Ses qualités humaines l’aidèrent à nouer des relations amicales avec des gens de tous les milieux. Il avait aussi le don de se mettre à la portée des enfants et des jeunes étudiants. Il consacrait beaucoup de temps à la préparation des baptêmes et des mariages, ainsi qu’à la catéchèse au collège et à l’instruction des enfants du primaire.

     

    Pendant sept ans, Paul Bardet ne prit aucun repos. Certains confrères regrettaient parfois de le voir prisonnier dans son presbytère, tant il était difficile de l’arracher de son travail. D’autant plus que dès son arrivée à Nouméa, le Père Riocreux l’avait engagé pour le seconder aux émissions religieuses de la radio, et Paul Bardet conserva jusqu’au bout cette responsabilité qu’il assuma seul après le départ du Père.

     

    Une mauvaise circulation du sang, un accident cardiaque tardivement détecté, et subitement un état comateux, Paul Bardet subit sa maladie pendant plusieurs semaines. Il ne parlait presque plus, refusait souvent toute nourriture, mais son regard profond laissait deviner qu’une part de conscience lui restait. Jamais il ne proféra une plainte. Évacué sanitaire sur Paris le 10 avril 1990, il mourut le 18 du même mois à l’hôpital Bellan. À la messe des funérailles dans la chapelle des Missions Étrangères, le supérieur général dans son homélie, signala la fidélité du Père Bardet à sa vocation missionnaire. Le même jour, en l’église du Vœu à Nouméa, Monseigneur l’archevêque et une vingtaine de prêtres célébrèrent une messe devant une foule émue et qui débordait l’église. Les paroissiens de Paul Bardet lui étaient en effet fort attachés. Ils avaient beaucoup prié pour sa guérison, et des personnes dévouées l’avaient assisté pendant son séjour à l’hôpital. Sa mort fut ressentie comme une perte cruelle.

     

    Paul Bardet était avant tout un père spirituel soucieux des âmes qui lui étaient confiées. Grâce à son contact chaleureux, son sens psychologique qui lui faisait deviner les états d’âme de ses paroissiens, sa grande humilité jointe à une imperturbable sérénité, un mépris total de son bien-être et une générosité de cœur, il savait communiquer son sens du sacré, sa ferveur et sa science théologique. Ajoutons qu’il avait la parole facile, et surtout qu’il était gai, aimait rire et savait raconter de bonnes histoires pour détendre l’atmosphère.

     

     

    • Numéro : 3800
    • Pays : Vietnam Madagascar Nouvelle Calédonie
    • Année : 1947