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Victor BARBIER (1877-1936)

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    M. Barbier naquit le 19 novembre 1877 à Maulévrier, au diocèse d’Angers. Son père était officier ; mais pour raison de santé il dut quitter l’armée. Il fallait bien travailler cependant pour élever sa nombreuse famille ; c’est alors qu’il prit du service dans les finances. Trois enfants, dont l’aîné fut rappelé à Dieu à 17 ans, précédaient Victor ; cinq autres sont venus ensuite apporter la joie dans ce foyer si chrétien. M. Barbier, homme de foi et ennemi du respect humain, assistait chaque dimanche à la grand’messe et aux vêpres. Il était trop chrétien sans doute au gré de ses supé­rieurs, puisqu’il fut destitué pour avoir porté le dais à la pro­cession du Saint-Sacrement et avoir illuminé sa maison le 8 décembre 1879. Mme Barbier sut élever sa petite famille dans l’amour de Dieu et de la Sainte Vierge et leur donner l’exemple de toutes les vertus familiales. Ces dignes parents furent bien récompensés ; car un de leurs enfants devint prêtre, deux se firent Religieuses de la Retraite d’Angers, et une troisième entra chez les Filles de Saint-Vincent de Paul.

    Victor grandit dans cette atmosphère de vraie piété et de vie simple à la campagne. Il fut d’abord confié aux Frères de Saint­-Gabriel, puis, quelques années plus tard, il alla rejoindre son frère au collège de Combrée, afin de s’y préparer à sa première Com­munion, qu’il fit pieusement en juin 1887. À la rentrée d’octobre de cette même année, Victor était déjà parti à la gare accompagné de ses parents, quand tout à coup il déclara à sa mère qu’il ne voulait plus étudier le latin. On le ramena donc à la maison et peu après, il prit la route de Saint-Laurent-sur-Sèvre pour rentrer au collège des Frères de Saint-Gabriel. Le petit collégien y passa plusieurs années.

    Les parents décidèrent de quitter Maulévrier en 1894 et de venir se fixer à Redon où ils trouveraient une plus grande facilité de faire instruire leurs enfants en les confiant à la Retraite du Sacré-Cœur et au Collège des Eudistes. Un jour, Victor annonce à son père qu’il veut se consacrer au service de Dieu en devenant Frère de Saint-Gabriel. Cette confidence plut beaucoup au père et à la mère, et M. Barbier dit à son fils : « Ne pourrais-tu pas faire mieux et devenir prêtre ? » Est-ce cette parole paternelle qui décida de sa vocation au sacerdoce ?... Peut-être, car Victor demanda à reprendre ses études secondaires. Un vicaire dévoué s’offrit à lui donner des leçons de latin et de grec, puis quelques mois après il entra au séminaire des vocations tardives à Montfort­-sur-Mer. Ses études terminées, il fit sa demande d’entrée au Sémi­naire des Missions-Étrangères où il arriva en septembre 1897, et, en 1902, il partit pour la Mission de Vinh.

    Quelques semaines après son arrivée en mission, il fut envoyé dans une chrétienté pour y apprendre la langue annamite ; et trois ans plus tard, il devint chef de district dans la province de Ha-tinh. Il remplit sa charge avec dévouement ; et, peut-être parce qu’il ne ménagea pas suffisamment ses forces, il tomba malade en 1908 et dut aller prendre un repos de plusieurs mois au sanatorium de Hongkong. De retour dans sa Mission, son Supérieur, ne le trouvant pas suffisamment guéri pour lui confier un poste dans la brousse, le nommait professeur au petit séminaire. Deux ans après, il dut rentrer en France pour y rétablir sa santé par trop délabrée.

    Il revint en Annam peu de temps avant les événements de 1914. Pendant la guerre, il fut mobilisé à Nam-Dinh et, les hostilités terminées, son Supérieur l’envoya à Mau-Lam où il construisit une église qu’il dota d’une belle cloche. Plus tard, il devint curé de Cua-Lo et chef de district de cette région. Là encore, il édifia une jolie église où il fêta en 1927 ses noces d’argent sacerdotales.

    En 1932, S. Exc. Mgr Gouin, Vicaire Apostolique de la Mission du Laos, demanda à Mgr Eloy, Supérieur de M. Barbier, de lui céder ce confrère pour s’occuper des nombreux Annamites qui se trouvaient établis sur les mines d’étain aux environs de Thakhek. Mgr Eloy consentit à la demande du Vicaire Aposto­lique du Laos, et M. Barbier fit le sacrifice de quitter ce champ où il avait travaillé toute sa vie, pour aller s’occuper de ces pauvres Annamites trop délaissés de la région de Thakhek. Notre confrère se mit de suite au travail. Il commença par visiter les chrétiens annamites, essaya de les grouper, et il leur donna des catéchistes pour les instruire. À Thakhek il fallait une église. Sans tarder il se mit à l’œuvre, et réussit à la terminer peu avant sa mort. Après l’église, M. Barbier aurait voulu fonder d’autres œuvres  intéressantes ; il n’en eut pas le temps.

    En effet, à Pâques 1936, il éprouva une légère fatigue mais n’en continua pas moins son travail. Le 18 juillet suivant, il se rendit aux mines d’étain pour visiter les chrétiens. Le mardi 21, il ressentit brusquement une vive douleur au côté gauche et perdit connaissance pendant un quart d’heure environ. Les deux docteurs des mines se précipitèrent auprès du malade et diagnostiquèrent une angine de poitrine. Notre confrère comprit que son état était grave ; il fit envoyer un télégramme à l’évêché de Nong-Seng pour en avertir Mgr Gouin. Grâce aux bons soins qui lui furent prodigués, M. Barbier sembla aller mieux, mais il ne se fit pas illusion sur la gravité de sa maladie. Il pria avec son catéchiste, offrit sa vie pour la Société et sa Mission. Ses dernières paroles furent celles-ci : « C’est aujourd’hui la fête de mon saint Patron, c’est peut-être pour moi le jour de la récompense. » Vers 19h50 il eut une nouvelle crise d’étouffements et il rendit son âme à Dieu après 34 ans de mission.

    La direction des Mines se chargea très aimablement de la mise en bière, et le vendredi 24 eurent lieu les obsèques à Thakhek où repose notre regretté confrère. La dévotion qu’il a tonjours eue envers la Sainte Eucharistie lui a valu de célébrer la sainte messe jusqu’au dernier jour de sa vie, et nous donne raison de croire que M. Barbier aura été bien accueilli par Notre-Seigneur au seuil de l’éternité.

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2681
    • Pays : Vietnam Laos
    • Année : 1902