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Charles Nicolas BARBIER (1909-1989)

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    Enfance et jeunesse

    Charles Barbier naquit le 14 janvier 1909 à la maternité du Raincy, mais fut baptisé à Saint-Michel de Gargan, la paroisse de ses parents, qui vinrent ensuite s’établir à Pavillons-sous-Bois, où il fit sa première communion et reçut la confirmation en 1931.

     

    Après l’école primaire, il fréquenta l’école Colbert à Paris, y préparant le brevet élémentaire et deux brevets professionnels qui lui ouvrirent la carrière d’employé de banque, situation qu’il quitta bientôt pour l’octroi, plus avantageux à l’époque pour les débutants.

     

    Ensuite, nous le trouvons au Liban, au titre de détaché militaire, ou de coopérant, comme on dit aujourd’hui. Il enseigna à l’école de Tripoli-Marine, du 3 octobre 1929 au 30 juin 1930, puis au collège des Capucins d’Antioche, du 13 septembre 1930 au 23 juin 1931.

     

    Pour autant qu’on puisse en juger, par quelques allusions dans ses écrits, c’est au scoutisme qu’il doit d’avoir entendu l’appel du Seigneur ; tout poile à croire qu’il avait décidé d’y répondre, comme le publicain Matthieu, lorsqu’il travaillait à l’octroi, car, dès son retour du Liban, il fut admis comme postulant des Missions Étrangères, sur présentation de M. le Curé de Pavillons-sous-Bois.

     

    Quelques semaines plus tard, il entrait dans la section « vocations tardives » au petit séminaire de Paris, sis à Charenton-le-Pont. Il y demeura trois ans, ce qui lui permit d’obtenir la première partie du baccalauréat en 1934. Avant l’examen, dès le 30 avril, il avait présenté sa demande d’admission au séminaire des Missions Étrangères. Interrogé à son sujet, le Supérieur du petit séminaire répondit le 2 mai : « M. Barbier est un excellent jeune homme à tous égards. » Ainsi, le 5 septembre 1934, Charles Barbier fut inscrit au registre des entrées du séminaire des Missions Étrangères. Il était dans sa vingt-sixième année depuis sept mois déjà et se trouvait à Bièvres avec des confrères de dix-huit à vingt et un ans, sans problème apparemment.

     

    À Paris, il fut cérémoniaire, fonction qu’il prit très à cœur, n’omettant jamais de convoquer les aspirants pour une préparation minutieuse des offices liturgiques. Il reçut le sous-diaconat le 29 juin 1939 et se trouva donc engagé dans les ordres majeurs quand se déclara la deuxième guerre mondiale. Le voilà mobilisé au 31e régiment d’infanterie.

     

    Comme tous les confrères dans la même situation, il fut ordonné diacre, puis prêtre, à l’occasion d’une permission. Pour lui ce fut les 9 et 10 mars 1940. Fait prisonnier en juin, il eut la chance d’être libéré après quelques semaines, en sorte qu’il se retrouva au 128 rue du Bac à la rentrée de septembre, pour l’année de séminaire qu’il lui restait à accomplir.

     

    En juin 1941, il reçut sa destination pour Pakhoi, et comme il n’était pas possible de quitter la France, il devint vicaire à Suresnes jusqu’à son départ effectif en 1946. Ce premier ministère accompli de 32 à 37 ans fut heureux. Quand il prit fin, de nombreux paroissiens constituèrent une association des amis de Pakhoi, pour aider financièrement et spirituellement le vicaire qu’ils perdaient à regret.

     

    Un départ de jeunes confrères avait eu lieu en avril 1939. Ce fut le dernier avant les hostilités. L’armistice du 8 mai 1945 n’arrangea pas tout de suite la situation. Enfin deux bateaux quittèrent Marseille avec des missionnaires à bord : le Moncay, qui en comptait sept, leva l’ancre le 22 mars 1946 et le Maréchal-Joffre le lendemain avec dix-sept partants.

     

     

    En Chine

     

    Le P. Barbier, qui se trouvait sur le Moncay, arriva à Pakhoi dès le 3 mai 1946, en compagnie du regretté P. Turc. Tous deux furent ainsi nos premiers confrères à rejoindre, après la guerre, leur destination en Chine.

     

    Le vicariat apostolique de Pakhoi, formé en 1921 par division du vicariat apostolique de Canton, fut érigé en diocèse par l’instauration de la hiérarchie en Chine, le 1l avril 1946. L’évêque en était Mgr Deswazières, originaire de Tourcoing. Le diocèse à lui confié, s’étendant sur 25 000 km2 soit les 5/6e de la Belgique, constituait l’appendice occidental de la province du Kouang-tong ou de Canton. Il était bordé au sud par la mer, au nord par le Kouang-si et possédait à l’ouest une frontière commune avec le Vietnam nord ou Tonkin.

     

    La population, estimée en 1946 à près de six millions d’habitants, parlant le cantonais pour la plupart, comptait aussi quelques colonies de Hakkas, des Laïss et des Mans. Les catholiques, 15 700 en 1939, avaient alors à leur service 19 missionnaires français. En 1946, on n’en comptait plus que 12, travaillant en collaboration avec 8 prêtres chinois. Les religieuses chinoises étaient déjà au nombre de 65 pour 8 religieuses françaises. La mission comportait 1 petit séminaire, 3 orphelinats, 1 hôpital, 3 dispensaires, 1 léproserie avec 71 lépreux, et quelques écoles catéchistiques.

     

    Telle était la situation à l’arrivée du P. Barbier. Mgr Deswazières participait alors à une réunion d’évêques à Hong Kong. Parti simple vicaire apostolique, il revint à Pakhoi en qualité d’évêque résidentiel, le 22 juin 1946.

     

    À son arrivée, il trouva une lettre du P. Cotto, missionnaire de l’île de Waichow, à 60 km de la côte, lui demandant de venir confirmer les chrétiens, qui n’avaient pas eu la visite de leur évêque depuis fort longtemps. Mgr Deswazières accepta et décida d’emmener deux anciens missionnaires et les deux nouveaux, les PP. Turc et Barbier. La traversée fut longue et difficile à cause de l’état de la mer et de la vétusté des jonques. Le P. Barbier a longuement raconté à ses anciens paroissiens de Suresnes la semaine passée en juillet 1946 dans l’île de Waichow : outre les cortèges d’accueil, les confirmations dans les deux églises de l’île, il a noté l’exhumation, les obsèques et la réinhumation, au cimetière cette fois, des PP. Sonnefraud et Castiau, massacrés par les Japonais lors de leur débarquement, le 29 juin 1940, toutes cérémonies qui se déroulèrent avec le faste en usage dans les communautés chrétiennes de Chine.

     

    Dès le 3 août, une autre lettre du P. Cotto annonçait à l’évêque qu’une épidémie de choléra s’était déclarée dans l’île. Lui-même était atteint et demandait qu’on ne le laissât pas seul. Monseigneur décida d’envoyer, à titre provisoire, le P. Barbier, vacciné avant son départ de France. Le voyage fut encore mouvementé, mais à l’arrivée, le P. Cotto était hors de danger : des paroissiens l’avaient réchauffé énergiquement au moyen de briques chaudes, de café bouillant, d’alcool, etc. Désormais il passait son temps à visiter les malades.

     

    Après la célébration solennelle du 15 août, le P. Barbier revint à Pakhoi pour la retraite annuelle : celle-ci terminée, il fut renvoyé dans l’île, à titre de vicaire du P. Cotto, qui du coup lui affecta un maître de langue, ancien séminariste fort dévoué, et l’installa au siège du deuxième district de Waichow, à Shing-tsai.

     

    Malheureusement, en octobre 1946, le P. Cotto retomba dangereusement malade, en sorte que l’évêque le rappela à Pakhoi, en lui confé­rant le titre de vicaire général du diocèse. Pendant quatre mois, le jeune missionnaire se trouva donc seul prêtre à Waichow. Cependant, sur la fin de février 1947. le P. Yun, prêtre chinois, vint prendre la succession du P. Cotto. Le P. Barbier eut avec lui des relations cordiales pendant les dix-huit mois qu’ils demeurèrent voisins. Ce temps révolu, soit en octobre 1948, notre confrère fut nommé sur le continent, en charge du district de Tchouk-shan, non loin de Lo-fao, district du P. Hermann. Il serait ainsi proche de la mer et seulement à 15 km de la frontière du Tonkin.

     

    Il eut du mal à rejoindre ce nouveau poste, faute de jonques. Finalement il dut prendre une chaloupe allant à Haiphong et de là revenir à Moncay, ville du Tonkin aux frontières de la Chine, où l’attendait le P. Hermann.

     

    Ce séjour à Tchouk-shan ne dura que dix mois et fut fort agité, à cause des troubles, ou plutôt des guerres, qui sévissaient tant au Vietnam qu’en Chine. Arrivé à destination le 5 décembre, le P. Barbier fut affronté, dès février, à une épidémie de variole. Pour le bien de ses paroissiens il se rendit à Moncay se procurer des vaccins et fut assez heureux pour ramener  1500 doses, dont il administra lui-même une bonne partie.

     

    À la fin d’avril, il revint à Pakhoi pour la retraite annuelle où 12 missionnaires sur 14 se trouvèrent rassemblés. Le retour se fit encore par Haïphong et Moncay. À partir de la mi-juin 1949, les autorités communistes se mirent à importuner les chrétiens. Au début de juillet, des soldats viet-minh, évalués à 2 000, vinrent prêter main-forte aux Chinois partisans de Mao, pour s’emparer des territoires proches de Moncay. Le 3 octobre, trois chrétiens furent enlevés par des militaires. Parti aux renseignements avec trois autres chrétiens, le P. Barbier fut arrêté à son tour, ainsi que ses gens. Ils furent relâchés après quelques jours, sauf un qui fut fusillé, comme l’avaient été les trois premiers disparus.

     

    Depuis le début de septembre, le missionnaire souffrait des dents. Vu les circonstances, il décida d’aller les faire soigner à Haïphong pour attendre une accalmie et partit le 15 octobre 1949. Une semaine plus tard, une lettre de son catéchiste lui apprenait qu’on l’accusait d’avoir

    été donner des renseignements aux Français de Moncay ; qu’à son retour il serait arrêté pour espionnage et qu’il valait mieux pour tout le monde qu’il ne revienne pas à Tchouk-shan.

     

    Quand le traitement fut terminé, le P. Barbier quitta la mission espagnole de Haïphong pour rejoindre ses confrères à Hanoï, où il est signalé un décembre 1949.

     

    Au début de 1950, il devenait, à titre provisoire, aumônier de l’hôpital Domairon à Hanoï.

     

     

    En Thaïlande

     

    Dans une note du 1er avril 1951, notre Bulletin de Hong Kong a signalé plusieurs affectations temporaires de missionnaires contraints à sortir de Chine, dont celle du P. Barbier à Bangkok, où il est arrivé en mai 1951.

     

    Mgr Chorin le nomma vicaire au Calvaire, la paroisse des Chinois, avec mission d’essayer de regrouper les Cantonais. Dès le début il s’intéressa au ministère du cinéma, peut-être en souvenir de son séjour à Suresnes. Avec les encouragements de l’évêque et grâce aux renseignements de la National Legion of Decency, il se mit à envoyer chaque semaine aux églises et aux écoles catholiques, ainsi qu’à quelques chrétientés de province, la cote morale des films qui passaient dans les dix principales salles de Bangkok. Il fit aussi venir de France le film Lourdes, cité de lumière.

     

    Au bout de trois mois, il fut nommé assistant du P. Rochereau, procureur de la mission de Bangkok, mais en fait très sollicité par les autres missions de Thaïlande pour diverses démarches administratives dans la capitale.

     

    Deux ans plus tard, le P. Barbier devenait directeur de la revue « Au Pays des Pagodes », fonction dont il ne fut officiellement déchargé qu’en 1965. Innombrables sont les articles qu’il a publiés dans cette revue, sous divers pseudonymes. Il demeura cependant assistant-procureur jusqu’à son premier congé en France, d’avril à novembre 1955.

     

    À son retour, il fut nommé directeur de l’Imprimerie de l’Assomption, où s’imprimait « Au Pays des Pagodes ». Il prit cette fonction le 1er janvier 1956 et l’exerça plus de neuf ans.

     

    Ces différentes responsabilités à Bangkok lui laissèrent suffisamment de liberté pour voyager dans toute la Thaïlande ; tantôt il accom­pagnait son évêque en tournée de confirmation ; tantôt il allait saluer les confrères dans leurs postes respectifs ou visiter les collèges, soit des Frères enseignants, soit des Salésiens. Le fait est qu’il a beaucoup voyagé, au moins jusqu’à ses 77 ans, et même après l’accident de santé qu’il éprouva à cet âge.

     

    Mais déjà en 1965, il fallut se rendre à l’évidence il était atteint de la maladie de Parkinson. Un congé en France permit de mettre au point un traitement stabilisateur, sans espoir de guérison. Le tremblement et la démarche caractéristiques de cette maladie furent accompagnés chez lui d’une sorte de paralysie des muscles vocaux, en sorte qu’il devint très difficile de comprendre ce qu’il s’efforçait d’exprimer. Cette croix, il la porta jusqu’à ses derniers jours.

     

    À son retour de congé, en novembre 1965, il fut envoyé à Samphran (Nakonxaisi), où il demeura un an et demi. Le 19 mai 1967, il rentra définitivement en France.

     

     

    En France

     

     

    Après avoir séjourné dans sa famille, puis à Lauris, il essaya de trouver une aumônerie où il assurerait l’Eucharistie. Plusieurs essais tournèrent court, du fait de sa maladie vocale.

     

    Le 7 juin 1968, Le P. Andréoni qui terminait son stage à Paris vint aux archives demander de procurer du travail à ce confrère qui pouvait se rendre utile, soit à classer les documents, soit à remplir des fiches, etc., car l’oisiveté lui pesait, alors qu’il était encore sous surveillance médicale à Paris.

     

    En dépit d’un handicap sérieux pour la dactylographie, le P. Barbier s’adonna à ce travail avec une application exemplaire, eh sorte qu’au bout de trois ans et demi les Supérieurs jugèrent normal de l’affecter officiellement au service des archives, ce qui lui causa une grande joie. Ce séjour parisien lui permit d’entretenir des relations suivies avec de très nombreux amis.

     

    Au début de 1982, quand les Supérieurs lui demandèrent de prendre ses dispositions pour sa retraite, il exprima le désir de trouver une maison à Paris. Devant les difficultés qu’il rencontra, il opta pour Sens, à une heure de train de Paris, où il aimait à revenir. À Sens, il assurait parfois l’Eucharistie dans une maison de retraite voisine de celle où il résidait, celle-ci tenue par des Dominicaines et pourvue d’un aumônier dominicain.

     

    En 1986, un accident de santé détermina son transfert à Lauris, où il retrouva cependant une certaine autonomie, où il aima l’ambiance de notre maison.

     

    Il est décédé à l’hôpital de Cavaillon, le 18 novembre 1989. Les obsèques furent célébrées le surlendemain à Lauris, dans notre oratoire, en présence de la communauté, de la famille et de plusieurs amis, qui l’accompagnèrent jusqu’au cimetière du village.

     

     

    Bibliographie

     

    Outre ses nombreux articles dans Au Pays des Pagodes, le P. Barbier a publié, en 1977, Le bienheureux François-Isidore Gagelin, plaquette de 56 pages, réimprimée avec une carte et quelques additifs à Pontarlier, en 1984.

     

    Il a laissé d’autres écrits dactylographiés ou multigraphiés :

    Le bienheureux Pierre Maubant, 42 p., 1972 (canonisé en 1984) ;

    En jonque. Journal d’un missionnaire (1946-1950) ;

    Coutumes siamoises (1953-1965) ;

    Voyages et fêtes en Thaïlande (1954-1966) ;

    Vacances en Thaïlande (1980) ;

    Vacances au Japon et en Thaïlande (1981).

     

    • Numéro : 3648
    • Pays : Chine Thailande
    • Année : 1946