Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Hippolyte BADIE (1864-1943)

Add this

    Fin décembre 1943 s’éteignait à Yofung le doyen de la Mission du Yunnan ; il allait entrer dans sa 80e année. M. Hippolyte Badie était né le 13 août 1864, à Limendous, au diocèse de Bayonne. Cette localité n’est pas très éloignée de Lourdes et M. Badieaimait à raconter comment, tout jeune encore, il se rendait dans la cité de Marie en compagnie de son père pour prier à la Grotte. Il fit ses études secondaires au collège de Bétharram, non loin, de Lourdes, et après une année passée au grand séminaire de Bayonne, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre le 21 septembre 1889, le 13 novembre suivant il se mettait en route pour le Yunnan en compagnie de MM. Ducloux et Gaudu destinés à la même Mission. Débarqués à Shanghai et par les soins de la procure habillés d’une robe chinoise et munis d’une belle tresse de cheveux, nos trois jeunes, ainsi que ceux destinés aux Missions de Szetchwan, remontèrent le Fleuve bleu en jonque : voyage long, mais très pittoresque. Arrivés à Suifu ils quittèrent la jonque, et, escaladant les derniers contreforts des montagnes du Yunnan qui viennent là disparaître au bord de la vallée du Yangtse, en deux jours ils gagnaient la chrétienté de Tchengfongshan. Là, avait été installé depuis longtemps le séminaire de la Mission du Yunnan. Après quelques jours de repos les trois missionnaires prenaient la route de Yunnansen, la capitale, aujourd’hui Kunming, où depuis quelques années Mgr Fenouil, le second Vicaire apostolique du Yunnan, venait d’installer le centre de la Mission. C’était un voyage de 22 jours à cheval : on s’arrêtait à Chaotung et à Tungchwan, les deux chrétientés rencontrées en route, tant pour se délasser soi-même, que pour reposer sa monture. Nos trois voyageurs étaient à Yunnansen pour le 25 avril 1890, d’où après quelques jours de répit, chacun se dirigea vers la partie de la Mission que lui désigna Mgr Fenouil.

     

    M. Ducloux partit vers l’ouest, M. Gaudu reprit la direction du nord et M. Badie fut envoyé à l’est. A cette époque, dans les campagnes environnant la ville de Kutsin, 150 kilomètres de la capitale, ainsi que dans les préfectures voisines de Luléang et de Lop’in, venaient d’être fondées plusieurs chrétientés qui alors donnaient de grands espoirs. C’est là que M. Badie, toujours prêt à obéir, devait passer plus de cinquante ans. Des nouveaux districts qui venaient d’être établis dans cette région, les uns étaient habités par des Chinois, les autres par une population complètement indigène. M. Badie fut chargé tantôt de l’un, tantôt de l’autre, et il passa dans tous. En 1913, M. Tapponier mourait à Yofung, et M. Badie vint prendre sa succession et, de ce fait, il fut chargé de l’école de formation des Vierges chinoises, que son prédécesseur avait ouverte dans cette chrétienté depuis deux ans. Quand en 1917 mourut M.Vial, fondateur des chrétientés indigènes de la région de Lunam, Mgr de Gorostarzu, qui avait cinq de ses missionnaires mobilisés, demanda à M. Badie de quitter la région de Kutsin et de venir à Tsinhankeou prendre la place du défunt. Le cœur un peu gros, notre confrère prit possession de son nouveau district, et avec lui, l’école de formation des Vierges chinoises fut transférée à Tsinchankeou. En 1919 la guerre était finie ; les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, établies au Yunnan depuis quelques années, virent leur personnel renforcé et acceptèrent de se charger de la formation des Vierges chinoises et quand en 1921, M. Deschamps eut été chargé de la chrétienté de Tsinshankeou, M. Badie fut heureux de revenir dans la région de Kutsin, qu’il ne devait plus quitter.

     

    Bien que d’une constitution très robuste, il dut se rendre deux fois à Hanoi pour raison de santé : une première fois en 1926, pour y subir l’opération de la prostate, et une seconde fois en 1934, pour y être opéré d’une double cataracte. A la clinique où il fut soigné par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, il fit l’admiration de tous par sa patience et sa bonne humeur.

     

    Après l’opération de la cataracte, s’il pouvait toujours lire son bréviaire, et même aller à cheval, M. Badie ne pouvait que difficilement faire une marche à pied. Aussi en 1935 Mgr de Jonghe envoya M. Haane à Yofung, alors que M. Badie continuait à s’occuper de la ville de P’iny, tout en habitant ordinairement à Chouang long tan, petite chrétienté située à une quinzaine de kilomètres seulement de la ville.

     

    Le 21 septembre 1939, cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale, il vint à Kunming se joindre à M. Ducloux, alors retiré à l’évêché. Tous les confrères présents furent heureux de les féliciter et de s’unir à eux pour remercier Dieu M. Ducloux célébra la messe à la paroisse, dont il avait été pasteur durant vingt-cinq ans, et M. Badie présida le salut qui suivit, ayant comme sous-diacre un élève qu’il avait dirigé vers le séminaire. Aux agapes fraternelles qui eurent lieu après la cérémonie religieuse, M. Michel, alors administrateur de la Mission, adressa ses vœux aux deux jubilaires en rappelant brièvement leur carrière au Yunnan, puis il donna lecture d’une lettre du Cardinal Préfet de la Propagande annonçant que Sa Sainteté Pie XII envoyait une bénédiction toute spéciale à nos deux confrères.

     

    En 1941, Mgr Larregain demanda à M. Badie de se retirer à Yofung auprès de M. Haane. Là, il vécut au milieu de ses anciens chrétiens les aidant de ses conseils jusqu’à Noël 1943, car c’est le surlendemain de cette fête, que sans autre maladie qu’une grande fatigue, il fut rappelé à Dieu. M. Haane avait eu le temps de lui administrer les derniers sacrements, qu’il reçut en pleine connaissance. Pendant plusieurs jours, les chrétiens se succédèrent à la chapelle pour réciter l’office des morts, et le jour de l’enterrement tous les catholiques du village, des délégations des chrétientés éloignées, de nombreux païens venus des environs conduisirent M. Badie au cimetière. Il y repose auprès de M. Tapponier, son prédécesseur et grand ami. M. Badie aura laissé parmi ses confrères le souvenir d’un prêtre pieux, très humble et surtout très bon, généreux jusqu’à l’excès. Parce que très bon, il croyait à la bonté des autres, et quelques-uns, chrétiens et païens, en abusèrent quelquefois ; mais, comme on le lui disait le jour de ses noces d’or : « Si un jour, Notre-Seigneur peut nous reprocher d’avoir été trop durs, Il ne nous reprochera pas d’avoir été trop bons. »

     

     

     

    ~~~~~~~

    • Numéro : 1852
    • Pays : Chine
    • Année : 1889