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Paul AYMARD (1890-1966)

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    Paul Aymard ? ou Jean Aymard ? Comment faut-il l’appeler ? Ses confrères du Séminaire et ceux qui l’ont connu en mission le connaissaient comme Jean Aymard, en insistant sur la liaison...

     

    Né le 28 juin 1890, à Bey, par Pont-de-Veyle, dans le diocèse de Belley, après des études primaires dans son bourg natal, Paul Aymard fit ses études secondaires au petit séminaire de Ste-Foye-l’Argentière. En 1908, il entra au grand séminaire de Francheville, à Lyon, où il fut tonsuré et où il compléta sa philosophie. C’est le 16 septembre 1910 qu’il lut admis au Séminaire des Missions Etrangères, probablement pour commencer directement ses études de théologie.

     

    Et nous trouvons à cette période de sa vie un trou de dix ans : service militaire qui alors durait trois ans... Première guerre mondiale.., tout cela fit que ce n’est qu’en 1919 que Paul Aymard retrouva la rue du Bac. Ordonné prêtre le 12 mars 1921, il fut destiné à la mission de Chungking. Elle départ eut lieu le 26 septembre de la même année.

     

    La Mission du Setchoan oriental se trouvait alors dans une situation critique : une véritable guerre civile avait eu lieu entre les setchoannais et les rouges du Yunnan et du Kouitcheou. Elle s’était terminée à l’avantage des setchoannais, mais avait entraîné dans toutes les campagnes un banditisme qui, des mois durant, ravagea les bourgs et les villes. Autre souci : depuis neuf ans, la mission n’avait pas reçu un seul missionnaire. Maladie, vieillesse et mort avaient considérablement réduit le personnel : en une seule année – 1921 – 5 prêtres (un missionnaire et 4 prêtres chinois) avaient disparu. En septembre 1921, le Père Aymard était l’avant-garde de la relève.

     

    C’est d’abord l’étude de la langue chinoise sous la direction du Père Gibergues à Ma-Pao-Tchang, et cela pendant deux ans. Puis il prit en charge le district de Ho-Pao-Tchang où il travailla de 1923 à 1925, avant de devenir pour un an curé de Pi-Chan. En 1926 il est nommé professeur au petit séminaire de T’ien-Tche, près de Chungking, et en septembre 1928, il en était nommé supérieur, en remplacement du Père Bourgeois qui prenait la charge de supérieur du grand séminaire de Tse-Mouchan. En 1930, la mission de Chungking était divisée et la région de Ouan-Hien devenait un diocèse dont le clergé chinois prenait la responsabilité. Le petit séminaire de T’ien-Tche, qui se trouvait près de Ouan-Hien, devenait alors petit séminaire du nouveau diocèse, et le Père Aymard, avec les petits séminaristes de Chungking, s’installait alors à T’se-Mou-Chan, tandis que les grands séminaristes allaient à Chentu où s’organisait un séminaire régional.

     

    En 1932, malade, le Père Aymard laissa le supériorat à un prêtre chinois et dut aller se soigner à Shanghaï. C’est à son retour qu’il devint curé de Touan-Kia-Ouan où il resta jusqu’en 1937. Mais décidément le séminaire diocésain le réclamail : il en redevint supérieur pendant trois ans, puis, de 1940 à 1945 fut curé de Lan-Tchouan. Il passa ensuite à T’ong-Kouan-Y, district situé sur le Fleuve Bleu en amont de Chungking, où il resta de 1945 à 1947.

     

    Cette année-là, le Père Colomb, jeune missionnaire professeur de philosophie au grand séminaire de Pèe-Cha-T’o, s’étant noyé dans le Yang-Tse, on fit appel au Père Aymard pour prendre cette chaire de philosophie. Le Père Salou était supérieur de ce grand séminaire qui avait une allure sensiblement différente de ces homologues d’Europe : les originalités s’y additionnaient. Pour le Père Salou, grand saint devant l’éternel, nourriture et vêtements étaient secondaires, choses à négliger. Grand original aussi, le Père Aymard était chargé de surveiller et de s’occuper de son supérieur, de voir que grande barbe et cheveux longs ne soient pas utilisés pour cacher les misères de la soutane. Mais il comprit vite qu’il ne pourrait gagner la bataille et se mit au contraire à son école.

     

    En 1948, il dut encore se rendre à Shanghaï pour raison de santé : on lui enleva un rein. Il supporta les souffrances de l’opération et celles plus grandes encore des examens préparatoires avec son humour habituel. Ses lettres décrivaient le travail des chirurgiens de façon à vous donner envie de faire l’expérience. Grand contemplatif des choses du ciel et des réalités terrestres, il voyait, de son lit d’hôpital, et le ciel, et les chevilles des étudiantes de l’Aurore qui passaient devant sa chambre. double spectacle qui lui permettait d’unir de hautes considérations mystiques à des descriptions plus terre à terre. De retour au grand séminaire, il vécut une dernière année avec le Père Salou, mais les armées communistes approchant, le séminaire de Chungking fut fermé en 1949, et tous les séminaristes furent envoyés au Collège Général de Penang, en Malaisie. Ainsi finirent les années professorales du Père Aymard. Il y rencontra de nombreuses difficultés, d’une part à cause des mouvements de xénophobie de l’époque, d’autre part, par suite de l’attitude de certains confrères qui, anciens professeurs, se permettaient parfois des remarques qui n’étaient pas laites pour arranger les choses. Quant à lui, il avait un principe qu’il suivit toute sa vie : ne jamais retourner dans un endroit où il avait passé, pour éviter de créer des difficultés ou des ennuis, même involontaires, à ses successeurs.

     

    1949... Le Père Aymard est aumônier de l’hôpital catholique de Chungking. Mais, le 29 novembre, les armées communistes entrent dans la ville. Les premiers contacts furent très polis. Et, dès 1950, le Père Aymard dut quitter l’hôpital où il n’était plus accepté. Il devint alors vice-supérieur régional des confrères des Missions Etrangères travaillant en Chine. Mais que faire ? Les étrangers ne pouvaient sortir de chez eux que pour aller à la police. En résidence surveillée à l’évêché avec quelques autres Pères, Paul Aymard fut témoin des remous que créa la campagne, menée par les communistes pour les Trois Indépendances : avec des fonds Chinois, les prêtres chinois seuls devront enseigner une doctrine chrétienne chinoise. Il fut aussi témoin de la belle résistance du Père Tong. Le vicaire capitulaire ayant accepté de faire un défilé pour demander l’expulsion du nonce apostolique, Mgr Riberi, le Père Tong courageusement prit la parole dans la cathédrale pour condamner ce geste et amener toute la communauté chrétienne, vicaire capitulaire en tête, à faire amende honorable. Il fut arrêté, tandis que son discours était diffusé par les journaux communistes comme le type même de l’attitude religieuse réactionnaire. Nul n’a su ce qu’il est devenu. Comme il n’a jamais reparu, cela doit vouloir dire qu’il n’a jamais voulu rétracter ses paroles courageuses, expression du déchirement du chrétien chinois, loyal envers l’Etat, mais fidèle au Christ et à son Eglise.

     

    Le 1er septembre 1951, le Père Aymard et sept autres missionnaires de Chungking furent avertis que leur permis de séjour en Chine était annulé et qu’ils devaient partir. Ils durent faire paraître, à leurs frais, dans tous les journaux chinois, une annonce faisant savoir à la population qu’ils allaient quitter la Chine et priant ceux qui auraient des réclamations à faire de se présenter dans les quinze jours. Enfin, le 30 septembre, ils s’embarquèrent sur le YangTse. Le 1er octobre au matin, ils partirent en direction de Hankéou où ils arrivèrent le 4, dans la matinée. Le soir ils prenaient le train pour Canton, puis un nouveau train pour Hong-Kong, et le 6 octobre au soir, ils passaient la frontière.

     

    Le 28 novembre 1951, le Père Aymard arrivait en France d’où il était parti 30 ans plus tôt. D’abord aumônier dans le diocèse de Belley, il fut ensuite, de 1953 à 1964, chapelain à Fourvières. Retiré en 1964 à la maison de retraite de Lauris, il y mourut le 16 novembre 1966.

     

    Jamais il n’oublia la Chine. Jusqu’à son dernier jour, tout ce qu’il possédait était envoyé à Hong-Kong pour aider les confrères dans leurs œuvres auprès des réfugiés chinois. Il aima… et il fut aimé. Son émotivité lui faisait parfois prendre au tragique de petits ennuis, mais sa bonté à l’égard de tous, sa délicatesse qui ne nuisait en rien à sa franchise, lui gagnaient tous les cœurs. Très sensible, d’une sensibilité peut-être exacerbée par sa maladie, il ne se laissait pas dominer par elle. S’il parlait de ses misères, c’était toujours de façon humoristique, veillant à ne jamais attrister ses confrères par ces maux qu’il ne pouvait cacher. Il s’intéressait à chacun, cherchant à donner à tous, et surtout aux jeunes, cette confiance en soi-même qui lui faisait peut-être défaut. Sa grande affectivité était tournée vers les autres, occupée à les rendre heureux, et vers le Seigneur avec qui il vivait en constant dialogue : dévotions aux formes souvent originales, mais dans lesquelles cet homme original traduisait au mieux l’attachement de toute sa personne à Dieu.

    • Numéro : 3213
    • Pays : Chine
    • Année : 1921