Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Francis AUDIAU (1907-2005)

Add this

    Francis, Pierre AUDIAU est né le 28  décembre 1907 à Saint Lambert du Lattay dans le département du Maine et Loire. Ses parents François Dominique AUDIAU et Marie Joséphine née Boré, y tenaient un magasin de commerce. De santé fragile, le nouveau-né est ondoyé le 31 décembre et reçoit dans l’église paroissiale les compléments du baptême le 28 janvier 1908. Ses grands parents sont ses parrain et marraine. Un frère Joseph naîtra plus tard. En août 1914, François Audiau est mobilisé pour la 1ère guerre mondiale ; blessé il meurt en novembre 1914. Devenue veuve Mme Audiau aura une grande influence sur son fils Francis comme en témoignent les nombreuses lettres reproduites dans le livre  « Souvenirs d’Asie » qu’il publiera en 1995.

     

    Pupille de la nation, Francis étudie au collège de Combrée jusqu’au baccalauréat. Ce collège a été une pépinière de vocations sacerdotales et missionnaires : Mgr Louis Charbonneau, le 1er évêque de Mysore l’y avait précédé. Dans une lettre du 24 août 1933, Francis résume ses années d’études : « à l’école primaire de St Lambert, j’ai été bien paresseux mais j’en suis tout de même sorti avec une bonne mention de certificat d’études primaires. Ce fut ensuite la volonté tenace d’être prêtre, d’apprendre le latin. Le collège de Combrée où je passai 6 ans me permit de travailler, de lutter et d’arriver à me placer premier de classe ou dans les premiers. J’ai aussi travaillé la musique, je n’ai point dédaigné le dessin ; en seconde, je fus admis à l’académie combréenne et je devins le président de cette académie en philo. Unique faveur du ciel, car je n’en étais nullement digne ».

    En 1926, il est  admis au grand séminaire d’Angers  mais son désir est de joindre celui des Missions Etrangères : « pendant la retraite, j’ai lu plusieurs livres intéressants. J’avais la vie de Théophane Vénard, martyr au Tonkin ; j’en avais  un intitulé : Martyrs des Missions Etrangères, qu’il est beau celui-là et combien édifiant ».

    Ensuite il fait son service militaire à Fontainebleau au 46ième régiment  d’infanterie et le 2 juillet 1929 il adresse une demande d’admission à Mgr de Guébriant, aux Missions Etrangères : il n’avait pas été facile d’obtenir la permission de l’évêque d’Angers. Après un 1er refus, il lui fallut compter avec Madame Audiau : elle fit une démarche et lui donna de bons arguments. Le supérieur du séminaire d’Angers le recommande : «  Mr Audiau est pieux, intelligent, zélé, aimable. Nous avons confiance qu’il sera, rue du Bac, aussi bon séminariste qu’il l’a été ici et qu’il deviendra un excellent missionnaire ». Il est admis le 6 juillet et entre au séminaire le 20 octobre.

    «  Les séminaristes faisaient chaque jour leur petite visite et leur prière à la salle des Martyrs : ils avaient comme professeurs des anciens missionnaires qui peut-être n’avaient pas le blason doré des grands diplômes mais qui prêchaient encore plus par leur exemple et leur vie que par leurs enseignements. Nous avions toute facilité pour des lectures et études personnelles dans l’ambiance missionnaire de toute la maison. Je me rappellerai toujours les récréations dans notre grand jardin où l’on pouvait se promener ou s’ébattre un peu et où les séminaristes et professeurs basques s’adonnaient au jeu de la pelote, leur jeu régional » cf Souvenirs d’ Asie p 12.

    Le 29 juin 1932, Francis reçoit l’ordination sacerdotale des mains de Mgr de Guébriant et sa destination pour le diocèse de Coimbatore, en Inde. Après quelques jours, il célèbre sa 1ère messe dans l’église de St Lambert, avec le père Francis Morel, son confrère d’ordination. En ce temps-là, il n’y avait pas de messe concélébrée : l’un offrait la messe au grand autel et l’autre à un autel de côté !! L’homélie fut donnée par Francis Audiau sur le thème « La sainteté  de la vie » proposé par sa mère qui ne manquait jamais la messe du matin, quelque soient ses occupations et soucis.

    Le 14 septembre a lieu à Paris la cérémonie du départ des missionnaires avec le chant ! « Partez, hérauts de la Bonne Nouvelle » ; une douzaine de  confrères s’embarque à Marseille, le lendemain sur un paquebot des Messageries maritimes, le « Bernardin de St Pierre ».Plusieurs chapitres de « Souvenirs d’Asie » racontent en détail les escales et les découvertes à Port-Saïd, Suez, Djibouti, Aden, Colombo et enfin l’Inde à Pondichéry le 5 octobre, après 21 jours de voyage. « Deux missionnaires montent à bord pour nous souhaiter la bienvenue. Quelle joie : celui qui nous manifeste sa joie, c’est un Basque, le père Bassaistéguy qui a amené avec lui le plus ancien missionnaire de la mission, un vieux père à barbe blanche, le père Gentilhomme qui a comme grande qualité d’être angevin et d’être de Tiercé ».Le lendemain vers 7 heures du matin, le nouveau missionnaire est accueilli au débarcadère de Madras par le père Charles Chervier, le benjamin de la mission de Coimbatore. Le 7 octobre c’est l’accueil de Mgr Tournier et des confrères français et indiens à l’évêché tout proche de la gare de Coimbatore : « tout le monde est souriant et l’accueil qu’ils me font me va droit au coeur : ils ont l’air heureux de toucher une nouvelle recrue de France ; ils n’en avaient pas eu depuis 5 ans ».

     

     

    MISSION DE COIMBATORE.

     

    La 1ère obligation d’un missionnaire est d’étudier la langue de sa nouvelle patrie. Francis étudie la langue tamoule à l’école St Michel, près de la cathédrale avec Ignasi Gaounder qui y est professeur, homme très dévoué et d’une patience inlassable. Pour la langue anglaise c’est un authentique Anglais Mr Hailstone qui habite Coimbatore. Mgr Tournier sait bien qu’étudier une langue très ancienne et très riche comme le tamoul n’est pas facile. Aussi lorsqu’il visite les paroisses de son diocèse, il emmène Francis avec lui. C’est la découverte des Nilgiris « les montagnes bleues » et de sa faune : éléphants, tigres, panthères, avec l’évêque au volant d’une voiture Ford. Là où la voiture ne peut pas passer, il faut prendre une charrette à bœufs ! Des frères franciscains à Geddaisal ont préparé une quarantaine de nouveaux chrétiens au sacrement de confirmation. A Gudalur, au milieu des plantations de café, le père curé vit dans deux petites pièces au bout de l’église ; pour y passer la nuit, on s’installe comme on peut. « Gaieté toujours montreras ……….les moustiques ne craindras mais ils te piqueront sûrement ». Ootacamund est la ville où les catholiques sont les plus nombreux, ville où les Européens passent les mois les plus chauds à la fraîcheur des Nilgiris. Les Todas et les Badagas  sont la population indigène, la plus ancienne. A Wellington, les Anglais  ont construit des casernes mais aussi des églises ; en 1932, Mahatma Gandhi milite déjà pour l’indépendance de l’Inde et la libération des classes opprimées.

    L’étude de la langue progresse : «  quand je rencontre quelqu’un dans la rue ou ailleurs, je ne suis plus muet ; j’essaie d’apprendre des mots de la bouche de mon professeur, de les retenir……..Mon Dieu, comme les Indiens ont l’esprit fait ! Probablement à l’inverse de notre façon de penser et de parler………..il faut commencer par les compléments indirects puis directs puis les adverbes et en dernier lieu, toujours le verbe. Il n’y a que le sujet qui se place en tête comme chez nous ». Heureusement, chaque soir, il enseigne la musique aux apprentis de l’école industrielle et aux pensionnaires du collège St Michel. Un soir, entrant dans la cour quelqu’un lui crie  « Il y a un serpent sous vos pieds ». Un prêtre demande un bâton et écrase la tête du reptile : « Mon  père, s’il vous avait mordu, il n’y aurait rien eu à faire ; c’est le plus mauvais serpent qui existe ». Francis prend la résolution de sortir le soir avec une lanterne et un bâton ; le lendemain, il offre une messe d’actions de grâces à Ste Thérèse de l’enfant Jésus .Mgr Tournier l’emmène au village de Merkupadi où des familles demandent le baptême : « il faut croire, par devoir souvent que ces pauvres gens méritent qu’on s’occupe d’eux, qu’ils ont une âme comme la nôtre mais le premier pas est souvent mêlé à un sentiment instinctif de répulsion, qu’on a toutefois vite vaincu avec la charité du Christ » cf  Souvenirs d’Asie p 130 sq.

    « Mars, avril, mai, 3 mois de chaleur caniculaire jusqu’à l’arrivée de la mousson. La chaleur dans la plaine de Coimbatore devient accablante mais un court séjour sur les montagnes bleues m’apporte un peu de fraîcheur et me permet de tenir le coup…….j’ai retrouvé le bruit des approches de la gare, la poussière intense………j’ai trouvé dans une chambre l’harmonium que vous m’avez expédié. Il est en bon état ; je le placerai sur une plaque de tôle à cause des fourmis blanches. C’est une véritable plaie ces fourmis qui s’introduisent dans le bois et le rongent entièrement : il ne faut rien laisser à terre »

    Le 12 avril,Mgr Tournier le nomme vicaire à la cathédrale, paroisse de 6000 chrétiens ; le père Jean-Baptiste Petit en est le curé ,un missionnaire fort zélé, l’apôtre des Uralis de Gundri. Il lui confie plus spécialement la jeunesse : le catéchisme dans les écoles, les associations de jeunes gens, la fanfare, la maîtrise « magnifique occasion d’apprendre le tamoul rapidement, car avec les jeunes on se sent moins gêné ».Après la fête de Pâques,accompagné du catéchiste, il visite les familles qui habitent le quartier chrétien où la mission a bâti quelques maisons. « Je suis aimablement reçu partout ; on m’invite à m’asseoir quelques instants et je bredouille le tamoul ;quand je circule dans les ruelles, je suis toujours entouré d’une bande de gamins qui ont l’air heureux de me faire escorte ». Les catéchumènes ne manquent pas et le jeune vicaire a souvent l’occasion de baptiser. Son curé l’emmène souvent dans un village éloigné où il  a ouvert une école à la demande des gens qui ne sont  pas chrétiens. Les jeunes gens  lui rendent visite et sont intrigués par les photos qu’ils voient sur sa table : « Qui est-ce ? Ma maman ; et ce soldat ? Mon  frère Joseph ; et votre père ? Il est mort à la guerre ; votre Maman a du pleurer quand vous êtes parti pour l’Inde ? Non, elle était heureuse de me donner à Dieu ». Au mois de mai c’est la tournée de confirmations avec Mgr Tournier à Gudalur, Pandalur, Devala dans la jungle du Wynaad où vivent les tribus des Kottars, des Pannyars. Jeune missionnaire, l’Evêque y avait vécu ses 1ères  années, au temps de la révolte des « Moplas » musulmans contre l’administration anglaise. Occasion d’admirer le curé de Gudalur, homme de tous les défis et habile mécanicien de sa petite Ford défraîchie mais utile au broussard !

     

    PROFESSEUR de Séminaire  (1933-36)

     

    En juillet 1933, Francis est nommé professeur de théologie au grand séminaire St Joseph de Pondichéry ; il est accueilli par le père Gayet, supérieur et par 3 autres confrères. Une soixantaine de séminaristes y logent et dorment en dortoir. C’est un  vieux bâtiment de 1778, prés de l’évêché. Le climat y est très chaud et humide. Heureusement un nouveau séminaire est en construction pour 150 séminaristes dans la banlieue de Bangalore. « Chaque jour, il faut préparer les cours ; je m’effrayais des premières classes car il faut parler anglais pendant une heure et j’ai classe tous les jours……..chaque soir je vais faire une petite promenade au bord de la mer……..priez pour moi pour que malgré mon inexpérience et ma jeunesse (je n’ai que 25 ans) j’accomplisse le mieux possible l’œuvre de Dieu ». Musicien, il aime faire chanter à plusieurs voix, les séminaristes. Quand il y a des fêtes paroissiales, ils sont mis à contribution ; prés du grand étang d’Ouchtéry, le séminaire possède une propriété où ils peuvent respirer le grand air, les jours de congé.   Francis parle des divisions de caste : certains gens de caste se sont révoltés contre la Mission ; depuis 3 ans, les parias d’une église proche demandaient l’enlèvement de la barrière qui les séparait des autres ; les gens de caste s’y opposaient, ce qui força Mgr Colas à retirer le curé et à fermer l’église. Récemment quelques pères de la Mission, accompagnés de policiers, sont allés pour enlever cette barrière mais les gens de caste les en ont empêché ; les meneurs ont décrété que l’Eglise n’avait pas le droit de s’attaquer à la caste et  décidé d’empêcher les paroissiens de venir à l’église !  De temps à autre, le professeur prend sa bicyclette et va rendre visite à son compatriote angevin, le père Gentilhomme « sous sa véranda, le père à barbe blanche ressemble à un patriarche. Depuis 50 ans, il souffre de la chaleur et comme il sue beaucoup, remarquez son geste élégant de ventilation : pour se donner de l’air, il décolle sans cesse sa soutane blanche trempée de sueur………quand je sens la bile venir, je vais dans ce quartier pauvre, j’ai un peu l’impression d’être dans la brousse »

    Après les vacances de Noël à Ketti et à Coimbatore, c’est le dernier semestre « les cours de théologie succèdent aux cours de théologie, les directions spirituelles aux directions et le travail ne manque jamais. Nous parlons de notre avenir tout proche, notre arrivée à Bangalore. Ce sera plus agréable à tout point de vue !on aura de la place, le grand air, un bon climat…..Je regretterai un peu Pondichéry, terre française, tous les confrères et amis ». Il partage ses découvertes dans un bulletin à ses amis de France :  « Le Christ chez les Indiens » qui partira avec une petite amélioration : des photographies sur papier glacé. cf  ibidem    p 228 sq.

    En juillet 1934, c’est enfin le départ pour Bangalore, avec les 15 séminaristes du diocèse de Coimbatore. En compagnie de Mgr Tournier et de Mgr Prunier, Mgr Despatures, évêque  de Mysore leur fait découvrir le séminaire St Pierre  « Quel magnifique bâtiment ! C’est dix fois plus beau que Mongazon ou Combrée et beaucoup plus moderne qu’à Pondy. Il y a tous les avantages de l’eau courante, l’électricité, le grand  air, le soleil, la pluie ; c’est ouvert à tous les vents et je vous assure qu’au deuxième étage, on y respire bien » La bénédiction officielle a lieu le vendredi 3 août et les séminaristes un peu dépaysés dans ces grandes salles doivent s’habituer à une nouvelle acoustique. Ils défrichent pendant leurs loisirs, les terrains et créent des jardins jusqu’à la ligne de chemin de fer qui longe le séminaire. « Notre nouveau règlement requiert 3 examens par an. Après tout, au mois de mars, Bangalore est le paradis en comparaison de la fournaise de Pondichéry où il fallait s’éponger après chaque phrase. C’était à y noyer son latin ! »

    En décembre 1935, Mgr Tournier lui demande de prendre charge du district de Kolappalur  à 60 kilomètres de Coimbatore. Francis prend un mois de congé et rend visite à son ami et confrère de cours, Maurice Quéguiner qui travaille dans la Mission du Sikkim, à 3000 kilomètres au nord de Bangalore.

     

    KOLAPPALUR     (1936-40)

     

    Kolappalur est une paroisse d’intouchables, tenus à l’écart par les gens de caste. Parmi eux, il y a un mouvement de conversion, avec l’espoir de plus d’égalité et de justice sociale ; ces pauvres gens vivent de leur travail comme maçons, ouvriers agricoles «  certains journaux ou revues veulent faire croire que la conversion n’était qu’un achat sordide au moyen de bols de riz ou de roupies sonnantes……cela est faux. Les missionnaires vivaient dans une pauvreté extrême, nous n’avions aucun argent à dépenser pour des conversions. Les catéchumènes venaient étudier la doctrine le soir après leur travail sous la direction d’un catéchiste ». En janvier 1936, Francis  succède au père Charles Chervier qui y a baptisé quelques 300 nouveaux chrétiens. Il continue son apostolat et prend la défense des plus pauvres « à Merkupady on vient m’avertir qu’un enfant chrétien qui par mégarde avait laissé entrer une de ses chèvres dans un champ, avait tellement reçu de coups qu’il gisait inconscient dans la maison de ses parents. Il m’a fallu évidemment prendre la défense de ces pauvres gens ; tout s’est terminé au mieux de leurs intérêts. Je crois que ces mesures ont développé, une plus grande confiance dans le missionnaire et chez les païens, un désir de se convertir ». Il met ses talents d’infirmier à leurs services, en visitant des villages chrétiens et païens. Il fait approfondir le puits du presbytère « les gens du village continuèrent à venir puiser de l’eau chez moi et au début de mars, le puits était complètement à sec. Je fis alors comme les autres, j’allais chaque jour mendier un peu d’eau aux puits voisins et une fois on me laissa deux jours sans eau parce que j’avais commis le crime d’admettre quelques enfants parias dans mon école…. en avril, je me décidai à faire creuser un peu plus le puits. La Providence me vint en aide et me permit de payer la dépense ».

    En attendant de bâtir une église en l’honneur de Ste Thérèse, il aménage une petite chapelle prés du presbytère, juste assez grande pour contenir un autel et le tabernacle : une cloison s’ouvre à volonté et permet à environ 150 personnes de trouver place dans la véranda. « La pauvreté des gens m’oblige à beaucoup de tolérance et de patience à leur égard. La grâce de Dieu aidant, j’ai ramené beaucoup de familles dans le droit chemin par la simple offrande d’un habit…..il faut faire un peu de bien aux corps pour en faire aux âmes. Tel le cas d’un jeune homme qui souffrait d’une mauvaise vue et que j’ai aidé en lui payant des lunettes ». Sa plus grande joie est d’avoir baptisé plus d’une centaine de païens dés sa I ère année dans la brousse.

    Des bienfaiteurs d’Angers lui envoient une statue de  Ste Thérèse de l’Enfant Jésus « Puisse Ste Thérèse travailler beaucoup à Kolappalur ; il y a tant de païens qui demandent à se convertir, il y a tant d’œuvres et d’écoles à soutenir. Nous avons tant besoin d’une église, qu’il nous faut redoubler d’efforts pour obtenir le secours du Bon Dieu ».

    Le 18 mai 1938, Mgr Louis Tournier meurt d’un cancer à l’hôpital Ste Marthe de Bangalore ; il avait été sacré évêque en 1932, l’année de l’arrivée en Inde de Francis : c’est une rude épreuve pour lui. L’église dédiée à Ste Thérèse est enfin bénie le 23 octobre par le père Léon Béchu, vicaire capitulaire du diocèse : soirée d’apothéose avec illuminations, procession dans le village, feu d’artifice et bénédiction du St Sacrement. En 1940 Mgr Bernadotte Oubagarasamy est nommé évêque de Coimbatore : le diocèse est confié au clergé indigène ; selon le règlement d’alors des Missions Etrangères, les missionnaires sont rattachés au nouveau diocèse de Mysore auquel ont été attachées les montagnes Nilgiris. Le père Audiau est nommé curé de la paroisse du Sacré Coeur à Ootacamund.

     

     

    DIOCESE DE MYSORE (1940-1961)

     

     

    « J’ai beaucoup aimé ce poste. J’aurais désiré y rester. Mon église gothique flanquée de deux belles tours dominait la vallée de Charing Cross, tout prés du jardin botanique et du palais d’été du gouverneur de Madras. Dans l’enclos de l’église, mon beau petit presbytère me changeait un peu de l’inconfort des habitations de la plaine et le climat frais du climat tropical des plaines de Coimbatore. Je fus le pasteur de cette paroisse de juin 1940 à juin 1941 ».Un beau matin de juin, Mgr René Feuga, le nouvel évêque de Mysore arrive avec le père Paul Crayssac son vicaire général. A brûle-pourpoint il demande : « Père Francis, avez-vous un bréviaire et un parapluie ?...eh bien, vous avez l’essentiel pour descendre à Mysore, car vous êtes nommé curé de la cathédrale….J’avais 33 ans, je me plaisais pourtant bien aux Nilgiris mais il fallut obéir et le 29 juin, je dus me rendre à Mysore, avec tous mes bagages » cf  ibidem p 402 sq.

    La cathédrale de Mysore était dédiée à Ste Philomène et à St Joseph. Mgr Feuga était un grand dévot à Ste Philomène en l’honneur de laquelle il avait bâti cette belle église aux deux flèches. Pour l’embellir, le nouveau curé se procura en France des vitraux et des cloches. Il en fit un centre de pèlerinage avec la fête annuelle le 11 août et une revue bimensuelle ‘Le messager de Ste Philomène’. Il construit de nouvelles écoles pour garçons et filles, aidé par les sœurs du Bon Pasteur et du Carmel Apostolique d’Ernakulam ; son plus important succès est l’inauguration par le Maharadja de Mysore d’un collège  universitaire en 1946, dédié à Ste Philomène.

    Au mois de mai, il prend son 1er congé en France et découvre les cahiers où sa mère lui écrivait des lettres hebdomadaires qu’elle n’avait pu envoyer à cause de la guerre et de l’occupation allemande « voilà jusqu’où va l’amour maternel ; j’en ai souvent pleuré de joie et de reconnaissance ». Il l’emmène en pèlerinage à Lourdes pour leur plus grande joie «  La Sainte Vierge a du lui chuchoter, comme à Bernadette : Je ne vous promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre. En décembre, avant mon retour pour l’Inde, il me fallut la mener à l’hôpital des sœurs de St Joseph de Tarbes ; elle y mourut le 19 mars 1947, jour de St Joseph, patron de la bonne mort……. Heureux les fils qui ont le bonheur d’avoir de telles mères ! »

    En 1952, Mgr Feuga le  nomme recteur du collège Ste Philomène qui comptait 1500 étudiants et une cinquantaine de professeurs ; il est aidé par le père André Fleury, doyen de la faculté de langue anglaise et par quelques autres prêtres. Ce collège n’a que 6 ans d’existence : il faut le pourvoir de laboratoires scientifiques avec un meilleur équipement, réorganiser la bibliothèque, bâtir une cantine pour les étudiants et professeurs. Avec tact et patience, il mène la barque malgré les turbulences de la gent estudiantine « Je n’apprécierai jamais trop l’esprit de tolérance et d’ouverture des Indiens qui m’acceptèrent moi l’étranger, dans les diverses instances de l’Université ». Membre de l’université de Mysore, en 1953, il devient président du ’Xavier board for Higher studies’ en remplacement du père Jérôme D’Souza appelé à Rome au généralat des Jésuites. Il est aussi professeur de français pour le Maharadja qui entretient de bonnes relations avec la communauté chrétienne, sans oublier ses responsabilités de supérieur local des confrères ’mep’.

     

     

    RETOUR EN FRANCE  (1961-66)

     

     

    En 1961, le père Maurice Quéguiner rappelle le père Audiau à Paris ; à l’administration centrale, il s’occupe de la revue des Missions Etrangères avec le père Trivière et de la revue des Malades Missionnaires. C’est un dur déchirement de quitter l’Inde après 30 ans : aussi il aide le père Mariadas, aumônier de la communauté tamoule à Paris. En 1963, il est nommé supérieur de la procure à Lille d’où il rayonne dans les diocèses du nord de la France pour des prédications, conférences et expositions. A l’occasion du Congrès Eucharistique International de Bombay, en 1964 ses services sont demandés  pour six mois  par le cardinal Gracias ; après la fermeture de la procure de Lille en 1966, il demande à retourner en mission ; en décembre il part pour le diocèse de Penang, en Malaisie.

     

     

    MALAISIE    (1967-1974)

     

     

    L’Islam est la religion principale des Malais mais il y a des Chrétiens parmi les minorités chinoises et Indiennes. Mgr Yong, évêque de Penang envoie le père Audiau à Taiping. Il y a 2 paroisses dans cette ville, à une extrémité la paroisse chinoise, à l’autre la paroisse tamoule où le père Gauthier est curé. Le nouvel arrivant y devient deuxième vicaire « on me faisait ainsi recommencer ma vie missionnaire à 60 ans avec l’a b c des nouveaux arrivants, malgré mes 30 ans en Inde ! Quelle belle occasion pour un missionnaire de s’adapter, de se réadapter sans cesse, au gré des circonstances qui vous appellent à vivre dans un monde nouveau. Je remercie Dieu de m’avoir donné cette chance ainsi que le courage pour la réadaptation nécessaire » cf ibidem p 459. Il est plus spécialement chargé de la communauté catholique de Kuala Kangsar ; en juillet 1967, il est nommé curé de Tapah, heureux de quitter Taiping. Il succède au père Lucien Catel. Chaque semaine, il lui faut célébrer la messe dans une des plantations de thé où travaillent des Tamouls, au milieu de la forêt tropicale. Sue la montagne à Tanah Rata se trouve le maison’ mep’ où il peut jouir de la fraîcheur et refaire ses forces. La paroisse est très étendue mais elle a un excellent catéchiste Francis, formé à l’école des catéchistes de Tindivanam (Inde). Dans chaque desserte il y a un groupe actif de laïcs pour le seconder. Le père Audiau s’occupe spécialement des enfants aborigènes Sakkai qui fréquentent l’école de Tapah. Son minibus est fort utile pour l’annonce de l’Evangile par les moyens audiovisuels. « Vers la fin de 1974, le gouvernement de Malaisie refuse de me renouveler mon visa de séjour et me donne 15 jours pour quitter le pays. Malgré les insistances de Mgr Vendargon, aucune autorisation ne me fut accordée pour y rester plus longtemps ».

     

     

     

    FRANCE    (1975-2005)

     

     

    Il rentre à Paris où l’accueil des confrères lui est confié pendant 6 ans ; en 1981 à l’occasion du Congrès Eucharistique de Lourdes, il est adjoint au secrétariat général. La nostalgie de l’Inde l’habite toujours et il accepte de devenir l’aumônier de la communauté tamoule en France. De 1981 à 87, il assure la messe mensuelle à Paris et l’organise dans la banlieue et dans les villes où il y a une importante communauté ; il aide aussi les Tamouls originaires du Sri Lanka.

    En 1987, il prend sa retraite à Angers puis l’année suivante à Lauris ; le 29 juin 2002, il y célèbre son jubilé sacerdotal de platine, en présence de ses amis français et indiens ; l’homélie de la fête soulignait la fidélité de Francis à sa vocation des Missions Etrangères : la formation du clergé autochtone, l’annonce de l’Evangile aux plus pauvres, l’apostolat de la prière.

    Dieu a rappelé son fidèle serviteur dans sa  99ième année le 23 janvier 2005. Dans l’introduction à ‘Souvenirs d’Asie’ Mgr Aruldas James, archevêque de Madras s’exprimait ainsi :  « Je connais le père Audiau depuis 55 ans…….je puis dire qu’il est un zélé missionnaire au coeur débordant…..ce qui m’a frappé en lui, c’est qu’il fut avant tout préoccupé de la gloire de Dieu et du salut des âmes……il n’a jamais dit non au travail pastoral qu’on lui a demandé…….il est toujours allé à la recherche de ceux qui avaient besoin de son ministère et il ne fut jamais plus heureux que lorsqu’il pouvait les amener au Christ,dans la paix de Dieu ».

    Quittant les séminaristes de Bangalore en décembre 1935, Francis Audiau leur écrivait : « Soyez humbles et vous serez dans la vérité…..on n’est apôtre, à l’exemple du Christ, qu’en servant, qu’en se donnant, qu’en s’oubliant pour les autres dans un esprit d’humilité qui loin d’être abdication d’autorité, conquiert seul l’estime et l’affection et fait vraiment du bien ».

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3458
    • Pays : Inde
    • Année : 1932