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Georges AUBERT (1871-1933)

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    Georges-Eléosippe Aubert naquit le 25 avril 1871, à Lannes, au diocèse de Langres. Son père était l’un de ces instituteurs d’autrefois qui demeuraient persuadés que le bon accord entre le maître d’école et le curé était le meilleur moyen de fortifier l’autorité morale de l’un et de l’autre, pour le plus grand bien des enfants confiés à tous les deux. Mais de nombreuses mutations lui apprirent plus tard, sans réussir à modifier ses idées, qu’on le trouvait trop clérical. Son fils était donc à bonne école pour aspirer au sacerdoce.

     

    Au mois d’octobre 1887, il était au petit Séminaire, en troisième. Son condisciple et ami, Mgr Rozier, Directeur de l’Ami. du Clergé, rappelle en ces termes comment il y fut apprécié dès son entrée :

    « Une intelligence qui s’appliquait avec le même succès aux lettres et aux sciences, une « volonté raisonnée et persévérante, un cœur délicat sous des dehors parfois un peu sévères, « tel nous apparut dès ce temps-là Georges Aubert, et il eut vite conquis toutes les « sympathies. »

     

    Désormais, durant trois ans, Rozier et Aubert se partageront et, dans une affectueuse émulation, se disputeront les prix d’Honneur et d’Excellence. Ensemble encore, ils seront appelés par le suffrage de leurs condisciples, à bénéficier de deux billets du Pèlerinage ouvrier à Rome, en novembre 1889. Ils y assistent à la béatification solennelle de Jean-Gabriel Perboyre, missionnaire lazariste martyrisé en Chine, après douze mois d’emprisonnement. C’est à Rome, semble-t-il, devant le tombeau des Apôtres, que Georges Aubert entendit l’appel décisif à l’apostolat.

     

    Cependant pour mûrir sa vocation, il entra au grand Séminaire de Langres, et le 8 juillet 1891, il sollicitait son admission au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Sa demande était appuyée par une lettre de son Supérieur, Mgr Perriot, qui écrivait : « Je vous prie « d’admettre comme aspirant M. Georges Eléosippe Aubert, notre meilleur élève de « philosophie, et très bon sous tous les rapports. »

     

    Entré au Séminaire des Missions-Étrangères, le 7 septembre 1891, M. Georges Aubert s’y montra un excellent aspirant, donnant constamment l’exemple de la piété, de la régularité et du travail. Pendant une année il y remplit les fonctions d’infirmier, à la satisfaction de tous.

     

    Ordonné prêtre le 30 juin 1895, et destiné à la Mission du Thibet, le nouveau missionnaire s’embarqua le 15 août 1895. Après un voyage assez long, il parvint heureusement à  Tatsienlu, résidence du Vicaire Apostolique du Thibet.

     

    Cette Mission traversait alors une période fort troublée. Pendant plusieurs années, toute la région fut ravagée par des bandes de brigands, et les missionnaires ne furent pas épargnés. Cela ne devait pas refroidir l’ardeur de notre jeune apôtre. Il fit ses premières armes à Chapa, en compagnie du Père Télesphore Hiong, alors seul prêtre indigène du Thibet, et quelques mois à peine après son arrivée, le compte rendu qu’il envoie des travaux de l’année est déjà presque un bulletin de victoire. Avec une complaisance particulière, il signale l’essai de Séminaire qu’il vient de tenter, avec trois élèves, qui lui paraissent animés d’un bon esprit. Mais bientôt l’ardent ouvrier fut arrêté. Avait-il abusé de sa belle santé, ou le climat de sa nouvelle patrie exigeait-il un tribut ? On ne le sait, mais son état donna des inquiétudes à son Supérieur, Mgr. Giraudeau, qui le fit revenir auprès de lui à Tatsienlu. L’Evêque avait un double but : d’abord mieux soigner lui-même son jeune missionnaire, puis fonder près de son Evêché un petit Séminaire.

     

    À Tatsienlu M. Aubert retrouva assez rapidement ses forces ; mais la maladie laissa, semble-t-il, des traces de son passage, en accentuant chez lui cette note de sévérité que Mgr Rozier remarquait déjà dans son jeune âge. Il ne resta à Tatsienlu que le temps requis pour mettre le Séminaire en bonne voie, puis, le laissant au prêtre indigène, il alla prendre la place de celui-ci à Mosimien. Il y trouva un orphelinat fondé l’année précédente, et quelques néophytes.

     

    En 1900 la famine fit rage sur le district, et des bandes de brigands, recrutés par la misère, se répandirent partout, pillant et, saccageant ; en mars 1901, inquiet plus pour ses orphelines que pour lui-même, M. Aubert s’enfuit avec elles dans les montagnes. Ils y restèrent deux jours sans manger, pendant que les brigands ravageaient la ville. De toute la résidence de Mosimien, il ne resta plus, après leur passage, que les murailles.

     

    C’est au milieu de ces tribulations que M. Aubert eut la surprise de se voir rappelé au Séminaire de Paris, pour remplacer parmi les Directeurs, Monsieur Cottin, décédé le 31 décembre 1900.

     

    Il lui fallut donc quitter son cher Thibet, où il avait espéré travailler jusqu’à son dernier jour. Mais depuis longtemps il a appris à renoncer à ses préférences, et il sait accueillir toutes les croix pour les porter à la suite de Notre-Seigneur.

     

    Après six ans seulement d’apostolat, reprenant le chemin de la France, il y arriva dans les premiers jours de novembre 1901 ; cet arrachement lui fit au cœur une blessure qui ne guérit jamais.

     

    À Paris ou à Bièvres, M. Aubert fut chargé du cours de philosophie, ensuite des classes de droit canon et d’histoire, puis du cours de morale fondamentale. Pendant la guerre il fut mobilisé comme infirmier et remplit aussi le rôle d’interprète auprès des ouvriers chinois. Depuis 1920 il dut, par obéissance, se confiner exclusivement dans l’administration de la Société.

     

    Au début de l’an dernier, notre confrère fut atteint d’un cancer qui se déclara au-dessous de la langue. Pour essayer de le guérir, on tenta une cure de radium. Le cher malade dut se soumettre dans les premiers jours d’avril, à une opération fort pénible, qui consista à fixer sous la langue onze aiguilles contenant le précieux métal ; il dut subir ainsi un vrai martyre pendant dix longs jours... A la suite de ce traitement le cancer disparut de la langue, mais ne fut pas guéri pour autant.

     

    Le 6 novembre une forte hémorragie se produisit qui causa de sérieuses inquiétudes à tous les amis du malade. Celui qui se chargea de prévenir M. Aubert de la gravité de son état et lui parla de l’opportunité de recevoir l’Extrême-Onction, n’oubliera jamais l’expression de vive reconnaissance avec laquelle, après l’avoir tranquillement écouté, notre confrère lui serra la main pour le remercier de son charitable avertissement. Cependant un mieux survint qui fit même espérer la guérison ; puis le mal réapparut au niveau de l’épaulé.

     

    À 19 ans, pour suivre sa vocation missionnaire, Georges Aubert avait renoncé à une carrière dans le monde qu’il pouvait espérer brillante. A 30 ans, pour obéir à un nouvel appel de Dieu par la voix de ses Supérieurs, notre confrère avait délaissé l’apostolat dans les Missions. A 60 ans, il renonça à la vie pour suivre l’appel suprême. Car dès qu’il comprit que tout espoir de guérison devait être abandonné, il n’eut plus d’autre souci que de se préparer à bien mourir.

     

    Il se démit de sa charge au Conseil Central de la Société et le 1er mai, il dit adieu à la vieille maison de la rue du Bac, qui avait vu ses jeunes espérances et été témoin de sa longue résignation, pour se retirer au sanatorium des Missions-Étrangères à Montbeton.

     

    Le mal suivit son évolution normale. Dans les premiers jours de juillet, on jugea bon de lui administrer encore une fois l’Extrême-Onction.

     

    M. Aubert était d’un caractère austère et plutôt froid. Très nerveux par nature, il avait parfois une certaine difficulté à s’ex­primer, et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles son enseignement, nonobstant le soin qu’il apportait à préparer ses cours, et la solidité irréprochable de sa doctrine, ne fut pas toujours goûté de ses élèves. Par ailleurs, il semble qu’il y ait eu chez lui un fond de timidité qu’il ne réussit jamais à vaincre, le rendit très réservé et habituellement peu causeur. Et pourtant, lorsque dans un moment de bonne humeur, il consentait à sortir de sa réserve coutumière, quel plaisir pour tous ! les réflexions joyeuses, les répliques pleines d’à-propos, les bons mots toujours spirituels jaillissaient d’abondance de ses lèvres, et faisaient la joie de ses auditeurs. Il n’était plus le même homme et l’on eut voulu que ces belles éclaircies durassent toujours, et pour son bonheur et pour le nôtre. Sa piété n’eut d’égale que sa modestie.

     

    Le bon Dieu a rappelé à Lui son bon serviteur le 13 juillet 1933, et le surlendemain samedi, on déposait pieusement sa dépouille mortelle dans le cimetière du sanatorium, où dorment de leur dernier sommeil tant de vétérans de l’apostolat.

    « Beati mortui qui in Domino moriuntur. »

     

     

    • Numéro : 2174
    • Pays : Chine
    • Année : 1895