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Victor AUBERT (1866-1942)

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    Victor-Jean Aubert naquit le 1er août 1866 à Saint-Cornier-des-Landes, jolie bourgade située entre Flers et Tinchebray, département de l’Orne. Ses parents étaient des cultivateurs aisés et profondément chrétiens. Des quatre enfants, deux garçons et deux filles, venus prendre place au foyer, deux se sont consacrés à Dieu : le missionnaire et l’une de ses sœurs qui, entrée au monastère des Bénédictines à Caen, passa plus tard aux Etats-Unis, et fut jusqu’à la mort de notre confrère sa fidèle et dévouée correspondante. Les deux autres sont demeurés au village natal, y ont fait souche et continuent à garder fidèlement, eux et leurs enfants, les traditions familiales de foi, de dignité de vie et de travail.

     

    Victor se fit remarquer de bonne heure par sa piété, son caractère ouvert, et un goût pour l’étude que favorisaient des dons plus qu’ordinaires d’intelligence et de mémoire. Le curé de la paroisse ayant discerné chez son petit servant de messe des marques sérieuses de vocation sacerdotale, se chargea de lui donner les premières leçons de latin, puis il l’envoya continuer ses études au petit séminaire du diocèse.

     

    Durant son séjour dans cet établissement, le jeune homme vit s’affermir de plus en plus son désir d’être prêtre ; et il sentit naître et croître en son âme celui de devenir missionnaire aux pays lointains. Il pria, réfléchit, consulta son directeur et, assuré enfin de répondre à l’appel de Dieu, demanda et obtint, les humanités terminées, son admission au Séminaire de la rue du Bac.

     

    Aspirant, il se classa, au témoignage de ceux qui le connurent alors, parmi les mieux doués, les plus réguliers, les meilleurs. Prêtre le 28 septembre 1890, il fit partie d’un groupe de douze partants qui s’embarquèrent pour l’Extrême-Orient le 26 novembre de la même année. Quatre d’entre eux étaient destinés au Tonkin occidental : lui-même, M. Vallot rentré en France après 1900, M. Duhamel mort en 1912 et M. Tardy, l’ami de cœur de M. Aubert, qu’il a précédé au ciel de deux années à peine. Après s’être initié dans notre communauté de Ke-so, puis au presbytère de Ke-sèt, aux premiers éléments de la langue annamite, le jeune missionnaire fut envoyé par Mgr Puginier dans le district religieux qui comprenait alors toute la région située entre Hanoï et le bac Mai-linh, le cours supérieur du Dai et le Fleuve Rouge, district composé en majeure partie de nouveaux chrétiens et placé sous la direction de M. Le Page, ancien zouave pontifical devenu l’un de nos zélés convertisseurs.

     

    Ce fut dans cette même partie du Vicariat que se déroula toute la carrière apostolique de M. Aubert, d’abord comme auxiliaire de M. Le Page, puis comme curé de Phung-khoang Hadong et vicaire forain. Lorsqu’il en prit la direction, le district comprenait cinq quasi-paroisses avec un total d’environ 6.000 catholiques. On y compte aujourd’hui huit quasi-paroisses, trois annexes et 16.000 fidèles. L’actif missionnaire a entrepris et mené à bien la construction de trois grandes églises, sans compter de nombreuses chapelles et catéchuménats.

     

    Avec le zèle pour la maison matérielle de Dieu, il eut celui de l’édifice spirituel, c’est-à-dire de l’instruction et de la sanctification de son troupeau. On le vit, tant que l’âge et la santé le lui permirent, et souvent en dépit de graves infirmités, donner régulièrement, pendant une bonne partie de l’année, missions et retraites, tantôt dans les chefs-lieux des paroisses, tantôt et le plus souvent, dans les stations de nouveaux chrétiens. Il n’épargna jamais sa peine pour prêcher, confesser, catéchiser les enfants, soulager les misères physiques et morales, et même prendre en main, quand il le fallait, la défense des intérêts temporels de ses ouailles.

     

    Connaissant bien la langue annamite, la parlant avec beaucoup d’aisance, très au courant aussi des us, coutumes et lois du pays ; de plus, d’une régularité et d’une dignité de conduite parfaites, en même temps que rempli d’affection sincère et de dévouement envers la population, il s’acquit une grande influence non seulement sur les prêtres, catéchistes et fidèles, mais encore près des non-catholiques et des autorités, tant françaises qu’annamites de la province de Hadong. Tous ses Supérieurs eurent M. Aubert en particulière estime pour son bon esprit, sa franchise et la rectitude de son jugement. Mgr Gendreau le nomma membre de son Conseil et provicaire. Mgr Chaize lui témoigna la même confiance et n’accepta sa démission de provicaire qu’en raison de son état de santé et de ses instances réitérées.

     

    Les cinq ou six dernières années de sa vie, en effet, notre confrère se vit astreint, par l’aggravation, de vieilles douleurs rhumatismales et autres infirmités, à mener une vie quasi-sédentaire, souvent même à garder la chambre. Incapable de vaquer, comme autrefois, aux travaux extérieurs du ministère apostolique, il continua cependant, jusqu’à l’extrême limite de ses forces, à s’occuper activement des intérêts temporels et spirituels des catholiques de la province, à s’entremettre en leur faveur près des autorités, à faire bénéficier de sa longue expérience tous ceux, prêtres, catéchistes, fidèles, qui, nombreux, avaient recours à ses conseils.

     

    Cependant, l’état du cher malade ne cessait de s’aggraver. A plusieurs reprises il dut se faire hospitaliser à la clinique des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, à Hanoï, et ce fut durant l’un de ces séjours à la clinique, le 28 septembre, qu’il eut le bonheur d’apprendre qu’à l’occasion du cinquantenaire de son ordination sacerdotale, le St-Père daignait lui accorder une bénédiction spéciale.

     

    Un mieux relatif se produisit ensuite qui permit à M. Aubert de regagner, une fois encore, son presbytère de Hadong, où, d’ailleurs, l’entouraient des soins les plus dévoués le médecin provincial, son jeune vicaire M. Simonnet, et les Religieuses Amantes de la Croix. Rien n’y fit. Dans le courant de 1941, de nouvelles crises survinrent, accompagnées d’inquiétantes syncopes. Vers la fin de l’année, on dut le ramener à la clinique St-Paul, où il acheva, le soir du 3 février 1942, dans toute la sérénité d’une âme vraiment sacerdotale, une vie de travail et de souffrances, entièrement consacrée au bien des âmes et à l’extension du règne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

     

     

    • Numéro : 1927
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1890