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Louis ASSERAY (1872-1944)

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    C’est au pays d’Anjou, à Chemillé, que naquit le 21 juin 1872 Louis-Auguste Asseray. Après avoir étudié chez son curé les premiers éléments de latin, il fut admis en cinquième au petit séminaire de Beaupréau en octobre 1887. Il y fut un élève studieux et obéissant, et mérita la confiance de ses maîtres qui lui confièrent la charge de sacristain. En 1892, il entrait au grand séminaire d’Angers, dirigé par les prêtres de St-Sulpice. Il y resta trois ans, jusqu’au sous-diaconat, et garda toujours un excellent souvenir de la bonne formation que ces Directeurs émérites ont le talent particulier de donner aux jeunes clercs. Pendant de longues années, il resta en correspondance avec plusieurs d’entre eux, et tout spécialement avec M. Letourneau, qui lui envoya ses ouvrages de spiritualité. En 1895 il entra au Séminaire des Missions-Étrangères, où il ne passa qu’une année. Ordonné prêtre le 27 septembre 1896, il reçut sa destination pour la Cochinchine orientale.

     

    Arrivé à Quinhon en décembre de cette même année, il fut placé à l’orphelinat de Gothi, pour commencer l’étude de la langue annamite. Mais deux mois après, M. Van Camelbeke, sur la demande de M. Vialleton, provicaire et supérieur à Kontum, le destinait à la mission des Bahnars. Ce fut avec joie, et le cœur plein d’espérance que le jeune missionnaire se rendit vers le nouveau champ d’apostolat que Dieu lui avait réservé. Robai fut son premier poste où il put parfaire ses connaissances de l’annamite ; puis son supérieur l’envoya à Kon Money sous la direction du vaillant M. Jannin pour apprendre le bahnar. En juin 1898 il était nommé curé de Kon Money, en remplacement de M. Jannin, transféré à Kon Kotu, pour s’occuper des villages bahnars jolongs qui venaient de se convertir. A cette époque, les conversions devenaient de plus en plus nombreuses, surtout dans les tribus jolong et rongao.

     

    Quoique d’une santé peu brillante, le nouveau pasteur se mit résolument à instruire ses catéchumènes. La tâche n’est pas facile, quand il s’agit de transformer l’âme encore païenne de ces pauvres moys, pour en faire des chrétiens. Trois ans après, il tomba malade, et fut obligé d’aller se reposer au sanatorium de Hong-Kong pendant quelques mois.

     

    En 1903, lorsque Mgr Grangeon, alors nouveau Vicaire apostolique de Quinhon, vint visiter sa mission bahnar, il crut bon de nommer M. Asseray directeur du grand séminaire, craignant que sa faible santé l’empêchât de faire feu qui dure chez les Moys. Dès que notre confrère eut connu l’intention de son supérieur, il supplia M. Vialleton d’intercéder auprès de Son Excellence pour rester chez les Bahnars : il obtint gain de cause, et tout joyeux, reprit son ministère auprès de ses néophytes.

     

    En 1908, des jours d’épreuve menaçaient la Mission des Bahnars. On venait d’envoyer à Kontum le premier administrateur, qui se montra immédiatement hostile à l’œuvre des missionnaires ; il se mit à battre en brèche leur influence auprès des populations moys. Ce fonctionnaire haineux employa tous les moyens pour essayer de faire apostasier les nombreux chrétiens, à la foi encore faible ; et M. Asseray eut la douleur de voir son village central retourner en grande partie à ses anciennes superstitions. Il en eut le cœur brisé, ne cessant de répéter pour eux la prière du Christ sur la croix : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Quelques années avant sa mort, il eut la consolation de constater le retour au bercail de la plupart de ces brebis égarées. Mais qui pourra dire le nombre d’heures que passa le pasteur au pied du Saint-Sacrement, pleurant et suppliant le Divin Maître pour ses enfants redevenus les esclaves de satan.

     

    En 1915 le Bon Dieu permit une épreuve d’un autre genre. La France était en guerre avec l’Allemagne, le missionnaire fut appelé en Annam pour se présenter devant le conseil de réforme. Pendant qu’il s’acheminait vers Quinhon, un incendie, causé par l’imprudence d’une famille de Kon Money, détruisait 40 maisons de ce village avec la belle église et le presbytère que M. Jannin y avait construits. Ses serviteurs, affolés, ne purent sauver que son calice et quelques ornements. Il accepta cette épreuve avec résignation, et à son retour il fit une maison provisoire qui devait servir de chapelle et d’habitation pendant plusieurs années. Grâce à ses relations épistolaires, il reçut bientôt de France et d’Amérique les premiers dons lui permettant d’entreprendre la reconstruction d’une nouvelle église et d’un presbytère dont les plans furent établis par M. Jannin, architecte de talent.

     

    Mais que de soucis et de fatigues pour réaliser ses desseins. Souvent il revenait le soir dans sa petite maison moy brisé par le dur travail de la journée. Enfin, le 11 novembre 1918, l’église et le presbytère étaient debout ; encore quelques mois, et il pourrait habiter sa nouvelle demeure. Toutes ces préoccupations jointes aux autres ennuis de la vie missionnaire, avaient de nouveau ébranlé sa santé. Aussi, au début de 1920, son supérieur, voulant conserver une vie si précieuse, l’envoya se reposer à Quinhon où il pouvait consulter le praticien de l’endroit. Le médecin, après avoir essayé quelques remèdes sans résultat appréciable, reconnut qu’un retour au pays natal était nécessaire. Mgr Grangeon accepta aussitôt la proposition et M. Asseray s’embarqua pour Marseille en avril 1920. Ce n’est qu’après dix-huit mois environ de séjour en France qu’un mieux sensible fut constaté. Il demanda alors à ses supérieurs la permission de repartir en mission, car il avait hâte de regagner Kontum, sachant que là-bas les ouvriers étaient peu nombreux et le travail surabondant. Sur la fin de l’année 1922, il débarquait à Quinhon, et quelques jours après arrivait à Kontum, heureux de retrouver ses sauvages qui fêtèrent grandiosement son retour parmi eux. Il se remit courageusement à l’œuvre ; mais les voyages à pied lui devenaient de plus en plus pénibles. Malgré tout, il continuait à visiter les chrétientés de son district, et put tenir ainsi jusqu’en 1936. A cette époque M. Asseray était à bout de forces. Le médecin de Kontum lui conseilla fortement de rentrer en France, et de faire quelques cures thermales qui amélioreraient son état de santé. C’est ainsi qu’il prit pour la seconde fois le chemin de la mère patrie. Il y consulta plusieurs spécialistes, suivit divers traitements qui ne produisirent pas grand effet. Il prit le parti de retourner en mission, sinon pour y mener la vie du missionnaire actif, du moins pour y souffrir et mourir. Marchant difficilement, il lui devenait impossible de reprendre la direction de son ancien district. Mgr Jannin le nomma directeur spirituel à l’Ecole apostolique. C’est là qu’il vécut les six dernières années de sa vie, se donnant de tout cœur à son nouveau travail de formation spirituelle des petits séminaristes, par la parole et par l’exemple, car M. Asseray a toujours gardé ses habitudes de piété profonde acquises au séminaire. Il passait une bonne partie de ses journées devant le tabernacle, où il aimait à réciter son bréviaire et à dire son rosaire. Vers la fin de sa vie, paralysé des jambes, il lui fut impossible de célébrer la sainte messe et d’aller faire sa visite au Saint-Sacrement. Il se fit transporter chaque matin à la chapelle pour pouvoir assister au saint-sacrifice et communier.

     

    Au début de mars 1944, la faiblesse devint extrême. Il demanda alors à recevoir les derniers sacrements. Ils lui furent administrés en présence de ses confrères et des élèves de l’Ecole apostolique qui, la cérémonie terminée, chantèrent, sur son désir, le cantique à la Sainte-Vierge : « Je mets ma confiance, Vierge sainte, en votre secours. » Quelques jours plus tard, le 21 mars, après une paisible agonie, notre cher confrère s’endormait dans le Seigneur, en pressant sur son cœur le crucifix de son chapelet. Il avait 72 ans, dont 48 de sacerdoce. Les obsèques, auxquelles assistaient un grand nombre de chrétiens, eurent lieu le surlendemain, présidées par Mgr Sion, entouré des missionnaires français, de prêtres annamites et bahnars. Il repose au cimetière de la Mission, attendant le jour de la résurrection et du triomphe des saints apôtres.

     

     

    • Numéro : 2262
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1896