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Maximilien ARNOULX DE PIREY (1867-1932)

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    M. Maximilien de Pirey, le Père Max, comme on l’appelait familièrement pour le distinguer de sonfrère, Henri, aujourd’hui encore missionnaire à Hué, naquit à Maizières au diocèse de Besançon. Il était le cinquième d’une famille de quatorze enfants. Un oncle maternel, le Père Jean de Longeville, était gardien du Couvent des Capucins de Besançon. Presque tous ses frères et beaux-frères devinrent officiers, c’était cependant dans la noblesse de robe que la famille Arnoulx avait été admise par le roi Louis XIV. Les de Pirey quittèrent donc la toge pour prendre l’épée ; cette épée ils la portèrent vaillamment, et en Indo-Chine à l’épo­que de la conquête, et en France lors de la grande guerre.

    Du grand Séminaire de Saint-Sulpiceoù il commença ses études théologiques, l’abbé Maximilien passa à celui des Missions-Etrangères. Ordonné prêtre le 21 février 1891 il partit le 15 avril pour la Mission de Cochinchine Septentrionale. Dès son arrivée ­en Annam il fut envoyé à Tam-Toà, près de Dong-Hoi, chef-lieu de la province de Quang-Binh, pour y apprendre la langue et se former aux usages du pays sous la direction de M. Bonin. Tam-Toà était alors une chrétienté de fondation récente, uniquement formée de rescapés des massacres de 1885. Le jeune Père malheureusement ne put rester longtemps à si bonne école, dès l’année suivante il fut à son grand regret nommé professeur de philosophie au petit Séminaire d’An-Ninh. C’était dans l’enclos de ce Séminaire que les chrétiens de la région s’étaient réfugiés quelques années auparavant à l’époque des massacres ; sous la direction M. Girard, ils y avaient soutenu un siège de quatre semaines, siège qui ne fut levé que par l’arrivée d’une compagnie de soldats français.

    Quoique le Père Max eut peu de goût pour le professorat il resta cependant à An-Ninh jusqu’au commencement de l’année 1898, époque où il fut envoyé à Van-Thiên ; le pays qu’il allait habiter était très beau, mais aussi très fiévreux. Il trouvait là, comme auxiliaire, son frère Henri arrivé en Mission depuis près d’un an. Sous la direction l’un de l’autre, ou plutôt en simple collaboration l’un avec l’autre, ils allaient pendant plusieurs années évangéliser ce district vaste, pénible et dangereux, car cette région de petites collines boisées était infestée de fauves et, une fois entre autres, les Pères Max et Henri faillirent être victimes de leur dévouement en voulant délivrer le pays d’un énorme tigre qui avait déjà dévoré plusieurs personnes. A Van-Thiên les deux frères surent joindre des travaux d’ordre matériel au minis-tère spirituel. L’église de la chrétienté commencée depuis peu par M. Izarn fut terminée et dotée d’un joli clocher. Cette église, quoique de proportions modestes, est élégante et fait bonne figure à côté des plus belles de la Mission.

    En 1906, le mauvais état de sa santé contraignit notre confrère à partir pour la France, il y resta jusqu’au printemps 1908. A son retour en Annam, Mgr Allys ne voulut point lui permettre de retourner à Van-Thiên, pays insalubre où il ne tarderait pas à retomber malade. Son Excellence lui confia le poste d’An-Lông près de la citadelle de Quang-Tri. Là, l’air était plus sain, le travail moins fatigant, et en cas de maladie il serait facile de consulter les médecins européens. Ce fut cependant très dur pour le Père Max de quitter Van-Thiên, district qui lui était d’autant plus cher que pendant longtemps il s’y était dépensé corps et âme ; mais, homme de devoir avant tout, il partit pour An-Lông où bientôt il eut la consolation de voir son frère venir s’installer près de lui. Pendant quelques années encore tous deux purent travailler ensemble, comme ils l’avaient fait à Van-Thiên. En 1918 la séparation devait être définitive ; le Père Henri fut alors nommé vicaire forain de la province de Quang-Binh et, comme tel, dut résider à Tam-Toà, chrétienté dans laquelle son frère avait, 25 ans auparavant, vécu sa première année de Mission.

    A An-Lông comme à Van-Thiên le Père Max fut d’une activité dévorante dans tous les domaines. Les comptes rendus de cette époque signalaient les nombreux baptêmes d’adultes qu’il fit dans ses diverses chrétientés. A la suite de multiples conversions il fonda le nouveau poste de Linh-Yên, devenu depuis district indépendant. Il reconstruisit l’église d’An-Lông, la couronnant d’un clocher élancé. Puis ce fut le tour du presbytère qu’il refit complètement en l’agrandissant. Entre temps, aidé d’un vicaire annamite, il s’occupait avec zèle de la vie spirituelle de ses chrétiens et méritait cet éloge de son évêque : « La paroisse d’An-Lông est « une des meilleures du Dinh-Cat, les adultes s’y confessent en moyenne cinq fois par an et « les enfants sont fort bien instruits. » Si le Père Max était aux petits soins pour soutenir et développer la ferveur de ses chrétiens, cela ne l’empêchait cependant pas de leur rendre de grands services d’un autre genre. On le rencontrait souvent, sur les routes, par tous les temps et à toute heure. Il allait, monté sur sa bicyclette, la compagne inséparable de sa vie de missionnaire, coiffé de son légendaire salako, portant en bandoulière une sacoche noire. Cette sacoche, un véritable magasin, contenait de tout, en particulier, une blague à tabac de taille respectable, que les confrères appelaient plaisamment « l’arche de Noé », tant elle renfermait de menus objets de tout genre pour parer à toutes les éventualités. Ainsi harnaché le Père pédalait vivement, car il avait toujours quelque affaire urgente à traiter. Il se rendait d’ordi-naire chez le préfet annamite     ou chez le résident de France, pour quelque histoire à régler en faveur de ses chrétiens, quelque injustice à faire réparer, quelque cause désespérée à soutenir dans la mesure du possible.

    Notre confrère rêvait de finir sa vie à An-Lông au milieu de ses chrétiens qu’il aimait tant, rnais en 1924 un district des envi­rons de Hué, réclamant un titulaire doué de qualités exceptionelIes, devint vacant. Mgr Allys n’hésita pas à faire de nouveau appel à la bonne volonté de ce missionnaire si dévoué ; M. Max de Pirey se mit entièrement à la disposition de son évêque, et se rendit de suite à Lai-An. Là, plus de chrétiens de vieille souche, rien que des néophytes et beaucoup d’âmes à sauver, des âmes qui réclamaient la présence d’un prêtre zélé, cela lui suffisait.

    A Lai-An notre confrère travailla comme il avait travaillé à Van-Thiên et à An-Lông sans ménager ses forces. Les mille difficultés qu’il eut à surmonter, les soucis qui l’accablaient tous les jours, les travaux auxquels il se livra sans ménagement achevèrent rapidement de ruiner sa santé. Vers la fin de juin 1931il était complètement affaibli. Les médecins voulurent cependant tenter une dernière chance de salut et l’envoyèrent en France. A bout de forces il se résigna, encore fallut-il user de diplomatie pour l’y décider. Hélas ! il était trop tard ; son organisme ruiné par les fièvres, les entérites et les congestions du foie ne put réagir sous l’influence des soins qui lui furent donnés dans sa famille, avec quel dévouement et quelle affection cependant ! Quelques mois à peine après son arrivée à Marseille, celui qui avait consolé tant de misères et assisté tant de moribonds s’éteignait au milieu de ses frères et sœurs le 9 avril 1932. Une chose1ui fut particulièrement pénible, lui-même en fit part au prêtre qui l’assistait à ses derniers moments, ce fut de n’avoir pas pu retourner dans sa Mission pour y rendre son âme à Dieu.

    Le bon Père Max est mort comme il a vécu, bien humblement, sans bruit, sans attirer sur lui l’attention de qui que ce soit, alors qu’il avait tout droit de le faire. Cette mort si simple et si édifiante sera loin d’étonner ceux qui ont eu le bonheur de connaître ce vaillant missionnaire. Si l’on peut être surpris d’une chose, c’est que cet homme toujours malade ait pu vivre si longtemps et faire tant de travail, étant donné le peu de cas qu’il faisait de sa santé et le peu de soin qu’il prenait de lui-même.

    La note caractéristique de sa vie apostolique est que partout et toujours il a cherché à rendre service aux autres, sans faire acception de personne. Il était en effet le dévouement et la charité même, toujours prêt à assister quiconque recourait à lui, dans quelque domaine que ce fût. Jamais il n’a su opposer un refus, et ce qu’il faisait pour les autres, il le faisait avec autant de soin que si c’eût été pour lui-même. Cette charité toujours en exercice se manifestait encore par les secours qu’il distribuait sans compter, de tout côté, de toute manière. Aussi prodigue de son argent que de sa santé, il ne tenait aucun compte de ce qui lui était nécessaire, il se privait de tout pour pouvoir donner ce qu’on lui demandait, et comme on connaissait son bon cœur, les demandes étaient nombreuses, plus nombreuses que discrètes. Souvent le Père Procureur, chargé de tenir les comptes de tous les missionnaires, faisait les gros yeux et affirmait que la fois suivante il serait obligé de lui refuser tout subside ; ce n’était que vaines menaces, comment aurait-il pu agir si rigoureusement avec le bon Père Max ? Cet apôtre au cœur si généreux se dépouillait lui-même pour aider les autres, à tel point que né d’une famille aisée il est mort très pauvre.

    Les obsèques de notre regretté missionnaire ont eu lieu dans sa paroisse natale, à Scey-en-Varais. Une assistance nombreuse remplissait la grande église où fut célébré le service funèbre. Les Missions-Étrangères étaient représentées par M. Lefèvre, professeur au Séminaire qui, avant l’absoute, retraça la vie de ce vaillant missionnaire, son ancien confrère en Annam. Le R. P. Alfred, des Frères Mineurs Capucins du couvent de Besançon, rendit par sa présence un dernier hommage au digne neveu du Père Jean de Longeville. Et maintenant l’heure de la récompense a sonné ; affamés morts si nombreux sur les chemins d’An-Ninh en 1897, fiévreux de Van-Thiên, miséreux d’An-Lông, néophytes de Lai-An, orphelins de la Sainte-Enfance rachetés et baptisés par le regretté défunt, tous se pressent aujourd’hui autour de cet apôtre au cœur si généreux. Recevez, cher Père Max, cette couronne que vous avez si bien méritée, « intra in gaudium Domini tui ».

    • Numéro : 1946
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1891