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Ferdinand ARNAUD (1878-1948)

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    M. Arnaud naquit le 16 décembre 1878 à Châteauroux, au diocèse de Bourges. Son enfance se passa à Paris où ses parents s’étaient fixés ; il fut d’abord élève de la Maîtrise de Notre-Dame, puis de Saint-Nicolas du Chardonnet, et enfin de Saint-Sulpice.

     

    Il perdit son père prématurément ; son frère et sa sœur moururent jeunes. Aussi, en entrant aux Missions-Étrangères, son sacrifice fut-il spécialement méritoire de laisser sa mère seule à la maison ; mais Jésus n’a-t-il pas promis de récompenser au centuple celui qui, pour son amour, quitterait son père et sa mère, ses frères et sœurs ? Ordonné prêtre le 26 juin 1904, il fut envoyé à la Mission de Suifu, en Chine, où, il travailla durant cinq années jusqu’à l’érection de la Mission du Kien-tchang, en 1910. C’était une excellente recrue pour M. de Guébriant, qui à cette époque-là jetait dans ces montagnes perdues du Kien-tchang la semence de la foi et les germes d’une Eglise nouvelle. Le jeune missionnaire, doué d’une intelligence exceptionnelle, était aussi une valeur sportive, ce qui en faisait l’élu choisi pour la dure Mission naissante. M. de Guébriant voua à son jeune compagnon une affection et une confiance qui ne se démentirent jamais.

     

    M. Arnaud se trouva tout de suite à l’aise dans son difficile champ d’apostolat, et accepta joyeusement le pénible genre de vie qui désormais devait être le sien : pas de résidence fixe ou presbytère de fortune, vie errante, voyages continuels et fatigants, voire dangereux... Lorsqu’en 1910, le Kien-tchang fut érigé en Vicariat apostolique, avec Mgr de Guébriant comme Supérieur, il fut loisible à tous les missionnaires de choisir entre la nouvelle Mission et celle de Suifu. M. Arnaud fut le premier à proclamer sa fidélité au Kien-tchang, et tous les autres confrères qui travaillaient déjà dans cette région l’imitèrent.

     

    Bientôt après, le cas de conscience qui, avant son départ, faillit entraver sa vocation, se présenta à lui de nouveau, plus grave et plus délicat. Sa mère avait vieilli et se trouvait sans ressources ; son devoir n’était-il pas de retourner auprès d’elle ?... « Reste dans ta Mission ; le Kien-tchang a besoin de toi », lui répondit la vaillante chrétienne ! Et il resta. Des liens très chers, en effet, l’attachaient désormais à ce champ d’apostolat. Dans tous les districts où il passait au cours de ses nombreux voyages, dans les montagnes, partout, il rencontrait des sauvages Lolos, et dès le premier contact avec ces populations, la sympathie fut réelle et vive de part et d’autre.

     

    Il était alors curé de Foulin, à huit étapes au nord de Sichang, lorsque éclata la révolution de 1911. Les esprits au lointain Kien-tchang étaient eux aussi agités et la vie des missionnaires en danger. M. Arnaud se réfugia chez ses amis les Lolos, et y resta jusqu’à la fin de la tourmente. Jamais il n’oublia leur bonne et loyale hospitalité.

     

    Durant la guerre de 1914-1918, il se dépensa infatigablement au service des âmes. Il restait seul avec son Vicaire apostolique et deux prêtres chinois, les autres missionnaires mobilisables ayant été appelés à Pékin. Leur départ était une grande épreuve pour la Mission naissante, et pour éviter une catastrophe, il ne fallait pas que les chrétiens et surtout les païens s’aperçussent trop de leur absence. M. Arnaud multiplie ses déplacements et, malgré une santé déjà fragile, visita tour à tour, et rapidement, toutes les stations de la Mission du nord au sud, et ainsi on ne s’aperçut pas de la disparition des confrères mobilisés.

     

    De 1917 à 1923, il fut Supérieur du petit séminaire de la Mission, sa pensée se reportait souvent vers ses chers Lolos ; aussi avec quelle joie reçut-il sa nomination de chef du district de Ouitchen.

     

    Ouitchen est un haut plateau d’environ 3.000 mètres d’altitude, aux confins du royaume lamaïque de Mouly. Les montagnes environnantes sont peuplées de Lolos. C’est au milieu d’eux qu’il poursuivit l’étude de leur langue, de leur littérature et de leurs coutumes. Il alla ensuite se perfectionner à Mienlin, autre centre important chez les Lolos. La vie de M. Arnaud est une véritable épopée, tant elle fut fertile en aventure au cours de ses nombreuses randonnées. Traversant un jour un torrent en forte crue, il perdit pied, et quoique habile nageur, il fût emporté par les eaux bouillonnantes. Un riverain, qui pouvait facilement lui tendre la perche, resta insensible aux appels pathétiques du missionnaire en péril. Fort heureusement, il put s’accrocher à une branche d’arbre : c’était le salut. Dès qu’il fut remonté sur la berge, il alla complimenter le peu charitable paysan : « Tu voyais que j’allais me noyer, lui dit-il, et tu n’as rien fait pour me secourir ! » — Et ce paysan de répondre : « Je ne voulais pas disputer sa proie au Génie du torrent de peur de l’offenser et de m’attirer sa vengeance. »…

     

    Au cours d’une tournée chez ses chrétiens, dans la région troublée de Yenpien, il arriva dans une bourgade envahie par les Lolos. Les habitants, ligotés, allaient être emmenés en captivité, et les torches étaient allumées pour incendier le village. Courageusement et n’écoutant que sa charité, il alla, au risque de sa vie, trouver le chef barbare et le supplia d’épargner gens et maisons. Chose inouïe, le village ne subit pas de destruction et les prisonniers furent relâchés. De tels gestes lui valurent l’affection reconnaissante de ces pauvres gens et l’admiration de tout le monde.

     

    C’est à Mienlin, en 1931, qu’il faillit mourir. Un confrère, passant par hasard chez lui, le trouva très malade. Il le fit transporter à Sichang, où les bons soins qui lui furent prodigués, le remirent sur pied et lui permirent de vivre encore dix-huit années. Son temps était consacré au saint ministère auprès des élèves catéchistes, des religieuses et surtout à ses travaux de linguistique qui lui valurent les très chaleureuses félicitations du Généralissime Tsiang-Kai-Shek, lors de son passage à Sichang, en octobre 1945. Quelques jours avant sa mort, il déclarait que dix années lui seraient encore nécessaires pour y mettre la dernière main ; mais, miné par la phtisie, il s’éteignit saintement le 9 janvier 1948.

     

    Son départ laisse un grand vide dans la Mission du Kien-tchang. Son exemple et aussi ses œuvres, chefs-d’œuvre de science et d’érudition, sont une précieuse richesse pour les futurs apôtres au pays Lolo.

     

    • Numéro : 2793
    • Pays : Chine
    • Année : 1904