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Germain ARMANGE (1903-1980)

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    Enfance et jeunesse

     

    Germain Armange naquit à Lorient le 25 mai 1903 dans une famille très religieuse. Il était le troisième des sept enfants que devait compter ce foyer. Il commença ses études au collège Saint-Louis de Lorient de 1910 à 1915. Au décès de son père en 1915, le chanoine Tubé qui était cousin germain de sa mère conseilla vivement à la famille de venir s’installer à Vannes, sans doute pour faciliter l’éducation des enfants. A Vannes, Germain Armange poursuivit ses études au collège Saint-François-Xavier tenu par les Pères Jésuites. Pour une raison que nous ignorons, il les termina au petit séminaire de Vannes (1918-1922). Qu’il soit entré au petit séminaire de Vannes nous indique que mûrissait déjà en lui la vocation au sacerdoce. C’est pourquoi nous le retrouvons au grand séminaire de Vannes à la rentrée d’octobre 1921.

     

    Dès cette époque – ou à peu près – il était déjà en relation avec les Missions Etrangères par l’entremise du recruteur de l’époque, le P. Depierre. Tout en continuant ses études au grand séminaire, il ne perdait pas de vue son « projet » missionnaire. C’est pourquoi le 25 février 1924, il adressait sa demande d’admission à Mgr de Guébriant, Supérieur général, après avoir obtenu, écrit-il dans cette lettre, « l’autorisation de mon directeur et de ma mère ». Il demandait même à entrer le plus tôt possible. Le Supérieur du grand séminaire consulté donna une appréciation favorable qui se terminait par cette petite note : « Nous ne lui avons jamais reproché qu’un peu d’originalité. Mais cela même peut être une qualité parfois pour un missionnaire. »

     

    De fait il fut admis sans difficulté et le 11 mars 1924, il entrait au séminaire de la rue du Bac. Quelques semaines plus tard, il partait pour accomplir son service militaire d’un an. Rentré au séminaire en mai 1925, il poursuivit ses études. Il dut malheureusement les interrompre pour un séjour de 3 ans au sanatorium de Durtol dans le Puy-de-Dôme. Ce gros accident explique que sa santé resta, par la suite, toujours fragile. Ordonné prêtre le 29 juin 1931, il reçut le soir même sa destination pour le Cambodge. Ce n’est pas le lieu de parler longuement de l’histoire religieuse du Cambodge. Disons simplement, pour une meilleure intelligence du récit, qu’il y avait au Cambodge trois groupes de chrétiens : des Viêtnamiens immigrés depuis longtemps, les plus nombreux, des Chinois eux aussi immigrés et des Cambodgiens au nombre d’environ 4 ou 5.000. La religion officielle au Cambodge était le bouddhisme, mais un bouddhisme très tolérant ; les bonzes étaient très nombreux et les conversions, du bouddhisme au catholicisme, peu fréquentes.

     

    Le 7 septembre 1931, le jeune P. Armange quittait la France. Arrivé dans sa mission au bout d’un mois de voyage environ, il fut accueilli à bras ouverts par les confrères et son évêque, Mgr Hergott. Peu de temps après, il fut envoyé à Battambang pour s’initier à la langue cambodgienne sous la direction du P. Gâtelet. Plein d’ardeur, il se mit à l’étude de cet idiome avec courage et de tout cœur et fit de rapides progrès, tant et si bien qu’au bout de quelques mois il put remplacer le P. Gâtelet pendant son congé en France. Dans le compte rendu de 1932, Mgr Hergott écrit : « A Battambang, M. Armange fait ses premières armes avec l’ardeur d’un jeune pionnier qui craint de mourir avant d’avoir rempli sa tâche. » Il visite les chrétientés secondaires et s’occupe aussi du « matériel » car il trouve moyen en quelques mois d’ériger deux modestes chapelles.

     

    Au retour du P. Gâtelet en 1933, le P. Armange est parfaitement « rodé ». Aussi accepte-t-il de bon cœur de quitter Battambang et d’aller à 60 km de là organiser un nouveau district dont le centre serait la grosse localité de Mongkolborey, non loin de la frontière du Siam. C’est vraiment un secteur de « brousse ». Il existe bien 2 ou 3 petits groupes de chrétiens, notamment à Chom-Nom. Mais le plan du P. Armange est de prendre pied à Mongkolborey et de s’y installer. En attendant, il établit ses « pénates » à Chom-Nom, à 12 km du centre : installation très sommaire, dans une case qui ressemble plutôt à une hutte. Tout de suite il se met à l’ouvrage et entreprend d’élever une grande maison sur pilotis, à la mode du pays : le dessous sera réservé à l’école ; au-dessus, dans une travée sera son logement, et le reste sera réservé à l’église. C’est là qu’il reçut la visite de l’évêque et avec quelle joie et pour lui et pour les chrétiens qui voyaient leur évêque pour la première fois. Ce fut un jour de grande liesse. A cette occasion, l’évêque note : « Notre confrère est plein de zèle, de courage et mène une vie de véritable apôtre. » Tout cela était bel et bon, mais le P. Armange n’abandonnait pas ses vues sur Mongkolborey. C’est en 1935 qu’il réussit à s’implanter au chef-lieu d’où il peut ainsi plus facilement rayonner. Il voyage à cheval et, en période d’inondation, en barque. Toujours en quête de progrès, il réussit à se procurer un canot solide et grâce à la générosité d’un ami de France, il peut le munir d’un bon moteur. Ainsi les déplacements sont plus rapides et moins fatigants. Mgr Hergott note encore dans son compte rendu : « M. Armange continue à développer son district au temporel et au spirituel ; les difficultés, les déboires mêmes ne lui manquent pas, mais il continue sa marche en avant.»

     

    Le P. Armange était donc dans cette région de Mongkolborey quand éclata le conflit entre l’Indochine et le Siam en 1940. Les troupes siamoises envahissent la région de Mongkolborey et de Battambang, car le Siam prétendait que ces territoires lui appartenaient. Le Siam, en cette affaire, était poussé par le Japon qui cherchait tous les moyens de susciter des difficultés aux autorités françaises en Indochine. De ce fait, le P. Gâtelet et le P. Armange se trouvèrent sous le « nouveau régime » pendant quelques mois, coupés de toutes relations avec le reste du pays, notamment avec la capitale Phompenh et l’évêque. Les choses s’arrangèrent et les deux missionnaires s’en tirèrent sans dommage appréciable...

     

    Le P. Armange continua son ministère dans cette région de Mongkolborey jusqu’en 1941. Après un « intermède » de quelques mois pour organiser une Exposition missionnaire à Saigon et en être le guide, le P. Armange fut nommé à Kompongcham où il continua son travail avec la même ardeur. C’est pendant cette période, en 1945, qu’il eut des démêlés avec l’armée japonaise, après le coup de force du 9 mars. Mais il tint tête avec énergie et ne bougea pas de son poste... Il resta à Kompongcham jusqu’en 1946, mais ses forces n’étaient pas à la mesure de son zèle. C’est la maladie – une rechute de tuberculose – qui l’obligea à quitter le Cambodge en février ou mars 1946. Il fut rapatrié en priorité et arriva en France le 26 avril 1946. Dans sa pensée et son désir, ce séjour forcé en France ne devait être que temporaire ; il avait bien l’intention de rentrer au Cambodge. Mais sa santé était très altérée par un travail missionnaire de 15 ans avec ardeur et sans relâche. Et c’est la mort dans l’âme qu’il dut renoncer à retourner au Cambodge.

     

    Après un nouveau séjour en sana avec un traitement approprié à son état, sa santé se raffermit. Il put donc envisager de reprendre du ministère. On lui conseilla l’Afrique du Nord, en raison du climat. C’est ainsi qu’il passa un an en Tunisie comme surveillant dans un collège de jeunes filles. De là il gagna le Maroc où il fut aumônier et professeur à Casablanca pendant plus de 15 ans.

     

    C’est en 1961 qu’il revint définitivement à Vannes surtout pour s’occuper d’une de ses sœurs malade. Il la soigna avec beaucoup de dévouement pendant 8 ans. Mais cela ne l’empêchait pas de se livrer à d’autres activités, notamment auprès des jeunes. Il était très estimé et très aimé des jeunes. Il avait conquis leur affection malgré son air un peu rébarbatif... « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » Un petit trait qui en dit long : quand il reposait sur son lit de mort, une adolescente est venue prier près de lui et avant de se retirer, elle a déposé un baiser sur son front refroidi par la mort... Mais grâce au Curé de la paroisse Saint-Pie X nous pouvons donner davantage de détails sur l’apostolat du P. Armange auprès des jeunes à Vannes. Voici ce qu’il écrit : « Dès son retour au pays vannetais, le P. Armange ne put contenir son besoin d’activités, spécialement près des jeunes. Déjà, lors de ses vacances, lorsqu’il venait de Casablanca, il organisait des sorties avec des enfants et des adolescents, tous les jours si possible. On ne sera pas étonné que pour sa retraite définitive, il n’était pas question pour lui de demeurer inactif. Le choix même de son appartement lui fut dicté par son besoin de pastorale auprès des jeunes. Il lui fallait, en effet, une maison apte à recevoir, non seulement le bon Père et sa sœur, mais on oserait dire surtout capable de permettre les ébats, les jeux et les cris, les éclats de voix d’une multitude de jeunes dans le jardin où ils avaient toute la place nécessaire. Ses méthodes d’apostolat étaient également très personnelles. L’essentiel était le contact direct dans les jeux, les conversations entre le prêtre et l’enfant. Il faut assurément dire qu’il réussissait à grouper un nombre assez considérable de jeunes qu’aucune œuvre n’aurait atteints. Nous devons à Vannes lui garder sur ce sujet une profonde reconnaissance. D’autant plus que les dépenses étaient couvertes beaucoup plus par ses dons personnels que par les cotisations des familles quand il s’agissait de camps de jeunes. D’autre part, il tenait peu compte de son état de santé quand il s’agissait d’être près de ses groupes.

     

    Camps de neige, camps d’été, camps de printemps : tout était prétexte pour lui afin de pouvoir vivre sa vie de prêtre parmi les adolescents. Il faut en effet bien souligner que la partie religieuse était toujours prise en considération. En particulier, les petits camps de printemps, généralement en fin de carême, étaient l’occasion d’une véritable petite retraite spirituelle. Combien de jeunes ont passé « sous sa barbe » ? Il serait difficile de le dire. Ses groupes comprenaient des « assidus », des « présents par éclipse », des « passagers très temporaires ». Mais tous étaient aimés ; et combien de démarches le bon Père dut faire auprès des familles de ses « boys » pour arranger mille et mille histoires, adoucir telle ou telle attitude ! Je pense qu’une des grandes peines fut pour lui les difficultés de sorties le long des routes de plus en plus dangereuses en raison de la circulation automobile. Le CCCV (le cyclo-camping-club-vannetais allait perdre son premier C (cyclo).

     

    Le P. Armange continua ses activités tout aussi longtemps que le lui permirent ses forces. Cependant il fut obligé de s’avouer vaincu et dut entrer à l’hôpital. Ce fut d’ailleurs pour un bref séjour. Ce fut le Curé de la paroisse Saint-Pie X qui lui administra les derniers sacrements. « Il les reçut avec une foi très vive. Le Saint Viatique lui fut donné par quelques gouttes de Sang du Christ ; il ne pouvait déjà plus absorber la plus petite parcelle d’hostie. Une infirmière veillait parfaitement sur le moment propice et à l’heure où on aurait pu le croire absolument sans connaissance, dès mon arrivée dans la salle de l’hôpital, à mon salut : « Paix à cette maison », il fit de sa main demeurée encore un peu valide le signe de la croix ; dans une communion d’âme réelle, mais difficilement exprimée, il rendit grâce pour toute sa vie et s’offrit au Seigneur dans un dernier signe de croix. » C’était le 19 avril 1980, quelques instants avant sa mort.

     

    Ses obsèques eurent lieu à la cathédrale de Vannes le 22 avril, en présence de sa sœur religieuse et des autres membres de sa famille. Une vingtaine de prêtres de Vannes s’étaient réunis pour la concélébration. Notre P. Armange repose au cimetière de Vannes, à la place qu’il s’était réservée, à côté des prêtres qui ont exercé leur ministère à Vannes et dont il avait eu l’initiative de regrouper les restes dans un seul endroit.

     

    Telle fut dans ses grandes lignes la vie du P. Germain Armange. Essayons maintenant d’en dégager les traits essentiels.

     

    Notons tout d’abord son très grand attachement à sa famille. Les soins attentifs qu’il prodigua à sa sœur malade pendant de longues années en sont une preuve. A cet attachement se rattache aussi ce que l’on peut appeler sa passion pour les recherches généalogiques concernant sa famille. Il fit des recherches très poussées à travers les archives départementales et autres : ce qui lui permit de réunir un jour 150 personnes de la famille Armange dont beaucoup ne se connaissaient pas... Jusqu’à la fin il poursuivit ses recherches méthodiques et il espérait faire encore d’autres découvertes.

     

    Il restait également très attaché à la Société des Missions Etrangères et spécialement à la Mission du Cambodge. Il s’intéressait à cette Mission et tout spécialement aux progrès de l’évangélisation en milieu cambodgien où il avait travaillé. Une fois ou l’autre, il reçut chez lui des Cambodgiens, heureux de pouvoir parler cambodgien et de rendre service à ces exilés. Dans le même ordre d’idée, il était en contact avec la « Mission cambodgienne catholique » à Paris et le Père qui en est chargé le tenait au courant de ses activités, de ses espoirs. Il a certainement beaucoup souffert en apprenant les tristes événements du Cambodge, notamment le massacre de Mgr Tep-Im, de Battambang, et du P. Badré à Chom-Nom, là où il avait exercé son apostolat. Ce fut pour lui un crève-cœur d’apprendre que tout était détruit... anéanti dans cette région.

     

    Le P. Armange n’avait pas un caractère toujours facile, mais il avait beaucoup de cœur. Aussi était-il d’un dévouement total aux autres. Il a toute sa vie mis en pratique les dernières recommandations de sa mère sur son lit de mort : « Mes enfants, il faut penser aux autres.» C’est bien pour cela qu’il s’est donné aux autres, aussi bien en Tunisie qu’au Maroc et à Vannes. Il les attirait et les jeunes allaient vers lui... Un autre trait de son caractère : il était très bricoleur et au courant et même à l’affût des dernières inventions. Cela plaisait aux jeunes et était un moyen de les attirer et de les accrocher.

     

    Malgré les handicaps de sa santé, il se forçait à travailler, montrant en cela une énergie, un courage et une persévérance extraordinaires. Il se tenait au courant de toutes les nouveautés qui pouvaient l’aider dans son ministère. C’est ainsi qu’à 77 ans, il s’était remis à l’étude de l’anglais avec la dernière méthode en cours de parution, avec livrets et cassettes : il en avait déjà trois ou quatre, mais ce qui prouve qu’il voyait loin, c’est qu’il s’était abonné à l’ensemble qui devait compter près d’une centaine de livraisons. Tout en étant prêt à répondre à l’appel du Seigneur, il envisageait un avenir encore assez long qu’il voulait remplir au mieux et il en prenait les moyens.

     

    Sur certains points, il avait des idées très arrêtées, tandis qu’il restait très ouvert sur d’autres. Il n’est pas possible de le classer comme intégriste ou progressiste : il était quelqu’un de tout à fait à part qui ne rentre dans aucun cadre, très personnel, mais pas du tout individualiste : le bref récit de sa vie qu’on vient de lire en apporte une preuve manifeste.

     

    Certainement, du haut du ciel, le P. Armange reste attaché à la Mission du Cambodge et avec les « martyrs » de cette Mission intercède pour que l’Eglise au Cambodge, une Eglise des catacombes pour le moment, puisse respirer au grand jour et pour que le pays tout entier retrouve la paix.

     

    • Numéro : 3441
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1931