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Dominique ARLAS (1879-1913)

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    Le 9 décembre 1904, M. Dominique Arlas arrivait dans sa mission du Su-tchuen occidental. A cette époque déjà, il portait avec lui les germes d’une maladie, que la science médicale n’a pu encore réussir à enrayer. Grâce cependant à son énergie et à sa prudence, il a, pendant près de dix ans, rempli avec zèle son ministère sacerdotal, visité les anciens chrétiens de son district, prêché l’Evangile à un grand nombre de néophytes, et créé un hospice de vieillards, qui rappellera aux générations à venir son amour pour les pauvres.

    M. Dominique Arlas était originaire de Chéraute, au diocèse de Bayonne. Nous ne connaissons que peu de détails sur ses jeunes années. Nous savons qu’il appartenait à une famille peu favorisée des dons de la fortune, mais remplie d’esprit de foi et d’amour envers Dieu.

    Plusieurs fois, dans sa jeunesse, il eut le bonheur d’aller à Lourdes, et de prier sur les lieux où la Vierge Immaculée daigna apparaître. Toute sa vie, il conserva le souvenir de ses pieux pèlerinages, et ceux qui l’ont entendu parler de l’Immaculée Conception, peuvent conclure qu’il reçut d’Elle de grandes grâces, peut-être même celle de sa vocation apostolique.

    Il fit ses études au petit séminaire de son diocèse, où il fut un élève modèle. Il était pieux, travailleur, régulier ; c’est là qu’il manifesta clairement son amour pour les Missions. Sa rhétorique terminée, il vint frapper à la porte du Séminaire des Missions-Étrangères, où il fut admis. Sa gaieté, sa charité et aussi sa franchise, le firent bientôt aimer de toute la communauté, tant des directeurs que des aspirants. Tout allait, semble-t-il, au gré de ses désirs, lorsque, quelques mois avant son ordination sacerdotale, il se vit sur le point d’être arrêté. Sa santé, qui jusque-là avait été bonne, commença à décroître : à la suite d’un refroidissement auquel il n’avait pas pris garde, une petite toux, sèche et persistante, se déclara ; la pâleur et l’amaigrissement suivirent. Dieu allait-il lui demander le sacrifice de ses désirs et de ses aspirations apostoliques ? Avec des soins et des ménagements, il se rétablit suffisamment, et, le 24 août 1904, il s’embarquait à Marseille pour le Su-tchuen occidental, où il arriva le 18 décembre.

    Mgr Dunand le voyant arriver dans un état de santé assez précaire, le laissa se reposer quelques jours, et lui donna un poste connu de tous pour la bonté de son climat. Il l’envoya près de M. Greff, à Iang-tao-ki. L’étude du chinois ne lui coûta pas beaucoup ; comme la plupart des Béarnais, M. Arlas était musicien ; il avait l’oreille juste, et percevait très facilement les tons de cette langue harmonieuse, mais difficile à prononcer pour des étrangers. Quelques mois d’étude lui suffirent pour pouvoir commencer l’exercice du saint ministère. Il parcourut alors les différentes stations du district, observant toutes choses et notant ce qui le frappait davantage, afin de connaître le caractère des Chinois, et de se faire aux us et coutumes du pays. Il était heureux, car il se savait à la place que le bon Dieu lui avait réservée.

    M. Greff, en compagnie duquel il avait passé près de deux ans, alla occuper un autre poste, et notre cher confrère resta titulaire du district. Monseigneur lui adjoignit un prêtre indigène, qui visitait les vieux chrétiens, tandis que M. Arlas s’occupait spécialement des néophytes. Il eut bientôt autour de lui de nombreux adorateurs. Il les catéchisait et les instruisait lui-même, et, chaque année, il avait le bonheur de régénérer un certain nombre de nouveaux convertis dans les eaux du baptême.

    Connaissant les qualités, l’esprit méthodique de notre confrère, Mgr Dunand songea à lui pour le poste de la procure de la mission. M. Arlas répondit immédiatement à l’appel de son évêque. Mais arrivé à Tchentou, il crut de son devoir de faire remarquer que le climat humide de la capitale ne conviendrait guère à sa santé. Monseigneur se rendit à ses raisons, et le laissa libre de rentrer dans son district, ce qu’il fit immédiatement.

    Il n’est pas nécessaire de voyager beaucoup en Chine, pour rencontrer de nombreuses misères sur sa route. Le cœur compatissant de M. Arlas ne pouvait supporter la vue de tant de malheureux, sans chercher le moyen de leur venir en aide. Leur faire l’aumône ? C’était inutile ; et l’eût-il voulu, sa fortune ne l’eût pas permis. Il avait d’ailleurs l’intention, en soulageant leurs misères corporelles, d’atteindre leur âme, et de les diriger vers la vie éter-nelle. Il songea donc à fonder un hospice pour les vieillards, sans se dissimuler ce qu’un projet de ce genre allait lui coûter d’argent et de fatigues.

    Il commença par faire quelques petites économies, en se privant de tout ce qui ne lui était pas nécessaire, et exhorta ses chrétiens les plus fortunés à la charité envers leurs semblables. Il parla avec tant de force et de conviction, qu’un d’entre eux, très à l’aise, lui promit une bonne somme pour son œuvre. Il acheta quelques rizières pour subvenir aux besoins des pauvres, et construisit son hospice sur un terrain de la mission, près de l’oratoire. Pendant plus de deux ans que durèrent les travaux, il se dépensa sans compter, sans ménager sa santé, de plus en plus chancelante. Mais quelle satisfaction, lorsqu’il put inaugurer le nouvel hospice, et y recevoir les premiers vieillards !

    Notre confrère espérait vivre encore quelque temps, et il se disposait à rendre visite à l’un de ses voisins, lorsque son état s’aggrava subitement. L’enflure se déclara dans les jambes, et, montant peu à peu, l’immobilisa sur sa chaise longue. Prévenu immédiatement, M. Henry vint en toute hâte, mais il arriva trop tard. M. Arlas était mort le 1er avril, vers 3 heures du matin, après avoir reçu les derniers sacrements des mains du prêtre indigène qui l’assistait. « Il a gardé sa pleine connaissance jusqu’à la dernière minute, écrit M. Henry, et s’est éteint sans souffrances sur sa chaise longue. »

    Le cher défunt était prêt à paraître devant le Souverain Juge : il avait travaillé, prié, souffert, rempli fidèlement ses devoirs d’état. Nous espérons donc qu’il a déjà obtenu la récompense promise au bon et fidèle serviteur. En mourant, il lègue à ses confrères de beaux exemples de dévouement et de zèle, et le souvenir d’une vie toute sacerdotale et apostolique.

     

     

    • Numéro : 2788
    • Pays : Chine
    • Année : 1904