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Antoine ANOGE (1900-1991)

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    Antoine Anoge naquit le 26 juillet 1900, le troisième enfant d’une famille de modestes commerçants lyonnais profondément chrétiens. Il alla à l’école primaire tenue par les frères des Écoles chrétiennes, de qui il garda un excellent souvenir. En 1911, il entra à l’institution Leidrade à Lyon, pour y suivre les cours de l’enseignement secondaire tout en recevant une excellente formation musicale, et il obtint le baccalauréat en juillet 1918. La France étant alors en guerre, le jeune bachelier s’engagea « pour la durée de la guerre », et fut envoyé à l’école des élèves officiers dans l’Yonne.

     

    En novembre 1919, après la signature du traite de paix, Antoine Anoge fut démobilise. Il entra alors au grand séminaire de Lyon. Une centaine d’élèves de la première année de philosophie trouvait refuge à Sainte-Foy-lès-Lyon dans la très grande maison des frères maristes, le séminaire diocésain de Francheville, déjà plein avec quatre cents séminaristes, ne pouvant accueillir les nouveaux arrivants. Au mois de septembre de l’année suivante, alors qu’il faisait les vendanges dans la propriété des frères maristes, son directeur spirituel l’appela pour lui dire d’aller le lendemain voir l’archevêque, le cardinal Maurin, et de répondre oui à ce que ce dernier lui demanderait. Perplexe, Antoine regagna la maison paternelle, et prévint ses parents que probablement on allait l’envoyer dans un diocèse moins comblé de séminaristes. En réalité le cardinal lui proposa d’aller terminer ses études au séminaire français de Rome, tout en suivant les cours à l’université grégorienne. Antoine, qui déjà pensait partir en mission, crut ne pouvoir accepter une telle bourse d’études. « Partez à Rome, dit le cardinal, nous reparlerons des missions après votre sacerdoce. »

     

    En octobre 1920, les abbés Alfred Ancel, Georges Finet et Antoine Anoge partirent donc pour Rome. Ils furent les condisciples d’un Italien, Jean-Baptiste Montini, qui demanda à Antoine d’être « son voisin pour faire un peu de français entre les cours ». En 1922, à la fin de sa troisième année de philosophie, Antoine Anoge obtint le doctorat en philosophie. Il reçut le sacerdoce le 20 septembre 1924, après seulement cinq années de séminaire, au lieu des sept exigées à Rome, parce qu’il était « ancien combattant de la Grande Guerre ».

     

    Entre temps, au contact des PP. du Saint-Esprit, qui tenaient le séminaire français de Rome, sa vocation missionnaire avait mûri. Antoine ne se sentait pas attire par l’Afrique, mais par l’Asie, grâce à certaines lectures, et les aspirants des Missions Étrangères qu’il avait rencontrés à Rome, en particulier Marcel Rouhan, Sauveur Candau et Lucien Arvin, lui faisaient désirer entrer dans cette Société. Mais le cardinal Maurin exigea de son protégé une autre année de réflexion et de prières. Antoine Anoge fit donc une deuxième année de séminaire à Rome, puis demanda et obtint son admission au séminaire des Missions Étrangères. Il prévint ses parents de la nouvelle orientation de sa vie. Il y eut une scène déchirante, suivie d’une rupture totale, heureusement passagère, mais fort douloureuse, pour tous. Antoine Anoge entra donc au séminaire des Missions Étrangères le 14 septembre 1925. Le supérieur général, Mgr de Guébriant, sachant qu’il avait encore une année d’études à faire pour obtenir le doctorat en théologie, décida de le renvoyer à Rome, où il ferait son année de probation à la procure de la Société.

     

    Ses études terminées, M. Anoge passa ce qu’il croyait être ses dernières vacances dans sa famille, retrouvée et consentante, et partit de Paris le 20 septembre 1926 pour le diocèse d’Osaka au Japon. Il fut envoyé à Kyôto pour y étudier la langue japonaise, comme on le faisait à l’époque, c’est-à-dire sans livres, sinon anglais. En outre, il fut plus souvent requis de servir de guide à des étrangers de passage, que mis en condition d’apprendre la langue. Heureusement en 1928 il fut appelé à remplacer M. Pétrus Marmonier à Maizuru, sur la mer du Japon. Il put alors sérieusement apprendre le japonais dans cette paroisse, petite en nombre de chrétiens, mais immense en étendue. Pour établir des contacts, il ouvrit une petite école de couture dans les beaux locaux de la chapelle, en attendant mieux. Il demanda au futur évêque de Fukuôka, M. Breton, de lui envoyer des sœurs de l’Institut de la Visitation, que celui-ci avait fondé. L’école eut pour commencer 25 élèves, avec une jeune chrétienne comme directrice ; le maire de Maizuru et d’autres volontaires enseignaient le japonais, l’histoire et l’anglais. Appelée aujourd’hui « École supérieure de Nissei », avec près d’un millier d’élèves, la petite école devenue grande a vu passer des milliers d’élèves qui, au contact des sœurs de la Visitation, ont appris à connaître le Christ et la Vierge Marie.

     

    Cet apostolat paroissial ne devait guère durer. En 1929 s’ouvrait à Tôkyô le grand séminaire des quatre diocèses confiés à la société des Missions Étrangères, Tôkyô, Osaka, Fukuoka et Hakodate, auquel bien vite tous les autres diocèses ou missions confièrent leurs séminaristes. On fit appel pour enseigner à des professeurs laïcs de grande valeur, et à des prêtres. M. Anoge fut chargé de la théologie, du latin et de la musique ; lui fut dévolue en outre l’aumônerie de la grande léproserie gouvernementale « Zensei Byôin ». avec près de 1200 malades hospitalisés. Ce furent, jusqu’en juillet 1934, des années d’intense activité, intellectuelle, spirituelle et apostolique qui, au gré de M. Anoge, devaient finir trop vite.

     

    Entre-temps, et sur le conseil exprès de Mgr de Guébriant, pendant les vacances d’été, M. Anoge alla visiter les différents champs d’action des missionnaires des Missions Étrangères. Il se rendit à Hongkong, Singapour, et de là, par la voie terrestre, visita la Malaisie, le Siam, le Cambodge, le Vietnam. Il alla jusqu’en Chine.

     

    En juillet 1934, M. Anoge fut rappelé à Paris comme professeur au séminaire de Bièvres. Il profita de ce retour forcé pour visiter les îles Hawaï qui avaient des étudiants séminaristes au séminaire de Tôkyô, les États-Unis où une grosse colonie Japonaise existait déjà à San Francisco et à Los Angeles, le Mexique et le Canada, avec le vieux séminaire des ME au Québec.

     

    De 1934 à 1939, M. Anoge enseigna à Bièvres la théologie fondamentale, et, pendant un temps assez long la philosophie et l’histoire de l’Église. Il fit aussi de nombreuses conférences dans les grands séminaires de l’Ouest et du Sud de la France, et assura des journées missionnaires en tandem avec Mgr Chappoulie, alors président de la Propagation de la Foi à Paris.

     

    En 1939, ce fut la guerre, que M. Anoge fit comme aumônier de la 3e division coloniale. Il resta sur la ligne des combats du premier au dernier jour. Une citation à l’ordre de la division est ainsi rédigée: « Au front depuis le début de la campagne, a fait preuve au feu du plus bel esprit de sacrifice en apportant à tous moments et à tous le réconfort moral et les soins de son ministère. S’est prodigué sans compter pour assurer la relève et l’évacuation des blessés ; type parfait de l’aumônier de troupe. »

     

    Fait prisonnier le 21 juin 1940 à Rambercourt, alors qu’il soignait et assistait spirituellement blessés et mourants, il fut conduit à l’Hôpital Central de Nancy où, jouissant d’une certaine liberté, il visitait tous les jours les blessés de la 3e division coloniale qui attendaient sa venue. Il rendit divers services, y compris celui d’apporter des vêtements civils pour échapper à la captivité, et d’écrire des lettres aux familles des plus grands blessés. Cet apostolat dura cinq mois, après lesquels M. Anoge fut libéré au titre de la Croix-Rouge.

     

    Rentré à Lyon, souffrant de septicémie, il dut, sur l’ordre du docteur, prendre un peu de repos en clinique, ce qui l’empêcha de regagner Paris où le séminaire avait rouvert ses portes. Il proposa alors ses services au cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et se vit assigner le poste d’aumônier du lycée de Saint-Étienne, dont le titulaire venait de mourir subitement. Ce lycée comptait alors 1 600 élèves, presque tous de familles très chrétiennes. Pendant deux ans, logeant dans une paroisse de la ville, il assura les messes du dimanche et du jeudi dans la chapelle du lycée, pour les professeurs et les élèves. Il devait enseigner les cours de religion, le jeudi de huit heures à douze heures, les autres jours de onze heures à midi, et de seize heures à dix-sept heures. Les élèves s’échelonnaient depuis ceux du « petit lycée » qui se préparaient à leur première communion, jusqu’à ceux de la classe de mathématiques supérieures. Il y avait également des groupes de JEC dont il fallait assurer l’aumônerie, en plus de la direction spirituelle d’un certain nombre de grands élèves chez lesquels il encouragea une douzaine de vocations, et des visites à faire aux familles. Les journées étaient certes bien remplies, mais cette vie plut beaucoup à M. Anoge.

     

    Pendant les vacances scolaires de Noël et de Pâques,à la demande du cardinal Gerlier, M. Anoge assura l’aumônerie de la Commission française d’armistice à Wiesbaden. Il y avait là des ambassadeurs, des généraux, ainsi que des soldats et des secrétaires, en tout une soixantaine de personnes. M. Anoge y alla trois années de suite, mais en 1943, avions et trains étant bombardés par les alliés, la mission de l’aumônier prit fin.

     

    En septembre 1942, M. Anoge dut retourner au séminaire de Paris pour assurer les cours de théologie fondamentale. Il recevait de nombreuses visites d’anciens de la 3e division coloniale heureux de retrouver leur ancien aumônier, et d’anciens élèves du lycée admis dans les grandes écoles de la capitale, heureux de retrouver leur directeur spirituel. Pour compléter ses journées, il suivit, à l’Institut catholique des cours de droit canonique. À Saint-Étienne, alors pays du charbon, il avait été bien au chaud, mais il avait eu faim ; à Paris, la nourriture ne manquait pas, grâce aux prouesses de l’économe, mais il eut froid dans cette grande maison non chauffée.

     

    En 1945, il ressentit les premiers symptômes d’un ulcère à l’estomac. Il lui eût fallu un régime alimentaire spécial, ce qui était impossible. Il élimina donc de sa nourriture tout ce qui ne lui convenait pas, et son poids ne tarda pas à passer de 70 kg à 55 kg, ce qui exigea un départ immédiat du séminaire. Mgr Chappoulie, mis au courant, demanda au supérieur général, M. Robert, que M. Anoge fût envoyé à la procure de Rome, car la Sacrée Congrégation de la Propagande insistait pour avoir au plus tôt un rédacteur de langue française à l’Agence Fides. M. Anoge quitta Paris le 17 avril 1946 et arriva à Rome après un très long voyage, de nombreuses voies ferrées n’ayant pas encore été réparées depuis les destructions de la guerre.

     

    Ce fut le 23 avril de cette année que M. Anoge prit ses fonctions à l’Agence Fides, fonctions qui le mirent en contact avec toutes les missions du monde, avec celles de la Chine surtout, où l’avance des troupes communistes ouvrait à nouveau le temps des persécutions pour l’Église de ce pays.

     

    En 1952 les États-Unis autorisèrent le Japon à reprendre avec le reste du monde les contacts diplomatiques que la défaite militaire avait interrompus. M. Kanayama, un catholique chargé d’ouvrir l’ambassade du Japon près le Saint-Siège, estima qu’auprès des diplomates japonais non catholiques qui viendraient occuper ce poste, un conseiller ecclésiastique était indispensable. Il demanda au P. Anoge de bien vouloir occuper cette fonction. Il n’avait guère le choix, car à Rome, en dehors des étudiants japonais, il n’y avait aucun prêtre connaissant à la fois le Japon et le Saint-Siège, le japonais et une autre langue, en particulier l’italien. Mais le P. Anoge refusa, car destiné à l’Agence Fides, ce n’était pas à lui de se nommer à un autre poste. M. Kanayama sollicita l’intervention de Mgr Montini, alors substitut à la Secrétairerie d’État. À la lettre pressante du substitut, Mgr Lemaire, supérieur général, ne pouvait que répondre affirmativement. Le 1er août 1952, le P. Anoge reçut l’ordre de se mettre à la disposition du Japon, et prit ses fonctions le 15 septembre suivant « pour une durée provisoire » qui dura près de trente années.

     

    Le travail à l’ambassade du Japon lui demanda beaucoup d’études, de recherches, et lui donna l’occasion de nombreuses mises au point pour permettre au Japon de mieux connaître le véritable visage de l’Église. C’était aussi un travail d’accueil. Le conseiller ecclésiastique servit d’interprète à d’innombrables groupes, ainsi qu’à des personnalités bouddhistes et shintoïstes, lors des audiences privées qui leur furent accordées par les papes Pie XII, Jean XXIII et Paul VI. Il dut également organiser des pèlerinages, 153 pour la seule année sainte de 1975. Ce n’était certes pas le genre d’apostolat dont avait rêvé le jeune partant de 1926, mais c’était un apostolat.

     

    Malgré la lourdeur de ces fonctions, le P. Anoge fut en outre appelé à travailler plus directement pour la Société. En février 1957, bien qu’il vînt de subir une grave intervention à l’estomac, il fut prié par le supérieur général de prendre en main l’économat de la procure de Rome en remplacement du P. Fuma. Quelques mois plus tard, il lui fut demandé de se charger des fonctions de procureur général de la Société, le P. Michotte ne pouvant plus les assurer. Procureur adjoint à partir de 1957, il fut officiellement élu procureur général par l’assemblée de 1960. Cette charge était alors assez lourde, de nombreux évêques de la Société étaient encore en fonction, les nouveaux évêques locaux recouraient au procureur, et surtout, avant le dernier concile, les évêques étaient obligés de recourir aux congrégations romaines pour les affaires les plus banales, ne fût-ce que l’érection d’une association mariale. D’où des visites quasi quotidiennes aux Congrégations de la Propagation de la Foi, des Séminaires, des Rites, et, aussi, du Saint-Office. En juillet 1960, le Pape le nomma prélat d’honneur de Sa Sainteté.

     

    En outre, le supérieur général avait chargé Mgr Anoge de trouver une autre procure à Rome, la maison qui en faisait fonction étant par trop bruyante, de jour comme de nuit. Des tramways, 2.000 par jour selon les calculs des étudiants, ferraillaient sous les fenêtres, empêchant le travail intellectuel de jour et le repos de nuit. Jour après jour, selon les petites annonces, il parcourut Rome de long en large, à la recherche d’une villa à vendre ou d’un terrain où construire. En 1962 le choix se fixa sur une ancienne villa de la Via Adelaïde Ristori, en vente à un prix raisonnable. Il fallut alors obtenir les deux permis de démolir et de construire. Pour aboutir vite, il aurait fallu verser aux autorités compétentes – dont plusieurs finirent en prison pour concussion – des millions en sous-main. L’ambassadeur de France auprès du Quirinal lui-même, riche, d’expériences en la matière, l’avertit : « Si vous ne déboursez pas une douzaine de millions, vous n’aurez jamais rien. » De fait, les interventions des plus hautes personnalités ecclésiastiques ou diplomatiques françaises ou italiennes, aboutirent à un échec. Mgr Anoge en tomba malade, il lui fallut aller se reposer à Cannes.

     

    Finalement les autorisations arrivèrent, et les travaux de la nouvelle procure commencèrent en juin 1963 pour s’achever en août 1964.

     

    Durant tout le concile, de 1962 à 1965, Mgr Anoge dut accueillir les évêques de la Société, de sorte que la procure – ou plutôt tour à tour chacune des deux procures –, connut un mouvement inaccoutumé : une douzaine d’évêques, sept ou huit prêtres, quatre sœurs, et le personnel laïc.

     

    En 1968, Mgr Anoge, postulateur de la cause de béatification des martyrs de Corée, eut la joie d’assister à leur béatification le 7 octobre. Cette même année, il fut libéré de la charge de procureur général, le P. Cussac lui succédant. Il lui restait la charge de conseiller ecclésiastique de l’ambassade du Japon, où le travail ne manquait pas, et celle de postulateur de diverses causes de béatification, dont celle des martyrs de Thaïlande.

     

    Bien qu’ayant tous les jours l’occasion de parler japonais avec des Japonais, Mgr Anoge désirait retourner au Japon. Il eut plusieurs fois cette joie. En 1962, un voyage lui fut offert par la compagnie Alitalia, en 1970 un autre lui fut offert par des pèlerins dont il s’était occupé, et en 1974 un troisième lui fut offert par le gouvernement japonais.

     

    En 1981, âgé de quatre-vingt-un ans, Mgr Anoge estima qu’il était temps de démissionner du poste de conseiller ecclésiastique de l’ambassade du Japon, et de passer la postulation des causes de béatification au procureur général, le P. Itçaïna. Il avait vécu à Rome exactement la moitié de sa vie, et il ne désirait pas quitter cette ville où il connaissait tant de monde. Il trouva un modeste appartement dont une ancienne employée était propriétaire. Sa vue diminuait beaucoup, il ne pouvait presque plus écrire, et encore moins lire. Des sœurs japonaises qui l’ont visité écrivent :

     

    « Dans son appartement, il y avait un autel près de l’entrée. Monseigneur nous l’a présenté comme il aurait présenté un ami. J’ai imaginé avec quelle amitié en face du Seigneur, il a dit la messe chaque jour...

     

    « Il nous recevait toujours avec beaucoup de gentillesse... Quand nous avons demandé le chemin pour aller de chez lui au Vatican, il nous a accompagnées jusqu’à l’arrêt de l’autobus. Mais comme il avait les yeux très faibles – avec ses lunettes et une loupe, il ne pouvait pas lire son courrier – notre inquiétude, en nous demandant s’il avait pu arriver chez lui sans accident, était plus grande que notre gratitude pour ses attentions pour nous. »

     

    Jusqu’en mai 1991, Mgr Anoge n’envisagea pas de quitter Rome. Mais, sentant ses forces diminuer, il se rendit compte que, le jour où il aurait besoin de soins constants, c’est à Montbeton qu’il pourrait plus facilement les recevoir. Décision prise, il arriva, accompagné par le P. Itçaïna à la mi-juin. Il s’habitua à la maison sans difficulté, et exprima sa satisfaction de se trouver parmi ses confrères : « Comme je suis heureux d’être dans cette maison », disait-il à Mgr Urkia. Il eut même le plaisir de parler italien à plusieurs personnes de la maison originaires d’Italie. Il participait à la messe concélébrée et aux repas de la communauté. Il gagna vite, par sa patience et son affabilité, l’estime de ses confrères et du personnel.

     

    Pourtant, à son insu, un mal, probablement déjà ancien, faisait son œuvre. Lors d’examens médicaux à Montauban, ce mal s’avéra trop avancé pour qu’on pût l’enrayer. Mgr Anoge demanda lui-même le sacrement des malades, qu’il reçut en pleine connaissance des mains de Mgr Urkia. Au début de juillet, son état s’aggrava rapidement et il s’éteignit au matin du 7 juillet, trois semaines seulement après son arrivée à Montbeton.

     

    Il avait exprimé, au cas où il mourrait en France, le désir d’être inhumé à Chauffailles (Saône-et-Loire) dans le tombeau familial. Aussi, le 10 juillet, après la messe célébrée par toute la communauté à la chapelle de la maison, fut-il transporté, accompagné du P. Cussac, à Chauffailles, et déposé dans l’église paroissiale où un service funèbre fut célébré le lendemain, en présence des membres de la famille, des PP. Bayzelon, Etcharren et Tual venus de Paris, et des religieuses de la congrégation du Saint-Enfant Jésus avec laquelle Mgr Anoge avait eu des liens étroits au Japon, à Rome et à Chauffailles même. Le P. Cussac, qui lui avait succédé comme procureur de la société et avait vécu avec lui pendant douze ans à Rome, souligna dans son homélie, en retraçant les étapes de sa vie, le soin méticuleux qu’il apportait dans l’exercice des activités qui lui étaient confiées, et l’attachement profond qu’il montrait, quelles que fussent ces activités, à l’Église, aux missions – particulièrement à celles du Japon –, et à la société des Missions Étrangères, qu’il voulut servir, et qu’il servit effectivement avec tous les dons d’esprit et de cœur dont la providence l’avait abon­damment pourvu.

     

    Ajoutons que Mgr Anoge fut créé chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur en avril 1963, officier de Trésor Sacré (Japon) en novembre 1963, et officier de l’ordre national du Mérite en 1978.

     

     

    • Numéro : 3319
    • Pays : Japon
    • Année : 1926