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Jacques ANDRÉ (1861-1890)

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    Né le 21 novembre 1861, à Charentus (Haute-Loire), M. André (Jacques-Édouard) entra tonsuré au Séminaire de Paris, le 13 sep­tembre 1883. Ordonné prêtre le 24 septembre 1887, il partit le 2 novembre suivant pour la Corée.

    M. Coste, provicaire de la Corée, écrivait, après la mort de M. André.

    « À peine fermée sur le regretté Monseigneur Blanc, la tombe vient de se rouvrir pour l’un de nous. Le cher P. André est mort le 13 du courant, à six heures trois quarts du matin, à une journée d’ici, assisté par le P. Alix, qui lui succédait dans sa chrétienté. L’année dernière, à  pareille époque, c’était le tour du cher P. Deguette. Que d’épreuves en peu de temps ! Que la volonté de Dieu soit faite, et que son saint nom soit béni par ceux qui restent, comme par ceux qui partent pour une vie meilleure...

    « Le P. André, arrivé à Séoul le 15 janvier 1887, fut retenu auprès de Monseigneur Blanc pour se former à l’étude de la langue. Dès qu’il put en bégayer quelques mots, il les mit à contribution pour parler avec les chrétiens qui fréquentaient la résidence épiscopale. Son caractère particulièrement sociable lui fit vaincre bientôt les premières difficultés pratiques de cette langue : il y fit des progrès rapides.

    « Au commencement de juillet de la même année, il fut envoyé à Kat-teng-i, district de Syou-ouen, province de Kyeng-keui, et concentra toutes ses affections sur cette partie de la vigne du Seigneur qui lui était échue en partage. Il allait enfin pouvoir fournir sa part de travaux à cette chère Église de Corée, dont les annales faisaient palpiter son cœur, et donner ses sueurs à cette terre que tant d’autres avaient arrosée de leur sang...

    « Afin de réunir plus facilement ses chrétiens, il résolut de bâtir une chapelle. Il avait, sans doute, compté sans les difficultés que cette entreprise devait lui causer : difficultés du côté des matériaux, difficultés du côté des finances ; il fallait s’ingénier pour faire face à tout. Aussi, lorsque nous le revîmes à Séoul à l’époque de la retraite, portait-il l’empreinte des soucis qu’il s’était donnés. Néanmoins ses efforts furent couronnés de succès ; et il eut la consolation d’offrir le saint sacrifice dans un local plus vaste et plus convenable.

    « Selon le conseil de l’Apôtre, il se faisait tout à tous. Les chrétiens le chérissaient comme un père. Aucun de leurs intérêts ne lui était étranger. Une fois, pour redresser le tort infligé à l’un d’eux par un païen, sa compassion lui dicta même des mesures que la prudence devait désavouer. Cette affaire le ramena à Séoul. Tout le monde excusait son intention ; mais quelle peine, pour son cœur sensible, de se voir désapprouvé par ceux qu’il aimait et respectait. Pendant son séjour ici, il souffrait également des délais que son désir d’aller retrouver ses chrétiens aurait voulu abréger. Toutefois sa patience était à la hauteur de ses autres vertus. Et quand, pour le distraire, on envisageait son procès sous le côté plaisant, sa bonne humeur se mettait volontiers de la partie. Enfin, au bout d’un long mois, on lui annonça que la difficulté était résolue. C’était pour lui la fin d’un exil : le lendemain il se retrouvait dans sa chère chrétienté.

    « La première année, il avait essayé son ministère dans les limites du village qu’il habitait. Dans les administrations de 1888 et 1889, où il a pu rayonner sur une plus grande étendue, il a déployé le zèle d’un apôtre. C’était cependant une ardeur contenue, qui ne s’appliquait pas à faire vite, mais à bien faire. Le tribunal de la pénitence lui permettait de donner des remèdes plus appropriés aux maladies spi­rituelles de chacune de ses ouailles. Aussi était-il, ce semble, pour lui, l’objet d’une prédilection spéciale : il consacrait un temps con­sidérable à l’audition des confessions.

    « Il ne reculait pas devant les fatigues. Le P. Doucet, partant pour le Japon comme délégué de la Corée au synode de Nagasaki, laissait incomplète la visite annuelle de son district. Pour achever ce travail, ce ne fut pas en vain qu’on fit appel à la bonne volonté du P. André. Il allait se mettre à l’œuvre, mais le dévouement l’appelait ailleurs. On lui annonce que le P. Pasquier, son voisin, vient de tom­ber malade. Vite il vole à son secours. Voici comment le P. André lui-même raconte le fait, dans une lettre du  17 mars, la dernière que j’ai reçue de lui :

    « Parti dimanche dernier, dans l’après-midi, de San-mit, j’arrivais à Pa-oul, le lundi matin. « Il avait plu toute la nuit. N’importe ! L’on disait que ça pressait, et il s’agissait d’un confrère.

    « Après avoir donné des nouvelles du P. Pasquier, il ajoute :

    « Je resterai bien volontiers jusqu’à son entière guérison, s’il le faut. Mon travail, je le ferai « quand Dieu voudra. Sans ordre de Séoul, je ne quitte donc pas Pa-oul. Si pourtant on jugeait « à propos de m’envoyer un remplaçant... Si c’est trop difficile, pas de chagrin : je resterai au « poste, et ferai mon devoir jusqu’au bout, en enfant du Velay. »

    « Il resta, en effet, jusqu’à ce que le P. Pasquier, tout à fait rétabli maintenant, pût se passer de ses services. Alors ils se séparèrent, et le P. André rentra le 28 mars à Kat-teng-i, où le P. Alix, son suc­cesseur, venait d’arriver. Les deux confrères réunis se préparaient ensemble aux joies pascales, et voulaient donner à la fête tout l’éclat que comportaient les circonstances. Le P. André entendit près de deux cents confessions. Ce fut pour lui un surcroît de fatigues ajouté à celles qu’il avait apportées de Pa-oul. Le zèle l’entraînait : le bon pasteur, prêt à donner sa vie pour ses brebis, n’aurait pas voulu les priver du bonheur de participer au banquet eucharistique. Le lundi de Pâques, la fièvre l’obligeait à se mettre au lit. Hélas ! il ne devait pas se relever. Il mourait, le dimanche de Quasimodo, après avoir édifié, par ses sentiments de foi et de piété, tous ceux qui l’ont assisté à ses derniers moments. »

     

     

     

    • Numéro : 1749
    • Pays : Corée
    • Année : 1887