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Régis AMPILHAC (1877-1903)

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    Régis-Marcellin Ampilhac naquit le 9 juin 1877 à Vernassal, paroisse située à quelques kilomètres du Puy-en-Velay. Ses parents, foncièrement chrétiens, et cultivateurs aisés, ont conversé intact le précieux héritage de foi et de vertus chrétiennes que leur ont légué leurs aïeux.

    C’est dans cet heureux milieu que Régis passa son enfance. Après l’éducation primaire, reçue à l’école du village, il suivit au petit séminaire de la Chartreuse, son frère Alexis, qui l’y avait précédé de quelques années. Dans cette maison, vraie pépinière de missionnaires, sa vocation ne pouvait que se développer ; prudemment éprouvée d’un côté, et soutenue de l’autre par le supérieur de l’établissement, M. Bringer, de douce et apostolique mémoire.

    Régis devint en peu de temps un bon élève. La douceur de son caractère lui gagna l’affection de ses condisciples. S’il ne brilla point dans les études, il sut toujours se maintenir à un niveau convenable. Ses maîtres durent lui reprocher plus d’une fois de négliger les thèmes et les versions, pour s’adonner à la lecture plus attrayante des livres d’histoire. Il venait de terminer la troisième, quand son frère entra au grand séminaire du Puy. Dès cette époque, Régis avait entendu l’appel de Dieu, qui lui disait : « Quitte ton pays, quitte tes parents, sacrifice tout pour la conquête des âmes, dans un pays sauvage et abandonné ! »

    Cependant, pour se conformer au désir de sa famille, le futur missionnaire consent à rejoindre son frère au séminaire du Puy, à la fin de ses humanités. Bientôt, la voix de Dieu se faisant plus pressante, il se décide à rompre les liens qui le retiennent au pays, et demande son admission à la rue du bac. Ordonné prêtre le 7 mars 1903, il reçoit sa destination pour la Mandchourie septentrionale. « Il nous arriva au mois de juin,  écrit M. Monnier. Son prénom, « son pays, sa taille bien au-dessus de la moyenne, tout en lui nous rappelait notre vaillant « martyr de Hou-lan, M. Régis Souvignet, massacré en 1900. Qui aurait pu croire alors que « notre jeune confrère nous quitterait si vite ? »

    M. L. Faure, qui était si heureux d’avoir M. Ampilhac pour vicaire, adressait à Mgr Lalouyer, le 25 septembre, les détails suivants sur la maladie et les derniers moments de son regretté collaborateur :

    « J’ai déjà dit à Votre Grandeur la joie que nous avions éprouvée, les chrétiens et moi, à « l’arrivée de M. Ampilhac à Ouang-hou-tse. Vous aurez été sans doute frappé comme moi de « sa douceur, de sa simplicité et surtout de cette égalité de caractère qui lui faisait trouver tout « à son gré. Je n’ajouterai qu’un mot, c’est qu’il avait hâte de travailler au salut des âmes que « vous lui aviez confiées et qu’il aimait déjà. Aussi s’était-il mis avec ardeur à l’étude de la « langue ; il travaillait jusqu’à huit heures par jour, quoique je lui eusse recommandé « d’apprendre le chinois surtout en conversant avec les chrétiens. Son ardeur et toutes ses « qualités faisaient espérer beaucoup de lui, et malgré sa maigreur, sa santé paraissait bonne. « Il ne s’était jamais plaint d’aucun malaise et rien ne faisait prévoir que nous dussions sitôt le « perdre. Quand je le quittai pour aller visiter les chrétientés de l’ouest, il me dit qu’il « viendrait à Loung-ouan la veille de l’Exaltation de la Sainte-Croix. Dès mon retour, « j’envoyai mon cocher avec un petit chariot le prendre chez lui. Hélas ! le chariot revint vide. « Mon domestique m’apportait un billet dans lequel M. Ampilhac m’informait qu’il se sentait « indisposé et me priait de venir à Ouang-hou-tse. Je partis le lendemain matin bien persuadé « que la maladie de mon cher confrère n’était pas grave. J’étais près de lui avant midi. Je le « trouvai couché. Du premier coup, je compris que son état de maladie était plus sérieux que  « je ne l’avais cru, car la fièvre était très forte. J’envoyai aussitôt chercher un médecin des « environs qui me rassura en m’affirmant que le cas n’était pas grave. Il prescrivit une potion « purgative, qui ne produisit aucun effet. La première partie de la nuit fut très agitée ; à  « chaque instant, le malade voulait se lever et ne cessait de délirer. De minuit à quatre heures « du matin, il put reposer, et je m’assoupis moi-même, assis à ses côtés. Tout à coup, je fus « réveillé en sursaut, notre confrère venait de sauter à bas de son lit. Je le replaçai de force sur « sa couche. Le médecin rappelé ordonna une seconde potion qui soulagea beaucoup le cher « malade sans toutefois lui enlever la fièvre. A midi, il voulut manger et je lui fis préparer un « bouillon qu’il prit sans difficulté. Le voyant assez calme, je lui rappelai qu’il y avait déjà « seize jours que nous étions confessés, qu’il était temps de le faire : « C’est vrai, dit-il, « d’autant plus que je pense pouvoir dire la sainte messe, demain. » Je le laissai donc se « préparer et j’allai réciter mon bréviaire. Quand je revins auprès de lui, il me dit : « Oh ! « attendons demain, car aujourd’hui je ne puis penser à rien, c’est à peine si j’ai pu dire mon « rosaire. » Il n’avait pas encore omis une seule fois la récitation du rosaire. Pour ne pas le « contrarier, je consentis à attendre, car je gardais toujours l’espoir de le voir se rétablir. « Cependant la fièvre, qui avait un peu diminué, devint tout à coup plus forte : le délire ne le  « quitta presque plus. A certains moments, c’est à peine s’il me reconnaissait. La nuit fut « excessivement pénible. Le lendemain matin je n’osai pas lui donner la sainte communion « parce qu’il était encore trop excité. L’agitation cessa vers midi et fit place à un calme « parfait.

    « Lorsque M. Cubizolles, que j’avais prié de venir, arriva, le malade le reconnut et se mit à « causer avec lui et à rire. Je l’exhortai alors à penser au bon Dieu, craignant qu’il ne se « fatiguât trop à parler. Il obéit ; quelques instants après, une sueur abondante survint et dura « jusqu’au soir. Nous nous en réjouissions, M. Cubizolles et moi. J’allai alors me reposer, car « je ne tenais plus debout, et M. Cubizolles resta près du malade. Mais bientôt M. Cubizolles « vint me réveiller : M. Ampilhac se mourait. Je lui donnai l’extrême-onction et l’indulgence « plénière. Dès lors, il ne vit et n’entendit plus rien. Je fis sonner la cloche pour appeler les « chrétiens ; les prières des agonisants furent récitées à l’église et dans la chambre du malade. « Elles étaient à peine terminées que notre cher confrère s’endormait du sommeil des justes,  « sans effort et sans secousse, le lundi 21 septembre à trois heures du matin. Il avait succombé « à la fièvre typhoïde compliquée d’une pneumonie. Notre regretté confrère n’avait pas pris « assez de précautions pour se garder d’un refroidissement subit, à cette époque où les « journées sont encore chaudes et les nuits déjà très froides. Telle a été l’origine de la maladie « qui nous l’a enlevé.

     

    « Aussitôt après sa mort, le défunt revêtu des ornements sacerdotaux fut exposé dans sa « chambre ; mais on dut, bientôt après, le transporter à la sacristie. Les chrétiens qui avaient « pu apprécier les vertus et les qualités du nouveau missionnaire, n’ont pas cessé de prier « auprès de sa dépouille mortelle, depuis le lundi matin jusqu’au moment de l’enterrement. « MM. Sandrin, Lacquois, Lecoufflet et Trécul sont venus se joindre à nous pour rendre les « derniers devoirs à notre cher confrère. Le mercredi 23 septembre, nous le conduisîmes à sa « dernière demeure. Il repose au milieu du cimetière de la chrétienté. S’il n’a pas eu la « consolation de travailler longtemps au salut des âmes en Mandchourie, il a du moins offert à « leur intention le sacrifice de sa vie, et, au ciel, il priera pour elles. Ses jours ont été courts, « mais pleins de mérites devant Dieu qu’il a toujours aimé et fidèlement servi. »

     

     

     

    • Numéro : 2693
    • Pays : Chine
    • Année : 1903