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Bertrand AMBROISE (1879-1945)

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    M. Ambroise Bertrand-Jérôme est né le 30 septembre 1879, à Fos (Haute-Garonne) où son père, voyageur de commerce, était allé s’établir. Marié à une fille du pays, il en eut bientôt quatre garçons, dont Bertrand, le futur missionnaire. Malheureusement la pieuse maman mourut prématurément. Le père revint en 1882, se fixer à Châtenois, dans le Territoire de Belfort, mais sa profession exigeait qu’il fût souvent absent, et les pauvres enfants se trouvaient ainsi seuls, sans guide et sans soutien ; aussi confia-t-il de bonne heure les deux aînés, Joseph et Bertrand, au petit séminaire de Notre-Dame de Consolation, où ils entrèrent en huitième en 1888. Bertrand n’avait alors que neuf ans.

     

    Durant ses huit années d’études, rien ne signala particulièrement notre petit séminariste à l’attention de ses maîtres, ni à celle de ses condisciples. A l’encontre de son aîné, d’une nature un peu légère, primesautière et exubérante, Bertrand se montrait plutôt froid et réservé, très régulier dans ses exercices de piété. Sa franchise naturelle le faisait parfois sortir de son silence devant ses supérieurs et s’exprimer avec une certaine brusquerie même, mais qui n’excluait pas la charité et le respect. Ses amis intimes savaient cependant découvrir en lui une âme ardente et facilement enthousiaste qui se cachait sous une froide écorce. C’est sans doute au méridional pays d’origine de sa mère qu’il faut attribuer les expressions quelquefois excessives qui échappaient à son admiration, à l’audition ou à la lecture d’une page choisie de littérature ou de poésie, d’un discours pathétique, d’un morceau de musique bien exécuté, d’un trait généreux ou héroïque ; ce qui motiva un jour la spirituelle réflexion de M. Seguin, Directeur au Séminaire des Missions-Étrangères à Bièvres : « On voit bien que vous avez bu le lait de la Garonne. » Réservé et réfléchi, capable en même temps des plus chauds enthousiasmes pour tout ce qui est noble et beau, tel était le tempérament du jeune Bertrand ; qualités qui, perfectionnées plus tard par l’expérience et le travail de la grâce, devaient faire de lui un missionnaire prudent, ferme et zélé.

     

    Parmi ses camarades de rhétorique, témoins en cette dernière ­année au petit séminaire de sa régularité, de sa piété, de son application au travail, aucun ne fut étonné d’apprendre la décision de leur condisciple d’entrer au Séminaire des Missions-Étrangères. Dès le début de l’année 1897, dans la joie et la paix d’un cœur satisfait, il commença à réaliser le pressentiment de M. l’abbé Musy, son professeur de première, qui avait dit de lui après avoir connu son désir d’être missionnaire : « C’est une nature d’élite, vous verrez qu’il réussira bien. » Pendant toute la durée de ses études, il donna raison à M. l’abbé Musy.

     

    Enfin vint pour M. Ambroise le jour tant désiré de son ordination sacerdotale, reçue le 22 juin 1902. Puis ce fut le départ pour la Chine le 30 juillet suivant ; il quittait la France pour ne plus la revoir et s’embarquait à Marseille pour la Mission du Szechwan occidental, où il se dévouera admirablement pendant 43 ans. Devenu chinois au milieu des Chinois, se faisant tout à tous à l’exemple du divin Maître, il réalisera aussi parfaitement que possible les espérances fondées sur lui par ses Supérieurs.

     

    Le 11 décembre 1902, le nouveau missionnaire arrivait à Chengtu et prenait contact avec son Vicaire apostolique, Mgr Dunand. Après quelques mois d’étude de la langue chinoise à Gan-té-pou, il fut envoyé en mai 1903, à M. Piel comme vicaire. Son ardeur au travail lui valut sa nomination de chef de district en juillet 1904. Les chrétiens et les catéchumènes étaient trop nombreux : seul il ne pouvait suffire à la tâche ; M. Ambroise demanda l’année suivante un auxiliaire pour le seconder ; malheureusement il ne put l’obtenir. Malgré les multiples occupations que lui occasionnaient les fidèles, il trouva encore le temps de s’improviser architecte, de bâtir une église et une résidence, et en 1908 tout était terminé ; la ville de Gan-io en était fière.

     

    Puis vinrent les troubles politiques provoqués par la proclamation de la République chinoise. Plusieurs fois la résidence habituelle du missionnaire fut occupée par les bandits plus ou moins militarisés ; païens et chrétiens eurent alors recours à M. Ambroise et demandèrent asile à la mission catholique. Le vaillant apôtre payait de sa personne et ne craignait pas d’intervenir auprès des chefs afin d’obtenir protection pour les habitants, bien que maintes fois il fût menacé de mort. Un tel cran apostolique ne pouvait passer inaperçu. La réputation du missionnaire ne fit que grandir et, un peu plus tard, il reçut publiquement la décoration chinoise de l’Epi d’Or.

     

    En 1918, son nouveau Supérieur, Mgr Rouchouse, dont il a toute la confiance, lui confie deux autres régions supplémentaires et lui envoie d’abord un premier vicaire pour l’aider, puis, le travail augmentant de plus en plus, il en eut un second. Ses seize écoles deviennent rapidement florissantes, ce qui n’est pas pour déplaire aux Chinois très désireux de s’instruire ; et parmi ses élèves plusieurs entreront au séminaire. Les œuvres de charité se multiplient rapidement : orphelinats, hospices pour vieillards, dispensaires, sociétés de secours mutuel, etc. Son dévoûment infatigable, tout de charité, est vite remarqué ; aussi reçoit-il en 1928 la médaille française des épidémies pour avoir introduit à Gan-io le vaccin jennérien dont il distribue 20.000 doses annuelles.

     

    Mais les événements lui donnent de continuels soucis : l’année précédente il a dû, pour satisfaire aux exigences du fisc de la province du Szetchwan, hypothéquer une partie des biens fonciers affectés aux œuvres charitables de son district et fermer l’orphelinat de Tsung-king-chow. La guerre civile lui cause encore beaucoup d’ennuis ; des milliers de Chinois sont cantonnés à Gan-io et aux environs de la ville ; hommes et établissements sont réquisitionnés à la convenance des occupants. M. Ambroise toutefois réussit à garder son oratoire, mais il n’en est pas de même de son personnel, car les enfants âgés de dix ans doivnt tous servir à l’armée pour porter les munitions. Cet état de choses ne peut re que favorable à une recrudescence de banditisme dans toute la province, mais ne décourage pas notre vaillant missionnaire. En 1922, Mgr Rouchouse adjoignit encore au district de Gan-io déjà très étendu, le territoire de Su-lin, ce qui portait les chrétiens à plus de 7.000, sans compter les catéchumènes dispersés. Mais bientôt la fondation d’une mission indigène autonome à Shunking est un fait accompli, et le district de Gan-io en fait partie. M. Ambroise quitte alors cette région où il s’est dépensé sans mesure de 1903 à 1928, et vient s’établir à Tsung-king-chow qui lui reste ; mais il arrive les mains vides, après avoir laissé tout ce qu’il possédait aux prêtres chinois du nouveau Vicariat. Pendant plusieurs années, il devra faire des prodiges d’économie pour avoir une résidence et une chapelle aussi convenables que celles qu’il venait de quitter.

     

    Voici ce qu’il écrivait peu après avoir pris possession de son poste : « J’ai dans mon district 1.700 chrétiens répartis en 18 stations : la plupart cultivent la terre, ardents au travail ; ils sont dans l’ensemble bons chrétiens, cependant un très petit nombre m’a compris quand je les ai entretenus du sujet vital qu’est l’Action Catholique ; vingt à trente jeunes gens auxquels j’ai distribué les Statuts de cette nouvelle association pourront former un premier noyau, à condition toutefois que je puisse arriver à leur communiquer le feu sacré. Aujourd’hui comme hier faisons notre devoir en toute simplicité confiante en la divine Providence, et si le succès vient couronner nos efforts, nous pourrons dire avec le célèbre médecin Ambroise Paré : « Je le pansai, Dieu le guérit. »

     

    Quand M. Ambroise prit possession du poste de Tsung-king-chow, ses 1.700 chrétiens étaient peu habitués à la communion fréquente ; dans son rapport annuel le nombre des communions s’élevait à 10.000. Quelques années plus tard, il avait 1.930 catholiques et plus do 29.000 communions annuelles ; une douzaine d’écoles étaient ouvertes, un orphelinat fonctionnait avec 40 enfants, et un hospice de vieillards avec une vingtaine de personnes ; deux chapelles furent construites dans le district, l’une en l’honneur du Bienheureux Dufresse, à Houang-Kian-Ken, et l’autre en l’honneur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à San-taï-chan.

     

    À partir de l’été 1937, la guerre sino-japonaise désorganisa les missions de Chine. Celle de Chengtu, éloignée du centre et des routes suivies par les aimées, fut une des moins éprouvées. Cependant, depuis 1942, la cherté de la vie obligea les missionnaires à économiser le plus possible ; leurs œuvres en souffrirent souvent, et celles de M. Ambroise subirent le sort commun. Il continuait cependant de travailler courageusement et avec confiance en l’avenir quand, atteint du choléra, il succomba en peu de temps ; l’épidémie faisait de nombreuses victimes parmi la population. Le samedi 11 août 1945, il eut une très forte diarrhée accompagnée de vomissements, et le lendemain le malade ne put célébrer la sainte messe. Tout de suite il fit appeler son plus proche voisin, un prêtre chinois, qui arriva à Tsung-king-chow vers midi. Les derniers sacrements lui furent administrés dans la journée du 12, et, une heure plus tard, M. Ambroise mondait paisiblement son âme à Dieu.

     

    Mgr Rouchouse demanda que le corps du défunt fût transporté à Chengtu. La messe des funérailles fut célébrée le 17, par le Provicaire de la Mission en présence de. M. le Consul de France et des chrétiens. Puis l’inhumation eut lieux au cimetière de Mo-pao-chan, où dorment leur dernier sommeil les évêques et missionnaires morts à Chengtu.

     

    « La perte de ce zélé et vaillant missionnaire, écrivait son Vicaire apostolique, Mgr Rouchouse, peu après sa mort, est irréparable. Nous prions pour lui et demandons à Dieu de lui accorder bien vite la récompense de ses innombrables travaux, et de lui donner un successeur aussi méritant. »

    • Numéro : 2644
    • Pays : Chine
    • Année : 1902