Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Eugène ALLYS (1852-1936)

Add this

    Eugène-Marie-Joseph Allys naquit le 12 février 1852 dans un hameau de la paroisse de Paimpont situé près de la fameuse forêt de Brocéliande, chantée par les poètes bretons. Ses parents, plutôt pauvres, étaient profondément chrétiens, et sur 8 enfants qui constituent cette belle famille, il y eut deux prêtres, dont l’aîné est mort, il y a quelques années, curé de Langon au diocèse de Rennes, et une Religieuse, Sœur Eulalie, morte à Pléchatel. Eugène commença ses études au presbytère de Paimpont, puis fut envoyé au petit séminaire de Saint-Méen, aujourd’hui transféré à Châteaugiron et après un bref séjour au grand séminaire de Rennes, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères. Ordonné prêtre le 10 octobre 1875, M. Allys partait le 16 décembre de la même année pour la Mission de Cochinchine septentrionale.

    Mgr Sohier, alors Vicaire Apostolique, confia au nouveau missionnaire le petit poste de la Sainte-Enfance de Kim-Long, près de la capitale de 1’Annam. Il s’occupait des orphelins, mais son premier devoir était l’étude de la langue. Mgr Sohier eut vite fait de le connaître et de l’apprécier. Charmé de ses qualités de cœur et d’esprit, il dit un jour à un prêtre annamite : « Ce nouveau confrère deviendra Supérieur de la Mission ». Prophétie qui devait se réaliser trente-deux ans plus tard

    À cette époque, l’Annam jouissait d’une tranquillité relative, grâce au traité de 1874, qui accordait à ses sujets la liberté religieuse. Le Vicaire Apostolique en profita pour faire une tournée pastorale au Quang-Binh. Fatigué par de rudes années d’apostolat durant lesquelles il avait été presque constamment obligé de se cacher, il fut gravement atteint de la dysenterie à Ké Sen, vieille chrétienté qui avait si souvent donné asile au prélat durant les terribles persécutions de Thieu-Tri et de Tu-Duc. M. Allys, apprenant cette nouvelle, partit immédia-tement pour le Quang-Binh et arriva juste à temps pour recevoir la bénédiction de son évêque et lui administrer les derniers sacrements. Le Vicaire Apostolique mourut le 3 septembre 1876. Après avoir assisté à ses obsèques, M. Allys revint à Hué et continua son ministère auprès des orphelins jusqu’à sa nomination, par Mgr Pontvianne, de Supérieur du grand séminaire. A vrai dire, cette charge ne lui plut pas beaucoup, et bien qu’îl fit tous ses efforts pour la remplir consciencieusement, il lui tardait d’être envoyé en district. Ses désirs se réalisèrent peu de temps après la mort de Mgr Pontvianne, survenue le 30 juillet 1879. En 1880, en effet, Mgr Caspar désigna M. Allys au poste de Duong-Son, vieille chrétienté et champ d’action du Bienheureux François Jaccard. Sous la direction d’un vénérable prêtre annamite, le jeune missionnaire s’initia bien vite aux us et coutumes du pays.

    En 1883, la paix fut de nouveau troublée : de-ci de-là des chrétiens furent massacrés. La chrétienté de Duong-Son fut menacée à son tour. Un jour, M. Allys reçut de Mgr Caspar un billet ainsi conçu : « Une ordonnance du régent Tuong enjoint à tous les hommes valides du royaume de se tenir prêts à toute réquisition avec armes et vivres. Nous n’avons plus d’espérance de salut qu’en Dieu. Au premier signal l’égorgement va commencer. Il ne nous reste plus qu’à préparer nos chrétiens à bien mourir ». — « Quels jours d’angoisse pour les pasteurs, disait plus tard Mgr Allys. Rien de plus terrible que ces menaces de mort dont l’écho nous parvenait sans cesse et semait la panique parmi nos chrétien ; rien de plus démoralisant que cette continuelle incertitude du lendemain ! « Pendant tout ce temps, M. Allys exerça un ministère fructueux et sut prodiguer aux chrétiens les consolations spirituelles qui les soutinrent dans l’épreuve. Les survivants de cette génération aimaient à louer la condescen-dance, la bonté et la charité du missionnaire qui avait si bien gagné leurs cœurs. Heureusement Duong-Son fut épargné. Seules quelques chrétientés du sud et de l’ouest de la province de Hué furent presque entièrement anéanties. M. Tricou vint alors à Hué comme ministre plénipotentiaire pour faire des remontrances au régent Tuong et au gouvernement annamite. Le ministre nia catégoriquement les faits les plus palpables et protesta que personne n’en voulait aux catholiques ! La démarche du représentant de la France eut au moins un bon résultat : celui d’empêcher d’autres massacres. Hélas ! l’accalmie due à l’intervention de la France ne dura pas longtemps. Le 5 juillet 1885, en effet, après la prise de Hué par le général de Courcy, le jeune roi Hân Nghi et le deuxième régent Ton Thât Thuyet se réfugièrent dans la citadelle de Can-Lô à 80 kilomètres environ au nord-ouest de Hué. Le premier régent ne quitta point la capitale, mais, d’accord avec son collègue, il donna l’ordre aux lettrés de soulever le pays contre les Français et les chrétiens. Cette ordonnance fut ponctuellement exécutée. Dans la paroisse de Quang-Tri, au nord de Hué, ce fut un véritable désastre. Une colonne française partit de Hué pour s’emparer de la citadelle de cette province ; il était déjà trop tard. En quelques heures, plus de la moitié des chrétiens avaient été massacrés et toutes les chrétientés détruites. Sur l’ordre de Mgr Caspar, M. Allys accompagna la colonne expéditionnaire. « Dans la nuit du 7 au 8 septembre, écrivait ce dernier, nous apercevons l’incendie qui dévore la chrétienté de Ké Van. Le 8 au matin, nous traversons les villages brûlés de Ngo Xa et Tri lê. En face de Co Vim nous trouvons huit cadavres d’enfants mutilés... En plusieurs endroits des personnes furent brûlées vives. Dans la chrétienté de Duong-Loc, le massacre fut épouvantable : 4 prêtres indigènes, environ 50 Religieuses et 2.500 à 3.000 chrétiens appartenant à 5 paroisses y périrent par le feu, la lance et le sabre.  « Au milieu de tous ces désastres, M. Allys éprouva cependant de bien douces consolations. En allant à Cô-Vuu, il rencontra sur le chemin une vieille femme âgée de 70 ans environ, les deux joues traversées par un coup de lance, couchée devant sa maison incendiée et à côté d’elle une dizaine de cadavres calcinés. Le missionnaire s’approche d’elle, lui demande si elle souffre beaucoup et si elle veut se confesser. » — « Tuez-moi si vous voulez, répond la pauvre chrétienne, je n’apostasierai pas. » Il la fait interroger par les annamites qui l’accompagnent : même réponse. Notre confrère lui donne une dernière absolution et elle meurt martyre. M. Allys séjourna quelque temps à Quang-Tri où les officiers français installèrent les survivants de tant de massacres ; puis il continua sa route vers Anninh où le petit séminaire, assiégé par les rebelles durant trois longues semaines, venait d’être délivré. Il demeura un mois avec M. Dangelzer, Provicaire de la Mission à Di-loan, chrétienté voisine du petit sérminaire qui avait été ravagé par les lettrés et leurs partisans, puis revint à Hué rendre compte de sa mission à Mgr Caspar.

    Il fut alors nommé curé de Phu-Cam et chef de district du Bên-Thuy. Phu-Cam comptait à  peine 500 chrétiens et le district était formé de quelques pauvres chrétientés dont plusieurs avaient été décimées par la persécution. M. Allys se mit courageusement à l’œuvre pour relever les ruines accumulées par la persécution ; il travailla si bien qu’en 1910, lorsqu’il quitta ce poste, la chrétienté de Phu-Cam comptait près de 2.400 catholiques pratiquants et tout son district plus de 11.000. Ces conversions se firent surtout dans la classe pauvre. « La parole de Notre-Seigneur : « pauperes evangelizantur » se vérifie tous les jours », aimait à dire M. Allys. Mais il n’y avait pas que les pauvres à se convertir ; il y eut aussi des conversions dans les rangs plus élevés de la société annamite, et même parmi les membres de la famille royale. Ce fut une petite fille de Minh-Mang qui la première vint demander à se faire chré- tienne. Tant qu’il n’y eut que cette princesse catholique, personne ne s’en inquiéta en haut lieu. Mais lorsque la Cour apprit la conversion au catholicisme de deux autres princes, cousins germains de la princesse convertie, elle crut y voir un grand danger pour le royaume. Ces deux néophytes furent arrêtés comme conspirateurs et condamnés à mort. M. Allys intervint auprès du Gouverneur général de l’Indochine M. de. Lanessan, et, grâce à cette intervention, la sentence capitale fut commuée en une déportation perpétuelle dans la province de Quang-Nam d’où les princes furent rappelés peu après. Malgré ces persécutions et au moment même où elles sévissaient plus terribles, un bonze, nommé Thuyen, lui aussi petit-fils de Minh-Mang, après avoir étudié mûrement la religion catholique, demandait à être chrétien. Il fut baptisé solennellement par Mgr. Caspar avec toute sa famille, après avoir été instruit à  Phu-Cam. Aujourd’hui. sa descendance est nombreuse, et un détail digne d’être signalé, l’un de ses fils, M. Ung Trao s’est marié à une arrière-petite-fille du Bienheureux Paul Buong. Ils ont eu une quinzaine d’enfants : l’un d’eux est juvéniste chez les Pères Franciscains de Thanh-Hoa et deux de leurs filles sont entrées en religion, l’une au Carmel de Hué et l’autre chez les Filles de Marie-Immaculée, Depuis la conversion de Thuyen et de sa famille, les princes et princesses sont devenues chrétiens en grand nombre et n’ont plus été inquiétés. Cet attrait pour notre religion qui commença dans le district de Bên-Thuy ne tarda pas à se développer et à s’étendre dans toute la Mission. Mais malheureusement, ce mouvement fut enrayé par certaines personnalités, qui craignaient de voir les païens submergés par les catholiques et redoutaient la perte de leur influence au profit de la Mission. Ce fut une bien triste époque que les années 1898, 1899, 1900 pendant lesquelles les néophytes furent victimes des plus flagrants dénis de justice. Un trop grand nombre, encore faibles dans la foi, se crurent bien à contre cœur obligés d’apostasier : C’est alors que M. Allys, tous les missionnaires et leur évêque en tête, firent auprès des autorités des démarches sans nombre pour soutenir leurs chrétiens victimes d’une persécution sournoise ; ils ne réussirent pas toujours comme ils l’auraient désiré. Toutefois, il est certain que, si plusieurs chrétientés, surtout au Thua-Thiên, ne furent pas entièrement anéanties dans la tourmente, et que si les néophytes montrèrent devant leurs juges un cran merveilleux, ce fut grâce au chef de district du Bên-Thuy qui sut leur donner les conseils opportuns dans ces pénibles circonstances, et s’interposer comme il le devait pour défendre ces malheureux chrétiens. Le calme revenu, M. Allys continua sans jamais se décourager de travailler à la conversion des païens, tout en s’occupant de la construction à Phu-Cam d’une grande église qui fut bénite solennellement en août 1902 par Mgr Caspar et consacrée trente ans après par Mgr Chabanon. C’est dans cette église, aujourd’hui pro-cathédrale du Vicariat de Hué, qui le 24 mai 1908, Mgr Allys reçut la consécration épiscopale des mains du regretté Mgr Mossard, Vicaire Apostolique de Saïgon.

    Tel nous avons connu Mgr Allys comme missionnaire, tel il sera comme évêque, c’est-à-dire l’apôtre dévoré d’un saint zèle pour la conversion des infidèles et la recherche des enfants abandonnés ou en danger de mort. Durant les visites nombreuses que lui faisaient les prêtres du Vicariat, il ne cessait de les encourager à être vraiment des missionnaires convertisseurs, les aidant de sa bourse aussi généreusement que possible pour l’instruction des catéchumènes, la formation des nouvelles chrétientés, la construction des chapelles et oratoires, etc. Aussi, pendant les vingt-trois ans qu’il dirigea la Mission de Hué, il eut la joie de voir plus de 37.000 adultes et enfants de catéchumènes entrer dans le sein de l’Eglise catholique.

    Loin de s’attribuer quelque mérite de ces conversions, il rendait plutôt grâces au bon Dieu qui « aimait beaucoup la pauvre petite Mission de Hué », il remerciait ses collaborateurs français et annamites dont le zèle avait fait des merveilles, les personnes pieuses et plus spécialement les Filles de Sainte Thérèse dont les prières et les sacrifices attiraient les bénédictions divines sur le Vicariat ; de lui, il n’est pas question. C’est par amour pour les âmes qu’en 1921 il fonda à Hué la Congrégation des Filles de Marie-Immaculée. Ces Religieuses annamites furent formées à la vie surnaturelle par Mgr Chabanon alors Supérieur du grand séminaire, et aux méthodes pédagogiques par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Durant l’épiscopat de Mgr Allys, elles ont ouvert plusieurs écoles élémentaires et primaires, et sont aussi à la tête de deux orphelinats ; de plus, elles tiennent un hôpital et un dispensaire, créés par M. Fasseaux avec le concours de l’Assistance médicale. Tout dernièrement, elles ont émigré dans un quartier populeux de la ville annamite et chinoise de Hué où elles distribuent l’instruction à une centaine d’enfants presque tous païens. C’est toujours pour le même motif que Mgr Allys fit naître la Congrégation indigène des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus. Il aurait voulu confier leur formation aux Frères de l’Instruction Chrétienne de Ploërmel ; malheureusement, ces bons Frères ne purent répondre à l’appel de l’évêque qui chargea M. Cân, devenu plus tard Vicaire Apostolique de Bui-Chu au Tonkin, de diriger ces catéchistes-instituteurs. Ils sont maintenant à la tête de quatre écoles, et il y a lieu d’espérer que, dans un avenir plus ou moins proche, ils pourront être employés à l’instruction des catéchumènes selon le désir de leur fondateur.

    L’Institut de la Providence à Hué, premier collège d’enseignement secondaire catholique en Indochine est aussi l’œuvre de Mgr Allys. Les PP. Rédemptoristes Canadiens-Français de Sainte-Anne de Beaupré qui vinrent en Indochine en 1925 trouvèrent toujours en ce vénéré prélat un Père bien-aimé et un protecteur fidèle. Toutefois, il n’avait pas attendu l’arrivée de ces Religieux pour donner satisfaction aux jeunes Annamites désireux de mener la vie contemplative. Après avoir longtemps éprouvé le « saint » Père Denis que le bon Dieu avait choisi, pour cette œuvre si féconde en mérites, il lui permit enfin de s’installer sur les mamelons désertiques de Phuoc-Son et d’y fonder le premier monastère cistercien en Indochine. Il en fut toujours le soutien dans les bons comme dans les mauvais jours ; et, afin d’assurer, autant qu’il lui était possible, la stabilité de cette fondation naissante, il n’hésita pas à lui donner un de ses meilleurs missionnaires, M. Mendiboure, aujourd’hui Père Bernard, prieur du monastère. La prospérité de cette branche cistercienne qui a fleuri dans le désert est, semble-t-il, la preuve évidente qu’elle était voulue de Dieu.

    Les belles qualités de notre ancien évêque, le charme de sa conversation, son aimable simplicité, son entier dévouement pour les Annamites et pour ses compatriotes, les services signalés qu’il avait rendus aux deux gouvernements en diverses circonstances attirèrent sur lui l’attention des autorités de l’Annam et de la France. Sur la proposition de M. Albert Sarraut, Gouverneur Général de l’Indochine, Mgr Allys fut promu chevalier de la Légion d’honneur par décret du 5 février 1921. Le 14 juillet de la même année, M. Pierre Pasquier, alors Résident Supérieur en Annam, lui remit solennellement cette décoration, sur le front des troupes de la garnison, en présence de l’Empereur d’Annam et de sa Cour, devant la porte principale du palais impérial, à l’endroit même où quatre-vingt-dix ans auparavant, le 30 novembre 1835, le Bienheureux Joseph Marchand, condamné au cruel supplice des cent plaies, avait été amené devant l’empereur Minh-Mang avant de se rendre sur la colline proche de la capitale où il allait être exécuté quelques heures après. Cette même année 1921, le 16 avril, S. M. Khai-Dinh avait décoré Mgr AlIys du Kim-Khanh hors classe, distinction la plus élevée du royaume conférée seulement à de hauts personnages. Quatre années plus tard, en 1925, à l’occasion de ses noces d’or sacerdotales, le vénéré Prélat était nommé Grand Officier du Dragon d’Annam et recevait du Souverain Pontife le titre d’Assistant au Trône Pontifical. Ces fêtes du jubilé furent splendides. Le « cor unum et anima una » des Actes des Apôtres se réalisa entre français et Annamites pour donner au Jubilaire les marques de sympathie bien méritées. Le Résident Supérieur, M. Pasquier, profita de cette occasion pour dépeindre, dans une charmante allocution, la vraie physionomie de notre Vicaire Apostolique : « Quand, disait-il, le Gouvernement de la République a mis sur votre robe violette le point rouge de la Légion d’Honneur, c’est qu’il voulut récompenser en vous les fortes et solides vertus de chez nous. Ces vertus vous les portez à la française avec une crânerie qui ne perd jamais son sourire, avec une vivacité qui va jusqu’à la pétulence, avec un optimisme qui souffle sur toutes les flammes vacillantes... » Dans le compte rendu de ces fêtes paru au Bulletin des Missions-Étrangères de décembre 1925, le chroniqueur exprimait le souhait que la Mission pût célébrer en 1935 les noces d’argent épiscopales de son vénéré Supérieur. Ce souhait a été réalisé, mais alors Mgr Allys n’était plus notre chef. Devenu presque aveugle, il fut obligé en 1931 de donner sa démission de Vicaire Apostolique et de passer les rênes du gouvernement de la Mission à son coadjuteur, Mgr Chabanon. Cette infirmité lui fut très pénible. « Le bon Dieu, disait-il, ne pouvait m’envoyer une croix plus lourde » ; mais il la supporta vaillamment, joyeusement, allégrement. Pendant ses cinq années de retraite, il fut pour tous les prêtres de la Mission de Hué un sujet d’édification profond. Comme pour le passé, sa porte était toujours ouverte à tous les visiteurs. Dans ses moments libres, il aimait à aller à la chapelle pour y adorer Jésus-Hostie et lui exposer les besoins de la Société et de la Mission.

    Au début d’avril 1936, le vénéré prélat paraissait plus fatigué que d’habitude et son pèlerinage ici-bas semblait devoir bientôt finir. Aussi, le jeudi-saint, 9 avril, Mgr Chabanon lui donna l’extrême-onction. A la fin des prières, le très digne malade demanda pardon à tous ses prêtres des fautes nombreuses dont il s’était rendu coupable envers eux. Quatorze jours après, le matin même de sa mort, il eut la consolation de reconnaître son vieil ami, Mgr Marcou, avec lequel il put encore s’entretenir quelques instants. Six heures plus tard, à 11 heures, il s’éteignait doucement, assisté de l’ancien Vicaire Apostolique de Phatdiem, de MM. Lemasle, Provicaire et Etchebarne, Procureur de la Mission. Mgr Chabanon, lui-même très malade, était parti pour Tourane le 24, afin de s’embarquer sur le « Cap Varella », faisant le sacrifice de ne pouvoir assister aux obsèques de son prédécesseur. Les funérailles eurent lieu le lundi 27 avril. Elles furent simples comme il l’avait demandé : « pas de couronnes, pas de discours, pas de piquet d’honneur » ; mais la présence de cinq évêques, NN. SS. Marcou, Gouin, Tardieu, Jannin et Cân, et de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, dont plusieurs venus des autres Vicariats de l’Annam ; celle des autorités civiles et militaires, de tous les ministres de la Cour et de plusieurs notabilités annamites, donnaient à cette cérémonie un cachet tout à fait solennel et recueilli, vraiment digne de « ce grand évêque et de ce grand Français devant la mémoire de qui s’incline respectueusement l’Indochine » écrivait au Supérieur de la Mission le Gouverneur général de l’Indochine française, M. Robin. Sa dépouille mortelle repose maintenant dans un modeste cimetière à l’ombre de la pro-cathédrale de Phu-Cam qu’il avait bâtie, au milieu des fidèles de cette paroisse qu’il avait tant aimés et qui viennent tous les jours prier sur sa tombe pour le repos de son âme, ou même  demander des faveurs à celui qu’ils vénèrent comme un saint.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1272
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1875