Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Germain ALLARD (1876-1937)

Add this

    M. Germain Allard vint au monde à Paris, en 1876, dans une famille de commerçants orginaires de I’Auxerrois. De nombreux enfants naquirent dans ce foyer, mais plusieurs sont morts en bas âge. Germain avait encore trois frères dont l’un, Louis, devait le suivre en mission et mourir du choléra à Mandalay, et deux sœurs, dont l’une devint moniale à l’abbaye bénédictine de Jouarre où elle retrouva deux de ses tantes. La famille où naquit Germain était donc franchement chrétienne. Aussi n’est-il pas étonnant que Dieu se soit choisi des enfants dans ce milieu si pieux pour les envoyer le faire connaître et aimer dans les régions lointaines. Bien souvent, durant ses jeunes années, Germain rêva d’être prêtre et missionnaire. Toutefois ce n’est qu’après avoir complété ses études secondaires à Montfort en 1896, qu’il entra au Séminaire des Missions-Etrangères, à la section de Bièvres. Le 23 juin 1901, M. Allard reçut l’ordination sacerdotale et sa destination pour la Birmanie méridionale. Arrivé dans sa Misson, il passa quelques mois en différents postes pour apprendre l’anglais et le birman tout en s’initiant au ministère auprès de missionnaires anciens et expérimentés. Plus tard, il fut nommé vicaire à la cathédrale et en même temps aumônier de l’école Saint-Paul, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes.

    Depuis longtemps déjà, l’évangélisation des nombreux Chinois établis dans le Vicariat préoccupait beaucoup Mgr Cardot. S. Excellence proposa à M. Allard de s’occuper d’eux. Celui-ci accepta et se rendit dans la Mission de Malacca pour y étudier le dialecte parlé par ces Chinois et les méthodes d’apostolat adaptées à leur mentalité. Exceptionnellement doué pour les langues, notre confrère devint rapidement capable de travailler sérieusement à leur instruction chrétienne. Dès son retour en Birmanie, il fut nommé curé de l’église Saint-Jean, à laquelle était rattachée la mission chinoise. Il fit quelques conversions et se rendit bientôt compte qu’une école pour les enfants de ces nouveaux chrétiens était indispensable ; mais évidemment, on ne pouvait pas bâtir sur le terrain de l’église. De plus, M. Allard était convaincu de la nécessité d’avoir une paroisse proprement chinoise. Il fallait donc acquérir une propriété assez vaste pour permettre la construction d’une église et d’une école ; mais les fonds manquaient… Comment les trouver ? Le nouveau curé, fatigué, avait besoin d’un séjour en France pour rétablir sa santé. Son Vicaire apostolique l’autorisa, non seulement à aller chercher de nouvelles forces au pays natal, mais encore il lui suggéra de revenir par l’Amérique…

    Après quelques mois passés auprès des siens, il fit d’abord un voyage à Rome où il eut plusieurs audiences privées de S. S. Pie X, qui l’encouragea et bénit son entreprise. Muni de lettres du Cardinal Merry del Val, il s’embarqua ensuite pour Montréal où devait se tenir le Congrès Eucharistique international. Il parcourut ensuite le Canada, les Etats-Unis, le Mexique, puis le Brésil, la République Argentine, le Pérou et le Chili, multipliant sermons et conférences avec projections, puis revint en France. Il se reposa quelque temps de son long voyage et regagna Rangoon où il se mit aussitôt à la recherche d’un terrain à sa convenance, car les fonds jugés nécessaires étaient trouvés… C’est seulement en 1915, après d’innombrables démarches, qu’il réussit à acheter dans un faubourg ouest de Rangoon plusieurs groupes de maisons. Du rez-de-chaussée de la plus grande, il fit une petite école qui se développa peu à peu, et le premier étage fut transformé en chapelle pour les élèves et les chrétiens de l’extérieur ; mais beaucoup trop petite le dimanche. Cela ne pouvait durer plus longtemps.

    M. Allard, qui avait de nombreux projets en tête, jugea impossible de les réaliser tous sur ce terrain si péniblement acquis, et commença de nouvelles démarches pour s’en procurer un autre plus spacieux. Il le trouva dans le même quartier, y construisit une école ; puis, un généreux bienfaiteur lui venant largement en aide, il bâtit une église dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Il avait dû emprunter une somme importante pour l’achat du nouveau terrain et pour construire ; il espérait bien pouvoir rembourser rapidement en revendant les propriétés où s’était d’abord installée la mission chinoise ; mais la crise financière mondiale survint, et les biens fonciers perdirent plus de la moitié de leur valeur.

    Malgré tant de si graves soucis, qui n’étaient pas sans avoir une influence néfaste sur sa santé, le missionnaire laissant à son vicaire la direction de l’école, continua avec un zèle toujours ardent ses tournées dans le Delta, visitant ici deux familles chrétiennes, là une autre, un peu plus loin un groupe plus ou moins important. Il profitait des heures passées en bateau pour tâcher sans jamais y réussir complètement, de mettre à jour sa volumineuse correspondance.

    En 1928, une bronchite opiniâtre le contraint de retourner en France. Pendant un séjour de 15 moins au pays natal, il dut se soumettre à des essais thérapeutiques variés dont le résultat n’apporta qu’une certaine amélioration à son état. Se croyant suffisamment rétabli, M. Allard rentra en Birmanie pour y reprendre ses travaux et ses courses apostoliques ; mais à peine était-il de retour en mission, qu’il eut, comme par le passé, plusieurs indispositions auxquelles ses confrères n’attachèrent aucune importance. Cela dura ainsi quelques années ; mais vers la fin de 1936, il se sentit à bout de forces. C’est alors  qu’il entra à l’hôpital de Rangoon, pensant avec les médecins, que quelques semaines de traitement et de repos complet le remettraient sur pied. Néanmoins l’appétit diminua peu à peu ; l’état général s’affaiblit de plus en plus, de sorte qu’en avril 1937, les docteurs ne sachant plus que faire pour soutenir le malade, lui conseillèrent un changement de climat. Espérant recouvrer suffisamment de santé pour travailler encore à étendre le règne de Dieu chez ses Chinois, il se résigna à partir pour l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore. Peu de temps après son arrivée, le progrès du mal de gorge rendit toute alimentation extrêmement difficile. Malgré une faiblesse persistante, il    garda cependant quelque espoir de guérison, résistant énergiquement au mal mystérieux qui le minait. Au milieu d’octobre, il dut se rendre à l’évidence de ne retrouver jamais la santé ; il fit de nouveau le sacrifice de sa vie pour sa chère Mission qu’il ne devait plus revoir en ce monde. Il s’éteignit le soir du 21 octobre après avoir donné à tous ceux qui l’ont approché une grande édification par sa patience souriante et son profond esprit surnaturel. Après tant et de si grandes souffrances courageusement supportées, nous avons confiance que le bon Dieu lui a déjà accordé la récompense du bon serviteur.

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2607
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1901