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Laurent ALESSANDRINI (1920-2002)

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    Laurent, Louis ALESSANDRINI, fils d'un père corse et d'une mère habitant le pays limousin, naquit le 28 novembre 1920, à Bellac, diocèse de Limoges, département de la Haute Vienne (87). Après ses études primaires à Montjovis, il se dirigea vers les petits séminaires de St. Louis à Limoges, puis de St. Jean à Ambazac, à une vingtaine de kms au nord est de Limoges. Le baccalauréat complet couronna la fin de ses études secondaires. En octobre 1939, il rentra au grand séminaire de Limoges, et y resta jusqu'à la fin de l'année scolaire 1943. C'était la guerre, puis vint le temps de l'occupation avec tous les imprévus, les incertitudes concernant l'avenir des jeunes, et de multiples difficultés liées à cette période.

     

    C'est probablement, au cours du troisième trimestre de l'année scolaire 1942-43, que M. Alessandrini adressa sa demande d'admission au séminaire des Missions Etrangères. Dans le numéro 434 des Echos de la Rue du Bac du 9 juillet 1943, son nom figure dans la liste des "aspirants admis après le 6 mars 1943". Enfin, le 1er octobre 1945, déjà tonsuré, il entra au séminaire des Missions Etrangères pour commencer sa première formation d'aspirant missionnaire. L'ordination du 29 juin 1947, comptait 28 nouveaux prêtres pour le service des missions, et au soir de ce même jour, Mgr. Charles Lemaire, Supérieur Général, donna à chacun sa destination. M. Alessandrini faisait partie de ce groupe de 28 ordinands ; il était envoyé en Indochine pour le service du vicariat apostolique de Quinhon. Agrégé à la Société des Missions Etrangères, le 14 novembre 1947, qui était aussi le jour de la cérémonie du départ des nouveaux missionnaires, il quitta Paris pour la procure de Marseille. Mais en raison des grèves souvent reconduites, pour gagner sa mission, il ne put s'embarquer que le 23 décembre 1947, à bord du "Chantilly".

     

    Le Vicariat Apostolique de Quinhon confié à Mgr. Marcel Piquet était coupé, à cette époque, en trois tronçons : les provinces de Quang-ngai, Binh-dinh et Phuyên se trouvaient sous le contrôle des autorités Viêtminh, qui rendaient impossible la présence de missionnaires étrangers et l'exercice de leur travail apostolique ; cependant, derrière ce rideau de fer, se trouvaient soixante neuf prêtres viêtnamiens demeurés à leurs postes, des religieuses et religieux viêtnamiens, et une partie notable de chrétiens. Cependant, dans une situation difficile et des conditions nouvelles, il y avait encore moyen pour les missionnaires, avec l'aide du clergé viêtnamien, de continuer à servir les communautés chrétiennes, de travailler auprès des catéchumènes et des "non chrétiens", dans ce qu'il était alors convenu d'appeler "zone libre" : il en était ainsi au Nord de la mission, dans la province du Quang-nam, (Tourane) et à l'extrême sud, dans celles de Khanh-hoà (Nhatrang) et de Ninh-Thuân (Phanrang).

     

    Débarqué à Saïgon, M.Alessandrini gagna rapidement la petite ville de Nhatrang, au bord de la mer, devenue, en raison des circonstances, résidence habituelle du Vicaire Apostolique. Pour l'étude de la langue viêtnamienne et sa première formation apostolique, Mgr. Marcel Piquet envoya son nouveau missionnaire à Binhcang, une ancienne et importante chrétienté peu éloignée de Nhatrang, auprès de M.Ernest Garrigues, un "ancien", curé de cette paroisse, depuis une trentaine d'années ; celui-ci fort occupé par la rénovation des bâtiments scolaires, du presbytère, de la chapelle du couvent des Sœurs institutrices de Gothi etc…fut tout heureux d'accueillir un jeune et de recevoir de l'aide .

     

    Le jeune étudiant en viêtnamien resta dans ce poste de février 1948 à septembre 1948, période durant laquelle il se montra très dynamique. Le chroniqueur de la Mission nous dit en effet :.." Le jeune Père Alessandrini travaille activement. Six mois d'étude de langue l'ont déjà rendu capable de confesser ; et même d'instruire et baptiser dans le délai d'une heure des condamnés à mort, qu'il a rencontrés au cours de visites dans les postes militaires. C'est qu'en effet, le Père s'est chargé, à titre bénévole, des soldats dispersés dans les postes de la province et que l'absence d'aumônier militaire privait souvent de tout secours religieux. Parmi eux, se trouve un grand nombre de Sénégalais, dont beaucoup demandent à s'instruire. Mais leur idiome particulier n'est pas pour faciliter la tâche de leur apôtre occasionnel.."

    En septembre 1948, M. Alessandrini quitta Binhcang et le sud de la mission, pour monter au nord. Il était nommé vicaire à Tourane, aujourd'hui Danang, chef-lieu de province, paroisse importante, et qui devint, quelques années plus tard, le centre d'un futur évêché. Il apportait son dynamisme et son aide à M. Marc Lefebvre, curé du lieu. Appelé à travailler dans un milieu en grande partie francophone, il fit preuve de beaucoup de volonté pour continuer l'étude de la langue viêtnamienne malgré ses charges diverses : vicaire, aumônier, professeur, visiteur et consolateur des prisonniers ; parmi ces derniers, certains demandaient à se faire chrétiens, il fallait donc les instruire, les préparer au baptême.... A son travail paroissial ordinaire, il ajouta la visite régulière des blessés et malades dans les hôpitaux militaires du secteur ; en cette ville où vivait une population militaire nombreuse et fluctuante, il remplit les fonctions d'aumônier de garnison.

     

    Au début de novembre 1950, M.Alessandrini accueillit à Tourane M. Gabriel Espie. Celui-ci avait reçu, le 29 juin 1948, sa destination pour le vicariat apostolique de Quinhon où son arrivée était attendue depuis si longtemps, car, pendant deux ans, il avait complété à Rome ses études de philosophie et de théologie. Le jeune vicaire conduisit le nouveau missionnaire jusqu'à Trakieu où celui-ci allait commencer l'étude de la langue viêtnamienne, chez M. Pierre Jeanningros, curé de cette paroisse. Plus tard, en 1997, M.Gabriel Espie donna l'homélie, le jour où l'accueillant de 1950 célébrait ses noces d'or sacerdotales à Saint Michel des Batignolles dans le 17ème arrondissement de la capitale.

     

    Arriva le temps de la maladie éprouvante. En novembre 1952, une mauvaise bronchite contraignit M. Alessandrini à faire un séjour à l'hôpital de Tourane. Mais, des complications survenant, il fut dirigé sur l'hôpital Grall à Saïgon où il dut suivre un traitement assez long. Durant son absence, M.Henri Magnan de la mission de Chungking, expulsé de Chine en 1952, le remplaça à Tourane et s'occupa des chrétiens francophones et de l'hôpital. Mais vers la fin de l'année 1952, les autorités médicales de l'hôpital Grall, à Saïgon, conseillèrent vivement à M. Alessandrini toujours en traitement, de prendre un congé en France pour y refaire sa santé. Avec l'accord de ses supérieurs, vers la fin de janvier 1953, il s'embarqua à Saïgon, à bord d'un avion de la T.A.I., et arriva à Paris le 3 février 1953.

     

    Atteint de tuberculose, il subit successivement six opérations, au termes desquelles il ne conserva qu'un demi poumon. Après un séjour au sanatorium de Thorrenc (Ardèche), il revint à Paris en 1954, et choisit de travailler dans ce diocèse, où il exerça son ministère sacerdotal comme vicaire à la paroisse St. Michel des Batignolles, dans le 17ème arrondissement de la capitale. En raison de sa santé fragile, il lui était très difficile d'envisager un retour au Viêtnam. De par ailleurs cette année là, des évènements dramatiques affectaient ce pays : Les accords de Genève du 20 juillet 1954, après la chute de Diên-Bien-Phu, le 7 mai 1954, créaient une zone démilitarisée à la hauteur du 17ème parallèle, partageant le pays en deux états avec deux systèmes politiques différents.

     

    À Saint Michel des Batignolles, dans le diocèse de Paris, auquel il fut incardiné le 25 janvier 1964, M. Alessandrini fit preuve de ce même dynamisme pastoral qui avait été le sien à Binhcang et à Tourane. En cette paroisse de St. Michel, il fêta, en 1997, ses noces d'or sacerdotales; en cette unique paroisse également , il exerça son ministère apostolique jusqu'à la fin de sa vie, y compris à partir de sa retraite  en 1999.

     

    Faisant part aux prêtres et aux fidèles du diocèse de Paris, du décès du Père Laurent Alessandrini à l'hôpital Bretonneau, le vendredi 6 septembre 2002, le Cardinal Lustiger, en le recommandant à leurs prières, résumait ainsi son travail apostolique dans le diocèse : ".. 48 ans durant, auprès de 5 curés successifs, son ministère a été fort actif : aumônier de l'ACGF, des Guides de France, et à l'hôpital Bretonneau auprès des enfants malades, il a également été catéchiste à la paroisse, à l'école du Sacré-Cœur et au lycée-collège Saint Michel. Son ministère a été également ponctué par plusieurs séjours à l'hôpital dont deux pour des interventions au cœur –quadruple pontage- en 1986 et 1996…"

    Ses obsèques furent célébrées le mardi 10 septembre 2002, à Saint Michel des Batignolles. Une quinzaine de prêtres entourait Mgr. Golfier. L'église était remplie de fidèles. Dans son homélie, le Père Remi Griveaux, curé de la paroisse évoqua la "qualité de son dévouement pastoral, de son franc-parler, de ses homélies féroces, mais jamais méchantes qui remettaient en cause, " et aussi le fait que "plusieurs jeunes aient été introduits par lui dans le Sacerdoce.."

     

     

    • Numéro : 3803
    • Pays : Vietnam France
    • Année : 1947