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Joseph Henri ALAZARD (1903-1985)

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    Enfance et jeunesse

     

    Joseph Alazard naquit à Naudan, paroisse de Lassouts, au diocèse de Rodez, le 15 octobre 1903. Il était le deuxième d’une famille de neuf enfants. Il fut baptisé le 19 octobre 1903 par un de ses oncles, prêtre du diocèse de Rodez. Dans sa prime enfance, sa langue maternelle fut l’occitan du nord de l’Aveyron. C’est en famille, par une tante, qu’il fut initié au français. Il fréquenta ensuite l’école primaire des Frères de Saint-Geniez d’Olt pendant quelques mois, puis continua l’enseignement primaire à Espalion, de 1910 à 1916. C’est alors qu’il entra au petit séminaire d’Espalion pour ses études secondaires. Il y séjourna de 1916 à 1922. Ses études furent couronnées par le baccalauréat latin-grec. Son entrée au petit séminaire transforma son comportement d’adolescent vif et un peu irréfléchi. Il devint très appliqué à suivre le règlement. Il était studieux et donnait en toute chose le bon exemple à ses frères et sœurs. Pendant ses années de petit séminaire, sa vocation se précisa et s’affermit. En octobre 1922, il entra au grand séminaire pour se préparer au sacerdoce. Il y séjourna de 1922 à 1928, avec une interruption d’un an pour son service militaire. Pendant ce temps de service militaire, il fut victime d’un accident, sans suite visible dans l’immédiat. De fait, il subit alors une contusion lombaire. Ce n’est qu’après plusieurs années de ministère au Sikkim que des complications rénales se manifestèrent et entraînèrent son retour en France. Le P. Alazard gardait un excellent souvenir du grand séminaire de Rodez, particulièrement du supérieur et de son directeur spirituel. Il fut ordonné diacre à Rodez, le 28 juin 1928. Quelques semaines plus tard, le 16 juillet, il faisait sa demande d’entrée aux Missions Étrangères. Admis le 28 juillet, il entra à la Rue du Bac le 13 septembre 1928. Comme il n’avait plus qu’un an d’études à faire, il fut ordonné prêtre le 29 juin 1929 et, le soir même, reçut sa destination pour la mission du Sikkim. Il allait ainsi pouvoir rejoindre son ami, le P. Gratuze, parti deux ans plus tôt.

     

     

    En mission (1929-1934)

     

    Parti de Paris le 8 septembre 1929, il arriva dans sa mission à Kalimpong le 15 octobre, juste le jour de ses 26 ans. C’est à Kalimpong que résidait le supérieur de la mission. Naturellement le premier travail du jeune P. Alazard fut de se livrer à l’étude des langues, l’anglais et le népalais, les langues nécessaires pour son futur apostolat. Quant au P. Gratuze, il avait été envoyé à Pedong. C’est le P. Douénel qui assurait tout le service religieux à Kalimpong. Les chrétiens étaient d’ailleurs très peu nombreux. Dès que le P. Alazard fut capable d’exercer le ministère, il fut mis en charge de la paroisse de Kalimpong. La chrétienté très modeste était aussi en sommeil. Le P. Alazard, plein de zèle et d’ardeur, réveilla tout son monde. Dans le compte rendu de 1930, il signale un baptême d’adulte et de 10 enfants de chrétiens. En 1931, il administre 6 baptêmes d’adultes. Il faut noter que plusieurs pasteurs protestants presbytériens manifestent le désir de se convertir au catholicisme avec leurs familles et leurs ouailles. C’est un événement important dans le pays. Le P. Alazard voudrait ouvrir des écoles, mais les dispositions administratives s’y opposent. À force de persévérance, il réussit quand même à obtenir l’agrément du gouvernement pour l’ouverture de deux écoles qui seront bientôt très fréquentées. Durant l’année 1932, son troupeau a quadruplé, en raison surtout de la conversion de pasteurs protestants et d’un bon nombre de leurs chrétiens. Le zèle du P. Alazard se déploie en instituant toutes sortes d’œuvres et de mouvements pour maintenir et développer la vie chrétienne de ses paroissiens. En 1933, il signale dans son compte rendu qu’il a visité certains villages avoisinants et que des espoirs fondés de conversion se manifestent, il voudrait agrandir l’église, ou mieux encore en construire une plus grande, et utiliser l’église actuelle comme salle d’œuvres. Comme on peut en juger par ces quelques notes, le P. Alazard est tout entier à son apostolat et ne craint pas la peine. Hélas, son état de santé va non seulement freiner son zèle mais changer le cours de sa vie. Il sera toujours missionnaire, mais ailleurs et autrement.

     

    Le 16 janvier 1934, il quitta Kalimpong pour aller se reposer un mois à Bangalore. Ce mois de repos devait se prolonger : d’abord à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore, puis aux Nilgiris. De là, il fut hospitalisé à l’hôpital central de Madras. Là le docteur anglais décida que le P. Alazard devait rentrer en France pour subir une opération que l’on ne pouvait faire en Inde, du moins à cette époque. Il s’agissait de l’ablation d’un rein. C’était une conséquence de l’accident qui lui était arrivé pendant son service militaire. C’était donc quelque chose de sérieux ! Son retour en France par bateau fut long et très pénible.

     

    Avec son état général très mauvais et le mal de mer, il pensait que sa dernière heure était arrivée. C’est grâce à quelques gorgées de champagne offert par une personne du voyage qu’il a pu tenir, déclare-t-il lors de son arrivée à Marseile. L’opération fut réalisée à Marseille dans de bonnes conditions et avec succès, le 17 novembre 1934. Après l’opération, on lui imposa quinze mois de convalescence avant de songer à retourner au Sikkim. Le P. Alazard gardait fermement l’espoir et la volonté de rentrer dans sa mission et il s’y préparait activement.

     

     

    En France

     

    « L’homme propose et Dieu dispose » nous dit le proverbe qui se trouva vérifié une fois de plus pour le P. Alazard. En effet, dès le 25 mars. 1936, il reçut du P. Robert, Supérieur général, une nouvelle affectation pour le petit séminaire de Beaupréau où il passa dix ans de 1936 à 1946. D’après sa sœur, c’est sur la demande de ses parents que le P. Alazard fut maintenu en France. En tout cas, ce fut pour lui une grande déception. En 1939, la guerre éclata. Le P. Davias, supérieur, fut mobilisé comme officier. C’est donc le P. Alazard qui dut le remplacer et héberger les soldats allemands qui avaient réquisitionné la maison, en juin 1940. À la rentrée d’octobre 1940, nos élèves furent regroupés avec ceux du petit séminaire voisin et les cours continuèrent. C’est pendant ces années d’occupation que le P. Alazard prépara une licence d’anglais, d’abord à Angers, puis en Sorbonne. Il passa son dernier examen à Paris, le 6 juin 1944, juste le jour du débarquement des Alliés en Normandie. Le P. Alazard continua son enseignement à Beaupréau jusqu’au mois de juin 1946. Cependant, au mois de février 1946, il avait été nommé supérieur du séminaire de Bièvres qui, de fait, n’existait plus depuis 1939. Cette pauvre maison avait subi toutes sortes d’occupations. D’abord, elle avait servi d’hôpital pour les soldats français, puis elle avait été occupée par les aviateurs allemands, de 1940 à 1944. Ensuite vinrent les Américains, de 1944 à 1946. C’est dire que la maison était en piteux état et qu’avant d’accueillir les aspirants il fallait procéder à des réparations de toutes sortes. Le P. Alazard s’attela à la besogne avec le P. Lannay comme économe. Au mois de septembre 1946, tout était à peu près en ordre pour accueillir les séminaristes, le corps professoral, et remettre la maison en route. Le P. Alazard resta supérieur de Bièvres pendant 14 ans, de 1946 à 1960.

     

    En 1960 se tint l’Assemblée générale et tout le conseil fut renouvelé. Le P. Maurice Quéguiner fut élu Supérieur général. Le P. Alazard fut élu Assistant général et donc quitta Bièvres. Suivant la coutume de cette époque, le supérieur de la Maison de Paris était pris parmi les membres du conseil. Cette fonction échut au P. Alazard. Dès le début de son mandat, le P. Alazard fit la visite des missions de l’Inde où se posaient certains problèmes.

     

    Par sa patience, il réussit à arranger les affaires. Puis, il reprit ses activités d’assistant. Il rendit visite aux missions de Birmanie.

     

    C’est pendant cette période que se tint le Concile Vatican II. Le P. Alazard fut choisi par Mgr Despatures comme représentant. Agréé par les autorités compétentes, le P. Alazard fut donc « Père conciliaire », comme suppléant de Mgr Despatures pendant la première session. Son rôle s’arrêta là, car Mgr Despatures mourut le 26 août 1963.

     

    Comme le demandait le Concile, le Supérieur général et son conseil décidèrent la convocation de l’Assemblée générale anticipée, en 1968.

     

    Au cours de cette assemblée, le P. Quéguiner fut réélu comme Supérieur général, mais de nouveaux assistants furent choisis.

     

    Un poste était pratiquement vacant à Paris, celui de recteur de la chapelle. Comme le P. Alazard était libre, il fut officiellement nommé recteur de la chapelle, fonction qu’il remplit jusqu’en 1975. En fait, il assurait déjà le service de la chapelle depuis 1963. Pendant ces sept années, le P. Alazard œuvra avec tout son zèle, non seulement à la chapelle, mais dans tout le quartier. Il s’attira ainsi non seulement la sympathie mais aussi l’affection de nombreuses personnes. La nouvelle de son départ affecta beaucoup de paroissiens, mais plus encore la nouvelle de sa mort. Certaines personnes en pleuraient à chaudes larmes. Il préparait soigneusement ses homélies qui étaient peut-être un peu longues et monotones, car le cher Père Alazard avait peu de voix et n’était guère orateur, mais il y mettait tout son cœur.

     

    En 1975, sa santé faiblissant, il fut déchargé de cette fonction. C’est alors qu’au lieu de se retirer, soit à Montbeton, soit à Lauris, il chercha et obtint un petit poste dans son diocèse de Rodez. Il avait un logement adapté à sa fonction où il pouvait recevoir les visiteurs et l’évêque lui accorda le privilège d’un oratoire privé avec la présence du Saint-Sacrement. Il écrit lui-même : « Grâce à cette autorisation et à ce ministère, j’ai passé neuf années heureuses. Les confessions et les visites de prêtres, de religieux, de religieuses et de laïcs m’ont apporté de bien douces consolations sacerdotales. Mais j’ai souffert d’être si longtemps en marge de la Société, des confrères et des missions ».

     

    Avec l’âge venaient aussi les misères. Sa vue baissait. Il fut opéré de la cataracte dans une clinique de Rodez, mais le résultat ne fut pas merveilleux. De plus ses forces diminuaient. Il fut obligé de renoncer à cet apostolat d’accueil à Rodez et il demanda à se retirer à Montbeton où il arriva le 10 décembre 1984. Il était très affaibli. Il était très heureux de retrouver à la maison Saint-Raphaël son vieil ami de toujours, le P. Gratuze, son compatriote et condisciple de Rodez, son compagnon d’apostolat au Sikkim et au petit séminaire de Beaupréau ; ils allaient se retrouver pour toujours auprès du Seigneur.

     

    Pendant les quelques mois qu’il passa à Montbeton, le Père Alazard vécut effacé, donnant là, comme partout où il était passé, un exemple discret de régularité, de piété, de charité, passant de longs moments à la chapelle, se faisant faire la lecture, recevant la visite de ses proches et de personnes qu’il avait conseillées et aidées.

     

    Peu à peu, ses forces semblaient revenir mais, au matin du 18 août 1985, ayant passé une mauvaise nuit et ne se sentant pas bien, il ne se leva pas pour célébrer la sainte messe et recevoir la visite de son frère, de sa sœur religieuse et d’une nièce qui devaient passer la journée avec lui. Le médecin diagnostiqua un début d’œdème pulmonaire et conseilla son hospitalisation. Ses parents l’accompagnèrent, après qu’il eut reçu la sainte communion et le sacrement des malades, à la clinique de Montauban. Dans la soirée, il se sentit mieux et c’est sans inquiétude qu’on le quitta. Mais le lendemain matin, 19 août, la clinique téléphona qu’après une nuit paisible, le Père était décédé, probablement dans son sommeil, succombant sans doute à une embolie.

     

    Ses obsèques eurent lieu le 21 août. Elles furent présidées par le P. Bayzelon, Supérieur général, venu de Paris apporter à notre confrère le témoignage de l’estime et de la gratitude de ceux qui l’ont connu et de toute la Société. Sa famille, venue nombreuse, l’accompagna jusqu’au cimetière où il repose à côté du P. Gratuze qui l’y avait précédé un mois plus tôt. Parmi les témoignages de sympathie reçus pour le décès du P. Alazard, il convient de mentionner particulièrement celui du Cardinal Marty, son compatriote et ami, qui disait de lui un jour : « Le P. Alazard, au séminaire de Rodez, on ne pouvait jamais le prendre en défaut ». Nous pourrions dire que c’est toute sa vie que le P. Alazard s’est appliqué à bien faire toute chose.

     

    On pourrait multiplier les témoignages, mais dans sa modestie, le P. Alazard lui-même les récuserait. Voici cependant ce que dit l’abbé Cros, aumônier du carmel de Rodez : « Le 30 novembre 1975, Mgr Bourrat, évêque de Rodez, présentait ainsi le P. Alazard dans la Semaine religieuse : « Ancien recteur de la chapelle des Missions Étrangères à Paris, mis à la disposition du diocèse de Rodez par son Supérieur général, il est chargé d’un ministère d’accueil (confessions, entretiens personnels) au service des prêtres, des religieuses, des laïcs. Il réside et reçoit au 27, boulevard Puech, au rez-de-chaussée. »

     

    Le P. Alazard a fidèlement accompli sa mission jusqu’à son départ, au mois de décembre 1984. Il a montré une grande piété, une sérénité constante. Son visage reflétait douceur et paix, venus qui le rendaient très abordable. Sa présence rassurait.

     

    Il assurait aussi, à la cathédrale, une permanence pour les confessions et entretiens, et recevait à son domicile où il continuait à longueur de journées son ministère de réconciliation. Il participait aux diverses rencontres spirituelles organisées dans le diocèse, en particulier aux récollections et retraites sacerdotales, pour exercer son ministère de confesseur. Beaucoup de prêtres, d’adultes, de religieuses, de jeunes, d’enfants s’adressaient à lui.

     

    Sa discrétion comme sa patience étaient remarquables. Il savait éclairer avec des mots très simples. Il aimait Dieu et par conséquent ses frères.

     

    À l’annonce de sa mort, cette pensée a surgi spontanément dans mon cœur : un protecteur de plus dans le ciel. »

     

    Dans une lettre du 21 août 1985 adressée à sa famille, Mgr Bourrat, évêque de Rodez, écrivait : « Si j’avais pu, je serais allé à Montbeton, car depuis dix ans, le diocèse d’origine du Père lui doit beaucoup. Il a rendu ici d’immenses services, avec une grande discrétion et abnégation, couronnant ainsi une vie sacerdotale missionnaire toute droite. Le Seigneur l’a accueilli déjà. Je suis convaincu que non seulement nous pouvons prier pour lui, mais que nous pouvons le faire par lui. Qu’il veille sur toute votre famille. Pour ma part, je lui confie le diocèse ».

     

    Un prêtre de l’Orne, qui avait rencontré le P. Alazard à Paris et l’avait pris comme directeur, écrit à sa sœur religieuse : « La valeur vraiment exceptionnelle de votre frère, vous la connaissez. Cependant je ne puis taire l’admiration en laquelle je le tenais, car dans tous les domaines, tant spirituel qu’intellectuel ou humain, il était proprement édifiant. Son départ de Paris, prélude au grand départ, départ dont nous souffrons, avait laissé chez ceux qui bénéficiaient de son enrichissante et sainte influence, à cause même de la profondeur de sa vie religieuse, un vide irremplaçable ».

     

    Terminons en donnant quelques passages de son testament spirituel, rédigé en 1970 : « J’ai toujours voulu être pauvre depuis que je suis prêtre et je crois pouvoir dire que je l’ai été réellement pendant mes trop courtes années de mission et après. Et j’ai trouvé là un bonheur intime qui m’a beaucoup aidé dans ma vie spirituelle et dans mon apostolat et dont je remercie le Bon Dieu. Je souhaite à tous mes confrères de goûter un bonheur semblable. La bonne organisation de la Société le met à la portée de tous ses membres où qu’ils soient. Et son esprit y invite chacun. Je demande pardon à tout confrère que j’ai mal édifié ou à qui j’ai fait de la peine, en mission, à Beaupréau, à Bel-Air, à la rue du Bac, ainsi qu’à tous mes anciens élèves envers qui j’ai peut-être été trop dur parfois. L’estime que j’ai toujours eue du sacerdoce et de la vocation missionnaire, le sentiment de l’importance des années de formation, la souffrance que m’ont causée l’insuffisance ou la médiocrité spirituelle, morale, humaine, m’ont rendu exigeant. Je regrette devant Dieu de l’avoir été trop peut-être pour les autres et pas assez certainement pour moi. Que Dieu me pardonne ce trop et ce trop peu.

     

    Je regrette aussi de n’avoir pas assez prié, non pas tant de n’avoir pas donné assez de temps à la prière que d’avoir mal employé ce temps : j’ai toujours mal prié. Et pourtant Dieu a été si bon pour moi tout au long de ma vie ! Il m’a donné le désir et la volonté d’être prêtre et missionnaire dès mon enfance et cette idée ne m’a jamais quitté, même aux années difficiles. Quid retribuam ! »

     

    Qu’ajouter de plus sinon de prier le cher Père Alazard de veiller sur la Société qu’il a si bien servie et de nous obtenir de nombreuses vocations pour continuer l’œuvre du Seigneur là où il le voudra et comme il le voudra.

     

    • Numéro : 3381
    • Pays : Sikkim
    • Année : 1929