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Joseph ALAZARD (1887-1914)

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    M. Joseph-Benjamin-Louis Alazard, naquit à Lassourts (Rodez, Aveyron), le 27 novembre 1887. Il arriva au Yun-nan le 27 janvier 1914.

    Quelque temps après, la bonne Providence lui ménagea une agréable surprise, très rare dans les annales de notre mission. Il vit accourir à Yunnansen tous les confrères, à l’exception de trois seulement, pour cette bonne et fructueuse retraite de 1914, que le vénéré M. Ligneul avait bien voulu venir nous prêcher.

    Il revit là ceux qu’il avait connus au Séminaire de Paris, et qui, sans doute, lui avaient selon l’usage, donné rendez-vous dans l’arène illustrée par le chevalier-apôtre, M. Chicard ; il prit contact avec les vétérans que la vue de leur Benjamin semblait ragaillardir. Nous, les anciens, nous admirions ses belles qualités : douceur, humilité, intelligence, bonne volonté, et santé robuste; et chacun escomptant la longue carrière que ne pouvait manquer de fournir le nouveau confrère, se disait : « Pour un choix, c’est un fier choix qu’a fait pour le Yun-nan le « Conseil du Séminaire.»

    Cependant, l’heure de la dislocation approchait. Réconfortés au moral et au physique, les retraitants allaient reprendre, pleins d’ardeur, le chemin de leurs districts respectifs. C’était une occasion unique d’envoyer le nouveau venu, sous bonne escorte, dans la région où il devait apprendre la langue et faire ses premières armes. Quelle fête ! quel enthousiasme ! il partait avec MM. Fortin et Michel, pour Ko-Koui, le fief du vaillant M. Chicard.

    On était alors à la fin de février. Durant cinq mois, M. Alazard ayant pour commensal le P. Antoine Ly, employa si bien son temps que, dans les derniers jours de juin, il commençait à confesser ; et M. Fortin, bon juge en la matière, pouvait dire de lui : « Monseigneur peut lui « confier un district, à celui-là ; bien qu’à peine arrivé, il est déjà formé comme un ancien. » Donnant lui-même un aperçu de son genre de vie au vicaire apostolique, M. Alazard disait simplement : « Ma vie ressemble plutôt à celle d’un aspirant qu’à celle d’un missionnaire. Il « me faudra sans doute bientôt changer mon règlement ; à la grâce de Dieu !  Pour moi, ça « m’est égal ; je suis prêt à me conformer à vos désirs, Monseigneur, bien persuadé qu’en « vous obéissant je serai toujours dans la bonne voie. »

    L’ordre de quitter Ko-Koui lui arriva bientôt, en effet, mais il ne vint pas d’où notre confrère l’attendait. La guerre avait éclaté et, atteint par l’ordre de mobilisation, M. Alazard dut répondre à l’appel et partit le 8 août avec M. Michel, son voisin.

    Il souffrait alors de la grippe, mais, pour un homme de se trempe ce « bobo » ne pouvait compter, surtout quand le devoir parlait si haut. Cependant le 13, en cours de route, la fièvre qu’éprouvait le malade devint si violente que M. Michel crut devoir envoyer un courrier à Tong-tchouan, pour demander un palanquin à M. Edouard Maire. Dans la soirée du 14, les voyageurs recevaient l’hospitalité, chez notre vénéré doyen. Le lendemain de l’Assomption, M. Alazard dut, à son grand regret, garder le lit, et laisser partir seuls son compagnon de route, M. Michel, et M. Fortin, arrivé avant eux à Tong-tchouan.

    « Le cher malade, écrit M. Edouard Maire, était dévoré par une fièvre brûlante, « accompagnée de vomissements. Purgatifs, vomitifs et quinine, rien ne réussit à enrayer le « mal. Les nuits, surtout, étaient pénibles ; le patient délirait et poussait des cris déchirants ; il « ne fallait pas moins de trois hommes pour l’empêcher de s’échapper dehors. Le 21 août, à la « faveur d’un moment de lucidité, il se préparait à la mort par une confession générale. Les « vomissements ne permirent pas de lui donner le saint viatique ; mais il reçut l’extrême-« onction et l’indulgence plénière au moment opportun. Le soir du même jour, M. Bois et le « jeune Père chinois Tchang arrivaient à Tong-tchouan, juste il temps pour recevoir le dernier « soupir du pauvre mourant, qui rendit sa belle âme à Dieu le 22 août à 4 h. 1/2 du matin. »

    Le bon Dieu en avait décidé ainsi. Ce vaillant, sur lequel ses frères d’armes fondaient les plus belles espérances, ne devait que nous être montré. Sept mois après son arrivée, il allait recevoir la récompense due au fidèle serviteur. Et ce fut notre doyen, qui compte plus de quarante ans d’apostolat, qui conduisit notre Benjamin à sa dernière demeure, le 24 août.

    La tombe est fermée, mais le cher défunt continue à nous parler : son souvenir sera longtemps un réconfort pour ceux qui l’ont approché. On peut dire de lui : Consummatus in brevi, explevit tempora multa, et, pour preuve, je n’en veux que ce témoignage vraiment touchant du vieux P. Antoine Ly, qui fut son commensal durant cinq mois : « Le Père Alazard avait le caractère heureux : il était affable et d’une grande vertu. Ayant son arrivée, j’étais tout bouleversé par des idées noires, que j’attribuais à l’esprit malin. Dès que le cher défunt fut logé sous le même toit que moi, le calme me fut rendu, et je jouis d’une sérénité parfaite. J’attribue ce phénomène à sa piété et à sa vertu. Un jour, j’entendis un chrétien me dire : « Ce père est vraiment pieux ; plus tard, il sera certainement d’un grand secours pour la sainte Église. » Que ma vie eût été plus heureuse, si j’avais toujours eu un tel compagnon ! »

    • Numéro : 3170
    • Pays : Chine
    • Année : 1913