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Édouard AGNIUS (1874-1900)

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    Edouard Agnius naquit à Haubourdin (Nord) le 27 septembre 1874. Il fut baptisé le 29.

    Son père, directeur d’usine, et sa mère, tous deux franchement chrétiens, élevèrent si bien leurs cinq enfants que les quatre aînés se consacrèrent au service de Dieu : Edouard était le troisième.

    En 1885, il fit sa première communion et reçut, en 1887, la confirmation : heureux jours dont il conserva pieusement le souvenir et dont il aima toute sa vie célébrer les anniversaires.

    Au petit séminaire, il fut, d’après plusieurs de ses condisciples, un brillant élève. Lui-même jugeait sévèrement ces années d’études, puisqu’il datait du 29 mai 1891, en sa dix-septième année, ce qu’il appelait « sa conversion ». Il est probable que cette conversion était surtout un renouvellement de ferveur au service de Dieu, et l’occasion en fut peut-être une lumière plus vive sur sa vocation à l’apostolat. Cet élan d’ailleurs devint définitif.

     

    Le 4 août 1892, Edouard revêtait l’habit ecclésiastique. Un mois après, il entrait au Séminaire des Misions Etrangères. Il s’y montra, du premier jour, tel qu’il devait être jusqu’à la fin, régulier, laborieux, énergique, dur pour lui-même, avec un caractère doux et conciliant, une rare distinction de goûts et de manières, où se trahissait parfois un peu de fierté naturelle.

     

    Vers la fin de sa première année de séminaire, pour mettre plus à l’abri un trésor qu’il avait toujours conservé chèrement, et se préparer au don solennel du sous-diaconat, il se consacra tout entier à Dieu par une promesse formelle.

     

    Son année de caserne (1894-1895) fut toute de luttes pénibles. Malgré l’amabilité de certains chefs, il ne garda de ce milieu qu’un douloureux souvenir.

     

    En juin 1897, après son ordination au sacerdoce, il reçut sa destination pour la Mandchourie, mission alors des plus tranquilles et des plus florissantes, dont le P.Letort écrivait cette année-là même : « En Mandchourie, on peut rêver de mourir gelé, mais le martyr ne semble pas être à l’ordre du jour ; c’est un genre de poésie qui fait défaut. » Le P.Agnius reçut pourtant avec joie se destination.

    « Te voilà missionnaire, lui dit son vaillant père, ne le sois pas à demi. » Edouard n’oublia pas cette parole. Il se la redisait souvent. Elle fut se devise « Crux et amor » la formule de son apostolat.

     

     

    Dès son arrivée en mission il fut envoyé à Yang-kouan pour apprendre la langue chinoise. Il y travailla bien, m^me trop. Rien ne lui manquait : oreille juste, mémoire excellente, ardeur tenace. Il ne voulait pas d’à peu près, et sans se contenter du temps considérable employé à l’étude pendant la journée, - c’était parfois neuf heures entières- il passait encore une partie de ses nuits à prononcer quelque syllabe rebelle.

     

    Après plusieurs mois, il se sentit fatigué, comprit qu’il fallait se modérer un peu, et dut prendre quelques jours de repos.

     

    Les Yang-kouanais, les enfants surtout, qu’il aimait tant, n’ont pas oublié le Père « An » ( c’est son nom chinois, qui signifie : la paix). Ils s’accordent à dire que de tous les Pères qui ont appris la langue au milieu d’eux, c’est lui qui a fait les plus réels et les plus rapides progrès.

     

    Le Père Beaulieu, alors chargé du district, témoigne que son vicaire était modeste, obéissant, ouvert, d’une édifiante délicatesse de conscience, pourtant, un peu susceptible ; mais le P.Agnius mérita d’autant mieux qu’on lui pardonnât ce défaut qu’il s’efforça toujours d’être le seul à en souffrir.

     

    En 1898, il reçut l’ordre de se rendre près du P.Viaud, à la « Montagne Noire ». Il avait acquis à Yang-kouan une connaissance suffisante de la langue ; il allait maintenant faire l’apprentissage du ministère dans ce district où, chaque année, le zèle du P.Viaud suscitait des centaines de conversions. Les deux Pères ne restèrent ensemble que quatre ou cinq mois. Mgr Guillon, détachant de la Montagne Noire le nouveau district de Kouang-ning, le confia au P.Agnius. Celui-ci accepta, par obéissance, cette responsabilité, croyant, avec Sainte Thérèse, que « l’obéissance donne des forces ». En effet, sous sa direction, les mouvement de conversions ne se ralentit point, et les œuvres établies continuèrent à prospérer.

     

    Pour faciliter l’instruction des catéchumènes, il les réunissait à Kouang-ning et les hébergeait le temps nécessaire. Charité louable, mais charge lourde à son budget. Entre autres dépenses il avait encore l’entretien d’un orphelinat qui, n’étant pas alors officiellement reconnu, ne bénéficiait pas des secours de la Sainte-Enfance. Ses parents, il est vrai, lui envoyaient généreusement des sommes importantes ; il leur en était profondément reconnaissant : mais elles ne suffisaient pas aux besoins de son zèle.

     

    Quant à tendre la main au Vicaire apostolique, une pointe de fierté l’en empêchait : défaut peu commun, et dont il se serait sans doute corrigé bien vite.

     

    En faveur des âmes qui lui avaient été confiées il crut donc devoir se priver le plus possible. Il retrancha de son ordinaire pain, vin, et même viande, pour se contenter de légumes et de sorgho, comme les plus pauvres de ses chrétiens. Un jour, son cuisinier lui ayant préparé de la viande, il refusa d’y toucher et condamna son trop charitable serviteur à la manger lui-même.

     

    L’âme de l’apôtre se trouvait bien dans ce carême perpétuel, mais son corps s’affaiblissait chaque jour. Aussi le P.Agnius, étant à Moukden en novembre 1899, pour la retraire des missionnaires, fut chapitré là-dessus par le Vicaire apostolique ; il se soumit simplement, et suivit depuis un régime plus substantiel.

     

     

    De sa vie à Kouang-ning, il écrivait : « Je ne sais trop à quoi elle ressemble. Est-ce celle d’un missionnaire ? Est-ce celle d’un mandarin ? Mon désir est de faire le bien ; il se fait, je l’espère, quelquefois : mais il me manque ici des hommes et de l’argent. Si le bon Dieu m’en prive, c’est que je puis m’en passer, quoique le cœur bien gros. »

     

    Au commencement de 1900, il parcourut toutes ses chrétientés pour la visite, c’est-à-dire la confession et la communion annuelles. Voici l’emploi de ces journées tracé par lui-même. « Chaque jour, sermon à la messe. Après mon déjeuner, récitation du bréviaire, puis interrogation sur le catéchisme et la doctrine ; après quoi, je reprenais mon bréviaire que je faisais suivre de l’audition des confessions. Venait alors le souper, puis je fumais quelques bonnes pipes tout en causant de choses et d’autres avec les chrétiens. Enfin, je récitais avec eux la prière du soir. »

     

    Un zèle si constant n’allait pas sans luttes : « Je marcherai, disait-il, sur mes affections, toutes les fois que le devoir parlera. » Jeune, il avait rêvé de prendre ses chrétiens par le cœur, les bons procédés, les paroles aimables. Il s’aperçut bien vite que ce moyen n’était ni suffisant, ni pratique. « Avec ces Chinois, écrivait-il, il faut bien se donner de l’extérieur et leur cacher un peu l’homme. Devant eux, je joue la comédie et me masque souvent ; ma figure est empruntée et ma vie ici devient un mensonge continuel. Il m’en coûte, c’est vrai, mais je le fais pour le bon Dieu. » Ses chrétiens le respectaient et le craignaient ; mais ils savaient aussi combien il était bon, et l’aimaient véritablement.

     

    Avec ses confrères le P.Agnius était très attentionné, et rendait volontiers service. De passage chez eux, il prêchait et confessait autant qu’ils le désiraient. Aux réunions, il apportait sa part de chansons et de gaîté, quoique ses morceaux préférés fussent plus graves ou mélancoliques. Il aimait le chant : quand il était seul, dans son district, c’était l’unique distraction qu’il se permît.

     

    En juin 1900, le P.Agnius vint recevoir à Ing-tse un nouveau missionnaire, le P.Bayart, comme lui du diocèse de Cambrai. C’est alors qu’il apprit les menées des boxeurs. Le 22 juin, voulant fortifier ses chrétiens et mettre en sûreté ses orphelines, il repartait pour Kouang-ning. Il n’y put rester longtemps : les nouvelles terribles se succédaient sans relâche. Il voulut alors rejoindre les PP. Viaud et Bayart qui s’étaient réfugiés à Che-tse-t’ouen, au sud de la Montagne Noire. A peine eut-il quitté Kouang-ning que son église et sa résidence furent pillées et incendiées. Les trois Pères réunis à Che-tse-t’ouen, hésitèrent quelques jours sur la route à prendre : se diriger sur l’intérieur du pays ou bien vers le port de Ing-tse ? Ils s’arrêtèrent à ce dernier parti, le meilleur certainement, mais il était trop tard. Nous savons comment ils furent trahis, massacrés et jetés dans le Soang-tai-tse-heu. Le P.Agnius n’avait pas encore vingt-six ans.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2284
    • Pays : Chine
    • Année : 1897