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Hyacinthe ADAM (1858-1909)

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    Hyacinthe Adam naquit à Minihy-Tréguier (Saiut-Brieuc, Côtes-du­Nord) le 12 août 1858. C’est dans cette paroisse, au manoir de Ker­martin, qu’est né et est mort, à la fin du douzième siècle, le plus populaire des saints de Bretagne, Mgr Yves Hélory.

    Membre d’une nombreuse famille, Hyacinthe y reçut une éducation toute de foi et de piété. Mais en même temps, cette éducation fut virile. Que de fois le missionnaire ne l’a-t-il pas donnée en exemple à ses chrétiens lorsqu’il leur parlait de l’éducation de leurs enfants ! Ayant perdu son père de bonne heure, il reporta toute son affection sur sa mère qui du reste le lui rendait bien.

    Le petit Hyacinthe fit ses études au collège de sa ville natale, à Tré­guier. La voix de Dieu se fit entendre de bonne heure à son cœur. Il a confié à un de ses condisciples, devenu plus tard son confrère au séminaire de la rue du Bac, qu’il se décida sans retour pour la vocation apostolique le jour où un prédicateur dit aux élèves que le missionnaire qui a converti une seule âme a par là même assuré son propre salut. Sous la direction du vénéré M. Le Pon, supérieur du collège de Tréguier, qui envoya plusieurs recrues aux Missions-Étrangères, le futur aspirant missionnaire devint un exemple de sagesse et de piété, tout en restant le plus aimable et le plus gai des jeunes gens. A la fin de sa rhétorique, il demanda et obtint son admission au Séminaire des Missions, et quatre ans plus tard il vint faire à sa mère et à la Bretagne un adieu qu’il croyait définitif.

    Destiné pour le Japon, M. Adam s’embarqua à Marseille le 7 no­vembre 1883, et arriva à Osaka dans les derniers jours de l’année. Après avoir passé quelque temps à l’évêché pour apprendre la langue, il fut chargé du poste d’Uchi-aachi-machi qui comprenait alors toute la partie est d’Osaka. Là il se mit tout entier à son affaire avec sa foi et son énergie de Breton. Il eut vite fait de se reconnaître au milieu des milliers de ruelles qui sillonnent cette partie de l’immense ville d’Osaka. Tous les moments non employés à visiter ses fidèles et ses connaissances païennes, il les passait dans sa petite maison japonaise, occupé à prier, à préparer ses sermons, ses instructions, etc. Il menait la vie d’un vrai ermite, sans s’occuper de ce qui se passait autour de lui. En 1889 eut lieu une grande inondation. Toute la partie ouest d’Osaka fut atteinte ; on ne pouvait voyager dans les rues qu’en barque. M. Chatron, alors procureur de la mission à Kobé, étant venu visiter les confrères de Kawaguchi, poste situé dans la partie inondée, voulut avant de rentrer à Kobé aller jusqu’à Anaji-machi pour dire bonjour à M. Adam. Quel ne fut pas son étonnement de trouver le brave Père tranquillement chez lui occupé à prier et à travailler. Et l’inondation ? Mais quelle inondation ? répondit celui-ci tout surpris. Cette petite anecdote peint notre homme sur le vif. En dehors de ce qui regardait son ministère, son travail, ses exercices de piété, il vivait tout comme si rien n’existait. Aussi lorsqu’en 1889, il dut quitter Uchi-aaji pour prendre la direction de la paroisse de la cathédrale, ce fut un dur sacrifice ; il lui fallait dire adieu à la vie tranquille et retirée. Mais, homme de devoir avant tout, il se mit avec son énergie ordinaire à sa nouvelle charge et fit tous ses efforts pour contenter tout le monde. En 1890, pendant une épidémie de choléra qui fit de nombreuses trouées dans son troupeau, il faillit lui-même être victime de son zèle. Il prit le mal au chevet d’un mourant atteint de la terrible maladie. Une médication énergique, administrée à temps, arrêta net le mal ; aussi, après deux ou trois jours de lit, il put se lever complètement remis.

    En octobre 1891, il fut chargé du poste de Tsu ; cette nomination le mit au comble de la joie et de ses désirs ; pour le coup il allait pouvoir reprendre sa vie tranquille et solitaire. Tsu fut toujours pour lui le poste idéal, son paradis terrestre ; il y a laissé tout son cœur. Ses chrétiens, disait-il, étaient les plus braves gens de toute la mission. Pendant les treize ans qu’il a passés en France, il ne rêvait qu’à Tsu, n’avait qu’un désir : se remettre assez pour pouvoir revenir mourir à Tsu.

    Lorsque M. Adam fut chargé de ce district, il ne comptait que les postes de Tsu (résidence du missionnaire) et d’Ueno. Grâce aux ressources fournies par sa mère, il étendit peu à peu son cercle d’action ; il releva les postes de Matsusaka, Kameyama et Tsuchiyama, et y établit un catéchiste à poste fixe. Pendant cinq ans le brave Père se dépensa tout entier entre ses 5 chrétientés, allant de l’une à l’autre, prêchant, instruisant, excitant le zèle de ses catéchistes, toujours plein d’entrain, confiant dans l’avenir jamais découragé : « Eh bien ! Père Adam, cela va-t-il dans votre district ; avez-vous des baptêmes ? — Mais oui, cela va, et puis, tenez, il y a tel endroit, telles personnes, cela promet, vous verrez. » Bien souvent ses espérances étaient déçues, mais, six mois après, si vous lui posiez la même question, vous aviez la même réponse : Mais oui, cela va, cela promet ; dans tel endroit, il y a un petit mouvement. Quelle foi de Breton et quelle confiance en Dieu et en sa bonne Mère ! En moins de cinq ans il fit 142 baptêmes, chiffre considérable pour qui connaît les difficultés locales.

    A quoi attribuer ses succès ? à son travail acharné, sans doute, mais surtout à sa foi. M. Adam était un vrai saint : il menait une vie de prière et de mortification. Ses nerfs ne lui donnaient pas un noment de repos. La nuit, il pouvait à peine sommeiller quelques heures. Malgré cela, il était toujours d’une humeur égale et gaie. Aussi ses chrétiens avaient pour lui la plus grande vénération et le tenaient en très haute estime.

    M. Adam lutta jusqu’au bout contre la maladie qui le minait depuis de longues années. Mais à la fin, il dut s’avouer vaincu. En avril 1896, il partit pour Hong-kong, espérant qu’un changement d’air, un bon régime et un repos complet calmeraient ses violents maux de tête. Vain espoir, le mal ne fit qu’empirer, aussi son départ pour la France fut décidé. Toutefois, avant de prendre la route du pays natal, il demanda en grâce et obtint de Mgr Chatron, nouvelle­ment évêque élu d’Osaka, la permission de revenir au Japon, pour revoir ses confrères et assister au sacre qui eut lieu à Kobé le 18 octobre de la même année. De là, il s’embarqua pour la France le 3 novembre. Il ne devait plus nous revenir. Sa vie en France ne fut qu’un long martyre : il prenait souvent la tête dans ses mains : « Que je souffre, disait-il, que je souffre ! Mon Dieu, que votre volonté soit faite ! » Tant qu’il fut en état de dire la messe, il remplit les fonctions de vicaire dans la petite paroisse de Squiffiec où il fit l’édification de tous par son assiduité à se tenir aux pieds du Saint-Sacrement. « Je ne puis pas prier ni méditer beaucoup, disait-il, je reste tout simplement auprès de Notre-Seigneur pour lui montrer que je l’aime. »

    M. Adam est mort le 17 janvier 1909. A ses funérailles assistèrent un grand nombre de prêtres et toute la population de Minihy-Tréguier qui l’avait en vénération. Il repose dans le tombeau de sa famille à l’ombre de l’église de son baptême.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1563
    • Pays : Japon
    • Année : 1883