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Pierre ALEXANDRE (1901-1961)

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    Le Père Alexandre n’avait pas encore soixante ans accomplis lorsqu’il fut rappelé à Dieu. Bien qu’il fût malade de longue date, sa mort fut pour tous ceux qui le connaissaient une douloureuse surprise. Car nous savions qu’il avait repris du ministère ; depuis un an, il était aumônier des Sœurs Auxiliatrices du Purgatoire à Lourdes ; c’est là qu’il mourut, enlevé par l’angine de poitrine, après quelques jours d’hôpital. C’était le 2 avril, jour de Pâques.

     

    Dès son jeune âge, il fut en perpétuels déplacements ; son père était employé des chemins de fer. Sa vie missionnaire aussi n’est qu’une longue suite de changements ; presque chaque année, nous le trouvons à un poste différent. Les circonstances l’ont voulu ainsi, mais surtout son état de santé, et aussi le fait qu’il était toujours disponible, prêt à répondre à tout appel de ses supérieurs. Il est tantôt aumônier des Frères, tantôt professeur, puis directeur de la léproserie, procureur de la mission à deux reprises.

     

    En 1936 la maladie l’oblige à rentrer en France ; mais son zèle trouve bien vite à s’exercer : il est aumônier d’un sanatorium en Haute-Savoie ; en 1938 on le nomme supérieur des Frères à Dormans.

     

    Mais les curieux effets de la mobilisation lui permettent de revenir à Quinhon ; pourtant, après quelques mois de ministère à Hodiem, il doit endosser l’uniforme de lieutenant et servir à Saigon et à Camranh.

     

    Enfin, il va pouvoir donner toute sa mesure à Tourane, où pendant trois ans il sera un curé débordant d’activité. Il y lança les mouvements d’action catholique, et leur communiqua le feu sacré par sa parole et son exemple. Tous les hommes qui faisaient alors partie de la JOC se souviennent encore de lui avec émotion. Il avait un don d’entraînement peu commun, et une dose d’enthousiasme que rien ne diminuait. Il soignait l’apparat sans négliger la formation des militants. Ses initiatives originales effrayaient bien un peu ses supérieurs ; à cette époque il faisait figure do curé d’avant-garde. Les para-liturgies, la présentation de la Bible en scènes vivantes, les fiches paroissiales, toute la religion en un seul tableau, autant de choses qui lui demandaient un travail personnel et continu. On le trouvait toujours avec une nouvelle idée en tête. Toute sa vie il garda ce goût de l’inédit, mais sans obstination, et toujours dans un but apostolique.

     

    Car son zèle était animé par une vie intérieure profonde, et son souci du bien à faire commandait toutes ses activités. Le P. Alexandre était l’homme de devoir ; il oubliait souvent les précautions que réclamait sa santé ; ne craignant pas sa peine, il allait jusqu’au bout de ses forces. Il s’inquiétait peu de son confort et vivait très détaché des biens de ce monde.

     

    Au printemps 1944 il était devenu curé de l’importante paroisse de Hodiem. Après Tourane, c’était un autre ministère ; il s’y adapta bien vite, tout en y mettant son petit cachet original. Certes, les épreuves ne lui manquèrent pas. Il faillit même y laisser la vie. C’était en janvier 1945 : un avion américain, voulant gêner le trafic japonais, était venu bombarder la gare de Tourcham, et pausant sur Hodiem, il lâcha deux bombes dont l’une pulvérisa le presbytère, enterrant le Père sous les décombres. On l’en retira vivant, mais bien choqué ; il ne se remit jamais de cet accident.

     

    En novembre 1945 le Père est à Saigon, prêtre auxiliaire de la cathédrale et aumônier de la prison. Enfin il reprend sa paroisse de Hodiem pendant deux ans encore : période difficile, mais il sait y mettre une note pittoresque. On parle encore de la chaloupe tirée par Bucéphale ; cette voiture de son invention le conduisit plus d’une fois dans le fossé, car Bucéphale n’y voyait que d’un œil. Un jour le Père rassemble tous les chevaux du village, et forme un escadron de cavaliers qui vont recevoir à la gare son frère le commandant, stupéfait d’une pareille escorte.

     

    L’été 1948 le revoit quelques mois à Tourane ; mais sa santé réclame un nouveau retour en France. Il se rétablit lentement ; en fin 1949, il est à Montbeton, assistant du supérieur, et se dévoue aux soins des missionnaires infirmes. Un an plus tard il est curé de paroisse au diocèse de Blois, puis aumônier d’un sana en Saône-et-Loire

     

    Enfin il débarque à Nhatrang à Noël 1953, et ses trois dernières années de mission seront consacrées à l’aumônerie des Petits Frères de St-Joseph, et des Amantes de la Croix. Il se consacra à ce ministère avec son zèle habituel, se perfectionnant en langue Vietnamienne, préparant minutieusement ses conférences. Mais son état de santé était très précaire. Au début de 1957 il se trouvait épuisé, et fut rapatrié pour la troisième fois.

     

    Il se reposa à Beaugrand. En 1960 il avait retrouvé assez de forces pour prendre une aumônerie à Lourdes. Déjà sa charité le poussait à étendre son apostolat ; il entendait les confessions à la paroisse et au sanctuaire marial. Dans ce lieu béni de la Vierge il trouva le repos définitif. À l’aube de Pâques, sa belle âme de prêtre missionnaire alla chanter au ciel l’Alleluia triomphant, et recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur.

     

    • Numéro : 3358
    • Pays : Vietnam France
    • Année : 1928