Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Maurice VIGUIER (1920-1953)

[3858]. VIGUIER Maurice (1920-1953) né le 20 juin 1920 à Cransac (Aveyron), ordonné prêtre à Rodez le 23 décembre 1944, travaille dabord dans son diocèse, avant dêtre admis au Séminaire des M.-E. en 1948. Il passe une année au séminaire de Paris et part pour la mission de Kontum le 13 octobre 1949. Il étudie le vietnamien à Ngô-trang puis, en 1951, entreprend l'étude du sedang à Dak-cho mais il tombe bientôt malade et meurt à Kontum le 26 mai 1953. Références biographiques
Add this

    VIGUIER Maurice, Antoine, est né le 20 juin 1920 à Cransac, dans le diocèse de Rodez, dans une modeste famille d'ouvriers. Il est fils unique. Après l'école primaire à Cransac, et le Petit Séminaire de Saint Pierre de Rodez, il entre au Grand Séminaire en octobre 1938. De santé un peu fragile, il doit interrompre ses études à plusieurs reprises. Mais il savait rattraper le temps perdu, car il est vif d'esprit et laborieux. Le 23 décembre 1944, il est ordonné prêtre. Et chose curieuse, il ne suit pas la voie habituelle des jeunes prêtres qui sont vicaires pendant un certain temps avant d'être curé. L'abbé Viguier est d'emblée nommé curé de la paroisse Saint Christophe à l'autre bout du diocèse. Il s'adapte bien à son premier ministère. Il se met donc entier au service de ses paroissiens, parmi lesquels il discerne quelques vocations religieuses.

     

    Mais Maurice Viguier pense à autre chose... depuis longtemps. Qui connait son secret ? Son directeur et sans doute son évêque. Ce secret explique peut être sa nomination à Saint Christophe. Le diocèse de Rodez a toujours été riche en vocations missionnaires. L'abbé Viguier veut continuer la tradition, et, à la mort de son père (début 1948), il fait sa demande pour son admission aux Missions Étrangères. En septembre, il entre au 128 rue du Bac...comme aspirant prêtre. Ne faut-il pas évoquer et admirer le grand esprit de foi de la mère qui donne son fils aux Missions et se retrouve seule. Au terme de son année de probation, il reçoit sa destination pour Kontum où il arrive le 7 novembre 1948.

     

    Au Petit Séminaire de Ngô-Trang : Comme pour sa première nomination à Rodez, après son ordination à Kontum, le Père Viguier ne suit pas la "voie ordinaire" : il étudie la langue viêtnamienne pendant plusieurs mois. A peine arrivé, il est d'emblée nommé professeur au Petit Séminaire.

     

    Le coup de force des Japonais le 9 mars 1945, la capitulation de l'armée impériale en août, la prise du pouvoir au Tonkin par un gouvernement dit "nationaliste" mais surtout communiste soutenu par les soviétiques, la proclamation de l'indépendance des trois Ky (Tonkin, Annam et Cochinchine), et donc la suppression de l'autorité coloniale française, ont fortement secoué la vie de l'Indochine. Certaines missions, Thanh-Hoa, Vinh, Qui-Nhan... sont sous le contrôle des nouvelles autorités nationalistes et les missionnaires qui s'y trouvent sont mis en résidence surveillée. Le Père Viguier va exercer ses talents de professeur au Petit Séminaire pendant onze mois. Ses cours lui laissent quelques heures de liberté qu'il emploie pour s'initier à la langue viêtnamienne. C'est à Ngo-Trang, petite chrétienté viêtnamienne, qu'il est nommé pour perfectionner son "parler viêtnamien" en janvier 1951. Il étudie... fréquente ses paroissiens. Sa politesse, sa sensibilité facilitent les contacts. Il possède des "atomes crochus" avec la mentalité viêtnamienne qui n'apprécie pas particulièrement ceux qui "roulent les mécaniques et parlent haut". A Ngo-Trang, il fait une première expérience de la vie "en brousse". Marches à pieds, sous le soleil ou la pluie, habitation rustique... nourriture peu raffinée ... qui ne convenait peut être pas toujours à son estomac délicat et à son foie fragile.

     

    En septembre 1951, il quitte Ngo-Trang pour entreprendre l'étude du dialecte Sedang à Dak-Cho, chez le Père Crétin. Le Père Viguier a de sérieuses qualités de cuisinier et le Père Crétin qui ne connait pas grand chose en art culinaire apprécie. D'autres confrères savent aussi apprécier... car le Père Viguier sait accueillir avec sourire et délicatesse. En saison sèche, en fin de journée, il va se mettre à l'affût dans la forêt pour tirer une poule sauvage, un chevreuil... L'ordinaire s'en trouve amélioré.

     

    Il se plaît à Dak-Cho et compte y demeurer un certain temps. Aussi éprouve-t-il une douleur quand en février 1952 il doit prendre en charge les villages de montagne. Le district de Dak-Cho est partagé... et en juillet 1953, il est nommé responsable du nouveau district du Haut-Tonkin. C'est un nouveau coup pour le Père Viguier. Il a l'impression d'être en exil. Mais homme de devoir, il accomplit son ministère avec fidélité. Il visite les communautés de son nouveau fief. Il faut s'habituer aux nouveaux visages. Il accueille des catéchumènes, car des villages demandent à prier. Le pays est accidenté et la marche à pied est de mise sous le soleil ou sous la pluie. Il y a aussi l'insécurité car les guérilleros communistes font parfois, de nuit, des incursions.

     

    En temps de paix, c'eût été un travail missionnaire qui aurait dû combler le Père Viguier. En réalité, il souffrait : physiquement, sans aucun doute, mais il ne le laissait pas paraître. Peut être a-t-il présumé de ses forces et de sa santé ? Moralement il était aigri, trois changements en trois années de mission à peine. Changements exigés par les difficultés de l'époque., mais qui n'ont pas suffisamment pris en compte la personnalité du Père Viguier, physiquement faible (il avait été réformé) mais spirituellement généreux. Il aurait pu demander à demeurer en France quelques années auprès de sa mère à la mort de son père. Aussi, quand il entendait dire plus ou moins à son adresse qu'en mission il fallait se sacrifier, il souffrait intérieurement. Il avait une expérience du sacrifice et il n'aimait pas qu'on lui donne des leçons sur ce point-là. A cause de sa santé, il était devenu susceptible. A tout point de vue, il lui aurait fallu bien des ménagements qu'il n'a pas ressentis. "Tout cela" l'a miné. Et après quelques jours de maladie, il s'en est allé, seul, avec ses déceptions et sa tristesse. C'était dans la nuit du 25 au 26 mai 1953; à l'hôpital de Kontum.

     

    Le Père Viguier était un homme sensible, délicat. Il aimait la vie missionnaire et savait s'adapter à ses "rudesses". Il les vivait avec foi et générosité. Il avait le souci de former ses chrétiens à vivre selon l'esprit de l'Évangile. Avec douceur, et fermeté, il corrigeait, reprenait ceux qui négligeaient cet esprit évangélique. À cause de sa santé, de sa sensibilité, de son désir de communication, il se serait peut être mieux inséré en milieu viêtnamien.

     

     

     

    Références biographiques

    CR 1949 p. 110. 153. 1953 p. 52. 53. 80. 1954 p. 48.

    BME 1948 p. 189. 1949 p. 536. 1950 p. 401. 1951 p. 700. 1953 p. 202. 628.

    EC1 N° 469. 470. 473. 540.

     

    • Numéro : 3858
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1949