Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Philippe TRÉMAUD (1917-1985)

TREMAUD Philippe (1917 - 1985)
Add this

    [3684] TREMAUD Philippe, naquit à Génélard, dans le diocèse d'Autun (Saône et Loire), le 26 septembre 1917. Il alla à l'école primaire de son village, et entra en 1929 au Petit Séminaire Saint Hughes de Paray-le-Monial. Le 17 septembre 1936, il entre à Bièvres pour faire sa philosophie. Deux ans plus tard, il est incorporé dans l'Infanterie de forteresse de Mulhouse. En novembre 1938, il va à Belfort suivre le peloton des candidats EOR (Elèves Officiers de Réserve). En avril 1939, il entre à Saint Maixent et fait un stage à Coetquidan. Pendant la guerre, il choisit les tirailleurs marocains. Démobilisé en août 1940, il se prépare à entrer au Séminaire de la rue du Bac, pour y faire ses trois années de théologie. Ordonné prêtre le 20 mars 1943, il est désigné pour la Mission de Pondichéry.

     

    À cause de la guerre en Asie, il ne put partir que le 5 novembre 1946. Jusqu'en juillet 1947, il étudia le tamoul avec le Père Dequidt, un Père français expert en tamoul.

     

    Dès le mois d'avril 1947, il est nommé vicaire à la Paroisse Notre-Dame des Anges, appelée "paroisse blanche" (ou française) à Pondichéry. Sous la direction de son curé, le Père Hougard, il se donne à fond à son travail. Il excella dans l'enseignement du catéchisme, et il eut l'occasion de former les jeunes filles des écoles des Soeurs de Saint Joseph de Cluny, établies sur la paroisse. Le célèbre Père Monchanin avait l'habitude de venir de temps en temps à Pondichéry, pour se reposer ou faire des conférences. Le Père Trémaud fit donc sa connaissance et sut apprécier l'immense humilité du Père Monchanin, qui rencontra tant d'obstacles à la fondation du premier "Ashram" chrétien de Kulitalai, près de Trichinopoly. En 1957, le Père Monchanin revenant d'Inde, et arrivant à l'aéroport d'Orly, y rencontra le Père Trémaud, alors en congé. Le pauvre Père Monchanin souffrait d'un cancer, et la noble attitude du Père impressiona beaucoup le Père Trémaud.

     

    En décembre 1949, il fut nommé à l'école des catéchistes de Tindivanam. Il se remit au tamoul et étudia l'anglais. En 1950, il fut nommé vicaire du Père Lamathe, à Konankuppam, au centre sud du diocèse. Dans cette paroisse se trouvait la chapelle dédiée à Notre-Dame des épousailles, bâtie au XVIIIème siècle par le Jésuite italien Beschi, ce fameux "sannyassi" qui s'était fait brahme avec les brahmes et qui écrivit dans un tamoul littéraire parfait un chant sacré, appelé le Tirukural. La paroisse était immense, comprenant des dizaines de villages. Bien vite, le Père Trémaud alla s'installer à Kovilanur, à 7 kms au Nord-Ouest, un village habité par des gens de caste et des "harijans" (intouchables ou parias). Il fallait que le Père aille également visiter les 60 villages où habitaient des "vannam" ou blanchisseurs de linge. En vrai broussard, il se déplaçait en charette à boeufs, et une fois, en traversant une rivière, il eut juste le temps de rattraper sa valise-chapelle, qui flottait sous 30 centimètres d'eau.

     

    En 1955, Kovilanur eut à vivre une révolution de caste. L'archevêque avait demandé aux prêtres d'exiger un certain mélange des castes dans les églises et les cimetières, alors que jusque-là, il y avait des barrières et des distinctions. Il eut dans le Père Trémaud un parfait exécuteur de sa politique, mais la caste refusa de céder. Alors, le Père dut quitter la paroisse, sur les ordres de l'évêque.

     

    Il alla s'installer à 7 kms plus loin, à Virareddikupam, hameau de 500 chrétiens et quelques musulmans. Il logea d'abord dans une hutte, et après la construction de l'église avec dôme qu'il arriva à terminer, il s'établit dans la petite sacristie, de 3m50 sur 4m et continua sa vie pauvre et toute simple.

     

    En 1957, il prit un congé en France, mais à son retour, il fut nommé à Sancta-Maria, dans l'extrême Nord du diocèse. Il s'occupa de nouveaux chrétiens, assez indifférents, qui étaient des harijans tamouls. Au bout de deux ans, il est transféré à Nangathur, à 50 kms à l'Ouest de Pondichéry. Là encore, il connut les rivalités de caste. Le jour de son arrivée, il fut accueilli par un tir de bouse de vache par les gens de caste, furieux de voir les harijans défiler dans les rues de leur quartier. La paix revint vite ; le Père commença la construction d'une grande église, et il connut dans cette paroisse un succès pastoral consolant.

     

    En 1967, il prend son second congé en France. Il perd sa bonne maman, mais dans la force de sa foi, il retourne en Inde. Il est nommé, dans la banlieue de Pondichéry, à Krusukuppam. Ses paroissiens sont des petites gens, la plupart harijans. Il y a aussi des retraités, des Indiens de nationalité française prenant leur retraite dans le territoire de Pondichéry, après avoir travaillé longtemps dans l'administration, l'armée ou la police en France. Ils touchent une bonne retraite, mais la morale n'y gagne rien hélas : ces désoeuvrés boivent trop et meurent jeunes. Pendant presque 15 ans, le Père Trémaud va visiter les familles, il aide les religieuses à diriger une école et un orphelinat de 50 petites filles.

     

    Sa santé va se détériorer, et en 1975 et en 1978, il fut opéré de la cataracte. En septembre 1978, il a un infarctus et est immobilisé dans une clinique pendant un mois.

     

    En 1982, après un autre malaise, et un repos aux Nilgiris, il devient aumônier de l'hospice des vieillards à Pondichéry, près de l'évêché. Vieilli avant l'âge, il ne pouvait supporter le bruit, il s'essoufflait durant la Messe, devenait difficile à comprendre quand il parlait. En juillet 1985, il se retira à Emmaüs, la maison de retraite des prêtres. Les trois derniers mois qu'il passa à Emmaüs furent les plus calmes de sa vie. En septembre 1985, son docteur disait que sa vie ne tenait plus qu'à un fil. Le 24 octobre, le Père Peyroutet lui donna le sacrement des malades. Le Père Trémaud entra en agonie et deux heures plus tard, il rendait son âme à Dieu, en présence de ses confrères.

     

    On décida que la sépulture ait lieu à Kruskuppam, où il s'était dévoué pendant 15 ans. Mgr. Selvanathar célébra la Messe, avec deux autres évêques, 70 prêtres et une foule arrivée de tous les postes où il avait travaillé.

     

    Durant toute sa vie missionnaire, il choisit de s'identifier au parti des pauvres, des faibles, des petits, des laissés-pour-compte, en majorité des harijans. Il fut vraiment le prêtre des harijans, fier d'être connu comme tel. Il s'est toujours battu contre cet aspect de l'esprit de caste, qui était un esprit d'exclusion ou de dédain. Toujours prêt à défendre les harijans, il se dévoua beaucoup pour eux.

     

    Comme prêtre, il aimait beaucoup à catéchiser. Sa catéchèse était simple, imagée, solide, bien préparée et intéressait beaucoup ses auditeurs. Il a passé toute une partie de sa vie à catéchiser. Un confrère affirme : "Il a été le premier catéchiste du diocèse."  Ainsi, son esprit de pauvreté, son grand coeur et son désir par la catéchèse d'amener au Christ catéchumènes et chrétiens, suffisent à nous faire conclure : " Le Père Trémaud fut un vrai prêtre et un excellent missionnaire."

     

    Références biographiques

    CR 1947 p. 125. 1958 p. 79. 1963 p. 110. 1964 p. 68. 1965 p. 133. 1966 p. 175. 1967 p. 119. 120. 1969 p. 138. 139. 1974-76 p. 188. AG80-81 p. 205. AG82 p. 207. AG85 p. 217.

    BME 1948 p. 254. 1949 p. 187. 1951 p. 150. 151. 1953 p. 742. 791. 1954 p. 764. 765. 1955 p. 70. 71. 79. 1956 p. 800. 1957 p. 382. 654. 655. 979. 1958 p. 879. 880. 1959 p. 878.

    EPI 1963 p. 724. (+photo). 1964 p. 203. 1965 p. 563. 1969 N° 38 p. 226. 1970 p. 164.

    Enc. PdM.  2P2. 6P3.

    Hir N° 155. 175/3.

    EC1 N° 340. 410. 414. 434. 449. 615. 625. 775.

    EC2 N°  3P65. 5P150. 10P342. 14P445. 49P54. 59P15. 121P253. 177P629. 201/C2.

     

    • Numéro : 3684
    • Pays : Inde
    • Année : 1946