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Pierre SINGER (1910-1992)

SINGER Pierre (1910 - 1992) [3539] SINGER Pierre, Marie, Louis, Nestor, est né le 13 septembre 1910 à Hesdin, diocèse d'Arras (Pas-de-Calais), fils de Nestor Singer, tanneur, et de Hélène Carpentier. Il fait ses études primaires à l'école de St Joseph de Hesdin de 1915 à 1919, et ses études secondaires au Collège St Bertin de Saint-Omer de 1919 à 1928.
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    [3539]  SINGER Pierre, Marie, Louis, Nestor, est né le 13 septembre 1910 à Hesdin, diocèse d'Arras (Pas-de-Calais), fils de Nestor Singer, tanneur, et de Hélène Carpentier.

     

    Il fait ses études primaires à l'école de St Joseph de Hesdin de 1915 à 1919, et ses études secondaires au Collège St Bertin de Saint-Omer de 1919 à 1928.

     

    Entré au Séminaire des Missions Étrangères de Paris à Bièvres le 21 septembre 1928, il fait son service militaire d'octobre 1931 à octobre 1932, puis passe au Séminaire de la rue du Bac, y est ordonné prêtre le 7 juillet 1935, et, le soir-même, reçoit sa destination pour le vicariat apostolique de Séoul. Parti de Paris le 15 septembre, et de Marseille le 20 septembre 1935, avec le Père Toqueboeuf qui, lui, est destiné au vicariat de Taegu, il arrive à Séoul le 1er novembre 1935.

     

    Après avoir étudié les premiers rudiments de la langue, il est envoyé en mai 1936 auprès du Père Philippe Perrin à Hap-tok, une paroisse essentiellement rurale, dans la province du Choung-chong méridional, à une centaine de kilomètres au sud de Séoul, où il s'initie à la pastorale missionnaire. Deux ans plus tard, en juin 1938, il est envoyé à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Séoul, à la ville portuaire d'In-chon où, vicaire d'un curé coréen, il est surtout chargé des dessertes.

     

    En juillet 1939, il est nommé curé de Hyé-hwa-dong, la troisième paroisse en date de la ville de Séoul, à l'entrée du Petit Séminaire et de l'école secondaire du vicariat de Séoul. Situé dans la partie est de Séoul, ce district où le Père Singer succède à un curé coréen, recouvre toute la banlieue nord-est de la capitale. Mais il a à peine fait connaissance avec sa paroisse qu'il reçoit son ordre de mobilisation pour la guerre qui vient d'éclater en Europe et quitte Séoul le 11 septembre pour se rendre à Tien-tsin. En cours de route, il reçoit un contrordre, si bien qu'il est de retour à Séoul au bout de quelques semaines. Quelques mois plus tard, il reçoit un nouvel ordre de mobilisation et part de Séoul le 2 juin 1940 pour se rendre à Shanghai où, après être resté en observation médicale, il est finalement réformé et peut retrouver sa paroisse en septembre 1940. Malgré une santé peu brillante, il s'adonne de toutes ses forces à son ministère, mais à partir de novembre 1942, les autorités japonaises assignent les missionnaires à résidence surveillée dans leur presbytère, avec interdiction de se rendre dans leurs dessertes. Les conditions sont dures pour tous les missionnaires, chacun s'ingénie à faire ce qu'il peut là où il se trouve. Le Père Singer commence alors avec quelques jeunes filles, en décembre 1943, ce qui va peu à peu devenir la Congrégation des religieuses "Petites Servantes de la Sainte Famille". Entre-temps, il éprouve de la satisfaction en voyant sa grosse desserte de Miari devenir le siège d'une nouvelle paroisse (plus tard appelée paroisse de Kil-eum-dong) en novembre 1944. À la suite de la fin de la guerre en Asie en août 1945, la situation reste très instable en Corée, puis les relations finissent par se rétablir avec le reste du monde. Le Père Singer bénéficie finalement d'une "évacuation sanitaire" sur la France en juin 1948 et est embarqué sur un navire de transport de troupes américaines, ce qui lui fait passer par les USA avant de pouvoir arriver en Europe. Un successeur lui a été donné pour sa paroisse et le Père A. Gombert, qui est aussi aumônier du Carmel de Séoul, a été chargé de la direction spirituelle de la jeune congrégation de religieuses.

     

    En mars 1949, le Père Singer reprend le bateau pour la Corée, où un changement important est intervenu entre-temps en ce qui concerne les missionnaires. En effet, en juin 1948 (et non pas en septembre 1948, comme l'affirme la notice nécrologique du Père Singer), a été créée la préfecture apostolique de Taejon qui est confiée aux MEP. En date du 4 juillet 1948, Mgr. Larribeau, précédemment vicaire apostolique de Séoul jusqu'en 1942, en a été nommé administrateur et y rassemble les missionnaires jusque-là attachés aux vicariats de Séoul et de Taegu. Rentré en Corée, le Père Singer arrive à Taejon le 29 mai 1949 et Mgr. Larribeau lui donne la charge de l'importante paroisse de Non-san, située à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de la ville épiscopale. Le Père Singer fait connaissance avec son district, qui recouvre la majeure partie de l'arrondissement de Non-san, soit plus de 500km2, avec de nombreuses dessertes.

     

    Mais voilà qu'en juin 1950, les forces armées nord-coréennes déferlent sur la Corée du Sud. Après bien des hésitations, le Père Singer se soumet à l'ordre du Père Bermond, son voisin le plus proche, qu'il considère un peu comme son père, et s'en va à bicyclette chercher refuge quelque part dans le sud du pays. Après bien des péripéties, il aboutit à Pusan, le grand port du sud-est que les forces communistes n'arriveront jamais à atteindre. Au contraire, à la fin de septembre, les Nord-coréens battent en retraite, et le Père Singer peut rentrer dans sa paroisse vers la mi-octobre. Il a la joie de trouver le Père Bermond en vie et en meilleure santé que quand il l'avait quitté en juillet. Mais l'autre voisin, le Père Molimard, a disparu dans la tourmente : capturé par les forces nord-coréennes en août, il a été conduit à Taejon où, de même que 5 ou 6 autres confrères, il a été massacré en fin septembre. Mais une nouvelle offensive foudroyante des Nord-coréens, appuyés par d'innombrables "volontaires" chinois, oblige le Père Singer à se réfugier une nouvelle fois à Pusan à la fin de l'année 1950, puis il peut revenir à Non-san en mars 1951 pour constater que son presbytère a été incendié. Il vivra pendant 4 ans dans une minuscule bicoque.

     

    Outre les soucis et le travail que lui donnent sa grande paroisse, il s'occupe aussi pendant deux bonnes années du vaste district de Keum-sa-ri, celui du Père Molimard. Il y passe un dimanche chaque mois et fait, à l'automne et au printemps, la tournée des nombreuses dessertes de ce district, comme si celles de Non-san ne lui suffisaient pas. À cela s'ajoute la charge d'une école secondaire de garçons qu'a fondée l'un de ses prédécesseurs, et qui porte le nom de Tae-gon, prénom coréen du Bienheureux -et futur Saint- André Kim. Cette école-lycée lui donne bien des soucis. Les installations matérielles sont insuffisantes pour les élèves qui se font toujours plus nombreux, les moyens financiers ne permettent pas toujours de payer les professeurs au moment voulu : ceux-ci se mettent parfois en grève, et parfois ils s'en vont ailleurs sans préavis, quand un meilleur salaire leur a été promis... Le Père Singer se passerait bien de cette école, mais, puisqu'elle existe, il tient à ce qu'elle ait un minimum de caractère chrétien, et il s'astreint à y donner régulièrement des cours de religion, auxquels certains élèves n'accordent d'ailleurs aucune attention, mais qui donnent à d'autres l'idée de devenir chrétiens. D'autre part, partiellement en raison des misères que la guerre de 1950 a apportées en Corée du Sud et qui ont rendu la population plus réceptive à l'appel de Dieu, partiellement en raison de la renommée que l'Église obtient à travers l'école secondaire de garçons et à travers quelques autres oeuvres, partiellement, et peut-être surtout, en raison de la collaboration de chrétiens fervents, les catéchumènes sont nombreux; le Père Singer baptise 173 adultes en 1952, 106 en 1953, 138 en 1954, 115 en 1955, 135 en 1956, 323 en 1957, etc.

     

    En 1953, le Père Singer ouvre un jardin d'enfants qui, dès son ouverture, accueille 40 bambins. C'est un souci financier et moral supplémentaire pour le Père Singer, mais c'est aussi pour les religieuses qui s'en occupent une occasion de contacts profitables avec les mamans de ces enfants.

     

    À Pâques 1955, le Père Singer inaugure le presbytère3 qu'il vient de faire construire pour remplacer celui qui a été incendié au début de 1951 par les troupes (turques) des Nations Unies. Pour cela, il a obtenu, non sans mal, quelques "dommages de guerre" des forces armées des Nations Unies. Ce presbytère, il l'a voulu assez vaste pour accueillir un ou deux vicaires : en effet, à la suite de l'arrivée régulière de jeunes missionnaires à partir de 1953, le Père Singer a reçu, ou recevra, tour à tour les Pères Jézégou, Sieradzan, Blanc, Martin, Lopepe pour leur permettre d'acquérir une certaine expérience du terrain avant de voler de leurs propres ailes.

     

    En 1956, le Père Singer commence modestement un hospice pour vieilles qui n'ont pas où aller. Puis, près de son nouveau presbytère, il construit une réplique de la grotte de Lourdes. Depuis sa fondation en 1921, la paroisse est effectivement placée sous le patronage de N.D de Lourdes.

     

    En 1958, une véritable révolution éclate tout à coup dans le lycée de garçons de la paroisse : les étudiants se mettent en grève, la police doit intervenir. Pour essayer de démêler l'écheveau qui paraît inextricable, le Père Singer fait appel à un nouveau directeur qui, pour commencer, décide de licencier le corps professoral en son entier. Peu à peu, mais non sans mal, les choses se remettent tout de même en ordre. En même temps, le Père Singer réussit la division de sa paroisse. En août 1958, il a inauguré une grande chapelle aux abords d'un immense camp militaire pour l'entraînement des jeunes recrues, et cette chapelle devient l'église de la nouvelle paroisse du quartier de Masan, dans la bourgade de Yon-mou. Le Père Singer est tout heureux de "perdre" une centaine de millier de chrétiens de 5 ou 6 dessertes. Il lui reste quand même aux environs de 3.000 chrétiens, dont la moitié se trouve dans l'une ou l'autre des 18 dessertes qui lui restent, et l'autre moitié en ville même de Non-san.

     

    En 1960, pour fêter dignement son jubilé d'argent sacerdotal, le Père Singer commence la construction d'une grande église, qui sera inaugurée en octobre 1961 et qui est destinée à remplacer celle, devenue vraiment trop étroite, dont la paroisse dispose depuis 1925. En même temps, l'école secondaire de garçons va s'établir dans les locaux tous neufs à quelque distance de la paroisse, tandis que les religieuses de St Paul de Chartres ouvrent une école secondaire de filles dans les locaux laissés libres par le départ des garçons.

     

    Le 6 février 1962, le Père Singer quitte Non-san pour aller prendre un congé en France. Il compte revenir en Corée avant la fin de l'année, mais on lui découvre une tuberculose rénale et il doit se rendre au Sanatorium du clergé de Thorenc, où il trouve le temps bien long. Finalement, il s'embarque le 7 avril 1964 et arrive dans sa mission à la fin du mois de mai. Il ne retourne pas à Non-san, mais est envoyé à Hong-san, un petit poste rural de fondation récente qui ne compte guère que 500 chrétiens au milieu d'une population de 30.000 habitants. L'un de ses premiers soucis est d'obtenir la collaboration de religieuses, et il fait naturellement appel à la congrégation qu'il a fondée il y a plus de 20 ans, et qui se développe d'une manière très heureuse. Grâce aux efforts qu'il mène, malgré une santé quelque peu déficiente, son troupeau s'accroît de plus de 200 chrétiens en l'espace de 4 ou 5 ans, en dépit de l'exode qui commence à entraîner vers les villes les ruraux ou semi-ruraux de tout le pays.

     

    En 1969, la Congrégation des Religieuses Servantes de la Sainte Famille demande officiellement au cardinal-archevêque de Séoul d'avoir le Père Singer comme aumônier et directeur spirituel. Mais le Père Singer est membre du diocèse de Taejon. De ce fait, les pourparlers traînent quelque peu, mais en janvier 1970, tous les obstacles sont écartés : l'évêque de Taejon accepte de "prêter" le Père Singer à l'archevêque de Séoul, qui fait la nomination désirée par les religieuses.

     

    Le Père Singer remplit avec beaucoup de joie sa fonction d'aumônier de cette congrégation de religieuses qu'il a fondée et pour qui il est vraiment "le père". Il donne aux postulantes et aux novices des cours de doctrine et de spiritualité et s'occupe de leur initiation à la liturgie et à la Bible avant qu'elles ne soient envoyées poursuivre leur formation dans des instituts spécialisés. Si le Père Singer n'est plus "adgentes", il prend tout de même une part active à la diffusion de la Parole et au développement de l'Église en Corée.

     

    Alors qu'il célèbre ses 50 ans de sacerdoce le 13 septembre 1985, il voit la Congrégation qu'il a fondée compter 350 religieuses. Mais ses forces le quittent peu à peu. En 1989, il tombe dans un coma progressif. Ses "filles" font tout ce qu'elles peuvent pour lui durant la longue période de totale inconscience à la fin de laquelle il décède le 26 février 1992. Ses restes sont inhumés dans le cimetière des Religieuses Servantes de la Sainte Famille, dans les environs de Po-chon, à une soixantaine de kilomètres au nord de Séoul.

     

     

    Références bio-bibliographiques

    AME 1935 p. 237.

    CR 1935 p. 241. 1948 p. 11. 1949 p. 22. 1950 p. 15. 1952 p. 19. 1953 p. 18. 1954 p. 31. 32. 1955 p. 19. 20. 1956 p. 21. 1957 p. 22. 25. 1958 p. 29. 1959 p. 37. 1960 p. 36. 1961 p. 13. 1962 p. 19. 1963 p. 32. 1964 p. 27. 1966 p. 48. 1967 p. 38. 40. 1969 p. 40. 41. 1974-76 p. 70. 77. AG80-81 p. 78 - AG80-82 p. 77 - 85 p. 88 - 86 p. 56.

    BME 1928 p. 703. 1935 p. 654. 683. 827. 869. 872. 1936 p. 116. 435. 436. 1937 p. 114. 645. 856. 1938 p. 458. 1939 p. 113. 487. 634. 782. 1940 p. 404. 477. 480. 545. 741. 1941 p. 402. 1949 p. 105. 372. 572. 1950 p. 441. 555. 674. 681. 683. 711. 712. 717. 727. 732. 1951 p. 8. 9. 11. 155. 230. 231. 297. 298. 420. 487. 753. 1952 p. 257. 564. 684. 1953 p. 99. 144. 190. 471. 472. 573. 700-702. 986. 1954 p. 260. 467. 672. 673. 778. 779. 891-893. 1004-1006. 1955 p. 35. 142. 143. 239. 633. 635. 772. 773. 896. 1079. 1080. 1956 p. 159. 160. 263. 264. 457. 551. 776. 885. 991. 1067-1069. 1957 p. 54. 254. 255. 540. 627. 629. 631. 752. 753. 755. 1081. 1958 p. 171. 173. 249. 450. 451. 538. 560. 745. 841. 1054. 1959 p. 66. 67. 257. 258. 530. 724. 858. 859. 860. 964. 967. 968. 970. 1058. 1960 p. 170. 257. 354. 357. 453. 632. 932. 1961 p. 145. 221. 306. 307. 570. 856. 924-926.

    EPI 1962 p. 199. 486. 487. 692. 1963 p. 420. 736. 829 (art.). 1964 p. 545. 849. 859. 1969 p. 333 (art.). 1971 p. 397.

    PM 5/68 p. III.

    Enc.PdM 11P3.

    R.MEP 1962 n° 121 p. 49.

    MDA articles : 1958 p. 51. 171. 1959 p. 89.

    EC1 N°  160. 318. 321. 463. 469. 486. 640. 678. 714.

    EC2 N°  7P206 - 14P436 - 46P305 - 51P114 - 65/C2 - 68/C2 - 121/C2 - 123/C2 - 124P342. 128/C2 - 139P114 - 175/553.

     

     

    Bibliographie

     

    Messe dialoguée (en coréen), Séoul, 5e éd. 1961, 54 p.

     

     

     

    • Numéro : 3539
    • Pays : Corée
    • Année : 1935