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Félix Jean Marie REVEL

REVEL Félix (1915-1997) INDE
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    REVEL Félix (1915-1997)
    INDE
    [3731]. REVEL Félix, Jean-Marie, Joseph né le 7 février 1915 à Lyon, est fils de Henri, Jean Revel et de Marcelle, Marie Foujols. M. Revel père est employé dans la banque ; la famille devra le suivre au cours de déplacements à travers la France. Félix est baptisé le 11 février en léglise Sainte Croix de Lyon. Est-ce à Lyon quil a goûté à lécole ? Pour sa confirmation, le 6 juin 1928, il est élève de lécole Saint François de Sales de Dijon ; Où a-t-il fait sa première communion ? Peut-être à Saint Jean de Besançon où la famille fit un court séjour. On retrouve Félix à Nantes où il termine les études secondaires et doù il fait sa demande dadmission aux Missions Etrangères de Paris.

    Aux supérieurs qui ont demandé des renseignements supplémentaires, le directeur de lécole Saint Stanislas répondit le 16 juillet 1933 : « Je suis heureux de vous donner les meilleurs renseignements sur mon élève Félix Revel ; Il na été que deux ans à peine ici, puisque sa famille était précédemment à Dijon. Mais je nai quà me louer de sa piété, de son travail et de sa conduite » ; Quelques jours avant Félix écrivait au supérieur des Missions Etrangères : « Monseigneur, le père Depierre a déjà fait part à Votre Excellence de :mon désir ardent de me co sacrer au Bon Dieu dans la Société des Missions Etrangères. Le moment est enfin arrivé » de voir mon désir réalisé Jai dix-huit ans et demi, et je viens de terminer ma philosophie Jai malheureusement échoué à la seconde partie du baccalauréat. La volonté de mes parents est que je me représente de nouveau aux examens doctobre. Mes professeurs le désirent également, car ils affirment que jai beaucoup de chances dêtre reçu, sous condition que je travaille en septembre aux cours de vacances du collège. Pour être agréable à tous, je demande donc à Votre Excellence lautorisation de ne rentrer au séminaire quaprès le baccalauréat (13 juillet 1933).

    Le jeune Félix rentre au séminaire des MEP le 29 octobre. Il est très attaché à sa famille qui compte quatre garçons et deux filles. Néanmoins il la quitte courageusement, sans toutefois couper les ponts. Par la suite il restera en relation étroite et régulière avec ses parents, frères et surs qui pour la plupart se regroupent sur Paris.

    Après deux années au séminaire où il a fait preuve de la même assiduité à létude et à la vie communautaire quauparavant, il est appelé sous les drapeaux. Félix na jamais été prolixe sur ce temps des casernes. Mais déjà roule aux frontières le son du tambour. Félix, les poumons aérés et le corps aguerri revient au séminaire pour se préparer au sacerdoce. Hélas ! Il nétait pas illusoire le bruit des batteries le 2 septembre 1939, il est rappelé pour aller colmater les brèches Et comme des dizaines de milliers dautres il est fait prisonnier quelques mois plus tard, le 10 juin 1940. Sur ces quatre longues années de captivité il a également été très discret. En 1940, il recevra une attestation de lOffice National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre :

    « Je, soussigné, secrétaire général, directeur du Service départemental du Rhône, de lOffice National des Anciens combattants et Victimes de Guerre certifie que M. Revel Félix, a été présent au 65 R.I., 5ème compagnie du 2 novembre 1939 au 10 juin 1940. Il a ensuite été prisonnier de guerre sous le matricule 5 185 successivement au stalag XVII ET VD du 10 juin 1940 au 13 juillet 1944. En raison de ses états de services, la carte du combattant lui a été délivrée le 20 octobre 1980 sous le numéro 147226. ». Félix aurait bénéficié dune libération anticipée en échange de prisonniers allemands.

    Le soldat, prisonnier, fraîchement libéré, est présent à la rentrée de septembre 1944. Il sélance sur la dernière ligne droite qui le conduit au sacerdoce, malgré les privations et incertitudes de la guerre. Cela na que trop duré ! Le vendredi 23 juin 1945 il adresse au supérieur sa demande daccession au sacerdoce.

    « Monsieur le supérieur,
    Je, soussigné, Revel Félix, sous-diacre de la Sainte Eglise, prochainement diacre, ai lhonneur de solliciter de votre insigne autorité, l a permission daccéder au sacerdoce au cours de lordination qui se fera en octobre prochain Mais il y a si longtemps que je désire me dévouer au service de Dieu et des âmes dans la mission que je suis rentré dans ce séminaire pour my préparer ; cela remonte au mois de décembre 1933 ! Je vous renouvelle aujourdhui mon désir de me consacrer définitivement dans son sacerdoce éternel »..
    Laspirant Félix Revel, tout à fait rodé par le séminaire, larmée, la guerre et les camps de prisonniers, est ordonné le 7 octobre 1945. Il reçoit sa destination pour le diocèse de Salem en Inde. Huit mois plus tard, il arrivait en Inde où ses rêves et souhaits allaient sépanouir. De ce moment, il faut regarder le père Félix Revel vivre par le bout de la lorgnette indienne. Le bulletin MEP, année après année, nous y aide merveilleusement bien. Le père Bulliard nous est revenu amenant avec lui, comme pour se faire pardonner, sa longue absence, deux jeunes missionnaires, les pères Caruel et Revel, à peine sortis des prisons de Hitler. Quel plaisir de voir enfin du renfort et de si belle qualité » ! (B.MEP, 1949).

    Dès son arrivée, il est nommé assistant du père J.L. Gourmant, curé de la cathédrale. Là, il se met à la langue tamoul-instrument dapostolat essentiel pour un missionnaire. A cette époque, les jeunes missionnaires étaient tout de suite acceptés par le ministère et le service des âmes : lapprentissage de la langue se faisait sur le tas. Le père Félix ressentira toute sa vie ce manque de préparation et dassimilation de la langue. Peu de temps après, il est à Tiruchangode, au sud du diocèse, où il y a des nouveaux chrétiens. Trois mois après, il est vicaire du père Lignon à Yercaud. Dans cette station de montagne, il y a encore des religieux, religieuses anglais et surtout irlandais. A leur contact, Félix se forme à la langue de Shakespeare, tout en visitant les chrétiens qui travaillent nombreux dans les plantations de café. Son exposition à langlais ne fut que trop courte.

    En 1947-1948, il est nommé à Perunkurichi dans le sud du diocèse, non loin de Tiruchengode où il fut déjà. Cest un village de nouveaux chrétiens, encore peu stabilisé dans la foi. Le milieu ne lui est pas nouveau, mais toujours aussi exigeant Pas pour très longtemps : dans cette même année 1948, il est nommé à Tankarakottai à lautre bout du diocèse. Enfin une longue pause : il reste presque trois ans dans ce village dharijans pauvres et simples.

    « Si nous descendons de Krishnagiri à Salem à mi-route, arrêtons-à Koviloor. Le père Solvignon vient dy être nommé curé. Avec un peu de chance, nous y rencontrons quelques pères MEP, et même le père Revel dont le vaste champ daction suffit à peine à ses désirs plus vastes encore » (B.MEP, 1949). « le père Revel, tantôt ici, tantôt là, secoue ses gens et ranime leur foi ! Il a présenté plous de deux cents enfants à la première communion cette année. Sa devise préférée est, dit-on, Excelsior (marque de sa moto) : on comprend que szes ouailles aient de la peine à le suivre » (B.MEP, 1951).
    « Félix Revel a repris son poste à B. Pallipatti doù il rayonne, enfourchant une Excelsior toute neuve de deux chevaux vapeur, jusquau plus profond de sa diaspora. O deux fois Félix » ! (B.MEP, 1951).

    Tout Excelsior quelle soit, sa monture a des moments de faiblesse ou bien se rebelle contre la tyrannie du cavalier et sarrête tout net. « Oh ! ma pauvre, tu es fatiguée. Cest bien repose-toi pendant que je prie un peu de bréviaire ou de chapelet ». Un moment plus tard, ses dévotions faites, il revient vers sa rosinante, lui donne une bonne tape amicale sur la croupe, ou bien une « caresse » du pied dans la roue et dun puissant coup de jarret sur le kick, il redonne à son cheval de feu qui repart de plus belle, reconnaissant et guilleret. Félix nous a toujours affirmé que la recette est infaillible.

    Notre cher père « Pakkiam » (Félix) comme il aime bien se faire appeler par les gens, a bien marqué sa place. En 1952, il reprend son bâton de pèlerin direction sud du diocèse, une fois de plus : Kossavampatti. Il y a là une communauté danciens chrétiens au milieu de communautés de nouveaux chrétiens dont soccupe le père Mauviel. Félix va rester là trois ans. Il a maintenant de lexpérience. Il a parcouru le diocèse en long et en large. Il profite de la force de ses jeunes années, car il sait que lâge nous rattrape vite.

    Le père Revel a quitté le district de B. Pallipatti pour celui de Kossavampatti. Au point de vue matériel, cela signifie quil abandonne un presbytère bien conditionné pour habiter dans un « boui-boui ». Au point de vue spirituel, son travail consiste à soccuper des anciens chrétiens de la région de Namakal, centre du père Mauviel, qui se dévoue aux soins des nouveaux chrétiens (B.MEP, 1952). « Le père Revel est peut-être dans la note qui convient : il na pas de centre, ou plutôt il en a deux ou trois, circule de lun à lautre, à moto comme il sied, reste trois jours ici, sarrête là toute une semaine, rayonne un peu dans les environs, salue un confrère au passage : il na pas de chez soi, mais est partout chez lui » (B.MEP, 1953).

    « Dans une paroisse voisine, à la suite dun dissentiment, un groupe se tenait à lécart du curé. Celui-ci nomma la Sainte Vierge « curé » de sa paroisse et depuis lors, assure-t-il, tout y fonctionne à souhait ; Le père Félix nest pas sans éprouver semblable soulagement : une faute grave et publique commise par toute une communauté à loccasion dun mariage, fut solennellement réparée, et une procession triomphale, ramena la statue de Notre Dame dans léglise. La fête impromptue, combinée avec la communion solennelle dune trentaine denfants fut une telle réussite que le père Félix, se trouvant prédestiné par son prénom à de tels dénouements, parle à tout venant de « felix culpa » (B.MEP, 1954).

    Tout aussi heureux, soit-il, notre cher père « Pakkiam » redoute de shabituer. « La réussite du père Revel nest pas étrangère à la promotion dont la nouvelle nous arrive à la faveur dune division de paroisse à B. Pallipatti où il fut autrefois curé, il vient dêtre nommé à Tankarakottai, succursale promue au rang de résidence, qui regorge de « paravannaras » (blanchisseurs) et pour laquelle il a toujours manifesté une certaine faiblesse » (B.MEP, 1954).

    Le père Félix va battre là un record de longévité. Mais voilà bientôt dix ans que le jeune missionnaire se dépense sans compter, surtout les kilomètres. Le climat chaud et dur, sajoutant à une nourriture simple et monotone, font que le tonus des débuts, baisse. « Ces temps-ci, notre troupe MEP ne se présente pas sous son jour le plus glorieux ! Il nest pas jusquau père Revel, lhomme dont nul ne peut avoir raison, qui ne se soit laissé suborner par un mal sournois - pleurésie ou rhumatisme intercostal que vaincront bientôt les soins avisés des surs de Arisipalayam et la perspective proche dun congé en France » (B.MEP, 1955).

    Ah ! que ce retour au pays a du être bon. Revoir les siens, les anciens, ceux qui, entre temps, sont venus au monde. Il en a profité et il en a fait profiter. Il sest refait une santé morale et physique. Malgré leuphorie, il sent vite que désormais sa vie, sa joie, sont en Inde. Il rentre doublement heureux : heureux de son séjour en France, et heureux de retrouver les siens en mission. « Le père Revel sest embarqué le 30 novembre 1955 à Gênes pour Salem » (B. MEP, 1955).

    Quelques jours plus tard, il est de retour à Tankarakattai parmi les siens et va continuer dy uvrer avec zèle et bonheur jusquen juillet 1960. Cette année-là, il est nommé dans une paroisse nouvelle, jusque là succursale de la paroisse de Attur à mi-chemin entre Attur et Salem, nous trouvons la nouvelle paroisse de Valspadi. Le père Revel, quarante-cinq ans, voit tout et dirige tout, avec le sourire. Il est toujours sur la route visitant ses villages. Sa fidèle moto a quelque chose de la mule de Sancho, endurance et ténacité, intelligence pour éviter les précipices et passer entre les cailloux. Tout le monde est ravi, lui de visiter, les gens dêtre visités » (B.MEP, 1960).

    Le père Pakkianathan ne donne jamais le temps à ses racines de pousser. Toujours prêt, toujours disponible pour elles vers lailleurs. Il aura passé faisant le bien. « Après quelques années passées dans des postes assez difficiles, où il a durement peiné, le père Revel vient dêtre nommé curé de Yercaud, la seule station climatique du diocèse ; (il connaît, il y fut quelques mois au tout début pour parfaire son anglais). Cest là que beaucoup viennent chercher la fraîcheur.

    Mais le père Revel nest pas monté à Yercaud pour se reposer. Sa juridiction sétend sur toute la région montagneuse, couverte de plantations de café. Sa paroisse est aussi couverte de couvents, noviciats, séminaires, écoles appartenance à toutes sortes de congrégations les surs des Missions Etrangères dirigent un dispensaire pour les ouvriers des plantations. Tous les dimanches, il doit prêcher en anglais et en tamoul. Malgré toutes ses occupations, il reçoit toujours très cordialement les confrères de la plaine qui viennent parfois chercher un peu de fraîcheur » (B.MEP, 1962). Notre ami Pakkiam se donne à fond à son ministère. Il est beaucoup sollicité du seul fait du nombre croissant des chrétiens, religieux et religieuses. De temps en temps, ; il se laisse rouler jusquà Salem pour les réunions du clergé à lévêché et il remonte au plus vite pour échapper à la chaleur torride de la plaine.

    Les années passent vite. Le père Revel est fidèle à sa devise : toujours le pied levé, prêt à explorer de nouveaux horizons. La plaine ou la montagne, le chaud ou le froid, le confort ou la précarité, au propre comme au figuré, Félix a lestomac solide. En mars 1965, le supérieur régional le sollicite pour aller diriger la maison de repos dans les montagnes des Nilgiris. Aussitôt dit aussitôt fait : des 1200 mètres daltitude de Yercaud, il grimpe allègrement à plus de 2000 mètres, une altitude idéale sous les tropiques. Pendant cinq ans, il va soccuper de cette maison magnifique et des plantations de thé. Tous les ans, nombre de confrères y viennent se reposer et se refaire une santé profitant du bon air, de la tranquillité et de la bonne nourriture.

    « Le père Revel est depuis quatre ans économe du sanatorium St Théodore à Wellington dans les Montagnes bleues. Il est possible quil néconomise guère. Mais qui lui en voudra ? On sait que sa fonction est de refaire la santé des missionnaires en vacances. Il se plait là-haut. Il sest trouvé un apostolat auprès des communautés voisines : il confesse, il donne des causeries spirituelles. Nul doute quun retour dans la plaine, retour quil avait désiré pendant longtemps, lui serait aujourdhui un arrachement » (B.MEP, 1969)

    Après cinq années passées au sanatorium où il a rendu de fiers services aux confrères et à la Société, le temps était venu pour un troisième congé en France. Au retour il retrouve Salem et la vie paroissiale. Dabord un court remplacement dans la paroisse de Valapadi du mois de mai à décembre 1970. De là il est nommé curé de Vallalapalayam sur le bord de la Kavery, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Salem. Les chrétiens sont peu nombreux. Ce sont surtout des blanchisseurs, gens pauvres, au service des gens à peine moins pauvres. Ils sont dispersés dans de nombreux villages au milieu des non- chrétiens. Le père Revel les visite. A loccasion des mariages ou de toute autre célébration, il va leur célébrer la messe, souvent dans la rue, sous un auvent » (B.MEP, 1976).

    Félix va rester neuf ans dans cette communauté, essayant de faire le bonheur de ses pauvres gens qui apprécient sa patience et sa douceur. Etant tout près du fleuve, il se lie avec les pêcheurs qui vivent de la pêche et surtout, il ne se prive pas de manger du poisson qui souvent lui sert de plat unique.

    En 1974, Félix prend un congé exceptionnel dun mois pour aller fêter les quatre vingt-dix ans de sa maman : il est préférable de ne pas renvoyer cette célébration aux cent ans. Une fois de plus, en mai 1979, il lève le pied pour aller remplacer le père Hodeschini parti en congé dans la paroisse de Valapadi où il fut jadis curé. Au retour du curé, à son tour, il prend un congé en France.

    Il nous revient regaillardi, et sans se donner le temps de souffler, il rejoint la paroisse de Kandikuppam où il est nommé. Ce village, situé à lextrême nord-est du diocèse, est calme. Les chrétiens, de caste assez haute, sont fermiers ; gens à la foi solide, engagée, très respectueuse du prêtre, avec, toutefois, une tendance à inverser les rôles. Félix est plus à laise avec les chrétiens pauvres et simples, même sils sont quelque peu turbulents.

    Après deux années à Kandikuppam, il reprend sa musette et sa fidèle monture pour revenir dans le sud, la paroisse de Pudupalayam. Beaucoup de gens, y compris les chrétiens y vivent du tissage manuel ou mécanique. Ce sera sa

    dernière ligne droite ; il va y rester onze ans. « Le père Revel est curé de Pudupalayam à quelque trente kilomètres au sud de Salem. Au siècle dernier, le fameux père Bricaud bâtit là une église, toujours solide, mais qui dut être restaurée il y a une dizaine dannées par le père F. Schoeser qui en fit un petit joyau. Félix, qui ne le connaît sous ce nom, a des paroissiens mitigés, mi-chrétiens, mi-hindous. Situation qui nest pas sans problème. Il écrit : « jessaie donc dagir sur les jeunes. Quelque quatre vingt-dix dentre eux, entre seize et dix-huit ans, ont reçu la confirmation au début de lannée 1982 . Le dimanche, il y a une messe spéciale pour eux nous avons aussi mis en place une coopérative où les gens peuvent dépenser leur argent et emprunter. Beaucoup ont pu ainsi faire lacquisition de buffles, chèvres ou cochons et faire quelque gain tout en remboursant. Il y a de lespoir pour lavenir à Pudupalayam. Le Royaume grandit dans ce coin de lInde » (B.MEP, 1982)..

    « Pakkianathan » a continué sa route aussi longtemps quil put. Dans les dernières années, les menus accrocs de santé étaient plus fréquents. Encore deux fois, il prendra des congés en France, en 1983 et en 1988. Une dernière fois, il est venu en moto jusquà lEvêché à Salem avant de partir en congé en 1992, pensant évidemment le retrouver à son retour. Il était fatigué certes, mais à mille lieues de penser quil ne reviendrait plus.

    Félix, ne plus revenir en Inde, fut un arrachement et un déchirement pénibles. Mais sa santé déclinait. Ses crises dasthme le fatiguaient. Les supérieurs lui conseillèrent de se retirer à Lauris. Il eut grand peine à sy habituer. Un confrère de lInde venu le voir à Lauris à loccasion dun congé le trouve malheureux : « je ten prie, amène-moi dici. Je suis prisonnier. Cest pire quen Allemagne ». Ce cri du cur nous dit assez la douleur morale quil endurait alors. Puis peu à peu, il shabitue et finit même par apprécier le confort des lieux.

    Le 7 octobre 1995, bien malgré lui, la communauté de Lauris fête ses cinquante ans de sacerdoce : « comme dautres avant toi, tu aurais préféré passer sous silence cette date du 7 octobre ; mais tu ne pouvais pas nous empêcher de te dire notre amitié et de nous réjouir avec toi pour ces cinquante ans de sacerdoce, et de remercier le Seigneur pour tant de grâces obtenues par toi, et par tant dautres grâce à ton ministère. Tu as été préparé à ton ministère par le séminaire bien sûr, et par quatre années comme prisonnier de guerre ! Puis ce furent quarante sept années en Inde : tu as occupé divers postes, toujours disponible et partout tu es resté toi-même ».
    Indien avec les Indiens, Félix vivait comme eux, très simplement. Dans mes visites aux confrères de la brousse, je leur apportais quelques suppléments à leur ordinaire : conserves, fruits ou gâteaux : Félix acceptait den manger tant que jétais avec lui, mais il fallait que je remporte tout ce quil restait : « je mange comme les gens du village ».Alors, sur les rives du fleuve, les pêcheurs, comme les apôtres, travaillaient la nuit et rentraient au village vers 4 ou 5 heures du matin ; en arrivant, ,le débit du thé leur servait un grand verre de thé brûlant. Alors Félix nous réveillait à 5 heures du matin pour boire un verre de thé « comme les gens du village ».

    Dailleurs, Félix sest levé toujours très tôt ; dans notre maison de repos à la montagne, où il a été responsable pendant cinq ans, il sonnait lAngélus à 6 heures du matin et, si les confrères remarquaient quils auraient aimé dormir un peu plus longtemps, Félix répondait : « profitez de vos vacances pour respirer lair du Bon Dieu, vous avez toute lannée pour dormir ». Après quarante sept années en Inde, Félix trouve dur de venir en France pour raison de santé, les débuts lui furent pénibles, mais comme partout il sest habitué et a repris goût à la vie ici comme en inde, on le voit souvent le chapelet à la main : cest un sourire de Marie que nous fêtions le jubilé de Félix en la fête du Rossire !

    Cher Félix, nous te félicitons pour ces cinquante années de sacerdoce et avec toi, nous remercions le Seigneur pour ton apostolat. Nous prierons pour toi et aussi pour ta famille ; que le Seigneur, par lintermédiaire de Marie, Reine du Rosaire, te garde en santé, en paix, en bonheur : ad multos annos» !Encore pendant dix-neuf mois, notre cher ami Félix profite de la vie paisible de la maison de Lauris et de la chaleur de la communauté. Quand il manquait dair, il en respirait un grand bol ou deux à la bouteille doxygène qui était dans sa chambre en permanence, et tout était comme avant. Les jours coulaient heureux finalement. Et, oh ! surprise, le matin du 11 avril, il ne sest pas présenté au petit déjeuner. Aussitôt on alla voir dans sa chambre et lami Félix sétait endormi dans le Seigneur, probablement au cours dune ultime crise dasthme.

    Voici ce quécrit de lui un confrère qui le côtoie et le connut bien en Inde : « partout, Félix se donne à sa tâche de curé avec zèle. Il garde la même motocyclette toute sa vie. Il parlait delle comme dune épouse chérie ! il était pour la promotion des laïcs et dans la mesure du possible, leur donnait des responsabilités. Il aimait se reposer sur les autres. Proche de ses paysans pauvres ou de ses pêcheurs (à Vellapalayam), il sestimait heureux davoir obtenu leur estime »
    De caractère jovial, il accueillait tout visiteur avec une voix chaude et un large sourire Il ne recevait pas de journaux quotidiens, sans doute dans un esprit de pauvreté ; Il vivait pauvrement, il suffisait de jeter un regard sur lunique chambre quil a partout occupée ; un lit métallique, une petite table de chevet, une table plus grande servant de bureau où il ne gardait que sa pipe et son bréviaire, deux chaises. Sil ne dépensait pas pour lui-même, cest quil dépensait pour les autres, discrètement, pour les pauvres et aussi pour les prêtres indiens quil savait en difficulté.

    Quand il quitte sa dernière paroisse pour Lauris, il na que deux malles de livres et de vieilles soutanes quil nemportera même pas. Sa santé nétait pas brillante à la suite dune double pleurésie contractée en Allemagne...Il en a souffert toute sa vie à périodes irrégulières. Cela se traduisait par une sorte dasthme qui la mené plusieurs fois à lhôpital. Il navait quune demi-confiance dans les médecins et se hâtait de rentrer chez lui, permission ou pas, dès que la fièvre tombait. Comme la plupart dentre nous, il était discret sur sa vie spirituelle. Chaque jour, très tôt levé, car il ne dormait guère dans ses vieux jours, il méditait. Dans la journée, il recevrait ses visiteurs avec charité qui laissait transparaître que le Christ était au centre de sa vie. Il nécrivait guère. Ses lettres étaient presque toujours courtes, peu expansives. Sil na pas été un grand missionnaire dans le sens où on lentend souvent, il a été un prêtre qui a apporté un peu de bonheur aux pauvres, à ses confrères et à bien dautres.

    En guise de conclusion, voici lhomélie donnée à Lauris lors de ses funérailles : « comme Pierre et ses compagnons, comme bien dautres disciples de Jésus au cours des vingt derniers siècles, le père Félix a entendu un jour lappel du Christ linvitant à tout quitter pour le suivre.

    Certains missionnaires ont bâti des églises et des presbytères, fondé des écoles ou des hôpitaux, lancé des projets, etc.. Sauf erreur, Félix Revel na jamais entrepris de nouvelles constructions ou créé de nouvelles institutions, mais peu de missionnaires ont partagé la vie des pauvres comme la fait Félix pendant la plus grande partie de sa vie missionnaire. Il a passé le meilleur de son temps, soit environ trente-six ans, dans les villages très pauvres. Je le revois par exemple à Vallapalayam, un petit village au sud-ouest de Salem au bord de la rivière Kavery, où il a vécu de 1971 à 1976. Ses paroissiens étaient presque tous des blanchisseurs, cest-à-dire lun des groupes sociaux les plus pauvres et les plus méprisés de lInde. Lui-même vivait dans une espèce de couloir derrière léglise.

    Lété le thermomètre dépassait souvent les 40° à lombre. Félix y vivait dans une grande pauvreté, parce que ses gens ne mangeaient que deux fois par jour, lui-même se contentait dun petit déjeuner frugal et dun plat de riz le soir avec quelquefois un peu de poisson. Lévêque de Salem a lui-même fait dans ce village une expérience quil na sans doute pas oubliée. Il était venu donner le sacrement de confirmation ; la petite église était plus que pleine et il y faisait très chaud. Pendant la cérémonie, lévêque, qui était bien sûr revêtu de ses vêtements épiscopaux, a eu limpression quil narriverait pas à supporter une telle chaleur jusquà la fin de la cérémonie. Il sest penché vers son assistant et lui a demandé daller voir sil y avait moyen dinstaller dans le chur le ventilateur du curé. « Désolé, répondit Félix, mais je nai pas de ventilateur. Ici les gens vivent sans ventilateur ». Le père Revel avait alors lélectricité, rien ne lempêchait de se payer un ventilateur, si ce nest quil voulait partager la vie des pauvres de son village.

    Je pourrais multiplier indéfiniment les anecdotes ; lorsquil était curé de Kandikuppam, au nord de Salem, de 1976 à 1981, il y avait en face du presbytère, de lautre côté de loa route, une toute petite boutique où on servait des galettes de riz ou de blé à des prix modiques. Cétait vraiment la nourriture des plus pauvres. Cest là que Félix prenait ses repas deux ou trois fois par jour.

    Félix a certainement souffert. Comme tous les missionnaires il a souffert de ses limites, des incompréhensions dont il pouvait être victime. Même sil était discret à ce sujet, je devine quil a souffert pendant sa vie missionnaire. Il a souffert parce que missionnaire, en tant que missionnaire. Mais il a aussi acquis une grande liberté, cette « liberté des enfants de Dieu » dont parle Saint Paul. Il avait fait des choix et la fidélité à ces choix l avait libéré de ce qui pour beaucoup dentre nous devient un esclavage : le souci de faire une bonne impression sur notre entourage, en définitive » le souci de « paraître ». Félix ne sarrêtait pas à de telles considérations ; ceci pouvait aboutir à un comportement qui gênait parfois ceux qui vivaient avec lui, mais les mêmes pouvaient être aussi profondément impressionnés par lauthenticité qui caractérisait la vie de ce prêtre missionnaire. Nous noublierons pas Félix. Puisse-t-il nous aider à suivre fidèlement, nous aussi, notre Maître, lequel nous invite à nous libérer, jour après jour, de ce que Saint Paul appelle « lesclavage, la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu ! »


    • Numéro : 3731
    • Année : None