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Jean Paul RENAUD

RENAUD Paul (1909 - 1981) [3516]
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    RENAUD

    Paul

    (1909 - 1981)

    [3516]

    RENAUD Jean, Paul, Louis, Joseph, est né le 21 juin 1909 dans la paroisse de Malbuisson, dans le diocèse de Besançon. Il était le sixième enfant d'une famille profondément chrétienne. Paul avait une soeur qui fut religieuse dans la Congrégation des Soeurs de la Charité de Sainte Jeanne Antide Thouret. Un de ses neveux, le Père Paul Renaud est missionnaire au Japon. C'est dans cette famille authentique, \église domestique", que Paul s'éveilla à une foi solide nourrie par une piété profonde sans ostentation.

    Après ses études primaires à Malbuisson, il entra au Petit Séminaire de Maîche (1921-1927) puis au Séminaire de Philosophie de Faverney. Son désir d'être prêtre s'est affermi, mais en même temps, c'est vers l'apostolat en pays de mission que le portent ses pensées. Le 22 septembre 1929 il entre à Bièvres. Après son service militaire et ses trois années de théologie, il est ordonné prêtre le 1er juillet 1934. Quelle est sa destination ? C'est la mission de Kontum, sur les Hauts Plateaux du Viêt Nam. Paul Renaud est heureux. C'est une mission pauvre et rude. Il peut la considérer comme un "cadeau" que les supérieurs font au premier vicaire apostolique de cette mission... Mgr. Martial Janin, sacré en 1933 et qui est franc-comtois lui aussi.

    Paul Renaud arrive à Kontum dans le courant octobre 1934. Le personnel de la mission est séduit : dix prêtres M.E.P et dix prêtres vietnamiens. Aussi est-il fêté en grand liesse. Il se met à l'étude de la langue vietnamienne, car la mission, surtout à Kontum et dans les environs, compte une assez importante communauté catholique vietnamienne. Mais ce sont les Moïs, les "sauvages" qui constituent la masse de la population des Hauts Plateaux. Combien sont-ils du nord au sud, 800.000... 1 millier... on ne sait exactement. Ils sont répartis en plusieurs groupes : les Rhés, les Sedangs, les Bahman, les Jaraïs (les plus nombreux), les Rhadés, les Mhmongs, les Kohos. Chaque groupe a son dialecte propre (c'est un cauchemar pour les jeunes missionnaires qui doivent penser à devenir polyglottes.

    Ayant acquis un bagage suffisant de vietnamien, le Père Renaud est affecté chez les Sedangs. Deux anciens missionnaires avaient oeuvré dans les larmes et les sueurs, mais les durs Sedangs demeuraient imperméables à l'Évangile. Dieu avait son heure et voici que les villages entiers demandaient à "prier". Par la voix de leurs chefs, ils avaient exprimé la volonté de renoncer à leurs "superstitions". Et c'est au Père Renaud que Mgr. Janin confia le grand district de Dak-Tô; pratiquement tout le nord de la mission jusqu'à la frontière du Laos. Région montagneuse qui ne le dépaysa pas trop, bien que les sommets fussent plus élevés que ceux de sa Franche-Comté natale.

    Tout est à faire, à commencer par l'habitation : une case en bambou couverte de "paillote". Pendant quelques mois, il habite à Kou-Ho'jao, à 15 km de Dak-Tô, pour apprendre les premiers rudiments du dialecte Sedang et surveiller la construction de sa "case-résidence-chapelle". Quand tout fut achevé, il s'installa. Désormais chez lui, au milieu des Sedang. Il y restera 32 ans pour "planter" l'Église.

    Avec patience et ténacité, le Père Renaud s'applique à la formation de ses quelques catéchistes, à l'instruction des jeunes et des vieux. Il en fera des chrétiens solides qui sauront résister à la persécution des communistes vietnamiens quand ceux-ci occuperont le pays en 1975. Chaque année, deux ou trois villages viendront demander leur entrée au catéchuménat. On ne peut imaginer les kilomètres parcourus à pied, les heures de palabre, les nuits trop courtes, l'alimentation quelconque, d'autant plus que le Père Renaud souffre d'une vésicule biliaire capricieuse. N'oublions pas les accès de paludisme qui abattent les plus robustes. On le voyait parfois le visage fatigué et portant la main à son foie. Le Père Renaud ne gémissait pas, il allait comme ses confrères à Kontum. Il se soignait tant bien que mal, plutôt sommairement. Il était bien difficile de faire autrement dans ce coin reculé qu'était la région de Kontum.

    Le champ du Seigneur s'agrandissait. Commencé avec trois villages en 1935, le district chrétien de Dak Tô dut être divisé et donner naissance à deux nouveaux centres chrétiens : Kou-Honong, et, plus tard, au nord, Dak-Kola. Vingt ans d'apostolat au pays Sedang avaient porté leurs fruits.

    Le Père Renaud était un réaliste. A Dak-Tô, il construisit une résidence et une église en matériaux solides. Heureuse initiative et pour les chrétiens qui pouvaient participer aux offices dans une "maison de Dieu", qui était belle sans être riche... et pour le missionnaire qui, au retour de ses tournées, pouvait se reposer dans un lieu plus adapté avec un minimum de calme et de tranquillité.

    Dans les services de la mission : En 1940, le nouveau vicaire apostolique, Mgr. Sion, confia au Père Renaud la charge de procureur. A la lourde responsabilité de l'école des catéchistes, cette remarquable institution fondée par Mgr. Janin, véritable ossature de la mission. Qu'eut elle été et que serait-elle devenue sans les catéchistes ! Le Père Renaud qui les avait vus à l'oeuvre se donna à fond à cette nouvelle fonction : instruire, éduquer, former ces auxiliaires précieux du missionnaire. En 1949, il est nommé provicaire (vicaire général) et en 1951 devient administrateur apostolique, quand Mgr. Sion se retire pour raison de santé.

    La situation sur le terrain est délicate. La guerre entre la France et le mouvement nationaliste, entièrement contrôlé par le parti communiste vietnamien, dure depuis quatre ans. A Kontum, il y a des paroisses et des prêtres vietnamiens. Dans ces heures douloureuses, le Père Renaud garde son calme, évitant toute décision qui pourrait blesser, prenant conseil et ramenant à la raison chrétienne certains excités.

    Malgré ces handicaps qui durent, la mission continuait, n'ayant pas trop à souffrir de la guérilla. En 1951, il n'hésite pas à lancer la mission chez les Rhadés (ethnie de 130.000 membres, à 250 km au sud de Kontum). Aujourd'hui, il y a 10.000 baptisés et 5.000 catéchumènes rhadés dans le diocèse de Ban Mê Thuot.

    En 1952, Mgr. Seitz, nouveau vicaire apostolique, arrive à Kontum. Il vient de Hanoi et ignore tout de la mission dans les Hauts Plateaux du Viêt Nam. Il a la grande sagesse de garder près de lui le Père Renaud qui peut, malgré tout, retrouver ses chers Sedangs à Dak Tô.

    La situation politico-militaire a évolué bien mal. La fin de la bataille de Diên Bien Phu et les accords de Genève (juillet 1954) et l'accession du Viêt Nam Sud à l'indépendance, modifient bien des choses... et sur le terrain et dans les esprits. Le Père Renaud donne sa démission de provicaire. Il est remplacé par un vicaire général vietnamien.

    En 1958, il est élu "supérieur local", c'est-à-dire responsable des missionnaires M.E.P qui travaillent dans la mission, dans le diocèse, puisque la hiérarchie a été établie au Viêt Nam. Son expérience des "hommes", son tact, font de lui un homme de "bon conseil". Mais sa santé (paludisme et foie) est en piteux état. En 1964, il doit laisser sa charge de supérieur local et les Sedangs. Lors d'un séjour à Saigon, fin 1966, il est victime d'un sérieux malaise. En avril 1967, il est rapatrié en France, usé. Il ne pense pas que ce départ ait un caractère définitif, mais la Faculté est formelle : le Père Renaud ne doit pas vivre éloigné d'un médecin.

    En France : secrétaire de l'archevêque de Marseille.
    En 1968, le missionnaire des fiers Sedangs devient secrétaire de Mgr. Jacquot, archevêque de Marseille, franc-comtois comme lui et condisciple de séminaire. Et lorsque Mgr. Etchegaray est nommé pour remplacer Mgr. Jacquot décédé subitement en septembre 1970, il garde le Père Renaud comme secrétaire :"il était l'âme de la maison pour ceux qui y habitent, mais aussi pour tous ceux qu'il accueillait d'une égale humeur à la porte ou au téléphone", écrivait le Cal Etchegaray dans le message qui fut lu lors des obsèques du Père Renaud. "Tout le clergé marseillais a fait plus qu'apprécier, il a aimé ce vieil homme, en soutane vietnamienne, qui accueillait avec un regard de gentillesse ceux qui venaient, lui qui, au Viêt Nam, avait un regard de chef", écrivait de son côté un membre éminent du clergé de Marseille. Ces témoignages ne surprennent pas quiconque a connu le Père Renaud.

    Il reste treize ans au service de l'Église de Marseille.

    En août 1981, il revient en Franche-Comté pour se reposer quelques jours. La chaleur de Marseille l'accable. La vésicule biliaire, l'arthrose... un ulcère variqueux le font beaucoup souffrir. Le lundi 24 août il respire avec difficulté. Il est hospitalisé à Pontarlier et, dans la nuit du jeudi 27 août, il s'éteint calmement.

    Les obsèques sont célébrées le 29 dans l'église de son baptême à Malbuisson. Mgr. Seitz, ancien évêque de Kontum, préside l'Eucharistie entouré de 47 prêtres dont le Père Paul Renaud, missionnaire au Japon, neveu du défunt et 11 confrères M.E.P. Une foule nombreuse participait à la cérémonie. Au cours d'une messe célébré à Notre-Dame de la Garde pour le Père Renaud, le Cal d'Etchegaray déclarait : "Pour avoir tout quitté, dans le but de vivre au milieu d'une pauvre tribu des confins du Viêt Nam et du Laos... Le Père Renaud a éprouvé dès ici-bas, au centuple, la joie de vivre parmi les siens. Mais lui le comptable minutieux de la maison, ne tenait pas de comptes spirituels, il lui a suffit d'entendre le résultat de l'addition générale : la vie éternelle."

    L'homme, le missionnaire :

    S'il eût entendu de son vivant ces éloges, le Père Renaud serait resté froid. Il avait le caractère calme, réfléchi et tenace des montagnards. Quand la décision était prise, il ne revenait pas en arrière. Pour convaincre un interlocuteur, il n'hésitait pas à écrire de longues lettres, à parler, à dialoguer longuement. Il plaçait au-dessus de tout l'oeuvre de l'Église... Et s'il écoutait les petits intérêts humano-humains, il s'efforçait de faire comprendre qu'ils devaient être dépassés pour la Mission, l'Évangélisation.

    La foi profonde imprégnait tout son travail, ses soucis, ses souffrances physiques qu'il portait avec patience. Sa sollicitude pour faire progresser ses baptisés était constante. Il prêchait "à temps et à contre temps". Ses efforts n'auront pas été vains. La guerre et la persécution communiste n'ont pas ébranlé ces chrétiens. Une de ses chrétiennes qu'il avait baptisée il y a bien longtemps écrivait le 3 octobre 1981 :" Le district de Dak-Tô ne pourra oublier le Père Renaud . Il a ouvert la porte du paradis à de nombreux Sedangs. Il a été si longtemps parmi nous."

    Dans des circonstances différentes, mais avec la même foi au Maître de la Moisson, le Père Renaud a marché sur les traces des grands pionniers de la "Mission des Sauvages" : Danisboure, Vielleton, Kemlin, Querlach, Bonnal, Janin, Hutinet.



    Références biographiques
    AME 1931 p. 238. 1934 p. 187. photo p. 232. 1938 p. 138. 1939 p. 234. 1940 p. 79. 81 sq. photo p. 80. CR 1934 p. 233. 1937 p. 171. 1938 p. 169. 170. 1947 p. 82. 1949 p. 108. 111. 1950 p. 86 sq. 1951 p. 54 sq. 1952 p. 42. 1953 p. 54. 1954 p. 48. 1955 p. 43. 1957 p. 49. 1960 p. 53. 1961 p. 50. 1962 p. 61. 1964 p. 38. 1965 p. 71. 72. 1966 p. 82. 84. 1967 p. 65. 67. 1969 p. 73. BME 1934 p. 659. 660. 806. 813. 817. 882. 892. 1935 photo p. 672. 1936 p. 137. 306. 1937 p. 141. 366. 368. 448. 1938 p. 131. 348. 789. 1939 p. 283. 803. 1940 p. 287. 357. 506. 507. 626. 817. photo p. 258. 1941 p. 354. 355. photo p. 112. 1948 p. 110. photo p. 681. 1949 p. 55. 531. 1951 p. 699. 1952 p. 631. 1953 p. 44. 45. 492. 1954 p. 380. 490. 702. 791. 1955 p. 49. 122. 1956 p. 267. 1958 p. 559. 1959 p. 78. 84. 278. 443. 1961 p. 595. EPI 1962 p. 402. 1966 p. 134. MDA 1953 p. 88 sq. R. MEP. 124P12. ECM 1946 p. 91. Enc. PdM 2P2. EC1 N° 186. 293. 386. 447. 464. 553. 558. 654. 664. 692. 697. 774. NS. 4P103. 16P54. 43P200. 59/C2. 79/C2. 71P46. 93P52. 114P28.

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    • Numéro : 3516
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