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François POTTIER

[202]. POTTIER, François, né le 9 mars 1726 à La Chapelle-Saint-Hippolyte (Indre-et-Loire), fit ses études classiques à Loches, ses études théologiques au séminaire du Saint-Esprit à Paris, 1748-1753, et entra diacre au Séminaire des M.-E. en mai 1753.
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    [202]. POTTIER, François, né le 9 mars 1726 à La Chapelle-Saint-Hippolyte (Indre-et-Loire), fit ses études classiques à Loches, ses études théologiques au séminaire du Saint-Esprit à Paris, 1748-1753, et entra diacre au Séminaire des M.-E. en mai 1753.
    Ayant obtenu l'autorisation d'aller voir sa famille, ce qui, à cette époque, ne s'accordait que fort rarement au Séminaire, il fut ordonné prêtre à Tours le 22 septembre de la même année, revint à Paris, et partit pour la Chine le 27 octobre suivant. Il s'embarqua à Lorient dès le 29 novembre, mais à cause des vents contraires, le vaisseau ne leva l'ancre que le 30 décembre. Il arriva au Se-tchoan en 1756, et dès le début de sa carrière il écrivit ces mots, qui devaient très exactement en résumer le caractère distinctif : \ Dieu sait qu'en prenant le parti des missions, je n'ai jamais eu en vue que ma propre sanctification, le salut de tant d'âmes qui périssent faute de ministres, et avant tout sa sainte gloire ; c'est pourquoi, quelque chose qui arrive, je tâcherai de soumettre ma volonté à la sienne. Dans cette résolution, je ne crains ni la mort, ni les persécutions, ni les prisons, ni les tourments, ni l'exil ; je ne crains autre chose, sinon que de ne pas soutenir ma vocation par mes bonnes œuvres, et d'éloigner de moi les secours et les grâces que Dieu destine et attache à un pareil état. "
    La mission du Se-tchoan comptait à cette époque de 5 000 à 6 000 chrétiens dispersés dans toute la province, avec quelques-uns dans la province du Kouy-tcheou qui y était rattachée au spirituel. Elle était administrée par deux prêtres chinois, et ne possédait d'autre missionnaire européen que Pottier. La prédication de l'Évangile était interdite dans cette province comme dans tout l'Empire du Milieu.
    Le jeune apôtre étudia la langue chinoise à Taopa, et se fit remarquer par beaucoup de prudence et de zèle. Dès 1756, il fut nommé provicaire par Reymond, évêque élu de Cinne, et vicaire apostolique du Se-tchoan. Il fit, de 1757 à 1760, la visite d'une partie des chrétientés de la mission, et une expédition au Kouy-tcheou.
    Arrêté en 1760 comme prédicateur de la religion chrétienne, il supporta courageusement la torture des pieds, et demeura prisonnier à Tchong-king pendant plusieurs mois. Renvoyé à Canton, il s'échappa en route, revint dans sa mission, " guéri, écrit-il, de son enflure aux jambes depuis qu'il a subi la torture. " Il reprit aussitôt le cours de ses travaux.
    Le 24 janvier 1767, il fut nommé évêque d'Agathopolis et vicaire apostolique du Se-tchoan. Forcé par la persécution de fuir au Chen-si, il fut sacré à Si-gan fou le 10 septembre 1769. Depuis 1766, il avait reçu de France quelques collaborateurs : Falconet, Alary, Gleyo ; d'autres, de Saint-Martin, Moye, Dufresse, vinrent s'y adjoindre. Il installa une nouvelle résidence à Tchen-tou, un hospice de lépreux près de cette ville, fit établir un séminaire successivement à Long-ki (Yun-nan) et à Lo-lang-keou (Se-tchoan), et excita le zèle des baptiseurs des enfants de païens. Il encouragea, avec la modération qui fut la caractéristique de son gouvernement, plusieurs œuvres entreprises par ses missionnaires, entre autres l'Institution des Vierges chrétiennes, et la fondation des écoles de filles par M. Moÿe. Ce missionnaire lui ayant paru marcher trop vite et trop loin dans cette voie, il porta la question à Rome qui traça des règlements concordant avec ceux que lui-même avait donnés.
    En 1784, le 13 juin, il sacra son coadjuteur, de Saint-Martin, qui, malheureusement, fut arrêté l'année suivante, ainsi que plusieurs missionnaires du Se-tchoan, et emprisonné d'abord à Tchen-tou, puis à Pékin, et enfin exilé de Chine où il ne rentra qu'en 1789. Pendant ce temps, l'évêque continua d'administrer activement sa mission et de visiter un certain nombre de districts. Il reçut du Souverain Pontife Pie VI un bref d'éloges Summo doloris (N. L. E., ii, p. 439), daté du 24 mars 1787.
    Le nombre des baptêmes d'adultes pendant son épiscopat fut de plus de 11 000, et celui des baptêmes d'enfants de païens dépassa 80000 ; la population catholique monta à près de 25 000. Il ordonna, ou fit ordonner par son coadjuteur, 15 prêtres indigènes. Il paraît bien qu'il est l'auteur du premier manuscrit de l'ouvrage que Mgr Taberd publia : Documenta rectæ rationis. Ce travail remanié par plusieurs missionnaires, entre autres par Alary, avait, lors de la rédaction primitive, porté le titre de Compendiosa methodus ad infideles christianæ fidei rudimentis imbuendos, que l'on changea en celui de Argumenta rectæ rationis, avant de lui donner son titre actuel (Voir ALARY).
    On a de lui certains mots qui méritent d'être cités : " Plus la barque périclite, plus il faut ramer ", disait-il au moment où la persécution lui enlevait son coadjuteur et trois missionnaires. A la fin de sa vie si bien remplie, son humilité lui dictait ces paroles, qu'il répétait souvent : " Demandez à Dieu qu'il use de miséricorde envers moi ; autrement, je suis un homme perdu. "
    Ses missionnaires ont tracé de lui le plus édifiant portrait : " Je n'ai jamais rencontré dans un seul homme tant de simplicité et tant de grandeur, écrit de Saint-Martin ; il est vêtu comme le commun du peuple ; il est toujours en courses pour les missions, il fera quelquefois trois journées de chemin pour un seul malade. C'est un homme admirable pour tout : il est d'une simplicité et d'une humilité qui me couvrent de confusion toutes les fois que je le vois ; il laisse la liberté de tout dire, et il croit être le plus ignorant des missionnaires. Certainement, je changerais bien quatre têtes comme la mienne contre la moitié de la sienne, toute fatiguée qu'elle est. Il travaille toujours avec un zèle infatigable ; il prêchera trois fois par jour, cela ne lui coûte rien. "
    Voici l'appréciation du Vénérable Moÿe : " C'est un véritable cœur d'or, quoiqu'on puisse dire qu'il porte une crosse de bois. Il mène une vie apostolique ; il pratique la pauvreté, l'humilité, la patience, la charité, et il a fait des travaux immenses. " Ce n'est pas sans raison que son biographe lui a donné le titre de fondateur de la mission du Se-tchoan ; s'il n'en a pas été le premier missionnaire et le premier évêque, il l'a notablement développée, organisée, et affermie.
    Il mourut le 28 septembre 1792, dans une maison de chrétiens située à 12 kilomètres de la ville de Tsong-king tcheou, et fut enterré dans le cimetière Fong-ouan-chan, à environ 5 kilomètres de la porte septentrionale de Tchen-tou.
    Devise. - Ama nesciri et pro nihilo reputari.
    Bibliographie. - Ouvrage commencé par Mgr Pottier :

    Documenta rectæ rationis seu forma instructionis ad usum alumnorum sinensium, anamitarum, nec non et catechistarum concinnata, a J.-L. Taberd, episcopo Isauropolitano edita. - Fredericnagori vulgo Serampore, ex typis J.-C. Marshman, 1839, in-12, pp. xvi + vi + 355 + 1 errata.
    Comp.-rend. : Am. de la Rel., cii, 1839, p. 114.
    Id. - Typis Societatis Missionum ad Exteros, Hong-kong, 1893, in-12, pp. 298.
    (Le Sacrement de Pénitence). - Imprimerie de la Sainte-Famille, Cha-pin-pa, Tsen-kia-gay.
    Notes bio-bibliographiques. - N. L. E., i, pp. 36, 96 et suiv. ; Ib., Relation de la persécution en 1769, à l'occasion de la prise de M. Gleyo, p. 109 ; Ib., Persécution, p. 128 ; Ib., p. 160 ; Ib., Persécution, p. 167 ; Ib., p. 254 ; Ib., Tableau de la mission en 1782, p. 347 ; Ib., p. 473 ; ii, p. 1 ; Ib., Relation de la persécution en 1784, p. 150 ; Ib., p. 174 ; Ib., pp. 205, 227, 246, 300, 334 et suiv. ; Ib., Bref de Pie VI à Mgr Pottier et à son coadjuteur [en latin et en français], p. 439 ; Ib., pp. 448 et suiv., 504 et suiv. ; iii, pp. 13 et suiv., 79, 133, 429, 485 et suiv. ; v, p. 20. - L. E. [P. L.], p. 425.
    Nouv. des miss. or. 1785-1786, 1re part., pp. 167, 231, 236 ; 2e part., pp. 84, 113. - Nouv. des miss. or. 1783-1789, Bref de Pie VI [en latin et en français], pp. 25, 28.
    M. C., viii, 1876, Bref de Pie VI, p. 143 ; ix, 1877, p. 475. - A. M.-E., 1910, p. 270. - Sem. rel. Tours, 1900-01, p. 281.
    Acta rev. vic. ap. miss. Se-tchouan, p. 2. - Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. - Hist. miss. Kouy-tcheou, Tab. alph. - Journ. d'A. Ly, Tab. alph. - Lett. à l'év. de Langres, pp. 189 et suiv., 215. - Mém pour serv. à l'hist., iv [Mgr Pottier par erreur est appelé Lottin], p. 327. - Theologia dog. et mor., i, pp. v, vii. - La Franc. pont., ii, p. 703.
    Collect., 1764 : n° 322 ; 1765 : n° 308 ; 12 janv. 1769 : nos 345, 394, 781, 1347 ; 13 juill. 1769 : n° 1980 ; 16 nov. 1769 : n° 1715 ; 15 déc. 1769 : n° 1716 ; 28 déc. 1770 : n° 1859 ; 10 avril 1772 : n° 820 ; 14 mai 1772 : n° 1052 ; 1774 : n° 431 ; 3 janv. 1777 : nos 346, 1432, 1860 ; 10 avril 1777 : n° 1780 ; 18 janv. 1778 : n° 1054 ; 20 août 1778 : nos 162, 1781 ; 24 août 1778 : n° 1940 ; 15 fév. 1779 : n° 1261 ; 9 juill. 1779 : n° 310 ; janv. 1780 : n° 1069 ; 27 janv. 1780 : n° 1718 ; 15 fév. 1780 : nos 407, 1348 ; 15 fév. 1781 : n° 209 ; 22 sept. 1782 : n° 1055 ; 13 janv. 1783 : n° 355 ; 5 janv. 1784 : n° 1529 ; 17 avril 1784 : n° 1567 ; 19 avril 1784 : nos 298, 1670, 2136 ; 20 avril 1784 : n° 239 ; 29 avril 1784 : nos 237, 774, 784, 2013 ; 5 avril 1785 : n° 1722 ; 5 mars 1787 : nos 1434, 1726 ; 21 janv. 1788 : n° 2137 ; 17 août 1791 : n° 588.
    Biographie. - La mission du Su-tchuen au XVIIIe siècle. Vie et apostolat de Mgr Pottier, son fondateur, évêque d'Agathopolis, vicaire apostolique en Chine, membre de la Société des Missions-Etrangères de Paris [avec portrait], par Léonide Guiot, ancien conservateur des forêts. - Téqui, libraire éditeur, 85, rue de Rennes, Paris, 1892, in-8, pp. xx-521.
    Comp.-rend. : M. C., xxiv, 1892, p. 155. - Sem. rel. Tours, 1891-92, p. 789. - Le Messager d'Indre-et-Loire, 1892, n° du 16 mars.
    Portrait. - Peint en Chine ; se trouve au Séminaire des M.-E. qui l'a reçu de M. L. Guiot. - Voir Biographie.


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    • Numéro : 202
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