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Victor POISNEL

POISNEL Victor (1855 - 1925) [1499] POISNEL Victor, Louis, est né à St Hilaire-du-Harcouët, au diocèse de Coutances (Manche) le 13 juillet 1855, fils de Victor-Honoré Poisnel et de Victoire Auvray.
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    POISNEL Victor

    (1855 - 1925)


    [1499] POISNEL Victor, Louis, est né à St Hilaire-du-Harcouët, au diocèse de Coutances (Manche) le 13 juillet 1855, fils de Victor-Honoré Poisnel et de Victoire Auvray.

    Après ses études secondaires au Petit Séminaire de l'Abbaye Blanche à Mortain, il hésite sur la voie qu'il va suivre et prend du travail chez un pharmacien, puis au bout d'un an demande à être admis au Grand Séminaire de son diocèse. Au cours de ses études, il exprime son souhait de partir pour les missions, mais l'autorisation lui est refusée. Ordonné prêtre à Coutances le 29 juin 1879 après avoir été professeur dans un collège de son diocèse dès son diaconat, il est finalement autorisé à quitter le diocèse pour se faire missionnaire. Il commence par frapper à la porte des Spiritains (où se trouve un ancien condisciple du Petit Séminaire, un certain Le Roy, qui deviendra Supérieur Général de la Congrégation du Saint Esprit, et avec qui Victor Poisnel restera en correspondance toute sa vie), mais n'y reste pas longtemps. Il demande alors à entrer aux Missions Étrangères de Paris, où il est admis, non sans difficulté ni sans une puissante intervention, et il entre au Séminaire de la rue du Bac le 17 août 1880.

    Un an plus tard, il est destiné à la mission de Corée et part de Paris le 3 août 1881. À son arrivée à Nagasaki, il trouve Mgr. Ridel, son vicaire apostolique, qui, expulsé de Corée en 1878, s'y occupe de travaux d'imprimerie pour la mission de Corée. Malade, Mgr. Ridel garde auprès de lui le jeune Père Poisnel pour le soigner; quand le mal s'aggrave et qu'il se décide à partir en France, Mgr. Ridel prend avec lui son \infirmier", du moins jusqu'à Singapour. Là, il se laisse tout de même persuader d'accepter l'aide d'un autre confrère qui rentre également en France, et le Père Poisnel peut reprendre le chemin de la Corée qui, cette fois encore, passe par le Japon. Il y trouve le Père Deguette qui, entré en Corée en 1876, y avait été emprisonné en mai 1879, en avait été expulsé au mois de septembre suivant et était également venu à Nagasaki s'occuper de travaux d'imprimerie pour la mission de Corée. C'est le Père Deguette qui servira de "pilote" au Père Poisnel pour entrer en Corée. Arrivés devant le port d'Inchon, ils descendent dans de petites barques, mais se gardent bien d'aller à quai. Ils se font déposer en un lieu écarté et gagnent la terre ferme le 15 avril 1883, après avoir dû patauger dans une large étendue de vase, à l'heure de la marée basse.

    Le Père Poisnel passe quelques mois à Séoul, puis Mgr. Blanc, coadjuteur du vicaire apostolique de Corée depuis juillet 1882, mais vicaire apostolique "de facto", le charge des chrétiens des provinces du Nord-ouest du pays, le Hoang-hai et le Pyong-an. Le Père Poisnel réside en principe dans la province du Hoang-hai, dans l'arrondissement de Su-an, canton de Tai-o, au village de Sa-chang, que d'autres appellent Tok-kol ou Tot-kol; mais en réalité il passe le plus clair de son temps à se rendre de chrétienté en chrétienté, portant le costume de deuil pour cacher son identité, faisant de longues marches à pied par des chemins qui ne sont convenables que quand ils sont bien gelés.

    Mais le Père Poisnel ne reste pas longtemps dans cette région : en 1885, Mgr. Blanc l'appelle à Séoul pour devenir procureur de la mission, à la suite du Père Mutel qui a été rappelé au Séminaire de Paris. Comme la situation de la mission est encore bien précaire, il change de résidence à plusieurs reprises, puis en 1887 s'établit sur le terrain qu'il vient d'acquérir et qu'il agrandira peu à peu, profitant de toutes les occasions qui se présentent pour acheter des lopins de terre ou des maisons. C'est sur ce terrain, qui avec le temps prendra une valeur inestimable, que seront bâtis l'évêché de Séoul, la cathédrale, le couvent des religieuses de St Paul de Chartres, etc. Mais, pour commencer, le Père Poisnel fait construire une petite maison qui sert à la fois d'évêché et de procure, et, l'année suivante, une maison qui sert d'église paroissiale pour toute la ville de Séoul et dont le Père Doucet a la charge. Ceci se passe en 1888.

    En 1892, le Père Doucet reçoit la charge d'une autre paroisse, la seconde de Séoul, située "hors-les-murs" de la ville, dans le quartier de Yak-hyon. En même temps, le Père Poisnel, toujours chargé de la procure, devient responsable de la paroisse "intra-muros" de Séoul, ou paroisse de la Cathédrale. Les travaux de construction de la cathédrale viennent justement de commencer sous la direction du Père Coste, avec le concours d'ouvriers chinois. Mais il faut interrompre les travaux durant les mois trop froids de l'hiver et, en 1894, en raison des troubles qui sévissent dans tout le pays. De plus, le Père Coste meurt le 28 février 1896. Du coup, le Père Poisnel abandonne complètement la charge de la procure qu'il laisse au Père Devise d'abord, au Père Villemot ensuite, pour s'occuper uniquement de la paroisse et de la construction de la cathédrale. Les travaux seront terminés en 1898 seulement et l'église consacrée le 29 mai de cette année.

    En avril 1901, pendant la retraite annuelle des missionnaires, des troubles éclatent dans la grande île de Ché-ju, au sud-ouest du pays : la populace se révolte contre les exactions des autorités locales, notamment contre les agents des impôts. Or il se trouve que ceux-ci emploient un certain nombre de chrétiens ou de gens qui affirment leur intention de devenir chrétiens. La colère des foules se retourne peu à peu contre les chrétiens, puis contre l'Église en tant que telle et contre les deux missionnaires de l'île, le Père Lacrouts, qui y est depuis un an, et le Père Mousset, qui vient juste d'arriver. En 1901, l'île de Ché-ju comptait 242 chrétiens baptisés et 700 "catéchumènes", dont certains n'étaient vraisemblablement pas très sincères. Vers le 10 mai, à leur retour de la retraite annuelle, les missionnaires envoient des hommes de confiance sur le continent pour prévenir le vicaire apostolique par télégramme de la gravité de la situation et pour demander des secours, mais une forte tempête retarde de plusieurs jours leur arrivée sur le continent et l'expédition du télégramme. Après avoir mené divers combats dans le sud de l'île, les "rebelles" finissent par s'emparer de la ville principale, qui s'appelle aussi Ché-ju et qui est située au nord de l'île, où, entre le 15 et le 28 mai, ils massacrent de 6 à 7 centaines de chrétiens et de catéchumènes et saccagent la maison qui sert d'église. Les secours demandés arrivent d'abord sous la forme de deux ou trois bateaux de la Marine française, sur l'un desquels se trouve le Père Poisnel. Le 31 mai, celui-ci rencontre le Père Lacrouts sur l'un de ces bateaux, écoute sa relation des événements et lui reproche de n'avoir pas bien su guider les chrétiens et les faire aimer de la population. Le lendemain, escorté d'une cinquantaine de marins français, le Père Poisnel fait une tournée d'inspection des murailles de la ville et rencontre le gouverneur de l'île à qui il reproche de n'avoir pas su contenir la rébellion et d'avoir laissé celle-ci dégénérer en massacre. Ces bateaux français et le Père Poisnel repartent le 2 juin. Entre-temps, les secours demandés sont arrivés le 1er juin ou le 2 juin sous la forme de soldats envoyés par le gouvernement coréen pour restaurer l'ordre dans l'île. Ces soldats arrêtent rapidement les meneurs de la rébellion et ces meneurs sont jugés à Séoul en octobre et condamnés à diverses peines, tandis que l'Église recevra quelques compensations, en vertu du traité franco-coréen de 1886 et de l'accord passé en mars 1899 entre Mgr. Mutel, vicaire apostolique de Corée, et le ministère coréen de l'Intérieur et des Provinces.

    Le temps passe. En fin avril 1917, le Père Poisnel, qui est curé de la cathédrale de Séoul depuis 1892, devient provicaire de la mission. En cela, il succède au Père Doucet, qui vient de décéder, et qui, autrefois, avait été son prédécesseur à la cathédrale.

    Le Père Poisnel aime beaucoup "son" église, dont les travaux de construction ont été terminés sous sa direction en 1898, mais où bien des travaux de finition n'ont pas été accomplis. C'est ainsi qu'il dote le choeur de stalles, qu'il fait installer une chaire qui, dit-on, est une réplique de celle de l'église de sa bourgade natale, qu'il dote l'église d'un tableau représentant les 79 martyrs de Corée qui ont été béatifiés en 1925, qu'il fait décorer le mur derrière le maître-autel de peintures représentant les apôtres... Zélé pour la maison de Dieu, il l'est aussi pour le temple spirituel des âmes et se montre en toutes choses un exemple pour ses paroissiens. Le Père Poisnel a beau prendre de l'âge, il se soucie de la jeunesse, qui pourtant le déconcerte parfois, et continue d'agrandir et d'améliorer les installations des écoles de garçons et de filles de la paroisse; et il reste jeune de caractère, aimant les réunions joyeuses et émaillant la conversation de mots spirituels pleins de naturel et d'à-propos.

    Au courant du printemps de 1925, le Père Poisnel tombe sérieusement malade, mais surmonte son épreuve. Le 2 octobre de cette année, il célèbre la messe pour la dernière fois, car son état a empiré depuis le début de l'automne, et il va maintenant subir diverses crises de plus en plus graves. Le 24 octobre, il reçoit les "derniers" sacrements, qui ne furent pas tout à fait les "derniers", car ils lui furent renouvelés, quelque amélioration importante s'étant produite entre-temps. À partir du 8 décembre, il ne reconnaît plus personne et répond à côté des questions qui lui sont posées. Le 20 décembre au soir, il tombe dans le coma pour s'éteindre tranquillement le 26 décembre à 7 heures du matin. Ses restes sont inhumés au cimetière de la mission de Séoul le 29 décembre 1925.



    Références bio-bibliographiques

    AME 1890 p. 267. 1906 p. 50. 1911 p. 211. 1924 p. 137. 1926-27 p. 53. 54. 79. 1930 p. 60. CR 1881 p. 103. 1884 p. 38. 39. 1885 p. 20. 24. 1886 p. 10. 1887 p. 19. 24. 26. 1888 p. 18. 1889 p. 22. 23. 24. 308. 1890 p. 24. 1892 p. 270. 1893 p. 35. 1894 p. 36. 380. 1895 p. 43. 1896 p. 37. 375. 1897 p. 40. 1899 p. 66. 1900 p. 61. 1902 p. 76. 431. 1905 p. 39. 40. 1911 p. 48. 1912 p. 52. 53. 1915 p. 242. 1920 p. 116. 1921 p. 28. 1922 p. 20. 216. 1924 p. 203. 1925 p. 198. 1926 p. 182. 186. 205. 1938 p. 250. BME 1923 photo p. 463. 1924 photo p. 481. 1925 p. 770. 1926 p. 44. 109. 134. 179. 726. 1931 p. 282. 655. 1937 p. 216. 1939 p. 37. 112. 847. EC1 N° 99. EC2 N° 171/442.


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    • Numéro : 1499
    • Année : None