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René PAROISSIN

PAROISSIN René (1912-1998) MALAISIE
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    PAROISSIN René (1912-1998)
    MALAISIE
    [3583]. René Paroissin, fils de Gilbert et de Anna Tousin son épouse, naquit le 6 novembre 1912, rue de l'Horloge, paroisse de la cathédrale Notre-Dame, où il fut baptisé le 24 mars suivant, à Moulins-sur-Allier, dans le département de l'Allier et au diocèse de Moulins. Son père exerçait la profession de commerçant-agriculteur. Il cultivait une vaste propriété, à Souvigny (Allier). Il y était aidé par l'un des frères de René -son frère jumeau, décédé en 1992- excellent jeune homme, qui, en 1934, était président de la J.A.C. (Jeunesse agricole chrétienne) dans le diocèse de Moulins. La famille comptait trois garçons.
    René fit ses études chez les Frères des Écoles chrétiennes à Moulins jusqu'à la classe de seconde, en 1927. Il continua ensuite ses classes secondaires au petit séminaire diocésain. Reçu bacheler-ès-lettres, il se dirigea, en octobre 1930, vers le grand séminaire de Moulins. Il y fit deux années de philosophie et une année de théologie (Apologétique et Morale fondamentale) ; au mois de mai 1933, il reçut les deux premiers ordres mineurs. Il s'acquitta alors, à partir d'octobre 1933, et durant une année, de ses obligations militaires, comme secrétaire d'état-major à Clermont-Ferrand. Une visite de M. Jean Depierre, chargé des vocations pour le compte de la Société, l'orienta vers les Missions Étrangères de Paris.
    Selon le témoignage du Supérieur du grand séminaire de Moulins : \Les parents n'avaient fait aucune opposition, je crois, à la vocation sacerdotale de René. Lorsqu'il leur parla de Missions, ils s'y opposèrent avec force, ce qui le détermina à attendre sa majorité."

    Pendant le temps de son service militaire, il adressa au Supérieur général de la Société une lettre dans laquelle il postulait son admission au séminaire en ces termes : " Aujourd'hui 22 février 1934, moi René Paroissin, par la grâce de Dieu clerc minoré, portier et lecteur, du diocèse de Moulins, après avoir longuement médité les conseils de mon directeur spirituel, invoqué le secours de la Très Sainte Vierge Marie, demandé l'intercession de "mes saints" : Jean-Marie Vianney, Jean Théophane Vénard, Thérèse de l'Enfant-Jésus, François d'Assise, mon père en religion de Tiers Ordre, avec l'assentiment de Monseigneur Gonon évêque de Moulins, je viens déposer entre vos mains la demande d'être admis dans votre séminaire dès ma libération du service militaire national (qui doit me retenir jusqu'au mois d'octobre prochain)."
    Dans sa lettre du 27 février 1934, le Supérieur du grand séminaire de Moulins donnait à son sujet quelques renseignements : "Nous le considérons comme l'un des meilleurs et des plus complets de nos séminaristes. C'est un travailleur acharné, d'intelligence solide plutôt que brillante, plus apte à amasser des connaissances qu'à les coordonner et à les mettre en valeur ; bien doué pour les mathématiques, il a entrepris l'étude de plusieurs langues (hébreu, anglais,allemand) et leur consacre encore, pendant ses loisirs de soldat d'état-major, 4 heures par jour. Il s'est montré fort dévoué dans sa charge d'infirmier au séminaire. Mais surtout il a fait preuve...d'une solide piété. Actuellement dans son bureau militaire, il consacre une heure par jour à l'oraison mentale"
    Admis comme aspirant, René Paroissin entra au séminaire des Missions Étrangères, le 10 octobre 1934. Sous-diacre le 5 juillet 1936, diacre le 19 décembre 1936, ordonné prêtre au matin du 4 juillet 1937 par Mgr De Jonghe d'Ardoye, il reçut du Supérieur général, sa destination pour le Collège général de Penang, au soir de ce même jour. Le 14 septembre 1937 eut lieu la cérémonie tradionnelle du départ des jeunes missionnaires ; l'abbé Camille Risser- vicaire à la paroisse Saint- Séverin, prononça l'allocution d'adieu. Le vendredi 17 septembre 1937, René Paroissin s'embarqua à Marseille à bord du "Félix-Roussel". Accueilli à Singapour par Henri Célestin Michel, il arriva au Collège général de Penang, le 16 octobre 1937. Après avoir consacré quelques semaines au travail d'initiation aux langues du pays, il fut chargé d'enseigner la théologie morale pour un temps, puis l'ÉÉcriture Sainte, plus spécialement l'Ancien Testament. Le latin était la langue des cours et de la vie quotidienne pour la centaine de séminaristes originaires de divers pays d'Asie, effectif du Collège vers 1937. Leur nombre diminua en raison des difficultés créées par la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'en 1942, la vie au séminaire se déroula presque normalement, et en fin de semaine, René Paroissin allait travailler en paroisse.
    Lors de l'invasion japonaise de la Malaisie, en décembre 1941, les grands séminaristes du Collège général se trouvaient dans leur maison de campagne à Mariophile. Un ancien élève de René Paroissin, présentement missionnaire à Singapour, rapporte le témoignage suivant." Les prêtres âgés en Malaisie-Singapour, se rappellent de lui, plus comme fermier et cuisinier que comme professeur. Pendant les années de guerre à Mariophile, il avait la responsabilité des animaux de la ferme : six vaches, une vingtaine de chèvres, des poulets, des canards et même des lapins. Et il n'hésitait pas à faire d'excellents currys avec les chevreaux. Cela agrémentait bien le menu plutôt fade de tapioca..."

    Plus tard, la communauté de Mariophile se scinda. René Paroissin avec Pierre Piffault et une dizaine de séminaristes s'installèrent à trente km au sud de Penang, sur le continent, à Matang Tinggi, dans une vieille chrétienté chinoise. Il y avait là des terrains et des bâtiments disponibles. On faisait cours le matin, l'après-midi étant réservée à l'agriculture : cacahouètes et patates douces formaient la base de l'alimentation. Il y restèrent six mois. Arriva alors la fin de la guerre. Ce fut le retour à Mariophile, puis au Collège général qui reprit sa vie normale. Rappelé à Paris en 1947, René Paroissin fut affecté au séminaire de Bièvres, où il enseigna l'Écriture Sainte, l'Histoire de l'Église. Laissons à l'un de ses anciens élèves le soin de nous parler longuement, en 1998, de son ancien professeur de Bièvres :
    " Le P. Paroissin dont je me rappelle : Lorsque je le rencontre pour la première fois, en septembre 1949, il n'avait que 37 ans, mais il fait plus âgé, tout en étant le plus jeune professeur à Bièvres. Petit, rond de sa personne, la démarche lourde, donnant à serrer une main molle, la barbe grise, la parole lente, il devient vite pour moi et pour beaucoup le plus intéressant de nos professeurs. En 2ème année, nous l'avons huit heures par semaine : Écriture Sainte, tous les jours, Histoire de l'Église, Histoire de l'Art... Il n'est pas éloquent, et l'après-midi, certains somnolent, alors élevant à peine sa voix de basse, il disait : "À Penang, ceux qui s'endormaient pendant mes cours, je leur faisais faire trois fois le tour de la cour..." Mais ses cours sont bien préparés, illustrés, et nous rendent curieux, même s'ils ne traitent pas du sujet prévu. Il descend en classe au moins une demi-heure avant l'heure avec une pile de livres, des reproductions de tableaux, des disques, des articles de journaux etc... Suivre un manuel n'est pas son genre... On entend dans l'escalier son pas lourd d'autant qu'il est chaussé d'une paire de bottines marron-jaunes aux semelles épaisses....et toutes les fois qu'il préside un office liturgique, c'est un désastre : il chante faux et semble fâché avec les rubriques. Et pourtant c'est un amateur de musique ; il nous fait écouter et aimer Olivier Messiaen, s'essaie à jouer du piano, au désespoir de son voisin du dessus, puis remplace cet instrument encombrant par une flûte d'où sortent des sons inattendus à la joie de nous tous. Il ne se décourage pas pour autant.
    Il enseigne l'Ancien Testament. Il n'a rien d'un exégète, il s'en garde d'ailleurs, mais c'est un amoureux de la Bible et, pour notre année au moins, il nous fait aimer la Parole de Dieu. La Bible est pour lui le livre de la culture universelle. Il y trouve les bases de la culture de tout homme et de tout l'homme. Créés et aimés par Dieu, nous recevons le monde de ses mains d'amour et en découvrons toutes les merveilles : peinture, sculpture, musique, poésie, paysage tout vient vers nous à travers les pages du Livre. Il veut faire de nous des missionnaires avec une culture ce qui nous aidera à nous ouvrir à de nouvelles cultures en Asie. Il semble avoir souffert de l'attitude de certains missionnaires manquant d'ouverture et de respect vis-à-vis des civilisations qu'ils rencontraient. Il évoquait cela lors de notre rencontre à Montbeton en 1997 : " Je voulais vous donner un horizon large..."
    L'exégèse scientifique le hérisse. Certains aspirants formés dans des séminaires diocésains, ou qui ont lu des livres écrits par des spécialistes désiraient des cours plus typiquement bibliques. Mais ce n'est pas son choix, et il n'a pas la formation pour cela.
    Un jour, piqué au vif par des remarques par trop pointues, il se rebiffe: "Vous voulez de l'exégèse, eh bien, nous allons prendre le Manuel ! " Il ouvre Renié que nous n'utilisions jamais, et il se met à le lire sur un ton monocorde. Au bout dune demi-heure, exaspéré, il repousse le livre et dit : "Si la Bible c'est comme les Mathématiques, je repars à Penang à pied pour m'y occuper des chèvres".
    En ce qui me concerne, je préférais lire du Claudel, entendre des symphonies ou découvrir des peintures. Comme notre professeur, je m'y retrouvais davantage et découvrais le Dieu des Merveilles. Quelle fut sa joie, le dimanche où Paul Claudel vint passer une demi-heure avec nous : "Le Maître a accepté de nous rencontrer ! " Quelle fierté le jour où son livre sur «l'Humanisme biblique» sortit des presses ! Il n'a pas hésité à se priver de ses moyens de transports pour en payer le coût. Ce n'a pas été pourtant un succès en librairie. Merci, père Paroissin, pour nous avoir donné le goût et l'amour de la Bible !..."
    En 1950, des copies d'une douzaine de films réalisés par René Paroissin furent faites et mises à la disposition du service de Liaison missionnaire, dirigé à Paris par M. Henri Prouvost, en vue de mieux faire connaitre les Missions d'Extrême-Orient, l'Asie et la Société des Missions Étrangères. En 1957, du 1er au 8 juillet, se tint à Paris, le Troisième Congrès international de musique Sacrée. Lors de la séance de l'après-midi du vendredi 5 juillet consacrée aux musiques africaines et asiatiques, et présidée par Mgr Lemaire, Supérieur général de la Société des Missions Étrangères, René Paroissin présenta les résultats d'une vaste enquête sur les musiques d'Asie : Inde, Chine, et Japon. Il fit remarquer, écrit un journaliste de "La Croix", que "l'Asie pourrait redonner vie et élan au chant grégorien, en l'enrichissant de multiples formules rythmiques et modales nouvelles ".
    René Paroissin participa à diverses sessions d'études organisées surtout à l'intention des confrères en congé. Ainsi du 30 août au 6 septembre 1958, se tinrent à Bièvres des journées de travail comportant trois conférences quotidiennes suivies de carrefours où chacun pouvait poser des questions aux intervenants et échanger ses points de vues avec des confrères venus des diverses régions où travaillait la Société. Avec M. Joseph Alazard, supérieur de Bièvres, René Paroissin prit une part active à l'organisation matérielle de cette session, au cours de laquelle il traita des "Rites et Humanités" et anima la veillée qui suivit son exposé. Le 5 octobre 1958, il prononça l'allocution d'usage, lors la cérémonie de départ des nouveaux missionnaires qui eut lieu dedans la crypte de la chapelle du Séminaire de Paris.
    À la session de 1959 qui se tint à Bièvres, du 9 au 16 septembre, il organisa une veillée au cours de laquelle il fit entendre des disques de musique religieuse ou des chants d'Afrique, regrettant le retard pris par les communautés chrétiennes d'Asie en ce domaine, et encourageant son auditoire à faire ce que Rome voudrait bien nous voir faire. Puis, cette même année, du 17 au 21 novembre, il prêcha la retraite annuelle aux Frères coadjuteurs de la Société. À la fin de l'année scolaire 1960-61, René Paroissin fut nommé directeur au Collège général de Penang, mais, en fait, il n'y revint pas. En septembre 1961, il retrouva Moulins-sur-Allier, sa ville natale où il prit le poste d'aumônier du pensionnat Notre-Dame, tenu par les chanoinesses de Saint-Augustin. En septembre 1975, il devint aumônier du monastère de la Visitation, dans la rue des Tanneries, à Moulins.

    Le 30 janvier 1991, René Paroissin demanda au Supérieur général des Missions Étrangères l'autorisation de prendre sa retraite à Montbeton. "Les raisons en sont mon âge (79ème année) et les circonstances extérieures du ministère pastoral. Le Monastère de la Visitation à Moulins est en voie de fermeture ou de mutation fondamentale, avec changement de Supérieure." Ayant reçu une réponse positive à sa demande, il remerciait le Supérieur général en ces termes, dans sa lettre du 11 février 1991 :"Dans le Seigneur, soyez remercié d'accepter ma demande de retraite, en notre maison de Montbeton. J'espère bien, en effet, y retrouver le chaleureux soutien de mes confrères, unis dans la prière pour préparer le Suprême Départ, le bâteau de l'Éternité"

    Vers le 1er septembre 1991, René Paroissin rejoignit la maison Saint Raphaël, à Montbeton. Homme de coeur, d'une totale bonté avec une âme d'artiste, il trouvait plaisir à partager lA joie simple de ses trouvailles et même de son violon d'Ingres : l'astronomie. C'est là que, dans une grande sérénité, il s'éteignit au matin du 17 avril 1998. Ses obsèques furent célébrées le lundi 20 avril à 15 heures.


    Bibliographie

    Lettres de P. Claudel sur la Bible au R.P. R Paroissin (17 août 1949 11 octobre 1954) / R. Paroissin. - Paris : Nouvelles Éditions Debresse, 38, rue de l'Université,1955.
    Art et Humanisme Biblique / R. Paroissin. - Paris : Nouvelles Éditions Debresse, 38, rue de l'Université,1955.
    Mystère de l'Art Sacré / R. Paroissin. - Paris : Nouvelles Éditions Debresse, 38, rue de l'Université,1955.
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    • Numéro : 3583
    • Année : None