Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

François PALLU

François PALLU
Add this

    François PALLU


    [12]. PALLU, François, fut le principal fondateur de la Société des M.-E. ; à ce titre, nous lui consacrons une notice relativement étendue. Il naquit dans la paroisse Saint-Saturnin, à Tours (Indre-et-Loire), et fut baptisé le 31 août 1626. Il appartenait à une ancienne famille de robe. Son père Etienne Pallu, sieur de Perriers, fut conseiller et avocat au présidial de Tours, et maire de cette ville.

    Très jeune, Fr. Pallu fut nommé chanoine de Saint-Martin, et se distingua par sa piété et sa charité. Etant venu à Paris, il se lia d'amitié avec un certain nombre de jeunes gens, ecclésiastiques et laïques, qui formaient une de ces associations, alors assez nombreuses, placées sous la protection de la sainte Vierge. C'est là qu'il paraît avoir fait connaissance avec un jésuite, le P. de Rhodes, missionnaire au Tonkin et en Cochinchine, venu en Europe, afin de demander au Souverain Pontife d'instituer des évêques dans le pays qu'il évangélisait.

    L'idée n'était pas nouvelle ; Rome l'avait déjà étudiée, et en avait désiré la réalisation dans de plus vastes proportions que le P. de Rhodes ne l'exposait. Sans remonter plus haut que le XVIIe siècle, la Propagande avait, en 1630, prescrit l'élévation au sacerdoce de nouveaux chrétiens ; elle avait, en 1633, demandé la nomination d'évêques en Extrême-Orient, et, en 1651, elle avait supplié le Pape de créer dans ce pays des archevêchés et des évêchés. Le missionnaire avait donc été bien accueilli à Rome ; il trouva en France des hommes qui consentirent à le suivre.


    Après d'assez longs pourparlers, Mgr Bagni, nonce en France d'Innocent X, choisit en 1 653,00 F Pallu pour être un des évêques désirés par le P. de Rhodes. Mais, par suite d'oppositions, soit de la cour de Portugal qui jugeait la nomination de prêtres français contraire à ses droits, soit même de quelques amis du religieux, l'affaire échoua complètement. L'Assemblée du Clergé de France reprit les négociations, et, le 13 avril 1655, chargea Godeau, évêque de Vence, d'écrire au Pape une lettre qui fut lue et approuvée dans la séance du 9 mai suivant. Cette lettre ne produisit aucun résultat. En 1657, avec le secours de quelques amis, particulièrement de Vincent de Meur et de Pierre Lambert de La Motte, et grâce à l'intervention de la duchesse d'Aiguillon, Pallu fit de nouvelles démarches pour obtenir la nomination d'évêques en Extrême-Orient. Il réussit.


    Dans son assemblée du 13 mai 1658, la Propagande proposa de nommer Pallu et Lambert de La Motte, vicaires apostoliques des missions de Chine et des pays voisins. Le Pape Alexandre VII approuva ce choix ; le 29 juillet (et non le 17 août), il donna un bref qui nomma F. Pallu évêque d'Héliopolis, in partibus infidelium, et il \ l'exhorta fortement à soutenir le fardeau des difficultés qui accompagnaient son entreprise ". Le 17 novembre 1658, l'élu fut sacré à Rome, dans la basilique de Saint-Pierre, par le préfet de la Propagande. Le bref Super cathedram (Jus Pont. de Prop. Fid., i, p. 313) du 9 septembre 1659, signé par le Pape Alexandre VII, ratifiant le décret de la Propagande du 17 août (Const. apost., p. 3), le nomma vicaire apostolique du Tonkin, administrateur des provinces de Yun-nan, Kouy-tcheou, Hou-kouang, Se-tchoan, Kouang-si en Chine, et du Laos.


    C'est à ce moment que commence la fondation de la Société des M.-E. On a attribué cette fondation à divers personnages : au P. de Rhodes ; à Bernard de Sainte-Thérèse, évêque de Babylone ; à la Compagnie du Saint-Sacrement. Ce sont là des légendes. Le P. de Rhodes ne songea jamais à fonder une Société ; il n'en posa pas les bases, il n'en inspira pas l'organisation, et encore moins en composa le Règlement. Il vint chercher des évêques pour le royaume d'Annam qu'il évangélisait, il n'en obtint pas, et fut envoyé par ses supérieurs en Perse où il mourut. L'évêque de Babylone, Bernard de Sainte-Thérèse, ne fut pas davantage le fondateur, ou un des fondateurs de la Société des M.-E. Trois ans après le départ des premiers missionnaires de la Société, il vendit, et même assez cher, à quelques associés agissant au nom de tous, une maison qu'on lui avait gratuitement donnée afin qu'il en fît un séminaire pour les missions de Perse, ce qu'il n'avait pas réalisé. C'est à cet acte que se borne tout son rôle. Ceux qui achetèrent cette maison en voulaient faire, et ils en firent, le Séminaire des M.-E. La Compagnie du Saint-Sacrement aida de son argent la Société naissante des M.-E. ; si certains membres de cette Compagnie ont écrit qu'elle avait fondé cette Société, c'est l'exagération de ceux qui confondent un secours matériel aidant à l'existence, avec l'existence elle-même.


    La Société des M.-E. a été fondée par ceux qui les premiers en firent partie, et au premier rang se place Fr. Pallu. Voici le résumé de ses actes, d'où ressortent avec évidence son influence prépondérante et son rôle de tout premier ordre dans les M.-E. : La nomination des évêques et leur consécration leur donnait le droit, et leur imposait le devoir, de se rendre en Extrême-Orient ; elle ne leur en assurait pas les moyens ; il leur fallait des soutiens pour le présent, des successeurs pour l'avenir. Revenu à Paris en 1659, Pallu choisit et fait nommer un troisième vicaire apostolique, Cotolendi ; il publie un opuscule exposant les ordres du Pape et les raisons de la nomination de vicaires apostoliques ; il appelle à lui tous ceux qui désirent se consacrer aux missions dans la nouvelle Société. Il conduit à La Couarde, propriété proche de Paris mise à sa disposition par une de ses parentes, Mme de Miramion, les futurs missionnaires, et les instruit. Il cherche et trouve des ressources matérielles près du roi, de quelques familles riches, de la Compagnie du Saint-Sacrement. Il établit une association de Dames de charité pour continuer à procurer des secours aux missions. Il groupe des amis et leur fait promettre de recruter des ouvriers apostoliques. Il tente la fondation d'une Compagnie de commerce, qu'il unit par un traité à la Compagnie de l'Orient et de Madagascar ; il fait construire un navire, le Saint-Louis, qui malheureusement périt dans un naufrage. Il achète à Paris une maison qu'il appelle hospitium, où il installe les aspirants à l'apostolat, précédemment fixés à La Couarde. Il choisit pour procureurs des prêtres et des laïques, à qui il donne tous pouvoirs de gérer et d'administrer ses biens aux profit et avantage des missions ; en un mot, il travaille en chef à l'organisation de l'œuvre qui est la Société des M.-E. à sa naissance.


    Après avoir, autant qu'il le pouvait, assuré le présent et préparé l'avenir, Pallu quitte Paris le 8 novembre 1661, et s'embarque à Marseille le 2 janvier 1662. Il débarque à Alexandrette, se rend à Ispahan, d'où il va à Bender-Abbas-si, à l'extrémité du golfe Persique et de la mer d'Oman ; de là, il gagne le comptoir de Surate, traverse l'Inde, s'embarque à Masulipatam pour Mergui, et enfin arrive à Juthia capitale du royaume du Siam.


    C'est là que, de concert avec Lambert de La Motte, évêque de Bérythe, vicaire apostolique de la Cochinchine (Voir LAMBERT DE LA MOTTE), il compose les Instructiones ad munera apostolica, plus connues sous le nom de Monita, et décide avec lui : l'établissement, au Siam, d'un Séminaire ou Collège général, où sera formé le clergé indigène des missions dont tous les deux sont chargés ; l'organisation d'une procure générale qui s'occupera de la destination des missionnaires et des ressources à leur envoyer. Sous l'inspiration de Lambert de La Motte, il songe à la fondation d'une Congrégation dont les membres feront des vœux, et précise les grandes lignes de ce Corps religieux qu'il compte faire approuver par Rome. L'examen auquel il se livre de l'état apostolique de l'Extrême-Orient lui ayant révélé que les vicaires apostoliques ont besoin, pour vaincre les redoutables oppositions qu'on leur suscite, de pouvoirs plus étendus que ceux dont ils jouissent, il reprend la route d'Europe.


    Il arrive à Rome en 1667, présente à la Propagande plusieurs mémoires dont le but est : 1° de montrer la nécessité de confirmer et d'amplifier les facultés qu'Alexandre VII avait accordées aux vicaires apostoliques, et d'étendre leur juridiction sur le royaume du Siam ; 2° de prouver l'importance d'établir des règles de discipline, afin de réformer ou de prévenir les abus auxquels le grand éloignement de Rome exposait les Eglises d'Extrême-Orient ; 3° d'obtenir l'approbation du livre des Monita, ainsi que la ratification des vœux et du projet de Congrégation.


    A la fin de cette même année, il vient en France, et présente à Louis XIV un mémoire pour la fondation de comptoirs français en Extrême-Orient ; et aux directeurs de la Compagnie Royale des Indes-Orientales, un autre rapport rédigé dans le même sens.
    En 1668, il retourne à Rome pour y faire approuver les statuts de la Congrégation apostolique, élaborés à Juthia ; ce dernier projet est combattu par les directeurs du Séminaire des M.-E. qui le jugent impraticable, et qui députent à Rome leur supérieur, Gazil, afin de faire triompher leur opinion. Chose étonnante et fort édifiante, les deux plaideurs donnent le spectacle de la plus entière intimité ; ils demeurent ensemble, sortent ensemble, se communiquent toutes leurs démarches et les résultats qu'elles obtiennent. Rome n'approuva pas les vœux tels qu'ils avaient été présentés, et l'idée de Congrégation tomba en même temps.


    En conséquence de cette décision, la Société des M.-E. est demeurée ce qu'elle était à ses origines : une association de prêtres séculiers réunis par la communauté du but unique pour lequel ils travaillent, c'est-à-dire l'évangélisation des pays infidèles. Il en est résulté également, que les prêtres envoyés par la Société dans les missions sont non des auxiliaires, mais des sujets entièrement à la disposition de la hiérarchie ecclésiastique, absolument entre les mains des évêques.
    Ce fut le seul refus que Pallu éprouva. Il se soumit avec la plus complète obéissance, écrivant à Lambert ces belles paroles : " J'aimerais mieux mourir que de m'écarter d'un iota des bornes qui nous ont été prescrites, quand ce ne serait que pour marquer le respect et l'obéissance que je dois et veux rendre toute ma vie au Saint-Siège. "
    Il obtint de Clément IX :
    1° La confirmation de la constitution Ex debito pastoralis d'Urbain VIII, par la bulle Sollicitudo pastoralis (Jus Pont. de Prop. Fid., i, p. 390), du 17 juin 1669 ;
    2° L'extension sur le Siam de la juridiction du vicaire apostolique de Nankin, futur successeur de Cotolendi, par le bref Cum sicut accepimus civitas (Id., i, p. 390), du 4 juillet 1669 ;
    3° Le pouvoir de dispenser de certains empêchements de mariage, par un décret du 23 janvier 1669 (Const. apost., 2e part., p. 38), et par la bulle Ut ven. fratres (Id., i, p. 394), du 11 juillet 1669 ;
    4° La dépendance des Réguliers missionnaires envers les vicaires apostoliques, par les bulles Speculatores domus Israel (Id., i, p. 399), 1669, et In Excelsâ (Id., i, p. 402), de la même date ;
    5° Et un certain nombre d'autres décrets (Const. apost., 3e part., pp. 7 et suiv.) 14 déc. 1668-13 août 1669.
    Ses ennemis, mécontents de tant de résultats, ne trouvèrent d'autre arme pour le combattre que de l'accuser de jansénisme ; il prouva si clairement que cette accusation était une calomnie qu'on n'osa pas la renouveler.
    En 1670, l'Assemblée du Clergé de France alloua à ses missions la somme de 3 000 livres.
    Cette même année, Pallu repartit de France pour l'Extrême-Orient, et pendant son voyage, envoya à Rome un missionnaire, Sevin, afin d'avoir par lui une correspondance régulière avec la Propagande. Arrivé à Juthia, de concert avec Lambert de La Motte, il choisit pour vicaire apostolique du Siam, Laneau, qui fut sacré évêque de Métellopolis le 25 mars 1674. Le 18 octobre 1673, il avait été avec Lambert de La Motte et Laneau, évêque élu, reçu en audience solennelle par le roi du Siam, Phra-Naraï, et lui avait présenté des lettres du Souverain Pontife Clément IX et du roi Louis XIV. Quelque temps après, il eut, ainsi que les deux autres évêques, des audiences particulières du roi, qui leur témoigna une grande bienveillance, et leur donna liberté de prêcher le catholicisme dans tout son royaume.
    En cette même année 1673, il écrivit aux directeurs du Séminaire des M.-E. qu'il conseillait souvent, une lettre indiquant les délimitations générales de leurs fonctions et de celles des vicaires apostoliques dans la Société. En 1674, il décida avec Lambert de La Motte et Laneau la création d'un Conseil composé de quatre procureurs, qui devaient être les agents des quatre missions alors confiées à la Société des M.-E. : Chine, Tonkin, Cochinchine et Siam. Ce Conseil transporté au Séminaire des M.-E. est une des bases constitutives de la Société.
    Pendant ces mêmes années, de nombreux brefs furent signés par le Souverain Pontife sur les demandes de l'évêque ; en voici l'énumération avec la date et l'objet :
    1° Creditæ Nobis (Const. apost., 1re part., p. 217), du 6 avril 1673, défendant d'imprimer des ouvrages sur les missions, sans l'autorisation de la Propagande ;
    2° Alias emanarunt (Jus Pont. de Prop. Fid., i, pp. 419, 447), du 23 oct. 1673, permettant aux vicaires apostoliques, selon le bref Injuncti Nobis d'Alexandre VII, d'ordonner des indigènes dans les missions, sans qu'ils possèdent de titre clérical et sachent le latin ;
    3° Cum per litteras (Id., i, p. 421), du 10 novembre 1673, blâmant les autorités ecclésiastiques de Goa des censures portées contre les vicaires apostoliques, et exemptant ceux-ci de la juridiction de l'archevêque et du chapitre de Goa ;
    4° Præcipua enimvero (Id., i, p. 422), du 10 novembre 1673, louant les catholiques du Tonkin et de la Cochinchine de leur obéissance aux vicaires apostoliques ;
    5° Sollicitudo pastoralis (Id., i, p. 423), du 22 décembre 1673, exemptant aussi les vicaires apostoliques de la juridiction de l'Inquisition de Goa ;
    6° Injuncti Nobis (Id., i, pp. 424, 444), du 23 décembre 1673, frappant d'excommunication ceux qui empêchent les missionnaires d'aller en mission, et confirmant les Constitutions qui permettent aux religieux de se rendre dans l'Inde sans passer par le Portugal ;
    Cinq autres suivirent datés du 23 décembre 1673 :
    7° Ad augendam (Id., i, p. 426), accordant une indulgence plénière aux fidèles qui visitent une église aux jours indiqués par les vicaires apostoliques ;
    8° Illius, qui Caritas (Id., i, pp. 427, 442), défendant aux évêques portugais, sous peine d'excommunication, de nommer des vicaires généraux, des vicaires forains, etc., dans les régions confiées aux vicaires apostoliques ;
    9° Romanus Pontifex (Id., i, p. 428), autorisant à célébrer en Chine la tête couverte, comme l'avait permis Paul V ;
    10° Decet romanum (Id., i, p. 433), confirmant les constitutions et les décrets précédents en faveur des vicaires apostoliques ;
    11° Alias emanarunt (Id., i, p. 447), prorogeant les pouvoirs des vicaires apostoliques pour l'ordination des prêtres indigènes ;
    Vinrent ensuite :
    12° Super cathedram (Id., i, p. 448), du 4 janvier 1674, nommant G. Lopez vicaire apostolique de Nankin ;
    13° Quoniam ea (Id., i, p. 449), du 7 juin 1674, ordonnant d'obéir aux vicaires apostoliques sous peine, pour les religieux, d'être privés de voix active et passive, et pour les autres, de censure à la volonté de la Propagande ;
    14° In apostolicæ (Id., i, p. 450), du 7 juin 1674, soustrayant les vicaires apostoliques à toute juridiction des Ordinaires ;
    15° Cum dudum (Id., i, p. 451), du 8 juin 1674, étendant la constitution d'Urbain VIII, Ex delicto, du 22 février 1633, à tous ceux qui empêchent l'exercice de la juridiction des vicaires apostoliques et de leurs missionnaires ;
    16° Christianæ religionis (Id., i, p. 451), du 16 juin 1674, ordonnant aux évêques portugais de l'Inde de ne pas empêcher l'exercice de la juridiction des vicaires apostoliques, mais de vivre en accord avec eux.


    Vers le milieu de l'année 1674, Pallu s'embarqua pour la Chine ; il fut jeté par la tempête sur les côtes de Manille, et arrêté par les Espagnols qui le traitèrent en ennemi et le ramenèrent en Europe, en le faisant passer par le Mexique. C'est ainsi qu'en se dirigeant toujours vers l'est, il est peut-être le premier voyageur ayant fait le tour du monde. Dès qu'il connut son arrestation, le gouvernement de Louis XIV demanda à la cour de Madrid sa libération qui fut rapidement obtenue. Le Souverain Pontife Innocent XI, qui s'était également entremis par la lettre Cum ad notitiam (Jus Pont. de Prop. Fid., vii, p. 62), du 28 novembre 1676, en remercia le roi d'Espagne par la lettre Venerabilis frater (Id., vii, p. 63), du 4 septembre 1677.
    En quittant Madrid en 1677, l'évêque gagna Rome. Il y présenta des mémoires encore plus nombreux que précédemment, y combattit le patronage portugais, et obtint des décrets pour l'organisation des Eglises d'Extrême-Orient. Ces décrets rendus de 1677 à 1681 concernent : le rappel de plusieurs religieux de la Compagnie de Jésus qui troublaient quelques-unes des missions des vicaires apostoliques ; l'extension sur le Japon de la juridiction du vicaire apostolique du Siam ; la nomination de vicaires apostoliques au Tonkin ; la création d'évêques annamites et chinois et leurs pouvoirs ; l'augmentation du nombre des vicaires apostoliques ; la nomination de deux administrateurs généraux des missions et leurs pouvoirs ; des indulgences, et autres concessions.
    A sa prière, le bref Sacrosancti apostolatus, (Jus Pont. de Prop. Fid., ii, p. 14), du 17 août 1678, constitua saint Joseph patron des Missions des M.-E.<<1. Par le décret Quemadmodum Deus (Acta Sanctæ Sedis, vi, p. 193), 8 déc. 1870, le patronage de saint Joseph a été étendu à l'Eglise universelle ; la lettre de la Propagande Sanctissimus Dominus (Id., vi, p. 194), de la même date, fit connaître ce décret à toutes les missions.>>.


    Une des demandes de Pallu, la plus difficile à régler, fut celle qui concernait le serment d'obéissance à prêter par les religieux aux vicaires apostoliques. Par le bref Cum hæc sancta (Jus Pont. de Prop. Fid., ii, p. 15), du 10 octobre 1678, qui rappelait les brefs Decet romanum et Illius, qui Caritas, du 23 décembre 1673, et Christianæ religionis, du 8 juin 1674, le Pape prescrivit ce serment et en donna la formule.
    En novembre 1679, Pallu fut déchargé de la direction du vicariat apostolique du Tonkin ; le 1er avril 1680, il fut nommé administrateur général des missions de Chine, et spécialement chargé des provinces de Kiang-si, Kouang-tong, Tche-kiang, Kouang-si, Se-tchoan, Hou-kouang, Kouy-tcheou, Yun-nan, des îles Formose et Haï-nan. En outre, le 15 avril 1680, il fut nommé vicaire apostolique du Fo-kien.
    Revenu à Paris cette même année, il y encourut la colère de Louis XIV, qui soutint les religieux, et particulièrement les Jésuites mécontents d'être obligés de prêter le serment d'obéissance aux vicaires apostoliques. Ce trouble s'apaisa par la déclaration de Pallu que le serment serait prêté avec l'autorisation royale. L'évêque obtint ensuite du souverain que les missionnaires nommés notaires apostoliques auraient aussi le titre et les pouvoirs de notaires royaux. Il s'occupa de nouveau de questions qui intéressaient la politique coloniale, et même la politique européenne, puisque, dans l'espoir de voir les ouvriers évangéliques pénétrer plus facilement en Chine par la Russie dont il prévoyait les conquêtes, que par l'Indo-Chine, il engagea nos ministres à conclure une alliance avec le tsar.
    Il repartit pour le Siam en 1681, emportant des secours en argent, et emmenant des missionnaires qui s'embarquèrent à Port-Louis sur le Président et sur le Blancpignon. Pendant son voyage, il rédigea un mémoire " afin de prouver la fausseté de quelques accusations d'imprudence et de manque de désintéressement portées contre les missionnaires des M.-E. " et des avis pour le missionnaire Gayme, que le roi du Siam envoyait en France avec une ambassade.
    Du Siam, il partit en 1683 pour la Chine, fut arrêté en mer par les défenseurs des Ming, et resta prisonnier à Formose pendant plusieurs mois. Enfin, le 27 janvier 1684, il arriva en Chine, se fixa à Tchang-tcheou dans le Fo-kien avec un missionnaire, Ch. Maigrot, et adressa une lettre à tous les missionnaires séculiers et réguliers, pour leur notifier son arrivée, et les pouvoirs d'administrateur général qu'il avait reçus par le bref Onerosæ pastoralis du 15 avril 1680 ; pour les prier de prêter le serment d'obéissance ordonné par Innocent XI, et pour promulguer les décrets qui concernaient l'administration des sacrements.
    A peine avait-il accompli ce premier acte de juridiction, qu'il ressentit les atteintes de la maladie dont il devait mourir ; il se retira à Mo-yang avec Maigrot, auquel il donna, le 23 et le 24 juillet 1684, des pouvoirs de provicaire et d'administrateur. Sentant sa fin prochaine, il écrivit à Louis XIV pour lui recommander les missions ; aux directeurs de la Compagnie des Indes-Orientales, pour leur indiquer les points où il serait bon d'établir des comptoirs sur les côtes de Chine ; au second administrateur général des missions, Laneau, pour lui donner des avis sur le gouvernement des missions. Aux directeurs du Séminaire des M.-E., il envoya des conseils pour la conservation et le bon fonctionnement de la Société, leur recommandant surtout " l'union entre eux et les vicaires et missionnaires apostoliques. Tant que la charité sera dans les Missions, tout ira bien ; ce sera le principal objet de mes prières et de mes vœux, quand je serai devant Notre-Seigneur. " Cette charité que Pallu recommandait en mourant à ses collaborateurs, la Société des M.-E. en a fait comme sa vertu caractéristique, et son Règlement général (ch. I, § 5) n'est que l'écho des paroles de son fondateur : " Tous ses membres doivent être unis par les liens d'une charité si parfaite qu'ils n'aient qu'un cœur et qu'une âme, et qu'on puisse à cette marque les reconnaître pour les successeurs de ceux à qui il a été dit : In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem. "
    Fr. Pallu mourut " d'un catarre qui l'a suffoqué ", le 29 octobre 1684, à Mo-yang, préfecture de Fou-ning, province du Fo-kien ! Il fut enterré près du village, dans un endroit connu des chrétiens sous le nom de la Sainte-Montagne, où ses restes reposèrent jusqu'en 1912.
    En cette année, au mois d'août, ils ont été, avec l'autorisation du Séminaire des M.-E. et du vicaire apostolique du Fo-kien, Mgr Aguirre, transférés par un missionnaire délégué pour ce pieux devoir, M. Guéneau, dans la maison de retraite spirituelle appelée Nazareth, que la Société des M.-E. possède à Hong-kong (Tombeau, inscription chinoise, coffret renfermant les ossements, grav., A. M.-E., 1913, pp. 1, 2).
    L'Histoire générale de la Société des M.-E., i, p. 306, a résumé dans les lignes suivantes l'action de Fr. Pallu et de Lambert de la Motte : A leur mort, la Société des M.-E., commencée avec eux et par eux, était formée par la réunion de cinq corps particuliers : les quatre missions Siam, Cochinchine, Tonkin, une partie de la Chine, et le Séminaire de Paris légalement associé aux Missions par les Lettres patentes ; elle avait réussi, en 26 ans, à faire créer six Vicariats apostoliques ; à faire sacrer huit évêques dans des contrées où en 1658 on n'en comptait pas un seul ; à établir un Séminaire général à Siam, un séminaire particulier au Tonkin ; à instituer un clergé indigène ; à discipliner des catéchistes ; à former des religieuses ; à baptiser plus de 60 000 infidèles ; elle avait donné le premier coup à cette formidable forteresse du patronage portugais, qui compromettait le salut des âmes et assujettissait le Saint-Siège à une si pénible contrainte. En dehors de l'Extrême-Orient, le centre de son action, elle soutenait le séminaire de Québec et envoyait des prêtres dans la Perse. Mais son œuvre principale, celle qui domine toutes les autres, est d'avoir appliqué et fait triompher dans les Missions le principe fécond de l'organisation et de la constitution des Eglises par les prêtres indigènes et par les évêques.
    " Depuis cette époque, l'apostolat, dans sa marche progressive, a suivi ce même plan avec une rigoureuse fidélité et un succès croissant, non seulement en Asie, mais encore en Afrique, en Amérique et en Océanie ; partout où il porte ses pas, partout il adopte cette organisation, telle que les Apôtres l'établirent, telle que Rome la voulut toujours. "
    Armes. - D'argent au palmier de sinople sur une terrasse du même, accosté de 2 mouchetures d'hermine de sable.
    Bibliographie. - Relation abrégée des missions et des voyages des evesques françois, envoyez aux Royaumes de la Chine, Cochinchine, Tonkin et Siam. Par Messire François Pallu evesque d'Héliopolis. - Chez Denys Bechet, rue Saint-Jacques, au Compas d'Or et à l'Escu au Soleil, à Paris, mdclxviii, avec priv. du Roy, et app., in-12, pp. 148, sans l'ép., le priv. et l'app.
    Id., 2e édit. - Chez Charles Angot, rue Saint-Jacques, au Lyon d'Or, à Paris, mdclxxxii, in-8, pp. 51.
    Traduction de cet ouvrage :
    Breve e compendiosa Relazione de viaggi di tre Vescovi Francesi, che dalla S. Mem. di Papa Alessandro VII furono mandati Vicarii apostolici a i Regni della Cina, Cocincina, e Tonchino, con il racconto di quanto hanno operato per lo stabilimento delle loro Missioni. Tradotta dalla francese in lingua italiana, e dedicata alla gloriosa memoria dell' eccellentiss Prencipe Tomasso Rospigliosi, nipote della Santita di N. S. PP. Clemente IX. - In Roma, per Fabio di Falco, 1669, in-8, pp. 170.
    Id., 2e édit. - Anzi, il Genio vagante, Parma, 1693.
    Mémoire sur l'état présent des missions et des evesques français, vicaires apostoliques dans la Chine et dans les autres royaumes de l'Orient. - In-4. (pièce s. l. n. d.) [Bibliot. nat., O2 n. 368].
    Etat sommaire des missions de la Chine et l'envoy de trois evesques dans les nouvelles églises de cet empire. - In-4, pp. 15 (s. l. n. d.).
    Lettres de Mgr Pallu, vicaire apostolique du Tonkin, chargé de l'administration spirituelle du Laos et des provinces de Chine : Yun-nan, Kouy-tcheou, Hou-kouang, Su-tchuen, Kouang-si, de 1658 à 1680, vicaire apostolique du Fo-kien, administrateur général des missions de Chine de 1680 à 1684, principal fondateur de la Société des M.-E. Annotées par Adrien Launay, de la même Société. - Imprimerie L. Coquemard et Cie, Angoulême, 2 vol. in-8, pp. iii-430, 430.
    [La Préface de l'ouvrage est datée du 17 novembre 1904.]
    L'ouvrage suivant a été composé en collaboration avec Mgr Lambert de La Motte et plusieurs missionnaires, revu et corrigé par la Propagande :
    Instructiones ad munera apostolica rite obeunda, perutiles missionibus Chinæ, Tunchini, Cochinchinæ, atque Siami, accomodatæ a missionariis Congregationis de Propaganda Fide, Juthiæ regia Siami congregatis anno Domini 1665, concinnatæ, dicatæ Summo Pontifici Clementi IX. - Romæ, per Zachariam Dominicum Acsamitek à Kronenfeld Boëmum Pragensem, Linguarum Orientalium Typographum, anno 1669, in-8, pp. 260, sans l'ép. de Mgr Pallu et de Mgr Lambert de La Motte au Pape.
    Pour les autres éditions, voir lambert de la motte.
    Notes bio-bibliographiques. - N. L. E., vi, pp. 74 et suiv., 85 ; viii, p. 382. - A. P. F., ii, 1826-27, p. 155 ; v, 1831-32, p. 674 ; xx, 1848, p. 400. - M. C., iv, 1871-72, Fonde un collège au Siam, p. 435 ; Ib., Sa réception par le roi du Siam, pp. 617, 677 ; vii, 1875, Sa mort, p. 532 ; xv, 1883, p. 197. - B. O. P., 1891, p. 366 ; 1892, pp. 473, 522, 533, 538, 617 et suiv. ; 1893, pp. 753 et suiv. - A. M.-E., 1898, pp. 97 et suiv. ; 1913, Translation de ses restes, pp. 1 et suiv.
    Relat. du voy. de Mgr de Béryte, pp. 13 et suiv. 204, 218, 224 et suiv. - Relat. des miss. des evesq. franç., pp. 8, 19 et suiv., 36 et suiv., 52 et suiv., 69, 121, 194.
    Relat. des miss. et des voy. 1672-1675, pp. 44, 62, et suiv., 76, 90 et suiv., 105, 108, 113, 121, 173, 193, 218 et suiv., 234 et suiv., 246 et suiv., 273, 296, 318 et suiv., 348 et suiv., 359, 385, 387 et suiv. - Relat. des miss. et des voy. 1676-1677, pp. 105 et suiv., 121, 190, 223 et suiv.
    Ann. Cong. M.-E., pp. 90, 123, 195, 257. - Rev. Indoch., xvi, 1913, n° de juill., pp. 67 et suiv. - Rev. de l'Extr.-Or., ii, pp. 442 et suiv.
    Jus Pont. de Prop. Fid. - Const. apost. [Les pièces concernant Fr. Pallu et contenues dans ces recueils sont indiquées ci-dessus, dans la notice biographique].
    Docum. hist., i, Tab. alph. - Anecd. sur l'ét. de la Rel., vii, Actes des Congrégations tenues à Rome au sujet des Missions orientales, du 6 déc. 1677 au 9 déc. 1686, pp. 1-273.
    La mor. prat. des Jés., ii, pp. 367, 374 et suiv. ; Ib., Traduction d'une partie des Monita, p. 397. - Suite de l'hist. des diff. ent. les Jés. [vi, de La morale pratique des Jésuites], pp. 44, 47, 210 ; Ib., Plusieurs mémoriaux importants de Mgr Pallu, pp. 344 à 419. - Nouv. Mém., ii, pp. 203, 204. - Rép. de MM. des M.-E. à la prat., pp. 241, 245 et suiv., 260.
    Lettre de M. Maigrot, docteur de Sorbonne, à M. de Métellopolis, vicaire apostolique de Siam, sur le voyage et l'entrée de M. l'évêque d'Héliopolis en Chine.
    Hist. de l'ét. du Christ., i, pp. 16 et suiv., 23, 36 et suiv., 96, 105, 106 et suiv., 117, 132, 173 et suiv., 180, 181, 236, 259 et suiv., 267, 296 ; ii, pp. 21, 117, 125 et suiv., 141, 151 et suiv., 168, 174 et suiv., 192 et suiv., 203 et suiv., 212 et suiv., 251, 272 et suiv., 302.
    Resena Biog., ii, pp. 310, 350. - Corresp. de Tronson, i, p. 487 ; ii, p. 224 ; iii, pp. 86, 93, 100, 233, 282. - Mém. du P. Rapin, iii, pp. 464, 465, 470. - Journ. du voy. de Siam, pp. 165, 173 et suiv., 218, 262 et suiv., 313 et suiv. - La gloire de Louis-le-Grand, pp. 90, 106. - Vie de M. Olier, ii, pp. 219, 409, 410. - Vie de Mad. de Miramion, pp. 162, 167, 271, 273, 274. - Le P. J. Eudes, p. 617. - Vie de Mgr de Laval, ii, p. 574. - Port-Royal, i, p. 535. - Le couv. de Sainte-Sabine, p. 515.
    Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. - Hist. gén. miss. cath., ii, 2e part., pp. 396, 398 et suiv., 406. - Lett. à l'év. de Langres, pp. 11 et suiv., 37 et suiv., 42, 44, 48, 55 et suiv., 72 et suiv., 83 et suiv., 92, 143, 181 et suiv., 237, 253 et suiv., 279, 490. - Descrip. du roy. Thai, ii, pp. 103, 116, 121 et suiv., 138, 143 et suiv., 159, 167. - Hist. univ. de l'Egl. cath., xiii, pp. 834, 837 ; xiv, pp. 268, 271, 344, 797. - La Franc. pont., ii, p. 675. - Œuv. de Fénelon, ii, p. 380. - Gallia christ., vii, p. 1029.
    Collect., 1659 : nos 97, 123, 200, 228, 233, 235, 243, 278 ; 9 sept. 1659 : n° 1168 ; 26 fév. 1660 : n° 696 ; 13 mars 1665 : n° 1170 ; 23 janv. 1669 : n° 1340 ; 9 fév. 1669 : n° 273 ; 22 mars 1669 : n° 17 ; 13 août 1669 : nos 19, 661 ; 1669 : n° 175 ; 7 juill. 1670 : n° 1525 ; 7 août 1678 : nos 280, 1184.
    Biographie. - Essais biographiques sur François Pallu, évêque d'Héliopolis et vicaire apostolique au Tong-king au XVIIe siècle, par M. Pallu, vice-président du tribunal de première instance du Mans, membre titulaire de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts et de celle des Antiquaires de l'Ouest. - Monnoyer frères, imprimeurs-libraires, Le Mans, 1863, in-8 [Extrait du Bull. de Soc. d'Agric., Scienc. et Arts du Mans, 1863].
    Portrait. - Peint à l'huile, et reproduction au crayon et au fusain sont au Séminaire des M.-E. - Gravure, F. de la Mare Richard, Reg. accad. pictor ; P. Simon, sculpsit. - A. P. F., lxxvi, 1904, p. 327. - M. C., xv, 1883, p. 198. - A. M.-E., 1898, p. 98. - Hist. gén. des miss. cath., ii, 2e part., p. 397.


    "

    • Numéro : 12
    • Pays : Vietnam
    • Année : None