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Louis NÉEZ (1680-1764)

[130]. NÉEZ, Louis, vicaire apostolique du Tonkin occidental. Dans les actes religieux et civils, son nom est écrit Nez, Néez, Nélz ; mais toutes ses lettres sont signées Néez. Il naquit le 11 février 1680 dans la paroisse Sainte-Madeleine, à Verneuil (Eure). Cette commune, alors, de même qu'aujourd'hui, appartenait au diocèse d'Evreux et non de Bayeux, comme le porte par erreur la première partie du Mémorial. Son père était échevin de Verneuil, et un de ses frères, abbé commendataire de l'abbaye royale de La Valette.
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    [130]. NÉEZ Louis (1680-1764) naquit à Verneuil (Eure), le 11 février 1680. Il resta plusieurs années au Séminaire des M.-E. avant de partir pour les missions en 1712. Ne pouvant aller au Se-tchoan, où sévissait la persécution religieuse, il se rendit au Tonkin, où il arriva en septembre 1715. En 1719, il devint professeur au séminaire de Ke-vinh et procureur de la mission. La persécution de 1720 et de 1721 l’obligea, à plusieurs reprises, à prendre la fuite. Il devint supérieur de la mission le 17 novembre 1723, à la mort de Mgr Guisain.  Il visita plusieurs fois le Thanh-hoa et le Nghe-an. En septembre 1738, il fut nommé évêque de Céomanie, vicaire apostolique du Tonkin occidental. En 1746, il prit pour coadjuteur Deveaux ; celui-ci étant mort en 1756, il en eut un second, Bennetat, décédé avant d’arriver au Tonkin ; un troisième, Reydellet, fut sacré en 1765. Après avoir travaillé ainsi pendant plus d’un demi-siècle à étendre le règne de Dieu, il mourut le 19 octobre 1764 à Trai-nhoi, province de Hanam.

     

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    Note Père André Marillier :

    Louis Néez, né le 11 février 1680 ("J'ai été baptisé l'onzième février 1680", Néez 9.6.1751, 688 f227) à Verneuil en Normandie, maître-es-arts de l'université de Paris ("in alma facultate parisiensi artium magister" : serment, 1717, 685 f325), passe plusieurs années au séminaire des missions étrangères et fait un voyage à Rome avec Mgr de Lionne, évêque de Rosalie (Néez 22.8.1746, 687 f521; cf 689 f630). Il part de La Rochelle comme missionnaire apostolique le 1er décembre 1712 (mémorial). Il arrive au Tonkin sur un vaisseau anglais à la fin de 1715 (récit de son voyage comme matelot et des péripéties de son arrivée au Tonkin : Néez 23.10.1715, 655 f9-15). Son nom tonkinois sera Luy (journal 1742, 687 f263).

     

    "M.Néez du moment qu'il est entré dans le Tonquin a eu des peines intérieures si grandes que feu Mgr de Basilée et moi avons appréhendé qu'il n'en perdît l'esprit. Il est ombrageux et soupçonneux au dernier point à l'égard des Tonquinois. Toutes les incommodités qui lui viennent grandes et petites, il les attribue à des drogues qu'il croit que ses gens mettent dans son boire et dans son manger. Ses soupçons sur ce point vont à l'excès. Il les soupçonne encore de parler entre eux continuellement de lui, etc." (Guisain 15.11.1720, 685 f495). Mais deux ans plus tard : "Ses peines d'esprit... sont beaucoup diminuées. Je lui ai donné de l'occupation, l'ayant fait mon provicaire et procureur de notre mission. Depuis ce temps-là il se porte beaucoup mieux...  La grande persécution qui est venue et qui lui a donné de l'exercice aura peut-être achevé de le guérir et de lui faire passer toutes ses idées qui le rendent chagrin et mélancolique" (Guisain 17.11.1722, 685 f574-575). Mgr de Sestri témoigne à son sujet le 26 décembre 1723 (685 f609d).

     

    Après la mort de Mgr Guisain en 1723, seize années s'écoulent avant que Rome nomme un nouveau vicaire apostolique. Les missionnaires français ont été accusés de rigorisme auprès du Saint-Siège par des religieux du Tonkin.  M.Néez et ses confrères exposent à la sacrée congrégation leurs pratiques pastorales en matière de prêt à intérêt, de mariage avec dispense de disparité de culte, de pénitence publique imposée aux apostats, et affirment leur entière soumission aux enseignements de l'Eglise, en particulier à la constitution Unigenitus (23.5.1731, 686 f424-428). En annonçant à MM.Néez et Cordier le 21 juin 1733 qu'il a été nommé visiteur et commissaire apostolique du vicariat occidental, le père Hilaire, augustin déchaussé, leur confirme que la nomination d'un visiteur est due au fait qu'on les a accusés à Rome (journal, 686 f584). Après son élévation tardive à l'épiscopat et sa nomination à la tête du vicariat occidental, à la fin de 1739, Louis Néez affirme qu'il a supporté les soupçons de Rome à son égard avec une sérénité confiante (10.12.1739, 687 f95-96). Mais il n'oubliera pas ce temps où "certains religieux (le) représentaient personnellement à Rome et ailleurs avec des couleurs fort noires" (Néez 28.5.1749 aux directeurs, 687 f680).

     

    Evêque à près de soixante ans, il  reste à la tête du vicariat occidental pendant vingt-cinq ans, caché dans la province du midi et dans celle de Thanh-hoa, faisant parfois un voyage dans le Nghê-an. Il entretient des correspondances fréquentes et  amicales avec Mgr Hilaire, vicaire apostolique du Tonkin oriental, avec le supérieur des jésuites, le père de Chaves, avec un domi-nicain prisonnier pour la foi et bientôt martyr, Gil de Federich. Mgr Néez s'applique à brosser le portrait de ses prêtres après leur mort  (il  fera un jour un recueil de ses notices nécrologiques sous le titre : Récit abrégé de l'origine et du progrès du clergé séculier tonquinois : 670 f1-153) et aussi bien celui du vieux domestique Thomas Chú gián (journal 1751, 688 f278-19).

     

    Le refus des jésuites d'accepter une définition des districts empoisonne les relations et absorbe une grande partie de ses forces : "Je suis accablé de procès que les jésuites font à tort et à travers à notre pauvre clergé du pays et que je suis obligé d'examiner et de juger. Ils appelleront sans doute de mes sentences et il faudra poursuivre l'appel, autre misère" (Néez 1.6.1749, 687 f684). Après l'échec du synode de 1753, les choses s'enveniment au point qu'en 1759 le père Paul de Campos, supérieur des jésuites, publie que "l'évêque Louis", Mgr Néez, est suspendu de sa charge et de ses pouvoirs. Un délégué apostolique venu de Chine impose silence aux religieux et Mgr Néez "pauvre vieux qui peu à peu devient sourd et aveugle", reçoit un bref de consolation du pape Clément XIII (Néez 25.4.1762, 690 f19,20).

     

    En février 1763, une attaque d'hémiplégie l'oblige à rester alité dans sa résidence de Kê vïnh. "Mgr de Céomanie quoique chargé d'années et d'infirmités est toujours d'une gaieté admirable et dans une parfaite connaissance. Comme la paralysie de sa grandeur n'empêche point qu'elle ne puisse encore se tenir assise, nos écoliers* ont fait une espèce de chaise à porteurs pour porter sa grandeur promener dans le jardin prendre un peu l'air de temps en temps" (Bricart 25.5.1764, 690 f355). Il meurt dans sa quatre-vingt-cinquième année, le 19 octobre 1764 (Reydellet 26.4.1765, 690 f368).

    Il est enterré dans l’ancienne église de  Trai-nhoi (act. paroisse de Tiêu-viên).

    Le 11/10/1996, les jeunes de la paroisse ont retrouvé , à 3 mètres de profondeur,  sur le site de l’ancienne église, le cercueil de Mgr Néez. Ses restes ont été ensuite ensevelis selon les coutumes traditionnelles sous l’hôtel de la nouvelle église, en présence de Mgr Le dac Trong, et du P. Trân ngôc Cuong, curé de la paroisse.

    • Numéro : 130
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1712