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Yvan Charles MAURIS-DEMOURIOUX

MAURIS DÉMOURIOUX Yvan (1920-1985) [3791] MAURIS DÉMOURIOUX Yvan, est né le 4 mai 1920 à Mariguier, dans le diocèse d'Annecy (Haute Savoie). Son prénom, insolite à l'époque, fait penser à la Russie. De fait, sa grand-mère maternelle était russe. Le caractère d'Yvan en était marqué; ses sautes d'humeur était connues... et sa belle et puissante voix de basse.
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    [3791]  MAURIS DÉMOURIOUX Yvan, est né le 4 mai 1920 à Mariguier, dans le diocèse d'Annecy (Haute Savoie). Son prénom, insolite à l'époque, fait penser à la Russie. Le caractère d'Yvan en était marqué; ses sautes d'humeur était connues... et sa belle et puissante voix de basse.

     

    Après l'école primaire, il entre au Petit Séminaire de Thonon-les-Bains. À l'automne 1940, il est au Grand Séminaire d'Annecy et en 1941, il fait son "service" aux chantiers de jeunesse à Villaret de Lans. De retour au Grand Séminaire, il adresse sa demande d'admission aux Missions Étrangères, le 23 juin 1943. Il a 23 ans et il est "requis" pour le fameux STO en Allemagne. Mais Yvan ne veut pas partir. Avec quelques jeunes de sa région, il prend le maquis dans un groupe de FTP, d'obédience communiste. Étant responsable d'un groupe, il sut imposer ses vues à ses hommes. Il ne parlait guère de cette période passée dans la résistance armée. Il s'était rendu compte des avantages politiques au plan national que certains avaient retirer de quelques "coups" accomplis par les FTP. De plus, par pudeur, il se taisait devant ceux qui avaient fait la guerre depuis 1939, sur les différents champs de bataille en Afrique et en Europe dans des circonstances autrement difficiles et meurtrières que les quelques combats menés dans la région. En novembre 1944, il est au Séminaire de la rue du Bac. Le 29 juin 1947, il est ordonné prêtre et reçoit sa destination pour Hanoï, où il arrive début janvier 1948.

     

    Depuis 1945, l'Indochine est en guerre. Le parti communiste indochinois téléguidé par Moscou a pris en main les aspirations à l'indépendance des peuples indochinois. En septembre 1945, il a déclenché la guerre de libération. Si, à partir d'avril 1946, les grandes villes sont de nouveau sous administration française, tout le pays est contrôlé, au moins de nuit, par les éléments armés de rébellion. C'est dans cette situation plutôt confuse, que le Père Démourioux trouve Hanoï, où les missionnaires se sont remis au travail tant bien que mal.

     

    Yvan se met à l'étude de la langue chez les orphelins que le Père Seitz a regroupés. Il pouvait ainsi unir théorie et pratique. C'était une joie pour les enfants de "former" le nouveau missionnaire et les fautes de prononciations les amusaient. Mais il fallait à Yvan des horizons plus vastes. La paix semblant revenir peu à peu dans la moyenne région, le Père Vacher repart à Vu Ban, poste qu'il avait créé et abandonné en 1945. Le Père Démourioux l'accompagne. Ils s'installent à Long-Chieng, à 8 km de Vu Ban et passent la nuit au poste militaire qui y est installé. C'est une situation délicate : ministère sous la protection des soldats. Le Père Démourioux se plaisait dans cette région montagneuse. Il aurait aimé y demeurer. Mais après le désastre de la RC6 (octobre 1950), le commandement militaire décide de resserrer son dispositif, car il a à faire face désormais à des unités organisées et armées par la Chine communiste. Le secteur de Vu Ban, pays muong, dut être abandonné. Une nouvelle fois, le Père Vacher doit laisser les ruines qu'il commençait à relever. Le Père Démourioux fut, lui aussi, prié de partir. Il refusa. Générosité, courage, mais devant le danger de nouvelles troupes communistes, il se décida à partir avec les paroissiens qui le désiraient.

     

    Il redevint "chef de maquis" avec une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants, et quelques fusils. Il part en direction du delta tonkinois. Nouveau Moïse, il emmène sa troupe jusqu'à Yeu-Khiêm, dont l'église et le presbytère avaient été détruits en 1945. Yeu-Khiêm est à une trentaine de kilomètres de Hanoï. On s'installe tant bien que mal. Le Père se donne à fond à ses fidèles qui n'ont rien. Pour ses déplacements, il est accompagné de quelques partisans auxquels il avait inculqué audace et témérité. Il reste dans cette situation délicate et pénible, de décembre 1950 à janvier 1952. À cette date, il reçoit le renfort du Père Bourgeaux, septuagénaire encore vaillant, savoyard comme lui. Tous deux continuent à relever les ruines et en décembre 1953, la bénédiction de la nouvelle église est un couronnement. Mais le Père Yvan a présumé de ses forces : en 1954, au mois d'avril, il doit rentrer en France pour se soigner.

     

    Une fois rétabli, le Père Démourioux ne peut envisager un retour dans la mission de Hanoï. Les accords de Génève (juillet 1954) entre la France et le régime communiste avaient partagé le Viêt Nam en deux. Le nord Viêt Nam et la partie nord de l'ex-annam passaient sous le régime communiste et devenaient République Démocratique et Populaire. Le sud devenait État du Viêt Nam sous l'autorité de l'Empereur Bao Dai. Le Père Yvan demanda à travailler dans une équipe de la Mission de France, à Avallon d'abord, puis à Vierzon. Il était heureux de son ministère, mais n'oubliait pas le Viêt Nam. Devant l'afflux des catholiques du nord qui fuyaient le régime communiste et qui étaient "installés" sur les Hauts Plateaux dans le territoire du diocèse de Kontum, Mgr. Seitz, évêque du diocèse, propose à Yvan de revenir travailler auprès de ces chrétiens dont il connaissait la langue et les mentalités. En juin 1957, il était de retour.

     

    Il accepta de prendre en charge la paroisse d'An-Khé, près de Qui-Nhon. Le nombre des paroissiens à cause de l'exode, était passé de 300 à près de 3000 fidèles.

     

    Comme dans le passé au Tonkin, le Père Yvan se donna à fond à sa nouvelle tâche. Il fit construire une grande église sobre et simple. Pour la scolarité des enfants, c'est un collège qu'il créa. En 1968, il prit un congé en France. Mais à son retour, il fut pressenti pour un autre poste, ce qui provoqua une réaction de mécontentement chez les paroissiens d'An-Khé. Réaction dont tint compte Mgr. Seitz qui laissa le Père Yvan à An-Khé. Il y restera jusqu'en 1975, date de l'invasion du sud par l'armée communiste du nord. Pour le Père Yvan, comme pour tous ses confrères MEP encore en service, il fallait tourner la page. Une deuxième fois, le Père Démourioux quittait le Viêt Nam où il avait "missionné" près de 25 ans dans des circonstances plutôt rudes et difficiles.

     

    Remis "extérieurement" du choc du retour forcé, le Père Yvan se met au service du diocèse d'Annecy, son diocèse. L'adaptation ne fut pas facile. "On ne transplante pas les vieux arbres"... Il demeurait avec ses chrétiens d'An-Khé et ne pouvait s'empêcher de penser aux souffrances qu'ils enduraient sous le nouveau régime. Épreuves que ne pouvaient comprendre ceux qui étaient douillettement installés en France, pour qui le Viêt Nam était le bout du monde et dont certains, y compris dans le clergé, se réjouissaient de la victoire de la liberté et de la démocratie ! Mais il est vrai que la classe intellectuelle était en grande partie hypnotisée et manipulée par le communisme.

     

    En février 1982, le Père Yvan devient aumônier d'un centre sanitaire dans le diocèse de Verdun. Il y trouve un groupe de jeunes viêtnamiens réfugiés et sans famille. Leur joie fut grande de rencontrer le Père qui parlait leur langue, qui avait vécu de longues années dans "leur" pays. Par sa simplicité, sa disponibilité, le Père Yvan gagna la sympathie de toute la maison. Comme au Viêt Nam, il ne se ménage pas et quand, très fatigué, il consulte la Faculté, il est trop tard. L'opération pour enlever une tumeur au gros intestin fait découvrir d'autres méchancetés. C'était le 1er juillet 1985. Le Père Yvan qui était une "force", s'incline. Il expire dans la soirée.

     

    La sépulture eut lieu dans la chapelle du centre sous la présidence de Mgr. Boillou, évêque de Verdun. Sept confrères MEP, des prêtres du diocèse et le personnel du centre participaient à la cérémonie. Des membres de sa famille, dont un de ses frères, étaient aussi présents.

     

    On serait tenté de dire que le Père Yvan était un excessif. Il était parfois exubérant et parfois taciturne, mais il était homme de coeur et dévouement. Il était chef et voulait être obéi. La désobéissance déclenchait chez lui des orages; mais ses paroissiens le connaissaient. En bons asiatiques, ils laissaient passer les orages, bien convaincus qu'il n'en resterait rien.

     

     

     

    Références bibliographiques

     

    CR 1947 p. 128. 1950 p. 66. 1951 p. 34. 35. 1952 p. 31. 1957 p. 51. 1962 p. 62. 1964 p. 39. 1965 p. 71. 72. 1966 p. 82. 86. 1967 p. 63. 65. 1969 p. 73.

    BME 1948 p. 242. 1949 p. 242. 593. photo p. 440. 1950 p. 394. 1951 p. 58. 59. 422. 698. 1952 p. 34. 116. 333. 688. 1953 p. 291. 896. 1954 p. 165. 356. 574. 1956 p. 1006. 1957 p. 382. 634. 1959 p. 80. EPI 1966 p. 134. HIR n° 125. 126. 134/3. 155. 167. 169/4. 5.

    EC1 N° 435. 455. 459. 557. 605. 614. 775. 779. NS 2P34. 9P273. 26P22. 38P45. 44P238. 244. 50P74. 57P304. 83P76. 85P131. 132. 86/C2. p. 175. 199/C3.

     

    • Numéro : 3791
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1947