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Emile Joseph Marie MAUGET

MAUGET Émile ((1914-1998) JAPON [3650]. Émile Joseph-Marie MAUGET est né le 5 juin 1914, et fut baptisé à la paroisse Saint Martin de Beaupréau (Maine-et- Loire), dans le diocèse d'Angers. Issu d'une famille où la foi était au centre de la vie quotidienne, il eut deux frères prêtres, dont l'un parti comme Fidei Donum en mission. Après des études primaires et secondaires à Beaupreau, il entre aux Missions Étrangères le 13 septembre 1933.
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    MAUGET Émile ((1914-1998)
    JAPON
    [3650]. Émile Joseph-Marie MAUGET est né le 5 juin 1914, et fut baptisé à la paroisse Saint Martin de Beaupréau (Maine-et- Loire), dans le diocèse d'Angers. Issu d'une famille où la foi était au centre de la vie quotidienne, il eut deux frères prêtres, dont l'un parti comme Fidei Donum en mission. Après des études primaires et secondaires à Beaupreau, il entre aux Missions Étrangères le 13 septembre 1933.
    Comme il fut ordonné prêtre le 20 décembre 1941, son départ en mission fut retardé par la Guerre. Il commença par exercer un ministère pastoral en Anjou. Il put partir en 1946 vers SaIigon par la filière des \Aumôniers militaires". C'est en 1948 qu'il fut affecté au diocèse de Fukuoka, vers lequel il s'embarqua le 15 décembre 1948.Après une étude assez rapide de la langue japonaise, il fait ses premières armes de missionnaire, auprès du P. Drouet, pendant quelques mois en 1950, à la paroisse de Jinyama, (aujourd'hui Kurosaki), dans le Nord-Kyushu. En octobre de la même année, nommé curé de la paroisse de Moji (actuellement Mojiko). Il y restera 22 ans.
    Le dimanche 28 juin 1953, à la suite de fortes pluies, au cours d'une séance de catéchèse, après la messe, un violent glissement de terrain emporte presbytère et l'éboulement de la montagne défonce un côté de l'église. Le curé, quelques catéchumènes et chrétiens en sortent indemnes après s'être réfugiés sous le porche de l'église, tour bâtie en ciment armé et seul lieu de l'ensemble construit sur le roc. À la suite de cette catastrophe, pendant quelques mois, la messe dominicale fut célébrée chez un chrétien.
    Un nouveau terrain fut acquis à Dairi et un bâtiment neuf y fut construit, comprenant presbytère au rez-de-chaussée et église à l'étage. Sur le même terrain, un autre bâtiment modeste sert d'école de couture, et bientôt deviendra la première salle d'un jardin d'enfants, qui, chaque année, ira en s'agrandissant. Le Père se donnera passionnément à l'éducation des enfants, recherchant aussi le contact avec les parents non-chrétiens du jardin d'enfants.
    Avec les confrères du district du Nord-Kyushu, son caractère ne facilite pas toujours des communications iréniques, sa psychologie ayant sans doute été ébranlée par son séjour précédent au Vietnam. Une saine émulation le poussait parfois à comparer son jardin d'enfants à celui des autres confrères . Plus tard, il considérera cela comme une marque d'orgueil pastoral. En mai 1960, il part en congé en France et en profitera pour faire des quêtes afin de construire une nouvelle église, indépendante et plus spacieuse. Elle sera inaugurée quelques mois après son retour.
    Son zèle missionnaire se marque auprès des catéchumènes; et déjà il aime visiter les malades et les personnes âgées. Mais une épreuve inattendue vient marquer un tournant dans sa vie. Un jour, en conduisant lautocar qui fait le ramassage scolaire, et dans la cour même de son jardin denfants, en faisant marche arrière il écrase, bien involontairement, un petit qui jouait à proximité. Prostré par terre, en pleurant, il présente ses excuses aux parents de lenfant défunt et, devant le cercueil, il sagenouille à nouveau pour saccuser de sa faute.
    Cétait en 1971. Il avoua lui-même quà travers cette terrible épreuve il fit l'expérience spirituelle de la présence de Dieu. Il en devint beaucoup plus humble. La tradition japonaise veut que, dans ces cas-là, le responsable de l'accident donne sa démission et quitte les lieux. Les pères japonais le lui firent sentir. Ce fut un déchirement de coeur pour lui et, après bien des hésitations, en 1972 il quitta Moji et le Japon. Deux années sabbatiques à Angers lui permirent de se recycler en Écriture Sainte, et par la suite il n'hésitera pas à reprocher à ses confrères de mal connaître la Parole de Dieu!
    Après cette absence de deux ans, il obtint la permission de revenir au Japon, dans son diocèse de Fukuoka. De 1974 à 1978, il rend service à la quasi-paroisse de Yahata, à l'intérieur de la Maison commune Mep du Nord Kyushu. Avec sa petite voiture, il multiplie les visites de malades et personnes âgées. Il va même jusqu'à Shimonoseki suivre des cours de peinture dans l'atelier de l'un de ses baptisés. Ses peintures naïves et sans prétention l'aideront plus tard à parler aux enfants de l'orphelinat de Moji.
    De 1978 à 1991, il est en charge de la paroisse de Mojiko. Il n'y semble pas très à l'aise. La paroisse lui pesait, et il y souffrait de maux d'estomac. Il se sentait beaucoup mieux dans la ligne de son charisme au milieu des malades et des handicapés mentaux.
    En 1991, son retour comme résident à la Maison commune de Yahata fut comme une résurrection pour lui. Sa vie fut alors totalement consacrée aux petits, aux êtres souffrants et limités. Ses journées le voyaient passer d'une institution d'orphelins à un hôpital ou une maison de retraite pour personnes âgées. Aumônier des Soeurs de l'orphelinat de Tenshi-ikuji-en, à Moji, ces enfants bénéficièrent longtemps de son don pour transmettre sa foi avec force et conviction.
    Des Japonais le surnommèrent "l'ami des vieillards et des handicapés", tant il se dévoua pour eux, qu'ils soient chrétiens ou non. Il peignait pour des enfants retardés des images expressives pour leur faire comprendre qu'eux aussi étaient aimés du Père . Il ne manquait jamais l'enterrement d'une personne à laquelle il avait auparavent apporté consolation et joie. Il poussa même sa charité jusqu'à accompagner des personnes handicapées jusqu'à Lourdes.
    Le 3 janvier 1998, au cours du déjeuner, il affirmait à ses confrères, de sa voix toujours très aiguë et trop vibrante, "J'irai au ciel!". Espérance d'un prêtre qui se sentait si petit et dont la sensibilité exacerbée et presque maladive étonnait, mais qui était constamment animé par une foi profonde. Pressentiment d'une faiblesse physique accrue, alors qu'il avait été hospitalisé quelques semaines plus tôt? Il venait de faire le plein d'essence de sa petite voiture, prêt à repartir le lendemain. Dans la soirée, il déclara ne pas se sentir en forme, mais désira rester dans sa chambre de la Maison commune. Le lendemain matin, le 4 janvier, ses confrères le trouvèrent dans cette même chambre, tombé comme un fruit mûr sur le plancher, après avoir glissé de son fauteuil à la suite d'une insuffisance cardiaque. À 83 ans, celui que tout le monde appelait "Mimile" était parti sans rien dire, sans un cri, pour aller goûter la tendresse et l'amour du Père, le jour même de la fête de l'Épiphanie.
    Le lendemain, l'église de Kokura, où eurent lieu ses obsèques, ne put contenir tous ceux qui, venus lui rendre un dernier hommage, avaient su reconnaître dans le quotidien de sa vie le véritable visage du Serviteur.
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    • Numéro : 3650
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