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Charles MAIGROT

[77]. MAIGROT, Charles, né à Paris en 1652, montra dès sa jeunesse une grande piété. Prêtre en 1676 ou 1677, il fut, le 15 février 1678, reçu licencié en théologie, et la même année docteur en Sorbonne. En 1680, il entra au Séminaire des M.-E. où il fit un noviciat de quelques mois, et, le 19 janvier 1681, il quitta Paris pour l'Extrême-Orient. Il s'arrêta quelque temps au Siam, puis partit pour la Chine en juin 1683, avec Mgr Pallu dont il partagea la quasi-captivité dans l'île de Formose.
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    [77]. MAIGROT, Charles, né à Paris en 1652, montra dès sa jeunesse une grande piété. Prêtre en 1676 ou 1677, il fut, le 15 février 1678, reçu licencié en théologie, et la même année docteur en Sorbonne. En 1680, il entra au Séminaire des M.-E. où il fit un noviciat de quelques mois, et, le 19 janvier 1681, il quitta Paris pour l'Extrême-Orient. Il s'arrêta quelque temps au Siam, puis partit pour la Chine en juin 1683, avec Mgr Pallu dont il partagea la quasi-captivité dans l'île de Formose. Le 27 janvier 1684 il arrivait au Fo-kien, et quelques mois plus tard, le 23 (et non le 25) juillet, Pallu le nommait provicaire pour le Fo-kien, le Kiang-si, le Hou-kouang et le Tche-kiang. L'évêque le tenait en grande estime : \ M. Maigrot, écrivait-il, est un sujet admirable ; il a bien des avantages sur M. Le Blanc, qui font qu'il doit avoir le premier rang, quand il sera question de présenter des sujets pour l'épiscopat. "
    Pallu étant mort le 29 octobre 1684, Maigrot devint, en vertu d'un acte fait et signé par le défunt le 24 (et non le 25) juillet de la même année, administrateur des missions de Chine, ou pro-administrateur, si l'on considère que le Saint-Siège devait ratifier sa nomination. Il profita de son autorité pour faire respecter les ordres de Rome, et il commença la vie de lutte qui, sur une question ou sur une autre, devait durer pendant plus de 20 ans. Le premier point dont il s'occupa fut le serment. Par un décret du 6 décembre 1677, approuvé par le Pape le 16 janvier 1678, les religieux missionnaires étaient obligés de prêter serment d'obéissance aux vicaires apostoliques ou à leurs représentants. Ce décret n'avait pas été facilement accepté. Le 6 décembre 1684, Maigrot en informa la Propagande et lui signala les soumis et les récalcitrants ; il en écrivit de même à l'évêque d'Argolis, Bernardin de l'Eglise ; ce dernier prit parti pour ceux qui refusaient d'obéir. Maigrot patienta quelque temps ; puis, le 9 avril 1685, il notifia à Bernardin de l'Eglise sa nomination d'administrateur général, ajoutant qu'il tiendrait la main à l'exécution du décret sur le serment. Il adressa la même communication aux supérieurs des religieux, et, par une lettre du 15 novembre de la même année, avisa la Propagande de sa conduite. Les opposants répliquèrent en accusant Maigrot de Jansénisme. Quand l'accusation arriva à Paris, les directeurs du Séminaire des M.-E. demandèrent le témoignage des docteurs de Sorbonne, que treize d'entre eux donnèrent par une lettre du 14 octobre 1686, déclarant absolue la pureté de la foi de l'incriminé. Ils envoyèrent cette pièce à la Propagande avec une lettre pour défendre le missionnaire.
    Le Pape Innocent XI vengea Maigrot de toutes les attaques dirigées contre lui en le nommant, le 5 février 1687, vicaire apostolique du Fo-kien. La même année, le missionnaire écrivit trois mémoires qu'il adressa au Séminaire des M.-E. : le premier réfute la prétention des Jésuites qui affirmaient inutile pour eux la prestation du serment, puisqu'ils avaient l'intention d'obéir ; le second contient un résumé de l'établissement du christianisme en Chine ; le troisième indique la manière d'envoyer l'argent aux missionnaires de Chine, et les curiosités chinoises utiles à expédier en Europe.
    A cette même époque, Maigrot acheta deux maisons, une à Chang-tcheou et une autre à Fou-tcheou, pour servir de résidence aux prédicateurs de l'Evangile ; il fit quelques conversions dans ces villes et dans les environs, passa plusieurs mois dans la province du Kouang-tong, et contribua à l'installation d'un missionnaire à Chao-tcheou.
    En 1690, la création par le Pape Alexandre VIII des deux évêchés de Pékin et de Nankin, qui devaient avoir des titulaires portugais, fut très sensible à Maigrot ; ainsi que la plupart des missionnaires français, il considéra cet acte comme la suppression des droits des vicaires apostoliques ; il alla aussi, le 31 août 1691, dans une lettre à Le Blanc, jusqu'à parler de se démettre de sa charge. Il envoya même sa démission à la Propagande qui ne l'accepta pas. D'ailleurs, peu après, il finit par reconnaître que la nomination des évêques portugais nuirait moins qu'il ne l'avait pensé aux vicaires apostoliques français " qui, disait-il, pourront subsister, même si les Portugais leur ferment le port de Macao ".
    Malgré ces préoccupations d'ordre divers, Maigrot examine la marche du Séminaire des M.-E. qui ne lui semble pas toujours bonne ; aussi, blâme-t-il les directeurs d'une convention conclue par eux avec les Jésuites (Voir BRISACIER (DE) J.-C.), de l'approbation donnée par de Brisacier au livre du P. Le Tellier : " De la Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine ", approbation qui devait être rétractée en 1700. Puis viennent les questions du Règlement général de la Société des M.-E., et des rapports entre les directeurs du Séminaire et les vicaires apostoliques, sur lesquelles il donne son opinion.
    Au sujet de ces questions et de la manière dont elles furent envisagées, il n'est pas sans intérêt de dire que, dans une lettre du 12 décembre 1699, Mgr de Bourges, croyant à l'utilité d'un supérieur général dans la Société des M.-E., proposa Maigrot pour ces fonctions.
    L'année 1693 vit l'acte le plus important de la vie du missionnaire, celui auquel est attaché son nom : la condamnation des Rites chinois, par un mandement daté de Chang-lo, le 26 mars. Ce mandement est divisé en sept articles : 1° défense d'employer les expressions Tien et Xang-ti, souverain empereur, pour désigner le ciel, et ordre de se servir de l'expression Tien Chu pour signifier Dieu ; 2° ordre de supprimer les tablettes portant l'expression King Tien, adorez-le ; 3° affirmation de la fausseté de l'exposé fait par le P. Martini sur les Rites ; 4° défense aux chrétiens d'assister aux sacrifices, aux oblations solennelles, etc. ; 5° approbation de la conduite des missionnaires qui ont aboli les tablettes en l'honneur des morts ; 6° défense d'affirmer que la philosophie de Confucius n'a rien de contraire à la religion chrétienne ; 7° recommandation de veiller à la foi des chrétiens qui étudient les livres classiques chinois.
    Ce document qui tranchait la question de fait allait être attaqué et défendu avec acharnement pendant 50 ans, jusqu'au jour où les prohibitions qu'il contenait seraient définitivement portées et sanctionnées par Benoît XIV. Plusieurs missionnaires, en particulier le P. Salvateur de Saint-Thomas, vice-provincial des Dominicains de la mission de Chine, le P. Jacques Tarin, commissaire général des Religieux de Saint-François en Chine, Le Blanc et Basset des Missions-Etrangères approuvèrent immédiatement cet acte. Les Jésuites refusèrent d'y adhérer. Le 9 et le 10 novembre 1693, Maigrot adressa au Pape son mandement et une lettre, ainsi qu'un long rapport à la Propagande. Par cet acte, la question de droit était pleinement déférée au Saint-Siège.
    Un missionnaire de Chine, plus tard évêque de Sura, Quémener, porta ces pièces à Rome qui ne se prononça pas immédiatement, et laissa même pendant assez longtemps sans réponse les lettres et le mandement de Maigrot. Afin de hâter la solution qu'il désirait, celui-ci envoya à Rome un de ses prêtres, Charmot, en lui affirmant " que si son mandement était à refaire il le referait tel qu'il était. "
    Avant d'étudier à fond la question des Rites, le Pape voulait régler l'érection des vicariats apostoliques et la nomination de leurs chefs. Cette double affaire fut terminée en 1696, et sa conclusion satisfit ceux auxquels la création des diocèses en 1690 avait inspiré des craintes. Au nombre des vicaires apostoliques élus était Maigrot, nommé vicaire apostolique du Fo-kien pour la seconde fois par un bref du 20 octobre 1696, et évêque de Conon par un autre bref du 22 du même mois. Quelques mois plus tard, le 15 janvier 1697, le Pape Innocent XII, le sachant très attaqué, lui adressa un bref d'encouragement, dans lequel il le félicitait de son zèle à répandre la foi chez les infidèles, à en maintenir la pureté parmi les nouveaux chrétiens, et l'engageait à faire tous ses efforts pour ramener l'union entre les prédicateurs de l'Evangile.
    La consécration de Maigrot n'eut lieu qu'en 1700, le 14 ou le 19 mars, à Kia-hing dans le Tche-kiang, par Bernardin de l'Eglise devenu évêque de Pékin. Le nouveau prélat retourna ensuite au Fo-kien, et continua ses travaux auxquels il ajouta la traduction en chinois de l'Imitation de Jésus-Christ, ouvrage demeuré manuscrit et que nous ne possédons pas. Pendant ce temps, les esprits s'étaient montés, et dans la région qu'habitait Maigrot, on avait contesté son autorité, et prétendu que sa juridiction de vicaire apostolique ne s'étendait ni sur les religieux ni sur les chrétiens baptisés par eux, ce qui était faux. Maigrot interdit plusieurs religieux qui ne se soumettaient pas à son mandement ; des chrétiens prirent parti pour les missionnaires frappés, ils insultèrent l'évêque le 18 avril 1700 à Fou-tcheou, et excitèrent contre lui une sorte d'émeute. Le prélat crut devoir faire quelque concession, et sans rapporter son mandement et ses ordres, il révoqua l'interdit.
    Au cours de l'année 1700, le 20 avril, le Séminaire des M.-E. se déclara en faveur du mandement ; la Faculté de théologie de Paris en fit autant le 8 mai et le 18 octobre ; elle censura les Nouveaux Mémoires du P. Le Comte, dont Maigrot avait relevé les contradictions dans une lettre du 11 janvier 1699, publiée à Paris en 1700. En Chine, la question des Rites avait revêtu une gravité spéciale le 30 novembre 1700, par l'intervention de l'empereur Kang-hi, intervention que les Jésuites firent connaître au Pape dans une lettre du 2 décembre suivant.
    Enfin, Rome se prononça : le 20 novembre 1704, un décret du Saint-Office, approuvé par Clément XI, ratifia en les renouvelant les défenses prescrites par Maigrot dans son mandement de 1693. Ce décret devait être signifié aux missionnaires de Chine par le légat Maillard de Tournon, patriarche d'Antioche, qui porta à l'évêque de Conon un bref élogieux du Souverain Pontife, en date du 20 juin 1702. Reçu à la cour de Pékin par l'empereur, Mgr de Tournon invita Maigrot à se rendre à la capitale.
    Le prélat arriva à Pékin le 29 juin 1706, accompagné d'un prêtre des M.-E., Guéty. Le 1er juillet, il reçut l'ordre impérial de mettre par écrit tout ce que, dans les enseignements de Confucius, il jugeait contraire au christianisme. Il déclara que pour répondre convenablement à cette demande, il lui fallait deux ans de travail, et de plus, il protesta avec fermeté contre cette tentative que l'on faisait de traduire devant des juges laïques une cause religieuse déjà soumise au Saint-Siège. Le patriarche lui conseilla, pour donner satisfaction au souverain, de proposer quelques points de la doctrine des lettres en désaccord avec la religion chrétienne ; en même temps, il lui intima l'ordre de s'abstenir de traiter ou de discuter des Rites controversés, Maigrot se conforma aux volontés de Mgr de Tournon. Il présenta environ 50 textes chinois tirés des livres classiques, en contradiction avec l'enseignement catholique ; le 3 juillet il les remit aux mandarins qui les portèrent à l'empereur en route pour la Tartarie. Kang-hi appela près de lui Maigrot qui obéit aussitôt, après avoir remis entre les mains du légat la déclaration que la décision de toutes les questions sur les Rites appartenait au Saint-Siège seul. Le 2 août 1706, il comparut devant le monarque ; on le fit mettre à genoux selon l'étiquette, et Kang-hi lui demanda s'il savait lire les livres chinois. Il répondit qu'il les avait quelque peu étudiés. L'empereur lui dit alors de lire et d'expliquer une inscription de quatre caractères suspendue au fond de la salle. L'évêque lut deux caractères, ne put distinguer le troisième à cause de l'éloignement, et avoua ne pas connaître le quatrième. On a raconté que ces quatre caractères signifiaient : fleur, montagne, nuée, dormir, et que l'empereur les avait expliqués ainsi : Les nuées reposent sur des montagnes fleuries.
    A ce sujet, l'auteur du premier dictionnaire et de la première grammaire européenne de la langue chinoise, le dominicain Gonzalès, a écrit : " Si on peut inférer de l'examen en question que M. de Conon est un ignorant, on peut par le même principe convaincre d'ignorance les plus célèbres lettrés et l'empereur lui-même. " Précédemment, le 19 juillet 1699, l'évêque franciscain, J.-F. a Leonissa, avait déjà écrit : " Mgr Maigrot est un des plus doctes missionnaires dans la langue et les lettres chinoises. "
    Maigrot fut bientôt renvoyé à Pékin, où il demeura comme prisonnier chez les Jésuites ; il dut subir différents interrogatoires de la part du prince fils aîné de Kang-hi, mais il reçut une lettre d'éloges et d'encouragements que le légat lui adressa le 6 octobre 1706. Enfin, le 17 décembre suivant, l'empereur porta contre lui et contre deux autres missionnaires le décret suivant : " Yen-tang (Maigrot), Fang-tcheou (Guéty), Honato (Mezzafalce), sont des hommes turbulents dans leur manière d'agir, et n'ont pas les dispositions qu'il faudrait pour pouvoir obtenir la permission de demeurer dans les provinces : qu'on les livre au tribunal militaire qui choisira un mandarin pour les conduire immédiatement à Canton, où il les mettra entre les mains du préfet général et du vice-roi ; et eux les enverront à Macao, sans qu'il leur soit permis de revenir jamais. " Cet ordre fut exécuté.
    Après être resté quelques semaines à Macao, l'évêque s'embarqua pour l'Europe le 8 mars 1707, sur un navire anglais. Arrivé en Irlande, il écrivit à Rome, le 4 mai 1708, une lettre annonçant son retour et donnant sa démission de vicaire apostolique du Fo-kien. En réponse, le Pape lui adressa le 18 août un bref d'éloges, et le 1er octobre suivant l'invita à se rendre à Rome. L'évêque qui était alors à Paris n'eut garde d'y manquer, après avoir toutefois demandé l'autorisation de Louis XIV ; il y arriva en mars 1709. Il apportait avec lui un grand ouvrage auquel il avait travaillé pendant des années, et qui est resté manuscrit : De sinica religione dissertationes quatuor. Voici le sujet de ces quatre dissertations : 1er De l'autorité des livres chinois et de leurs interprètes chrétiens et païens, chinois et missionnaires européens ; 2e Les Chinois furent-ils athées dès l'origine de l'empire chinois ? ou au contraire crurent-ils à l'existence d'un Dieu tout puissant, aux anges et à l'immortalité de l'âme ? 3e Du culte que les Chinois ont pour les ancêtres après la mort ; 4è Du culte de Confucius. Ce travail est très considérable et suppose une véritable science de sinologue.
    Maigrot fut accueilli très honorablement par le Pape et par les cardinaux, nommé assistant au trône pontifical et chanoine de Sainte-Marie-Majeure ; il reçut une pension de 300 écus qu'Innocent XIII porta à 400, et un bref lui accordant les privilèges suivants : " titres de noblesse, pouvoir de résigner des pensions et de faire des testaments de biens d'Eglise, de nommer trois protonotaires, et huit chevaliers qui portent un éperon d'or. " Il remit à Charmot et à l'abbé Fatinelli des notes pour répondre aux mémoires que les Jésuites publiaient ou présentaient à la Propagande sur la question des Rites. Il eut à se défendre de l'inculpation d'avoir lui-même participé aux superstitions qu'il avait interdites ; il le fit nettement.
    La conduite de Maigrot à Rome fut plus d'une fois attaquée ; on se le représentait et on le représentait aux autres comme un homme violent, incapable de retenue et de modération ; il supportait ces accusations sans rien dire. Une fois néanmoins, dans une lettre particulière à J.-C. de Brisacier, il rompit le silence : " Quand vous me manderez, déclara-t-il, quelque chose de positif que j'ai fait ou dit contre le bien de la paix, quelque plainte que j'ai faite, quelque dureté que j'ai dite, quelque occasion où je n'ai pas gardé du moins les dehors, quelque scandale que j'ai causé, alors je demanderai à Dieu la grâce de reconnaître et d'avouer ma faute et de m'en amender ; mais quand vous ne me manderez que des choses générales, et que les sottises que quelques étourdis vous écrivent, j'en gémirai devant Notre-Seigneur et lui demanderai qu'il me donne la patience. " " Je crois, ajoutait-il dans cette même lettre, que la modération dont j'ai usé avec le Pape et avec les cardinaux a effacé les mauvaises impressions que plusieurs avaient données de moi ; ils n'auraient pas été fâchés que j'eusse, par la furia française, donné de moi une autre idée. "
    Le portrait que Maigrot trace de lui-même est plus accusé encore dans la correspondance de Charmot. Après s'être réjoui de l'arrivée de l'évêque, le procureur en vient presque à la regretter : " Car, dit-il, il n'avance en rien l'affaire, il ne s'en occupe pas, il reste inactif et muet ; que vont penser de lui nos amis et nos émules ? Je ne puis plus rien dire et rien faire puisqu'il ne m'appuie pas. " La conclusion de Charmot est inexacte, et en supposant que le silence de l'évêque l'ait arrêté quelquefois, il ne l'empêcha pas, certes, de déployer une très grande activité contre les partisans des Rites (Voir CHARMOT.)
    Le 25 septembre 1710, Clément XI confirma le décret du 20 novembre 1704. C'était une seconde fois donner raison à Maigrot. Vers 1711, ce dernier exprima le désir de quitter Rome ; mais sur l'invitation du Pape il resta. Il remit ses papiers à la bibliothèque de la Minerve et au cardinal Casanata, et ne s'occupa plus que des affaires concernant les missions du Tonkin et de la Cochinchine. Benoît XIII, qui le connaissait particulièrement, voulut le nommer évêque de Lucques, puis chanoine de Saint-Pierre ; Maigrot refusa ces deux dignités ; le Pape eut même, disent quelques lettres de Rome, l'intention de l'élever au cardinalat ; l'affaiblissement de la santé de l'évêque de Conon l'en empêcha. Maigrot avait déjà dépassé 70 ans, et de plus, dit son confesseur, " il était attaqué de scrupules, non point des affaires de la Chine, ni d'aucun écrit qu'il eût fait ; mais de choses qui à peine avaient l'ombre du péché. Celui qui écrit cette brève narration a eu la consolation et l'honneur d'entendre ses confessions pendant près de 20 ans, et certifie n'avoir trouvé dans toutes que des fautes fort légères, qui se réduisaient toutes en scrupules ; l'ombre de la moindre faute lui paraissait des péchés. " Il mourut le 28 février 1730, et fut enterré, comme il l'avait demandé, dans l'église de La Trinité-des-Monts desservie par des Minimes français. Sa tombe " fut placée du côté de la sacristie, à main droite, qui est en partie du presbytère, dans la terre où personne n'a jamais été enterré. "
    Plusieurs historiens ont attaqué Maigrot, parce qu'ils ne partageaient pas son avis sur les Rites ; d'autres ont copié ces attaques, sans avoir étudié le fondement fragile sur lequel elles reposaient. La meilleure justification de Maigrot est dans le jugement que les Souverains Pontifes Clément XI, Clément XII et Benoît XIV ont porté sur les Rites condamnés par eux comme lui-même l'avait fait.
    Armes. - D'azur au chevron d'or accompagné en chef de six étoiles de même, 3 à dextre et 3 à senestre, et en pointe d'un arbre aussy d'or terrassé de même. L'Ecu timbré du chapeau épiscopal garni de 10 houppes de chaque côté.
    Un autre cachet porte :
    D'azur au chevron accompagné de 2 étoiles en chef et d'un arbre terrassé en pointe, le tout d'argent.
    Bibliographie et Notes bibliographiques. - En raison du grand nombre de Notes bio-bibliographiques concernant Maigrot, nous avons, pour les établir, adopté un ordre un peu différent de celui que nous avons suivi ailleurs.
    Lettre de M. Maigrot, docteur en Sorbonne, à M. de Metellopolis, vicaire apostolique de Siam, sur le voyage et l'entrée de M. l'évêque d'Héliopolis à la Chine. - Chez Charles Angot, rue Saint-Jacques, au Lyon d'Or, à Paris, mdclxxxv, in-8, pp. 25.
    Le Mandement de Maigrot a été publié nombre de fois en latin, en français ou en italien, sous les titres suivants :
    Mandatum, seu Edictum Domini Caroli Maigrot, Vicarii Apostolici Fokiensis in Regno Sinarum, nunc Episcopi Cononensis.
    Declaratio seu Mandatum provisionale Illustrissimi ac Reverendissimi Domini Caroli Maigrot, Vicarii Apostolici Fokiensis, nunc Episcopi Cononensis.
    Declaratio seu Decretum provisorium Reverendissimi Domini Caroli Maigrot, Vicarii apostolici Provinciæ Fokiensis, in Sina, nunc Episcopi Cononensis.
    Ordonnance de M. Maigrot, Docteur de la Maison et Société de Sorbonne, Vicaire apostolique de la Province de Fokien dans la Chine, nommé à l'Evêché de Conon.
    Cette pièce se trouve en latin dans :
    Historia cultus Sin., p. 332 ; Raccolta, p. 7 ; Acta causæ Rituum, 1re pièce ; De Ritibus Sin., p. 23 ; Epistola ad Sum. Pont. script. a direct. Sem. Status quæst., p. 19 ; Docum. ac apolog. dominic., p. 178.
    En français dans :
    Lett. de Mess. des M.-E. au Pape sur les idol., mdcc, in-12, p. 104 ; Id., mdcc, in-4, p. 115 ; Apolog. des Dominic., p. 451.
    En latin et en français dans :
    Status quæst., p. 27 ; Ecrits de Mess. des M.-E., p. 12.
    En italien dans :
    Memor. istor. della controversia, Lettera, p. 9.
    De nombreuses études, les unes pour le soutenir, les autres pour l'attaquer, ont été faites sur ce Mandement. Voici l'indication des principales :
    De Ritibus Sin. Ad virum nobilem. Decretum Alexandri Papæ VII, de Ritibus Sinensium permittendis. Mandatum Rev. Domini Maigrot de iisdem prohibendis. Observationes in utrumque, pp. 3 et suiv. ; Ib., Observationes in Mandatum Rev. Dom. Maigrot, a Dom. Charmot notis atque dispunctionibus vindicatæ, pp. 32 et suiv. ; Ib., Observationes in singula Mandati Maigrotiani capita quæ sunt septem, pp. 81 et suiv.
    Recueil de pièces, iii, In Mandatum III. D. Maigrot apud Sinenses editum. Responsum ad quæsita [s. l. n. d.] [A la suite de la Censure de la Fac. de Théol. de Paris].
    Historia cultus Sin., Notæ in Observationes a Rev. Pat. Societ. Jesu, Sac. Cong. Sanct. Off. exhib. in Mandatum. III. ac Rev. Dom. Maigrot, pp. 1 et suiv. ; Ib., Breves Notationes in præcipua loca... contra Mandatum Rev. Dom. C. Maigrot, pp. 177 et suiv. ; Ib., Série de lettres adressées à Mgr Maigrot et approuvant son Mandement, pp. 411 et suiv. ; Apolog. des Dominic., pp. 468 et suiv.
    Rép. aux nouv. Ecrits de Mess. des M.-E., contre les Jésuites. Par une Lett. de Mgr Alvare Benavente... par la conduite de Mgr Maigrot, etc., pp. 148 et suiv.
    Acta causæ Rituum, Quæsita in causa Rituum Sinensium super Mandato seu Edicto D. C. Maigrot, 2e pièce.
    Ces Quæsita se trouvent également en latin dans :
    Epist. ad. Sum. Pont. scrip. a dir. Sem., in-16, pp. 135 et suiv. ; Duo Responsa cent. viginti Doctor., à la suite de la Lett. de Mess. des M.-E. au Pape sur les idol.
    En français dans :
    Lett. de Mess. des M.-E. au Pape sur les idol. [in-4], p. 48 ; Id. [in-16], p. 42 ; Recueil de pièces, iii, 3e pièce, pp. 1 et suiv. ; Réponse de cent trente-deux Doct. de la Fac. de Théol. de Paris.
    En italien dans :
    Mem. istor. della controversia, Dubbj della China da proporsi, formati nella S. Congregazione particolare del S. Offizio nel 1699, 1re pièce, p. 53.
    Acta causæ Rituum, Responsa quæ ad Quæsita superius relata, 3e pièce.
    Ces Responsa en français :
    Questions proposées dans la Sacrée Congrégation établie par Notre Saint-Père le Pape Innocent XII, sur chacun des articles du Mandement précédent [s. l. n. d.].
    [C'est à la suite de cet examen que fut porté le décret du 5 novembre 1704.]
    Lettres, Mémoires, Déclarations de Maigrot, 1693-1711, publiés dans des Ouvrages traitant de la question des Rites :
    Ejusdem Reverendissimi Domini Caroli Maigrot, de facta pro Fokiensi vicariatu circa nonnullos sinicos usus declaratione [Brevis rei totius Expositio], 10 nov. 1693, Raccolta, p. 339.
    Epistola Illustrissimi et Reverendissimi. D. C. Maigrot... ad Innocentium XII Summum Pontificem [10 nov. 1693], Raccolta, p. 3 ; Historia cultus Sin., p. 402 ; Docum. ac apolog. dominic., p. 192.
    Cette lettre est en français dans :
    Apolog. des Dominic., p. 4.
    Copie d'une lettre de M. Maigrot à M. Charmot, du 11 janvier 1699, reçue à Paris en août 1700 [Elle montre la fausseté de ce que le P. Le Comte a écrit touchant la religion ancienne des Chinois]. - mdcc, in-12, pp. 88.
    Lettre de M. Maigrot, etc. [même pièce]. - 1701, in-8, pp. 59.
    Lettera di Monsig. Maigrot, Vescovo Cononense, e Vicario apostolico della Provincia di Fokien nella China al Signor Nicolo' Charmot Direttore del Seminario delle Missioni Straniere di Parigi, e Procurator Generale nella Corte di Roma de Vescovi e Vicarj Apostolici Francesi dell' Indie Orientali, Fou-tcheoum (sic), 11 gennaro 1699. Tradotta dal Francese nell' Italiano. - In Colonia, appresso gli Eredi di Cornelio d'Egmond, in-12, pp. 54.
    Lettre de M. l'évesque de Conon à la Sacrée Congrégation de la Propagande [26 novembre 1700], Anecd. sur l'ét. de la Rel., vii, p. 1 [à la fin du vol.].
    Mémoire de M. l'évesque de Conon à la S. Congrégation [28 octobre 1700], Anecd. sur l'ét. de la Rel., vii, pp. 2 et suiv. [à la fin du vol.].
    Lettre de M. l'évesque de Conon au Pape [4 mai 1708], Anecd. sur l'ét. de la Rel., iii, p. 164.
    Désaveu de l'évesque de Conon, vicaire apostolique de la province de Fo-kien dans la Chine : Touchant ce que les Jésuites lui ont imputé sur deux faits arrivés à Fo-cheou, capitale de la province : l'un qui regarde les pouvoirs accordés aux Jésuites ; l'autre qui concerne les civilités rendues à un mandarin mort, 5 octobre 1709, Rép. de Mess. des M.-E. à la prot., p. 50.
    Déclaration de M. l'évesque de Conon sur la fausseté de ce que les Jésuites ont dit : Que M. le Légat avait envoyé un exprès pour retirer de ses mains la fameuse lettre que S. E. lui avait écrite et qui est imprimée dans le second de nos mémoires [18 octobre 1709], Mém. pour Rome, ii, 9e mém., p. 43 [en français], p. 45 [en latin].
    Autre déclaration du mesme prélat : Sur la fausseté d'un second fait qui lui a été attribué par les Jésuites [1710], Mém. pour Rome, ii, 9e mém., p. 47 [en français], p. 52 [en latin].
    Autre déclaration du mesme prélat : Sur la fausseté d'un troisième fait que les Jésuites lui ont attribué [1710], Mém. pour Rome, ii, 9e mém., p. 56 [en français], p. 70 [en latin].
    Lettre de Mgr Maigrot à M. le marquis de Tournon, frère du cardinal : Sur la mort du cardinal [Rome, 19 sept. 1711], Anecd. sur l'ét. de la Rel., iii, 2e part., p. 272.
    Brefs des Souverains Pontifes et Lettres de la Propagande et du cardinal de Tournon à Maigrot, avec des observations sur une des Lettres de ce dernier :
    Bref du Pape à C. Maigrot, évêque élu de Conon [Innocent XII, Rome, 15 janv. 1697], Raccolta, p. 227 ; Historia cultus Sin., p. 170 ; Rép. à la lett. des Jés. à un prél., p. 82 ; Apolog. des Dominic., p. 501 ; Docum. ac apolog. dominic., p. 195.
    Bref du Pape Clément XI à M. l'évêque de Conon, vicaire apostolique du Fo-kien [Clément XI, Rome, 1er août 1701], Docum. hist., p. 140.
    Bref de Notre Saint-Père le Pape Clément XI à M. l'Evêque de Conon, vicaire apostolique du Fo-kien dans la Chine, qui lui a été apporté par M. le cardinal de Tournon [Rome, 20 juin 1702]. Se trouve en latin et en français dans un petit in-8, s. l. n. d., avec la lettre du cardinal de Tournon adressée à Maigrot le 6 oct. 1706, pp. 8-29.
    Bref du Pape à M. Maigrot, évêque de Conon, vicaire apostolique du Fo-kien [Clément XI, Rome, 18 août 1708], Anecd. sur l'ét. de la Rel., iii, 2e part., p. 167.
    Bref du Pape à M. Maigrot, évêque de Conon, vicaire apostolique du Fo-kien [Clément XI, Rome, 1er oct. 1708], Anecd. sur l'ét. de la Rel., iii, 2e part., p. 174.
    Lettera della S. C. del S. Offizio a Monsignor Maigrot [5 oct. 1697], Raccolta, p. 65.
    Lettre de l'Eminentissime Cardinal de Tournon, Patriarche d'Antioche, envoyé par notre Saint-Père le Pape Clément XI à la Chine, en qualité de légat à latere ; écrite de la ville de Lin-chin le 6 octobre 1706, à M. Maigrot, évêque de Conon, vicaire apostolique dans la Chine, pour consoler ce Prélat dans la prison où il était retenu chez les Jésuites, par ordre de l'Empereur. Se trouve en latin et en français dans un petit in-8, s. l. n. d., avec le Bref de Clément XI, adressé à Maigrot le 20 juin 1702, pp. 8-29.
    Cette Lettre se trouve également dans :
    Mém. pour Rome, i, 1er mém. 53, 71 ; Anecd. sur l'ét. de la Rel., ii, p. 111 ; Mém. hist. prés. au Souv. Pont., i, p. 245.
    En italien dans :
    Lettera del signor Cardinale di Tournone patriarca d'Antiochia, legato a latere nella China per la Santita di Nostro Signore Papa Clemente XI, a Monsignore Carlo Maigrot vescovo di Conone, vicario apostolico nella China. Per confortarlo nel tempo, che per ordine dell' Imperatore stava prigione in casa di Padri Gesuite di Pekino, con un Breve del Sommo Pontefice al medesimo vescovo di Conone portatogli da esso signor cardinal di Tournone. - In Torino, mdccviii. Per l'erede di Bartolomeo Zappata, in-8, pp. 11.
    Lettre à un Prélat, sur un écrit intitulé : Lettre de M. le cardinal de Tournon, patriarche d'Antioche, etc., à M. Maigrot évêque de Conon, etc., in-18, s. l. n. d., pp. 39.
    Mém. pour Rome, i, 2e mém. Sur la Lettre que M. le cardinal de Tournon a écrite à M. l'évêque de Conon pour le consoler dans sa prison, p. 48.
    Lettre de M. le cardinal de Tournon à M. l'évêque de Conon [Macao le 7 janvier 1708], Anecd. sur l'ét. de la Rel., ii, p. 331.
    Lettre de M. le cardinal de Tournon à M. l'évêque de Conon [7 décembre 1709], Anecd. sur l'ét. de la Rel., ii, p. 338.
    ***
    Relacion de los atentados del frances Carlos Maygrot (sic). L'Huerta (Estado), dice che ha data del 4 aprile 1689.
    Refutacion a las pretensiones del frances Carlos Maygrot (sic). Con data del 25 juglio 1689.
    Journal [Murr], Collocutio Cang hi Imperatoris Sinarum, cum Reverendmo Carolo Maigrot episcopo Cononensi, vicario apostolico, excerpta ex relatione e Sinis missa 1707, pp. 180 et suiv.
    Mem. istor. della Legazione, iii, Testimonianza, che i mandarini sanno della scienza di M. Maigrot, etc., p. 92 ; Ib., Scrittura di M. Maigrot, p. 94 ; Ib., Copia del Regio Decreto intimato in Tartaria a Monsignor Maigrot... a 2 Agosto 1706, p. 67 ; Ib., Decreto dell' Imperatore [Edit de bannissement de Maigrot], p. 114. Cet édit se trouve également dans : Mém. pour Rome, ii, 7e mém., p. 12 ; Anecd. sur l'ét. de la Rel., ii, p. 69.
    Lett. de M. l'abbé de Lionne [14 nov. 1693], pp. 120 et suiv.
    Lett. à Mons.**, touchant les honneurs que les Chinois rendent au philosophe Confucius, pp. 10 et suiv.
    Status quæst., passim.
    Lett. à Mess. du Sém. des M.-E. sur ce qu'ils accusent les Jésuites, passim.
    L'Etat prés. de l'Eglise de la Chine adres, à M. l'évêq. de ***, passim.
    On trouve à la Bibliothèque nationale, Manuscrits, n° 435630, Eclaircissement sur les controverses de la Chine, par le P. Ant. Beauvollier, et annotations sur la réponse du P. Ant. Beauvollier aux textes proposés par M. l'évêque de Conon à l'empereur Kang-hi comme contraires à la religion chrétienne [Ouvrage écrit et envoyé à Rome par Mgr de Visdelou].
    Mém. pour Rome, 2 vol., passim.
    Anecd. sur l'ét. de la Rel., 7 vol., passim.
    Rép. de Mess. des M.-E. à la prot., passim.
    Mém. hist. sur les miss. des Ind. or., i, pp. 245 et suiv., 265. - Mém. de la Cong., iv, pp. 334 et suiv., 363 et suiv., 416 et suiv., 440, 459, 521 et suiv., 552 ; vi, pp. 590 et suiv. - Mém. chron. et dog., ii, pp. 282, 337. - Mém. de Saint-Simon (édit. Garnier, 1853), v, chap. 78, p. 8 ; xvi, chap. 286, p. 133 ; xxxviii, ch. 607, p. 146. - Œuv. comp. de Voltaire, xi, p. 58 ; xv, p. 78. - Lett. édif. et cur., ii, p. 34 ; iii, p. 142. - Lett. de Mgr Pallu, Tab. alph. - Relat. de la Ch., Tab. alph. - Hist. gén. miss. cath., ii, 2e part., pp. 406, 433 et suiv., 442. - Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. - Docum. hist., Tab. alph. - Lett. à l'év. de Langres, pp. 95, 98, 144, 146, 149, 151 et suiv., 185 et suiv. - Journ. d'A. Ly, Tab. alph. - Hist. univ. Egl. cath., xiii, p. 837. - Vie de Mad. de Miramion, p. 273. - Les pr. voy. fr. à la Chine, pp. 90, 263. - La Franc. pont., ii, p. 700. - Les gr. écr. de Franc. Corresp. de Bossuet, ix, p. 237. - Hist. gén. de la mais. Maigrot de Crissey, Notice, p. 40. - Biog. univ., au nom Maigrot.
    Portrait. - [Fantaisie]. Hist. gén. de la Mais. Maigrot de Crissey, p. 42.


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    • Numéro : 77
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