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Louis JANTZEN (1885-1953)

JANTZEN Louis Xavier (1885-1953) [3018] JANTZEN Louis, Gabriel, Xavier, est né le 23 septembre 1885 à Nancy (M. & M.), en la paroisse St. Georges. Il fit ses études primaires à la maîtrise de la Cathédrale à Nancy, ses études secondaires à Pont-à-Mousson (54700). Il est entré aux Missions Étrangères le 18 septembre 1903. Ordonné prêtre le 26 septembre 1909, il partit le 17 novembre suivant pour le Setchoan oriental.
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    [3018]  JANTZEN Louis, Gabriel, Xavier, est né le 23 septembre 1885 à Nancy (M. & M.), en la paroisse St. Georges. Il fit ses études primaires à la maîtrise de la Cathédrale à Nancy, ses études secondaires à Pont-à-Mousson (54700). Il est entré aux Missions Étrangères le 18 septembre 1903. Ordonné prêtre le 26 septembre 1909, il partit le 17 novembre suivant pour le Setchoan oriental.

     

    Il arrive à Chungking au début de 1910. Il est envoyé dans le district de Lantchuan, à trois jours de marche de Chungking, pour apprendre le chinois avec le concours d'un latiniste en probation auprès du Père Cazaban.

     

    Après à peine un an, il est appelé par son évêque, Chouvellon, à la Procure comme socius du titulaire. En 1911, c'est la révolution de Sun Yat Sen et la fin de l'Empire suivie d'une période de troubles, de guerres civiles et de brigandages jusqu'en 1937, date de l'installation du Général Chiang à Chungking, promue capitale de la Chine libre.

     

    Le Père Jantzen est envoyé en juillet 1914 "en brousse" comme titulaire du poste de Pi-Chan. Au mois d'août, c'est la guerre en Europe, et le Père Jantzen, mobilisé avec 13 confrères du vicariat, rejoint Pékin, et au bout de quelques mois, le voilà dirigé sur la France comme brancardier; il se voit chargé de l'office d'interprète auprès des ouvriers chinois, où il réussit à se faire aimer de tous, tant Français que Chinois.

     

    Démobilisé en 1919, témoin de la douleur de sa mère, dont un fils, son soutien, est tombé à la guerre, il accepte momentanément du ministère dans son diocèse natal. Mais un jour sa mère lui dit :" Xavier, ta place n'est pas ici; tu es missionnaire" et le Père Jantzen reprend le chemin du Setchoan, en 1922. Son évêque le nomme Procureur de la Mission à la grande joie et au soulagement des confrères. Trois ans plus tard, le 13 décembre 1925, le Saint Siège promut le Père Jantzen à l'épiscopat et le nomme vicaire apostolique de Chungking. Malgré le refus du Père Jantzen, Pie XI maintient la nomination et la consécration épiscopale a lieu le 21 septembre 1926 à Chungking par Mgr. Renault.

     

    Mais Mgr. Jantzen, qui avait pris pour devise : "Non sibi sed gregi", n'avait guère d'illusion sur le sort qui l'attendait. L'agitation communiste contre les étrangers et l'Église gagnait le Setchoan. Mais en 1927, la répression est décidée, et le 31 mars l'un des trois orateurs communistes tombe sous les balles de l'opposition et l'installation du régime bolchéviste est évitée. Mais des troubles graves marquent l'entrée des troupes nationalistes à Nankin. Le 2 avril 1927, le gouvernement français donne ordre à tous les Européens d'évacuer le pays. Mgr. Jantzen envoie à Shanghai deux missionnaires sans charges pastorales, mais laisse les autres libres d'opter pour la fidélité au poste ou le départ, mais tous décident de rester.

     

    La tempête passe et c'est la hâte d'édifier en l'honneur de Ste Thérèse de Lisieux une belle église où l'on expose l'image peinte par la Sainte et offerte à son frère spirituel, le Père Roulland, missionnaire dans le diocèse de Chungking. En 1929, c'est la division du diocèse par l'érection de celui de Wanshien confié au clergé local.

     

    En 1934, l'invasion rouge s'étend d'une part et de l'autre les armées chinoises refluent devant les troupes japonaises. Chiang Kai Chek abandonne Nankin et se replie sur Chungking qui devient la capitale de la Chine libre, ce qui entraîne des travaux d'urbanisme pour la ville et des expropriations amères pour la mission. Par ailleurs, la présence du gouvernement attire l'attention des bombardiers japonais. Le premier raid eut lieu le 16 janvier 1939, et le 4 mai, nouvelle alerte; cette fois les avions déversent leurs bombes pendant 12 heures sur la ville; 2 bombes éclatent à 20 pas du bureau de l'archevêque miraculeusement indemne. Et 1940 vit l'anéantissement de toutes les maisons de culte, de charité et de propagande. Seule subsista debout l'église de Ste Thérèse; c'était le signe de la protection du ciel. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, Monseigneur est assommé et laissé pour mort dans sa chambre par des voleurs. On le trouve inondé de sang et on le transporte à l'hôpital. Il est persuadé que c'est la "Maman du ciel" qui l'a arraché à la mort.

     

    En décembre 1943, l'examen médical révèle une tumeur cancéreuse à l'estomac et Mgr. Jantzen consent à aller à Kunmingse se faire opérer. Or, le 2 février 1944, après la communion, Mgr. Jantzen se lève et crie "je suis guéri"; ce que confirme 8 jours plus tard le médecin.

     

    Mgr. Jantzen regagne son vicariat avec une ardeur nouvelle, mais ses charges s'accroissent : il devient le vice-délégué apostolique pour la Chine libre et représentant de l'aumônerie américaine aux Armées. Le 15 août 1945, le Japon capitule, et pour Mgr. Jantzen, c'était l'heure du relèvement des ruines immenses à travers toute la Mission. Mais l'attention de l'archevêque se porte surtout sur les oeuvres scolaires et charitables : reconstruction du collège St Paul, agrandissement et modernisation de l'hôpital de la Mission avec des services de maternité, de chirurgie et de radiologie, la création d'une école d'infirmières. Par ailleurs, il rétablit le Probatorium pour les seuls candidats pourvus du certificat d'études, et il ouvre une école de langue pour les jeunes missionnaires, qui, enfin, arrivent de nouveau d'Europe. Mgr. a repris ses visites pastorales, et au retour de l'une d'elle, en octobre 1948, il dut être hospitalisé pendant 4 mois. Mais fin novembre, Mao est devant Chungking et le 29 la ville est "libérée".

     

    La lutte entre le gouvernement de Mao et celui de l'Église fut déclenchée en mai 1950. "Religion et Politique vont ensemble", proclame le vice président, Chou En Lai ; l'Église doit soutenir le régime et coopérer avec le gouvernement dans la construction de la Nouvelle Chine... et faire sa propre purge."

     

    Promu archevêque de Chungking en 1946, lors de l'instauration de la hiérarchie ecclésiastique, en 1950, malgré sa demande réitérée de démission, il fut nommé administrateur apostolique du diocèse, mais on lui imposa un vicaire capitulaire, le Père Che, dont la nullité canonique ne put être notifiée. Le 3 juin, à l'issue de la grand-messe, clergé et fidèles sont invités à une grande manifestation catholique "qui dégénère en une odieuse manifestation contre l'Internonce en Chine, orchestrée par le slogan "À bas Riberi". Le Père Che capitule en réclamant l'expulsion du représentant du Pape, mais de frénétiques applaudissements saluèrent le courageux Père Tong qui, s'avançant vers la tribune, dénonce le mouvement de réforme et prend une vibrante défense du représentant du Saint Père. Mgr. Jantzen persuada le Père Che de faire amende honorable, le dimanche 10 juin, devant le Saint Sacrement et l'assemblée des fidèles. Il obéit, mais les communistes arrêtèrent le Père Tong et expulsèrent Mgr. Jantzen de son évêché pour l'interner dans une minuscule chambre d'auberge. La santé de l'archevêque continue à se détériorer au point que la police autorisa un médecin à lui rendre visite. Le réconfort du prisonnier, c'était la célébration nocturne et clandestine de la messe ainsi que la fidélité des chrétiens qui réussirent, au mépris du danger, à établir une liaison journalière avec lui. Avis, nouvelles, conseils et consignes allaient et venaient dans les deux sens.

     

    Enfin, le 25 août 1951, Mgr. Jantzen fut traîné devant le tribunal populaire et condamné à d'énormes taxes et amendes dont le paiement devait précéder son expulsion. Elle tarda longtemps à venir, et il continuait à dépérir et attendait la mort. Une nuit, un confrère réussit à lui donner l'onction des malades. Mais il surmonta la crise et les communistes décidèrent de s'en débarrasser. Le 4 avril 1952, Mgr. bénit le chrétien qui avait maintenu la liaison entre le chef et son diocèse, et, sous escorte, il fut conduit à Hong Kong où il arriva le 16 avril. Le 1er mai, il était enfin en France. Admis à l'hôpital Pasteur, il se laissa soigner, et quand les médecins le déclarèrent convalescent, il passa 15 jours comme aumônier des Soeurs de St Jospeh de Cluny à Jouy-en-Josas. Fin juillet, une hémorragie s'étant déclarée, il lui fallut d'urgence une transfusion de sang pour le sauver. Du coup, il avait fait profiter un autre malade de sa place dans le "Train Blanc pour Lourdes" et "depuis ce jour, je vais mieux" écrit-il."La Bonne Maman fait royalement les choses". Si royalement que Mgr. Jantzen put se rendre à la Maison d'Accueil de Voreppe, d'où il s'offrit pour maint ministère paroissial dans le diocèse, pour confesser, prêcher, et faire des conférences. Fin novembre, son médecin l'autorisa à se rendre à Rome où il obtint une audience privée du Saint Père dont il sortit "bouleversé d'émotion". En mars 1953, il se rendit à Lourdes et de là, à Marseille pour revoir N.D. de la Garde; "C'est Elle qui me mène" avait-il écrit un jour. Il regagna ensuite Voreppe, puis alla revoir sa Lorraine et sa famille. Il accepta de prêcher, donner des conférences, confirmer. Mais un jour, de passage à Mulhouse, il s'affaissa dans la rue et fut recueilli dans une clinique. Le 21 juillet il écrit au Supérieur général : "Je suis certainement à bout de course. Mon désir est de rejoindre Montbeton dès que possible en passant par Paris pour vous revoir, et aussi, avant de m'y stabiliser, de me rendre à Lourdes pour dire merci à la Vierge."

     

    À Paris, les amis de Mgr. Jantzen s'empressent de venir le saluer; Mgr. Valentin, évêque de Kangting, se fait porter de l'hôpital au Séminaire pour le revoir. Le 8 août, Mgr. Jantzen part pour Lourdes, où il arrive après un pénible voyage de nuit; on le transporte à la Grotte, aux piscines et il assiste à la Procession du Saint Sacrement avec la bénédiction des malades. Le 21 août il quitte Lourdes, s'arrête trois jours à Toulouse, à la clinique des Soeurs des Missions étrangères. C'est de là qu'il convoqua le Père Gallice, son ancien procureur à Chungking, pour lui demander pardon pour son manque de patience et de compréhension, et le charge de transmettre la même supplique de pardon à tous le jeunes et vieux missionnaires de Chungking pour toutes les peines qu'il leur a causées dans son administration. C'est la dernière chose qui lui restait sur le coeur.

     

    Le 28 août 1953, au sanatorium de Montbeton, Mgr. Xavier Jantzen s'éteignait.

     

     

     

    Références bibliographiques

     

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    MDA 1947 p. 161.

    EC1 N° 108. 114. 128. 193. 201. 202. 205. 206. 207. 208. 209. 213. 214. 215. 442. 447. 449. 455. 472. 484. 504. 505. 506. 508. 517. 518. 544.

     

    • Numéro : 3018
    • Pays : Chine
    • Année : 1909