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Louis GIFFARD

GIFFARD Louis, Augustin (1911-1997) VIETNAM [3584]. Louis, Augustin GIFFARD est né le 13 septembre 1911, à Bain-de-Bretagne, un important marché rural des environs de Fougères, Ille et Vilaine, diocèse de Rennes. Son père, Emile Giffard et sa mère, née Joséphine Delagrée, avaient fondé une famille ouvrière, comportant deux enfants : une fille et Louis.
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    GIFFARD Louis, Augustin (1911-1997)
    VIETNAM
    [3584]. Louis, Augustin GIFFARD est né le 13 septembre 1911, à Bain-de-Bretagne, un important marché rural des environs de Fougères, Ille et Vilaine, diocèse de Rennes. Son père, Emile Giffard et sa mère, née Joséphine Delagrée, avaient fondé une famille ouvrière, comportant deux enfants : une fille et Louis.
    Baptisé le surlendemain de sa naissance par le curé doyen, ecteur" de la paroisse de Bain, il y sera confirmé par Mgr. Charost, le 5 mai 1922. Entre-temps, ayant pris contact avec le "curé-recteur" pour participer au service de l'autel, il suivit son conseil, en demandant à ses parents d'entrer au petit séminaire diocésain de Châteaugiron, pépinière du clergé du diocèse de Rennes. Là, comme dans un bon nombre d'établissements religieux de France, la visite périodique du R.P. Depierre, tout dévoué au recrutement des aspirants du Séminaire des Missions Etrangères de Paris, fut certainement à l'origine de la vocation de Louis. Cela apparait clairement dans la lettre qu'il adressa de Châteaugiron, le 10 avril 1930, à Mgr.de Guébriant, en vue de solliciter son admission aux MEP. Il situe l'appel du Christ à l'âge de 13 ans, "sur la trace du regretté Père Denis, un rennais MEP".
    Rappelons à ce sujet que le talent du R.P. Depierre, au cours d'exposés pleins d'enthousiasme et d'humour et relevés par des projections de diapositives, laissait dans l'esprit de ses auditeurs collégiens un souvenir inoubliable. L'exemple des missionnaires martyrisés en Extrême-Orient, dès le XVIIème siècle et surtout à la fin du XIXème, et béatifiés récemment, était évoqué sans emphase, comme une éventualité toujours actuelle.
    Les études primaires et secondaires couronnées ou non du diplôme du baccalauréat assuraient au petit séminaire Sainte Croix de Châteaugiron, une réputation suffisante pour permettre à ses anciens élèves de postuler avec succès l'entrée au Séminaire des Missions Etrangères, moyennant une demande circonstanciée, adressée au Supérieur d'alors, Mgr. de Guébriant et assortie d'une enquête discrète sur les antécédents de ces candidats. C'est ainsi que Louis Giffard, escorté de son ami René Brard, se présenta le 10 septembre 1930, au séminaire des Missions Etrangères, pour y faire à Bièvres le premier cycle philosophique de sa préparation au sacerdoce.

    L'établissement de Bièvres, une demeure d'allure châtelaine, entourée d'un vaste parc, dans les environs du champ d'aviation de Villacoublay, se prêtait à souhaits aux ébats comme aux efforts studieux des nombreux aspirants, fidèles aux traditions de leurs diocèses d'origine. Les sports, ainsi qu'une longue promenade hebdomadaire y maitenaient l'équilibre souhaitable pour des études supérieures, présidées par un corps professoral aussi exigeant que paternel. Le reste des études éxégétiques et théologiques se faisait au séminaire du 128, rue du Bac, doté de bâtiments spacieux, assortis d'un parc mitoyen de celui de Matignon, et pourvu d'un "oratoire des Bienheureux Martyrs" et d'une cloche de pagode, symbole de l'appel des âmes de l'Extrême-Orient.

    Notre futur missionnaire ne manquait pas d'aptitudes à l'apostolat lointain. Au physique, sa taille était modeste ; il aimait la marche et se montrait "fana du foot", comme bien d'autres jeunes de l'Ouest, tandis que ceux du Sud-Ouest étaient sur la pelote basque". Au moral, il n'avait rien d'un hâbleur, mais son esprit d'observation et sa jugeote imperturbable permettaient aux taquins de souligner son atavisme de "tête de breton". Par ailleurs, des Bretons, il avait la piété filiale et la fidélité à toute épreuve envers ceux à qui il avait donné une part de son coeur.

    Le cycle de sa préparation au sacerdoce de 1930 à 1937, comporta l'intermède prévisible du service militaire (1933-34) qui ne laissait pas augurer de ses futures mobilisations, partielles ou temporaires en Indochine, au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

    Après avoir franchi les degrés des ordres majeurs : sous-diaconat et diaconat en l'année 1936, il sera ordonné prêtre le 4 juillet 1937, et sera assigné à la Mission de Kontum (Centre Viêtnam). Il s'embarquera à Marseille le 14 septembre 1937. Un remarquable évêque, Mgr Jannin, des Missions Etrangères, que Louis Giffard admirera beaucoup l'y attendait, non sans impatience. Ce grand missionnaire que fut Mgr. Jannin avait, en effet, mesuré l'enjeu que représentaient les populations montagnardes des Hauts-Plateaux de l'Indochine, dans l'évangélisation de cette région.

    Ces peuples "primitifs", jadis venus par mer des îles du Pacifique et installés sommairement sur les rivages de l'actuel Centre Viêtnam, avaient été chassés par la conquête viêtnamienne et forcés de se réfugier dans les forêts des Hauts-Plateaux. Installés là, en ordre dispersés, groupés en trois ou quatre tribus : Bahnars, Rhadés, Joraï... traités indistinctement de "Moi" ou "sauvages" par la population viêtnamienne toujours prête à exploiter leur ingénuité.

    Ces Montagnards vivent encore de la chasse et de la pêche ainsi que de la cueillette des fruits ou de la récolte de céréales sur les "râys", c'est à dire sur les cendres des broussailles forestières incendiées par eux. Mgr Jannin savait que ces populations montagnardes avaient l'âme profondément religieuse. Pour elles, tout était sacré dans la nature peuplée de divinités favorables ou redoutables. Ces dernières doivent être apaisées par des sacrifices, suivant les recettes sophistiquées des "sorciers", véritables tyrans de ces pauvres gens, terrorisés par les malheurs de leur sous-développement.

    Le problème pour le missionnaire chargé de les délivrer de leurs terreurs incontrôlées n'était pas de détruire leur réligiosité, mais de la dépasser par l'annonce de la bonté inépuisable du Dieu Créateur, vainqueur de tout mal et de la mort. Pratiquement, le missionnaire fera déjà beaucoup en apportant aux malades, convaincus d'avoir à faire à un "mauvais sort", des remèdes simples et efficaces qui les dispense de recourir à des superstitions.

    Le génie de Mgr Jannin a été d'organiser cette forme d'apostolat grâce à la proximité du missionnaire au milieu des montagnards et à la création de petits dispensaires de brousse, souvent tenus par des religieuses missionnaires. L'originalité de ce diocèse fut d'avoir été créé de toutes pièces, en pleine brousse montagnarde.. L'éducation des esprits fut organisée parallèlement au soin des corps, jusque dans la structure des moindres villages.
    Au centre de la mission, une "Ecole Apostolique" visa à fournir des cadres dans le domaine de la catéchèse et de la prière. Très tôt, l'évêque prévit le problème du recrutement sacerdotal, afin de donner à ces populations des prêtres venus de leur milieu. L'oeuvre de Mgr Jannin sera suivie par ses successeurs Mgr. Sion et Mgr. Seitz, et ses résultats visibles aujourd'hui en dépit des circonstances, montrait qu'elle n'avait rien d'utopique.

    L'arrivée du jeune Louis Giffard à Saïgon, au début d'octobre 1937, fut saluée avec joie à la Procure MEP, et suivie d'une prise de contact avec la mission de Cochinchine et d'un acheminement par voie ferrée, vers la mission de Quinhon, point de départ vers celle de Kontum. Au passage, les postes de Pleiku et Banméthuôt furent visités par le nouveau-venu, avant d'être reçu à l'évêché de Kontum par Mgr. Jannin. Dès le mois de janvier 1938, Louis Giffard se mit de bon coeur, à l'étude de la langue viêtnamienne, indispensable pour les rapports journaliers avec le clergé du Viêtnam, responsable de nombreuses communautés venues des plaines côtières et implantées sur les Hauts-Plateaux. Cet apprentissage était une oeuvre de longue haleine reposant sur l'audition orale, plus que sur la transcription phonétique inventée par le jésuite français, Alexandre de Rhodes, au XVIIème siècle.

    Cependant, la vie quotidienne en milieu montagnard exigeait impérieusement une initiation simultanée à la langue Bahnar. Ce bilinguisme que supportent aisément les tout jeunes enfants, quand ils y sont contraints, représentait pour un adulte un effort non négligeable, auquel se prêta volontiers le jeune missionnaire plein d'ardeur. Plus tard, du reste, il lui faudra en outre pratiquer d'autres dialectes montagnards, ceux des Rhadés et des Joraï... En tout cas, tout l'été de 1938 fut ainsi occupé par le Père Giffard à cet apprentissage.

    Un évènement insolite marqua l'année suivante, lorsqu'en avril 1939, le nouveau Délégué Apostolique des Missions d'Indochine, un dominicain, Mgr Antonin Drapier vint en visite officielle à Kontum. Il succédait à Mgr Dreyer, un franciscain qui avait résidé à Hué. Lui-même venait de l'Irak, où il avait déjà représenté le Saint Siège. Il avait pour "fac totum" un arménien accompagné de sa famille. Dans sa visite de la mission de Kontum, il apprécia les résultats du travail de Mgr. Jannin qui prenait de l'âge, et l'encouragea de toutes manières, ce qui était de bonne augure pour notre jeune missionnaire Louis Giffard. Pourtant, l'horizon n'était pas entièrement brillant pour le nouvel arrivé. En effet, durant l'été de 1939, le 26 août précisément, survint un avis officiel d'une mobilisation possible, au Cap Saint Jacques, pour parer à toute éventualité d'ordre politique et militaire. Ce fut une fausse alerte, ou plutôt, un avertissement préalable, car le même avis se renouvellera, le 12 février 1940, avec les déplacements et interruptions de travail conséquents, notamment plus tard, en avril de la même année.

    En revanche, un évènement réjouissant pour la Mission de Kontum, allait avoir lieu, à l'occasion d'une "Foire de Kontum", du 3 au 11 mars 1940, à laquelle l'Empereur Bao-Dai et l'Impératrice Nam-Phuong décidèrent de rendre une visite officielle accompagnés du Résident Supérieur de Hué, Mr.Graffeuil et de son épouse. Ces hautes Autorités saisirent cette occasion pour manifester leur estime admirative à l'égard du Vicaire Apostolique de Kontum, Mgr. Jannin, à qui fut remise la haute décoration de la "Cravate de Commandeur du Dragon d'Annam" (7 mars 1940). En les remerciant, Mgr. Jannin, qui exerçait son ministère apostolique depuis 50 ans à Kontum, eût soin de mentionner tout ce qu'il devait à ses prédécesseurs, les Dourisboure et autres pionniers de l'évangélisation des Hauts-Plateaux. L'Impératrice tint à prolonger son séjour en visitant l'Ecole Apostolique, la cathédrale, et le dispensaire des Soeurs de Saint Vincent de Paul.

    Ces cérémonies eurent de quoi encourager le Père Louis Giffard, d'autant plus que s'accumulaient pour lui, comme pour nos autres jeunes confrères, des convocations militaires multiples, notamment à Saïgon, le 27 avril 1940 et à Quinhon le 2 mai 1940, et plus tard le 2 juillet à Cam-Ranh en qualité de simple "sursitaire", avant d'y être réellement mobilisé le 12 septembre 1940. Comme beaucoup de nos confrères, en Indochine, à cette époque, le Père Louis Giffard restera "sous les drapeaux" , ainsi que son co-équipier, le Père Curien, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale en 1947.

    Cette situation éprouvante pour un jeune missionnaire, d'autant plus que la pacification de l'Indochine s'avérait assez laborieuse, fit hésiter le Père Giffard à solliciter un congé en France, en 1950. Cependant, un sursaut de zèle lui fit écarter ce projet, pour se jeter dans les activités pastorales qu'il avait pu largement amorcer, notamment à Konsomluh. Il allait les prolonger jusqu'en 1951, où il lui fut demandé de se charger de la Procure de Kontum. Déjà âgé de 40 ans, ce changement de programme lui posait quelques problèmes. Il s'en acquittera d'ailleurs fort bien, pendant 2 ans, avant de céder la place joyeusement à son confrère le R.P. Crétin en 1953. C'est alors le retour désiré à Konsomluh. Assez curieusement, il y aura pour lui, un retour provisoire dans l'armée, quand il acceptera d'être aumônier bénévole à la base de Pleiku, en 1954, l'année de Diên-Biên-Phu.
    Les "Accords de Genève" avaient séparé le Viêtnam en deux zones d'influence de part et d'autre du 17ème parallèle. La population autochtone pouvait théoriquement choisir entre ces deux zones, et le monde entier s'étonnera en apprenant l'exode vers le Sud Viêtnam de quelques 600.000 nord viêtnamiens, majoritairement catholiques, qui préféraient tout quitter, plutôt que de continuer à subir la pression totalitaire du régime nordique. A vrai dire, la frontière du 17ème parallèle n'était qu'une "passoire", ce qui avait pour résultat, à Kontum, de donner lieu à des infiltrations militaires tendant à la main-mise communiste sur les populations montagnardes des Hauts-Plateaux. Cela créait une situation ambigüe pour les missionnaires et pour les "responsables" qu'ils avaient chargés d'une partie considérable de l'organisation du Vicariat.

    Une co-existence équivoque réclamait de la prudence et du doigté en cherchant à éviter le pire. Heureusement, la peur est souvent la mère de la sagesse et les défections n'étaient pas monnaie courante.

    Notre Père Louis Giffard qui vivait dans cette ambiance incertaine, s'est permis de l'évoquer sous une forme plus ou moins symbolique, en racontant plaisamment qu'un jour où il circulait à bicyclette sur les sentiers de la brousse, il se trouva soudain nez-à-nez avec un tigre de belle taille ; jamais, il n'avait eu à donner pareil coup de frein, au moins sur le vélo, mais le fauve pareillement surpris, préféra prendre la tangente ; soulagé, notre Louis repartit, quand un second puis un troisième tigre traversèrent tranquillement la piste ; mais le plus dur fut de voir apparaitre un quatrième felin qui n'était autre que la tigresse, gardienne indolente de ses "petits"...! A son tour, la bête jugeant le promeneur inoffensif, disparut dans la brousse. A vous de transposer, si le coeur vous en dit, pour cette période 1958-59 !

    Disons que l'activité missionnaire du P. Louis Giffard était solidement encadrée administrativement. La tradition des grands évêques de Kontum était maintenue depuis la disparition de Mgr. Jannin (1941), d'abord par Mgr. Sion, un prêtre MEP de la mission de Quinhon qui avait eu le courage d'accepter de relever le défi de la succession de Mgr. Jannin de 1941 à 1951. C'est lui qui consacrera, le 5 décembre 1943, la Mission de Kontum au Coeur Immaculé de Marie.

    Si Mgr. Sion eut maille à partir avec les Viêt-Công infiltrés sur les Hauts-Plateaux, que dire de son successeur Mgr. Paul Seitz qui sera affronté à eux, jusqu'à son expulsion du Viêtnam, en août 1975.

    L'arrivée du Père Paul Seitz au Viêtnam, dans la mission de Hanoi, remontait à l'automne 1937. Il avait fait parler de lui lorsque, simple vicaire à la cathédrale, il avait fondé au Ba-Vi, une oeuvre qui rappelait les "camps de jeunesse", en s'adressant aux jeunes gens de la rue sans emploi, et livrés à toutes les tentations de l'oisiveté.

    Les qualités d'organisateur et l'ascendant du R.P. Paul Seitz sur la jeunesse concourut à le désigner, en 1952, comme successeur de Mgr. Sion, pour être l'évêque de Kontum, et cela, bien qu'il n'ait jamais été un missionnaire de "la brousse".

    Très vite, Mgr Seitz sut donner à l'évangélisation des Hauts-Plateaux une envergure remarquable, grâce au concours qu'il sut obtenir des oeuvres caritatives internationales, notamment dans les domaines si importants de l'hygiène et de l'enseignement. Sur place, des congrégations religieuses, comme celles de St. Paul de Chartres ou des Filles de la Charité obtenaient de leur personnel des démarches souvent héroïques, dans la brousse truffée d'embuscades et de mines anti-personnelles.

    Sans doute, les missionnaires comme le P. Giffard, en butte aux mêmes dangers, étaient ils incités par leur évêque à garder le maximum de prudence. Pour Louis Giffard, devenu adjoint de l'Econome de Kontum, il se trouvera en relative sécurité, de 1967 à 1975. Pour d'autres missionnaires, cette recommandation n'était pas inutile pour certains d'entre eux, comme le P. Dujon qui allait pousser à l'extrême l'audace et l'intrépidité au service des communautés montagnardes. Certes, en dépit de multiples formes de harcèlement militaire, il n'y aura pas de grands combats sur le plateau de Kontum, comme il y en a eu, dans la région de Cam-Lô, à Khê-Sanh, près de la frontière du Laos. Le couloir de ravitaillement de la subversion au Sud-Viêtnam était la fameuse "piste Hô-chi-Minh", en bordure du Laos-Cambodge; les bombardements et la défoliation des Américains n'y purent rien. Cependant, le plateau de Kontum n'échappa nullement à la grande offensive du "Têt Mâu-Thân" en février 1968, si meurtrière dans certaines villes comme Hué. Quant à l'offensive de 1970, elle ne fut que l'annonce de la conquête totale du pays et de la prise de Saigon en avril 1975.

    Les missionnaires de Kontum et Mgr Seitz le premier, avaient subi, sans fléchir, cette dégradation de la situation politique. A l'heure de l'assaut final, ils accompagneront la population civile terrorisée, dans l'affolement de son exode vers le Sud. Quant à Mgr. Seitz, prévoyant l'éventualité de son expulsion du Viêtnam, il se choisit un successeur en la personne du Père Nguyên-van-Lôc, originaire de Hué et ancien élève de l'Institut de la Providence, enrôlé volontairement dans le clergé missionnaire de Kontum, depuis de nombreuses années. Cette "ordination épiscopale" de dernière heure eût lieu dans la plus extrême discrétion, ce qui servira plus tard de prétexte, pour les autorités de Hanoi, pour refuser catégoriquement à Mgr. Nguyên-van-Lôc, le droit d'exercer son ministère pastoral.

    Expulsé du Viêtnam comme tous ses confrères et comme Mgr. Seitz, au cours de l'été 1975, le Père Louis Giffard fut rapatrié en France, bien décidé à ne pas se croiser les bras, après avoir pris un temps de repos bien mérité.

    A son retour définitif en France, Louis Giffard, après avoir repris contact avec sa famille, en Ille et Vilaine, eût à prendre soin de sa santé, notamment en subissant une opération chirurgicale. Il avait alors 64 ans et restait désireux de reprendre un ministère adapté à ses forces. C'est ce qui lui fit accepter de remplacer quelque temps, le curé de la paroisse de Chatou (Yvelines), dans le diocèse de Versailles. On lui proposa ensuite l'aumônerie de l'école du "Bon Sauveur", tenue par des religieuses, au Vesinet, à côté de Chatou. Il y restera deux années, jusque dans l'été 1977 où il prendra acte du départ de la Supérieure et de son remplacement par un directeur laïc dont les méthodes ne lui convenaient pas, et il démissionnera pour revenir dans son diocèse d'origine, celui de Rennes.

    Le Vicaire Général du diocèse, le Père Temple lui proposa alors d'accepter d'une façon assez désinteressée, l'aumônerie de l'hôpital rural renommé de St. Brice-en-Cogles, près de Fougères. Cet établissement, à la fois hôpital et hospice, abritait alors 150 malades ou retraités. Le Père Giffard y versait sa pension de vieillesse tout comme un retraité. Il y retrouvait des compatriotes qu'il accompagnait dans leurs souffrances et leurs vieux jours. Il s'y dévoua pendant 8 années, d'octobre 1977 à mai 1986. Son départ sera hâté par l'attitude désobligeante du nouveau directeur qui chipotait sur des questions d'honoraires de messe, à l'occasion d'une inhumation.

    Le Père Louis Giffard, âgé de près de 75 ans pensa venu le temps de se retirer à la Maison Saint Raphaël de Montbeton. Il n'y entra qu'en septembre 1986, après avoir remplacé quelques uns de ses confrères du diocèse de Rennes durant l'été 1986.

    Il aura la consolation de fêter, dans la chapelle de la Maison Saint Raphaël, ses noces d'or sacerdotales, le 4 juillet 1987, au milieu de ses confrères et de nombreux membres de sa famille. Il y chantera son "Magnificat" pour les 38 années passées à évangéliser les "montagnards" de Kontum, ainsi que pour les 12 ans de répit d'apostolat, auprès des malades, et il s'en remettait au Seigneur, pour ce qui allait être les dix dernières années de sa vie sacerdotale.

    Le 19 mai 1985, Louis Giffard avait sollicité son entrée à la Maison Saint Raphaël de Montbeton où il était déjà venu à plusieurs reprises pour des convalescences post-opératoires, à partir de 1970.

    Il était heureux d'y retrouver désormais, le Supérieur, Georges Cussac et plusieurs confrères anciens du Viêtnam. Il allait y apprécier, de nouveau, la médicalisation de la maison et le vaste parc, ainsi que le souvenir de si nombreux prédécesseurs dans le champ de l'apostolat. Il allait y passer encore dix années, paisiblement, avant d'être rappelé à Dieu, le 10 juin 1997.
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    • Numéro : 3584
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