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Pierre GEYRES

GEYRÈS Pierre (1925-1964)
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    GEYRÈS Pierre

    (1925-1964)


    [3826] GEYRÈS Pierre, Ernest, est né le 8 février 1925 à Sauguis, dans le diocèse de Bayonne (Basses Pyrénées). Il fit ses études primaires chez les Frères des Écoles chrétiennes à Sauguis, et à 10 ans, il entra comme séminariste au Collège St François Xavier de Mauléon. En raison de la guerre, il dut aller à Ustaritz faire sa première et sa philosophie. Sa vocation pour les Missions Étrangères se précisa d'abord grâce à l'action du Père Bassaisteguy, MEP et basque, qui fit une tournée de recrutement dans la région, puis grâce à l'exemple de son oncle, le Père Antoine Miranda, missionnaire à Pondichéry. Il entra aux Missions Étrangères le 25 octobre 1942. Il fut ordonné prêtre à 23 ans, en décembre 1947, et fut destiné à la Mission de Pondichéry. Son oncle, le Père Antoine, se trouvant en congé en France à cette époque, il fut décidé que l'oncle et le neveu partiraient ensemble pour l'Inde. En fait, le départ fut retardé par des grèves et des manifestations sociales et politiques. Ce n'est que le 21 janvier 1949 qu'ils quittèrent Marseille. Après un long voyage, le \Chantilly" jeta l'ancre devant la ville de Pondichéry, le 14 février 1949, à midi.

    Mgr. Colas envoya le jeune missionnaire à Karikal, où il devait apprendre le tamoul sous la direction du Père Peyroutet. Il ne tarda pas à écrire de petits sermons et à converser en tamoul avec les enfants de la paroisse. Mais en janvier 1950, il fut nommé à Erayur, une grosse paroisse de 7000 âmes, sous la tutelle du Père Noël, grand missionnaire et expert en tamoul. Tout en étudiant la langue, le Père Geyrès se montra toujours prêt pour les confessions et les baptêmes, puis son curé le lança sur tous les chemins de la région.

    Après un an à Erayur, le Père sentit le besoin de se mettre à l'anglais. Il alla alors passer l'année 1951 au Collège St Joseph de Cuddalore. Au début de 1952, il avait fini ses classes, et on le jugea capable de voler de ses propres ailes. Il fut nommé curé de Cheyur. C'était une paroisse de Parias convertis, des Hariyans ou fils de Dieu comme les appelait Gandhi. Comme ils étaient nouvellement convertis, le Père s'appliqua à leur formation chrétienne. Il avait le don de leur parler simplement, employant beaucoup d'images et de comparaisons tout à fait à leur portée. Il devait visiter ses nombreux villages régulièrement, ce qui n'était pas facile pendant la saison de la mousson. Comme la moto ne pouvait passer partout, il imagina une nouvelles marque de vélo, la marque "Geyrès" : un cadre, un pédalier, un guidon, deux roues et une selle, bref, un vrai squelette sans freins, et sans garde-boue. La mousson rendait les routes impratiquables, mais lui, ne calait jamais. À Cheyur même, il aida avec dévouement les Soeurs de St Joseph de Cluny dans leurs constructions.

    En mars 1958, il fut nommé à Gingee. Cette paroisse était confrontée à des problèmes de caste; les relations étaient difficiles entre chrétiens de caste et Parias. Le Père Geyrès, qui avait un tempérament de vrai diplomate, réussit à concilier tout le monde et à faire la paix. Il se consacra entièrement à ses ouailles. Village par village, et maison par maison, il refit le recensement de ses chrétiens. Aussi, en février 1959, avant de partir pour son congé en France, pouvait-il dans son rapport à l'archevêque, proposer la formation d'une paroisse nouvelle, à l'est de la rivière de Gingee, avec pour centre le petit village de Thurinjipoondy.

    Il prit quelques mois de congé en France, dans sa famille au Béarn. Il fit la tournée de toute la famille au Béarn et au pays basque. Tous les matins, il se réveillait devant des paysages grandioses. Mais il avait la nostalgie de l'Inde. Il revint à Pondichéry en novembre 1959. Son évêque le chargea de fonder la nouvelle paroisse de Thurinjipoondy, qu'il fallait diviser avec celle de Gingee. Il se rendit compte du travail énorme qu'est celui de pionnier et de bâtisseur d'une nouvelle paroisse, dans un vrai bled à l'accès presque impratiquable. Il réussit quand même à se débrouiller à l'aide de son vélo spécial, qui occasionna d'ailleurs plusieurs chutes malheureuses. On imagine ses peines et ses sueurs. Il creusa d'abord un puits, et il construisit le presbytère, un bâtiment très simple, mais solide et propre. Souvent le matériel était introuvable ou bien ne pouvait être acheminé jusqu'au village. Le curé bâtisseur dut fréquemment pousser la roue des charettes. Au dernier stade des constructions, bien souvent une partie des transports furent faits à tête d'hommes et de femmes, selon la coutume du pays. Il se trouvait bien isolé au milieu de ses 130 pauvres chrétiens. Il avait aussi la charge de cinq autres villages aussi misérables, tandis que le reste de ses 1100 fidèles étaient disséminés parmi une vingtaine d'autres hameaux, au milieu d'hindous réfractaires à toute approche d'évangélisation. Un des cinq villages n'avait pas de chapelle : il en bâtit une. Il répara les toits de tuiles ou de chaumes des autres lieux de prière. Il lui fallut courir à la recherche des chrétiens isolés, car il s'était vite rendu compte que la visite du prêtre était pour beaucoup la seule chance de rester fidèles. Un bon vieil hindou, qui pendant quatre ans l'avait ainsi vu passer et repasser dans son village, ne manqua pas de faire remarquer le zèle dévorant du bon pasteur, lorsqu'il apprit sa mort.

    Un jour arriva où le Père souffrit d'enflures inquiétantes. Il alla se reposer au Sanatorium St Théodore, à Wellington, dans les Nilgiris. Il alla un peu mieux et Monseigneur le nomma à l'importante paroisse de Nellitope, près de Pondichéry. Il y arriva en juin 1964. Mais, le corps tout enflé, il dut entrer à la clinique des Soeurs de St Joseph de Cluny. On lui fit prendre l'avion pour la France dès le 14 juillet. On le conduisit à l'hôpital Pasteur à Paris. Là, les docteurs furent très pessimistes en voyant l'état de son foie. Le 1er septembre, il rejoignit sa famille à Bayonne, où il ne fit que dépérir. Le 27 septembre, après sa Messe, et au réveil d'une syncope plus forte, il demanda et reçut les derniers sacrements. Il mourut à l'hôpital de Bayonne, le 6 octobre 1964, à l'âge de 39 ans.

    La messe des funérailles fut célébrée par le Père Itçaina, dans l'église St Léon de Marracq, entouré d'une trentaine de prêtres. Le Père Michel Augustine, prêtre indien de Pondichéry, après l'absoute, eut des mots très émouvants et au nom du clergé de Pondichéry, il offrit à la mère du Père Geyrès des paroles de consolation.

    "Je suis entre les mains du Bon Dieu", écrivit-il dans une de ses dernières lettres. Il l'a toujours été. Il a toujours fait son devoir là où il était. Merveilleux missionnaire, bien intégré et adapté au pays, charmant confrère, il laisse l'exemple d'une vie bien remplie "in brevi tempore", courte mais fructueuse.



    Références bibliographiques

    CR 1948 p. 149. 1958 p. 79. 1960 p. 80. 1961 p. 87. 1962 p. 99. 1963 p. 110. 1964 p. 68. BME 1948 p. 186. 1949 p. 187. 1951 p. 150. 1952 p. 640. 762. 1953 p. 212. 407. 1954 p. 841. 843. 1955 p. 113. 795. 1957 p. 648. 1958 p. 85. 879. 1959 p. 552. 1961 p. 691. EPI 1965 n° 23 p. 266. 267 (notice) + notice p. 297. EC1 N° 432. 463. 467. 659. 668. 745. 747.

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    • Numéro : 3826
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