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Lucien Eugène GALAN

[3846] GALAN Lucien,Eugène Missionnaire Sichang-Thakhek-Paksé ----------------- [3846] Lucien, Eugène Galan naquit le 09 décembre 1921, au hameau de la Moissetie, paroisse de Golinhac, diocèse de Rodez, département de l'Aveyron. Il fit ses études secondaires au Collège de l'Immaculée-Conception à Espalion, puis passa au Grand Séminaire de Rodez.
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    [3846] GALAN Lucien,Eugène

    Missionnaire

    Sichang-Thakhek-Paksé
    -----------------

    [3846] Lucien, Eugène Galan naquit le 09 décembre 1921, au hameau de la Moissetie, paroisse de Golinhac, diocèse de Rodez, département de l'Aveyron. Il fit ses études secondaires au Collège de l'Immaculée-Conception à Espalion, puis passa au Grand Séminaire de Rodez.

    Le 30 Septembre 1946, il entra au Séminaire des Missions Etrangères. Il fut ordonné prêtre le 29 Juin 1948 et reçut sa destination pour le Vicariat Apostolique de Sichang, qu'il partit rejoindre le 15 Décembre 1948.

    Le 31 mars 1949, il arriva à Sichang, après avoir suivi la route du Yunnan et fait ses quinze étapes à cheval coupées de quelques jours de repos à Mulo à Hweili et à Téchang. puis, sous la direction de M.Valtat, il étudia le chinois à l'Evêché de Sichang.En Juillet 1949, Il partit avec M.Cuzon à Mulochaiku situé sur les frontières du Yunnan pour mettre en pratique ses connaissances de la langue chinoise et commençer à voler de ses propres ailes, tandis que, dès février 1950, M. Cuzon prenait la direction du district de Hweili, puis de celui de Mulo en Juin 1950.

    Fin mars 1950, le Kientchang fut \libéré" par les troupes communistres. En Juin 1950, M;Galan s'installa à Salien, sous la direction lointaine de M. Bocat, aumônier des religieuses à Hweili. Il faisait souvent la navette entre Salien et Hungpuso; pendant un certain temps, il ne fut nullement inquiété dans ses mouvements. Le 15 Novembre 1950, au retour d'une de ses fréquentes tournées chez ses chrétiens, il fut appréhendé et mis en prison. On l'accusa d'être en relations avec des rebelles de la région. C'est ainsi qu'on s'expliquait ses fréquents voyages. Le surlendemain, il fut transféré à Hweili, où le P. Jean YI le fit remettre en liberté le soir même. L'accusation de complicité avec les rebelles étant écartée,on lui reprocha encore une chose : avoir accepté, sans autorisation du gouvernement,les fermages de quelques métayers.Il dût promettre de tout rendre et d'écrire une confession à paraitre dans les journaux.

    En décembre 1950, tous les étrangers furent obligés de s'inscrire à la police, avec interdiction de sortir de la ville Ainsi MM.Cuzon et Galan se trouvèrent bloqués à Hweili. En Juillet 1951, M.Galan toujours dans l'impossibilité de rejoindre son poste de Salien, tint compagnie à M.Bocat à Hweili et assura le travail du dispensaire. Il fut ensuite conduit à Sichang et expulsé vers Hong-Kong où il arriva le 8 Janvier 1952, en compagnie de Mgr.Baudry, et de MM. Valtat et Bocat.

    Après quelques semaines de repos , il fut affecté au Vicariat Apostolique de Thakhek, et quitta Hong-Kong le 26 Janvier 1952, pour rejoindre sa nouvelle mission.

    En Avril 1952, il arriva à Thakhek, se mit à l'étude de la langue laotienne et fut nommé à Nason près de Paksé. Vers 1953-54, il prit contact avec les populations "kha" de la région,au pied du plateau des Bolovens, côté Nord-Ouest, les visitant malgré la présence d'éléments rebelles viêtminh qui se cachaient dans ces montagnes. En 1955, il fit le projet de s'occuper de lépreux, et pour se documenter, partit visiter quelques léproseries dans la région de Saïgon et de Djiring, sur les Hauts-Plateaux du Viêtnam.

    En 1956 Installé dans une petite maison-chapelle, dans un site magnifique, au bord d'un gros torrent, il rayonnait sur huit villages "khas", tandis que de nombreux autres demandaient à se faire chrétiens.

    De Juin 1957 à Décembre 1958, M.Galan assura la charge de curé intérimaire de Paksé,et peu après. prit son congé régulier en France du 9 Avril 1959 au 23 Févirer 60.

    A partir de années 60, dans des conditions difficiles il assura son ministère dans des zones de démarcation de forces laotiennes rivales. il connut des arrestations momentanées, le risque des pistes minées, les suspicions de part et d'autre.

    En 1962, il s'établit à Nong-Khen à la limite du territoire contrôlé par le Pathet-Lao,s'efforçant de voir, non sans grandes difficultés, les chrétiens des deux côtés de la frontière;il pût faire une tournée dans le secteur de Non-Khen et Saravane, à cheval sur les deux zones.

    . En 1964-65, il s'installa à Nong-Sim, chrétienté de 647 baptisés. De là, en raison de l'insécurité, il ne pût visiter que très rarement et avec risques, le secteur de Muong-Khrai, en zône Pathet-Lao.

    Le samedi 11 mai 1968, M.Galan quitta Paksé pour se rendre dans les villages de Nong-Mot et de Nong-I-Ou dont il avait la charge depuis décembre 1967. Au passage à Pakson, il prit avec lui deux élèves catéchistes. Le Dimanche 12 Mai 1968, il assura deux messes en deux endroits différents, puis quitta Nong-I-Ou, vers 8h.30 pour retourner au kms 15 de Paksé. où il devait assurer une messe dans la soirée.

    Au Kms 19 avant Paksong, il tomba dans une embuscade.Il semble qu'on ait tiré sur sa voiture par devant.et sans aucune sommation.Lui-même fut grièvement blessé, la voiture stoppa. L'un des élèves catéchistes fut tué sur le coup, l'autre blessé aux jambes. Selon ce dernier, des soldats parlant viêtnamien seraient venus tirer le Père de sa voiture,l'auraient trainé un peu plus loin; à ce moment là, on a entendu plusieurs coups de feu."

    Peu après l'attentat, les soldats du poste situé au Km.17, donc à deux kms de là,vinrent sur les lieux. Le blessé fut évacué sur Huei-Kong, puis sur l'hôpital de Paksong. Les deux morts furent laissés sur place. Un convoi militaire fut organisé le lendemain, et on put ramener les deux corps en camion jusqu'à Paksong, puis en hélicoptère jusqu'à la mission catholique de Paksé, vers 18 heures.Selon le constat du docteur,le corps du P.Galan portait de multiples plaies pénétrantes.La récupération des corps ne fut possible que grâce au dévouement et à l'énergie du Général commandant la 4ème Région militaire.

    La mise en bière eût lieu le mardi matin à trois heures; les funérailles furent célébrées, le mercredi 15 mai, à 7h30, à la cathédrale de Paksé en présence de Mgr Loosdregt,du P.Chevroulet, provincial des Pères Oblats de Vientiane,de quatre missionnaires de Thakhek, des autorités civiles et militaires de la Province et devant une foule très nombreuse.
    GALAN

    Lucien

    (1921 - 1968)

    [3846]

    Références biographiques
    CR 1948 p. 150. 1956 p. 55. 1960 p. 62. 1962 p. 73. 1963 p. 83. 1964 p. 47. 48. 1965 p. 97. 1966 p. 115. 1967 p. 83. 1968 p. 166. BME 1948 p. 187. 311. 1949 p. 377. 429. 635. 636. 1950 p. 501. 562. 739. 1951 p. 179. 439. 1952 p. 129. 576. 1953 p. 788. 1954 p. 801. 1955 p. 54. 168. 662. 1956 p. 79. 168. 662. 1957 p. 271. 272. 363. 364. 1092. 1959 p. 553. 1960 p. 176. 177. 1961 p. 681. 685. EPI 1962 p. 800. 801. 1964 p. 130. EC1 N° 448. 463. 511. 512. 659. 674. NS. 9P258. 9P284. 10P296. 15P22. 49P51. PDM août 1968 N° 13 p. IV. Enc. PdM. 13P48.

    ALARY Gaston
    TÉMOINS AU PRIX DE LEUR VIE
    Edition hors série
    DEglise en Rouergue, Rodez 1986



    LUCIEN GALAN
    DE GOLINHAC
    ASSASSINÉ AU LAOS EN 1968



    Au mois de mai 1968, au Vietnam, la bataille pour Saïgon faisait rage. A Paris, le 10 mai, avaient débuté des négociations américano-nord vietnamiennes pour une paix qui narrivait jamais. La guerre demeurait implacable sur le sol vietnamien. En France, les événements de mai 1968 maintenaient le pays dans une fièvre politique élevée et permanente. Dans les journaux, cette suite dévénements était chaque jour à la une de lactualité.

    Cest au cur de ce printemps, sous un horizon chargé dorage, quà la mi-mai, les journaux dAveyron annonçaient la mort au Laos du Père Lucien Galan de Golinhac ; il avait été assassiné le 12 mai. Dans la presse locale, quelques chroniques de 40 à 50 lignes seulement signalèrent lévénement. Le Laos, cest loin. La guerre du Vietnam avait banalisé la mort violente sur cette région de la planète. A lépoque on neut pas une information abondante sur les circonstances de cette mort. Des renseignements détaillés arrivèrent plus tard.


    DE LAVEYRON A LA CHINE

    Lucien Galan était né le 9 décembre 1921 à la Moissétie, près de Golinhac, dune famille dagriculteurs. Après ses études secondaires, il fut élève au Grand Séminaire de Rodez pendant quatre ans de 1942 à 1946.

    Entré au Séminaire des Missions Etrangères de Paris en septembre 1946, il y continua sa formation théologique. Il fut ordonné prêtre le 29 juin 1948.

    Le 15 décembre 1948, il partait pour la Chine méridionale. Il fut affecté à la Mission de Sichang dans la province de Kien-Tchang. Pour rejoindre son poste, il partit de la frontière du Ton-kin. Après 20 étapes de voyage à cheval, à travers le Yunnan, il arriva à Sichang le 31 mars 1949. A lépoque, les armées communistes de Mao-Tsé-Tong occupaient une grande partie de la Chine. La province du Kien-Tchang nétait pas encore libérée.

    Pendant quelques mois, Lucien Galan est à lévêché de Sichang ; il apprend la langue chinoise et se familiarise avec les usages du pays. Dès les débuts il écrivait à ses amis dEspalion ses premières impressions de Chine (1) :

    Un beau voyage à faire : celui du Rouergue au Kien-Tchang ! Jusquà Canton en bâteau, de Canton à Kumming en avion, de Kumming au Sichang à cheval, enfin, 20 jours de marche.

    La Chine est le pays des aventures ; on franchit des montagnes très élevées par des cols à plus de 3 000 m daltitude ; on redescend vers la vallée du Yang-Tse(Fleuve Bleu) à 800 m pour remonter à 2 000 m. Le matin, vous quittez les pêchers en fleurs pour rencontrer, le soir, la neige à létape de haute altitude. Vous passez vite ainsi du printemps à lhiver pour retomber, le lendemain, en plein été, avec des caravanes accrochées aux flancs des montagnes à pic, les précipices sans fond doù monte un grondement sourd de cascade, les torrents quil faut passer sur un tronc darbre en tirant sa mule. Ce sont là quelques-uns des agréments du voyage.


    (1) Echo de la Vallée, Bulletin du Petit Séminaire dEspalion, Mars 1949.


    La Chine est le pays des contours. Tout est contour, même lesprit des gens. Les environs de Kumming (lancienne Yunnan-fou) forment un plateau sillonné de canaux aux larges contours, avec des rizières bordées de digues en serpentin. Comment ne pas voir là une des explications des détours et des ruses subtiles du caractère chinois ? La Chine est le pays de la misère. Une foule de gens en haillons, des estropiés, des aveugles, des mendiants déguenillés remplissent la rue ou le chemin. Les villes ont un aspect primitif, malgré une abondance de produits bien chers. On se croirait au Moyen-Age : petites fabriques à loutillage très primitif, boutiques à façades de planches, rues pavées avec de grosses dalles irrégulières et mal jointes. Tout est archaïque. Il y a cependant des quartiers très modernes aux magasins éblouissants. Quand on parcourt la campagne, on a la même impression. Loutillage du paysan est très simple : la houe seulement, ou, rarement, une petite charrue de bois ; un petit char aux roues de planches mal jointées et mal arrondies. On se contente dun maigre bénéfice. Chaque jour, arrivent à Kumming des hommes, des femmes, des enfants même qui ont fait plusieurs jours de marche pour venir vendre 60 à 80 kilos de charbon de bois ou dautres marchandises apportées sur le dos.

    La Chine est un pays peu religieux. Les chinois viennent aux pagodes, plutôt en touristes, et délaissent volontiers les statues innombrables aux visages grimaçants pour les restaurants dalentour. Au point de vue chrétien, il y a beaucoup à faire, cest le paganisme en plein. Les chrétiens sont très peu nombreux auprès de la masse des païens. Quand on arrive en Chine et que lon voit le petit nombre des églises, on a limpression dêtre écrasé par la masse païenne. Il est difficile dimaginer ce quest le monde païen tant quon ne la pas vu.

    A la fin de 1949, il fut envoyé au sud de la zone de mission à Hweilli (Houilli). Le 5 décembre de cette année (Année du buf, cycle Kichéou, le 15 de la 10e lune) il écrivait à un de ses amis. Je me trouve avec des habitants de différentes races qui font souvent du brigandage et de la petite guerre. Le pays de hautes montagnes sauvages est très intéressant pour guerroyer et se camoufler (1).


    (1) Ces lettres de Chine citées ici, ont été adressées à ses amis ou à sa famille.


    Il pressentait alors que la tourmente communiste se rapprochait. En 1950, les troupes communistes arrivèrent dans la province. Dès le mois de février, elles occupèrent Sichang. Lucien Galan passa lannée seul à Salien près de Hweili ayant encore la liberté de circuler.

    Le 15 novembre 1950, il fut arrêté et accusé davoir eu, lors de ses nombreuses sorties pour visiter les chrétiens, des complicités avec des rebelles. Le 17 novembre, il fut transféré à la prison de Hweili. Laccusation portée contre lui ne fut pas retenue ; étant depuis peu en Chine, il expliqua aux autorités quil ne comprenait pas suffisamment la langue chinoise.

    De Hweili où il était condamné à linactivité, il pouvait encore donner quelques nouvelles et en recevoir. Dans une lettre du 25 juillet 1951, il racontait sa vie à Hweili :

    Ici autour de nous cest la fièvre, la folie engendrée par les choses nouvelles. Le paradis terrestre ne sélabore pas vite, tout le contraire. Ici, ce sont les meetings à léglise dans les petits villages pour éduquer le bon peuple et le mettre en garde contre limpérialisme américain qui est même dans les bonnes uvres. Les Chinois nous ouvrent les yeux. Ils veulent autant que possible éclairer tous les peuples et les aider à se libérer de ce grand mal quest limpérialisme américain.

    La jeune Chine, en ce moment, est toute frémissante de libération et vit dans la joie. Enfin tout va très bien.

    Lucien Galan connut la période où les Chinois étaient convertis au marxisme par les séances dauto-critique et les jugements populaires. Lui-même neut jamais à subir ce genre de rééducation.

    Plus tard, quand il revint en France, il raconta ces sinistres comédies où des enfants accusaient leurs parents et où on condamnait des gens en grand nombre pour les exécuter. Lui-même avait pu se faufiler parfois en curieux dans la foule. Il avait pu voir certaines de ces séances.

    A la fin de 1951, il fut transféré à Sichang. En décembre, il fut expulsé.

    Le 8 janvier 1952, il arriva à Hong-Kong avec son évêque Mgr Baudry. Après cette épreuve, au début de 1952, dans une autre lettre, Lucien Galan témoignait encore de ce quil avait vu en Chine (1).


    (1) Bulletin interparoissial Villecomtal - Golinhac - Avril 1952.


    La Chine, après la guerre avec le Japon, donnait beaucoup à espérer... Dans 10 ans on aurait doublé et même triplé le nombre des chrétiens... Mais voilà la Providence en a disposé autrement. Je crois que les vieux chrétiens tiendront. Les prêtres se montrent admirables. Dans notre mission, il y en a 7 ou 8 sur 18 aux travaux forcés, ou en prison. Chez nous église, école tout a été pris par le gouvernement.

    En Chine, durant cette dernière année, les missionnaires ont eu bien des tristesses, mais aussi des consolations. Quand on est parti dHouilli, les chrétiens et beaucoup de païens sont venus discrètement nous saluer en pleurant. Beaucoup avaient espoir que leur épreuve serait courte. Je ne pense pas que la majorité des gens soit communiste en Chine. Beaucoup sont écurés par les jugements iniques. Les prisons regorgent dinnocents, et partout des forçats. Les mois les plus terribles furent avril et mai derniers : chaque jour dans la petite ville, où jétais en résidence surveillée, des exécutions. Cela durant des heures entières. On exécutait les condamnés après les avoir insultés, roués de coups. Défense denterrer les cadavres...

    Je ne crois pas que ce soit le paradis encore en Chine. Quand on est parti, cétait un véritable enfer. Les terrains avaient été partagés. Il y avait beaucoup de mécontents. Les meubles, les vêtements, les instruments de travail, tout avait été partagé. Ceux qui avaient reçu les maisons des riches y crevaient de faim. Le commerce est mort, les bourses sont plates ! Je crois que la Chine fait une triste expérience....


    EN MISSION AU LAOS

    A peine remis de son émotion chinoise, Lucien Galan reçut, le 26 janvier 1952, sa nomination au Laos.

    Quand on est missionnaire de lEvangile, on ne chôme pas parce quon a été expulsé dun pays, on va dans un autre. En avril 1952, le voilà donc à Thakhek, centre de la mission où il est envoyé. Après le Chinois, Lucien Galan étudia le Laotien. Lapprentissage de la langue dura bien un an.

    Avec ténacité et amour il se familiarisa avec les coutumes les murs du pays. Il approfondit peu à peu sa connaissance du peuple laotien.

    Dès 1953, il était nommé dans la région de Paksé pour le sud de la mission. Il se fixa à Nason. A partir de cette date il passa les quinze années suivantes dans cette même région. Il se spécialisa dans le ministère auprès des tribus Khas (prononcer Kra). Celles-ci habitaient sur les pentes montant au plateau des Bolovens en allant sur Pakson à lest de Paksé.

    De sa nouvelle mission, Lucien Galan écrivait alors (1) :

    Les Laotiens sont un peuple heureux. Il a fallu que les peuples soi-disant civilisés viennent troubler leur tranquillité et leur apprendre à faire la guerre, eux qui ne tueraient pas un animal, même nuisible, si celui-ci na pas attaqué le premier...

    Au point de vue religieux, la plupart des Laotiens sont bouddhistes, il y a très peu de chrétiens... Je me trouve donc dans une mission toute neuve avec deux autres aveyronnais, les
    Pères Alazard de St-Geniez dOlt et Lacombe de Saint-Santin tous deux âgés de plus de 70 ans, mais très actifs. Il y eut aussi autrefois un père Burguière de Nacoulorgue qui est mort dans cette mission (2). Celle-ci est donc un fief aveyronnais ; je ne suis pas dépaysé !

    Malgré nos malheurs, Dieu nous fait la vie bien belle. Depuis ma sortie de Chine, que de randonnées, de parties de chasse dans la forêt doù je reviens toujours bredouille, que dinvitations à droite et à gauche ! A présent cest un peu plus calme.

    Mais on vit toujours dans langoisse, du moins ceux qui sommes sortis de Chine. Il me semble quon ne peut pas éviter le communisme. Cest si bien organisé pour rouler les gens et les expédier ensuite au bagne ou au poteau dexécution ! Même ceux qui se donnent tout entiers à lui ny échappent pas.

    Sur son terrain de mission, Lucien Galan avait des chrétiens fervents, mais aussi des mauvais témoignages deuropéens et il rencontrait le communisme par linfiltration du Viet-Minh.

    Dès 1953, telle de ses lettres reflétait une inquiétude face à la situation dont il analysait les aspects sociaux. (3)

    Ce nest pas la persécution qui détruit la religion, cest plutôt lexemple des mauvais chrétiens. Or ici pour lindigène, un Européen est un chrétien. Chrétien et Européen, cela ne fait quun dans lesprit des gens. Malheureusement, les occidentaux trahissent ouvertement lidéal religieux quils devraient représenter.


    (1) Bulletin interparoissial - Juillet 1952.
    (2) Il sagit de Joseph Burguière 1877 - 1934, de Nacoulorgues situé sur la paroisse de Salrf
    Félix de Lunel.
    (3) Bulletin interparoissial - Juin 1953.


    Les Colonies, cest, en partie, un échec. On a fait du travail qui se voit : des ponts, des routes, des hôpitaux, des écoles. On a modernisé le pays. Cest du travail en surface, qui a dérouté ces gens un peu primitifs. Comme travail en profondeur, il ny a eu que le travail missionnaire. On a matérialisé des peuples qui sont portés surtout vers le spirituel. Cette civilisation matérielle quon leur a apportée ne les a pas rendus plus heureux. Pour relever la situation, il faudrait des chefs à haute valeur morale et clairvoyants. Le communisme gagne parce que ceux qui le combattent ne le combattent pas sur le vrai champ de bataille qui est le sien. Le vrai champ de bataille du communisme cest lesprit, cest le champ des idées. Il répand son idéologie, sa pensée, son erreur. Si on appliquait lévangile (partager son pain avec les pauvres, partager ses biens, se contenter de son dû), la crise mondiale actuelle nexisterait pas. Il faut une grande révolution mondiale, pacifique et chrétienne. Il faut de grandes réalisations au point de vue social, économique et moral.

    Je suis dans un petit village à une dizaine de kilomètres de Paksé. Il y a 200 chrétiens convaincus...
    Ils ne sont pas riches, mais très généreux. Ils font la prière, chaque soir, à léglise. Il y a une école avec 60 élèves. Aujourdhui, lévêque est venu me voir pour réparer les bâtiments de lécole. Jai de quoi moccuper.

    Dans la mission de Nason, il y avait déjà beaucoup de Laotiens qui se préparaient au baptême et dès 1956 les baptêmes dadultes étaient nombreux.
    En 1957 enfin il eut la joie dinaugurer et de bénir la nouvelle église de Nason en style Kha.

    Lucien Galan demeurait très proche de sa famille et de ses compatriotes de Golinhac. Régulièrement il envoyait de ses nouvelles, les tenait au courant de ses activités, de ses aventures, de ses joies, de ses inquiétudes. Le Bulletin interparoissial que recevaient les familles de Golinhac portait souvent des extraits de ses lettres. Après chaque congé en Aveyron, il repartait avec joie et courage à son travail missionnaire qui le passionnait.


    DANS LE VOISINAGE
    DES VIETCONGS
    ET DE LA PISTE HO-CHI-MINH

    De 1960 à 1964, le Père Galan eut la charge de la mission de Muong-Khrai. Celle-ci se trouvait à la limite des zones alors contrôlées par les Pathet-Lao (communistes) et les troupes gouverne mentales. Cela rendait la situation difficile. Plusieurs fois, surtout en 1962, il fut momentanément arrêté, puis relâché. Il y avait con-tinuellement le risque des pistes minées.

    Son activité continua. Au début de 1961, une de ses lettres en donnait un aperçu à la paroisse de Golinhac quil remerciait pour laide quelle lui envoyait (1). On le sentait soucieux du progrès social de la population.


    (1) Bulletin interparoissial - Février 1961.


    En ce moment, écrit-il, jai pas mal de projets en tête, projets dictés par la nécessité : finir la chapelle commencée, en agrandir une autre, en déplacer une troisième, car le village sest déplacé et en planter une quatrième. Ce serait vite fait si javais des gens actifs, comme à Golinhac, vite fait et à peu de frais, mais il faut compter avec le peu dempressement de mes gens. Quelquefois, ils sont zélés et généreux, ils me surprennent même, quelquefois aussi il faut les secouer.

    Ces jours derniers, jai fait les premières démarches pour obtenir la construction dun pont sur un torrent, ouvrage dun grand intérêt puisquil peut changer léconomie de plus de cent villages. Jai chargé le chef du district de poursuivre les démarches les plus faciles, afin que cela soit une uvre de la population. Après une semaine, je suis venu voir les résultats : rien na été fait. Ça viendra. Jai déjà procuré à mes villages un char et des bufs, en commun...

    Je veux essayer de les faire travailler en commun.., travail moins pénible, plus rentable. On peut y arriver par la douceur et la persuasion. Les communistes y arrivent par la terreur et la mitral-lette...

    La paix nest pas encore tout à fait rétablie, peut-être les jours tranquilles se feront longtemps, attendre.

    La tâche et linfluence de Lucien Galan parmi les tribus Khas saccroissait sans cesse. Le nombre des baptisés augmentait, même dans le voisinage de la violence, après 1965.

    Dans ses lettres quil envoyait à Golinhac, il évoquait cette avancée de lEglise mais il parlait de plus en plus de la guerre au Laos et du danger croissant sur les pistes ou en forêt. Linsécurité sétendait sans cesse sur toute la région de Paksé, Paksong, etc... Il ny avait plus le tigre dans la jungle, mais il y avait lhomme qui faisait la guerre.


    MASSACRÉ SUR UNE ROUTE
    PRÈS DE PAKSONG

    Dans ce climat de violence et face aux risques, Lucien Galan gardait un courage lucide. En février 1960, avant de repartir de Golinhac pour sa mission, il avait dit à un des siens qui linterrogeait : Eh bien, si on me tue, je resterai auprès de mes chrétiens !

    Le 15 avril 1968 dans sa dernière lettre à sa famille, il annonçait sa prochaine arrivée pour un congé quil avait retardé afin de favoriser un autre missionnaire. Au lieu darriver en France le 1er juin comme il lavait prévu, ce serait pour plus tard (1). Il écrivait Un de mes confrères est appelé durgence dans sa famille. Je lui cède mon tour de congé et je viendrai dans quelques mois. Il faut sentraider. Pour vous, et pour moi, le sacrifice est immense. Faisons ce sacrifice pour la paix au Laos et dans tout le sud-est Asiatique. Le sacrifice devait être plus grand que prévu. Sur une des routes dont il était familier, une embuscade lui fut tendue et fut fatale.

    Voici un récit de cette matinée tragique du 12 mai 1968, tel quil fut écrit, daprès le témoignage dun rescapé du drame (2).

    Le Père Lucien Galan a été assassiné le dimanche 12 mai dans la partie sud du Laos. La veille, il sétait rendu dans les villages de Nong Met et Nong Oi dont il avait la charge. Le dimanche matin, il y célébrait deux messes et vers 9 h 30, quittait Nongi Oi pour se rendre au km 15 de Paksé où il devait assurer une autre messe dans la journée ; il était accompagné de deux jeunes élèves catéchistes.


    (1) Bulletin interparoissial mars et juin 1968.
    (2) Ce récit a été publié dans Peuples du monde dAoût 1968 - Voir aussi Echos, rue du Bac -Juillet 1968, pages 296 à 299.


    Au km 19 avant Paksong, il tombait dans une embuscade. Des deux élèves catéchistes, lun fut tué sur le coup, lautre fut blessé à la jambe en plusieurs endroits et cest ce survivant du drame qui a raconté ce qui sest passé.
    Daprès son témoignage, on a tiré de face sur la voiture du Père, sans aucune sommation. Le Père Galan devait être grièvement blessé lorsque sa voiture sest arrêtée. Des soldats parlant le Vietnamien sont alors venus enlever le prêtre de son auto et lon traîné un peu plus loin ; on a entendu alors plusieurs coups de feu. Peu après lattentat, les soldats dun poste se trouvant au km 17, donc à 2 km de là, sont venus sur les lieux. Ils ont pris dans une voiture le garçon blessé qui a été ensuite transporté par hélicoptère à lhôpital de Paksong.

    Quant aux deux morts, ils les ont laissés sur place et ce ne fut pas facile de ramener les corps à Paksé : il fallut organiser un convoi et il fut durement attaqué par les maquisards. Le Père Galan portait plusieurs blessures sur le corps : de multiples plaies pénétrantes dans le dos, dans la région du cur, à la mâchoire inférieure, à la main gauche, à la cuisse droite.

    Une grande foule, au premier rang de laquelle se trouvaient le chef de la province et le général commandant la quatrième région, était à la cathédrale de Paksé, à la cérémonie denterrement. Cest du reste, grâce au dévouement et à lénergie du général Phasouk, qui navait pas hésité à sexposer en personne, que lon avait pu récupérer les corps dès le lendemain de lattentat.

    Deux questions se posent à tous.
    Quels sont les auteurs de cet assassinat ? Daprès lAutorité militaire du Laos, ce sont des Vietcongs et des Khas Loven dissidents.

    Mais pourquoi ont-ils tué le Père Galan qui navait jamais fait de politique, était aimé de tous et à qui on ne connaissait pas dennemis ? Le Père circulait sur cette piste de Paksong à Nong-Oi toutes les semaines et il était connu de tous comme missionnaire. La seule explication donnée, cest que la mort de ce missionnaire faisait partie de la guerre psychologique : il était le chef spirituel de plusieurs villages, fidèles au gouvernement. En frappant à la tête, les communistes ont voulu châtier ces villages et semer la terreur.

    Au sujet des raisons qui ont pu motiver les exécutants de ce meurtre, une autre analyse a pu être faite un peu plus tard. Le Père Jean Vérinaud des MEP a eu à se déplacer dans cette région de Paksé et de Nomsin en 1973, donc cinq ans après la mort de Père Galan. Il a trouvé le village de Nomsin complètement abandonné et la région dans une insécurité totale. Au vu de ce quil a constaté à cette époque là, il pense quil y avait dans le pays une situation pouvant fournir une explication complémentaire du massacre de Lucien Galan.

    Il écrit Une des raisons dont on na pris conscience que quelques années plus tard, cest que la piste Ho-Chi-Minh, par où transitaient les troupes Vietcongs allant dans le sud Vietnam, passait juste à lest de Paksong. Les Vietcongs et les Pathet-Lao ne voulaient pas de témoins étrangers à leurs allées venues. Ce fut probablement une des raisons de lélimination du Père Galan qui, par suite des connaissances quil avait dans toutes les tribus, aurait été à même de découvrir trop de chose. (1)

    Après ce drame, Mgr Urkia, évêque de Paksé qui avait transmis les détails cités plus haut a écrit son témoignage sur ce missionnaire (2).


    (1) Lettre de Jean Vérinaud - 12/2/1985.
    (2) Peuples du Monde - 1968 - Echos, rue du Bac, juillet 1968, p. 298.


    Le Père Galan nous a quittés, véritable martyr du dévouement pastoral. Cétait un prêtre humble et toujours disponible. Il a toujours aimé évangéliser les tribus les plus déshéritées, les Khas. Il vivait pauvrement au milieu de ces gens, préparant lui-même sa nourriture, logeant souvent dans une petite sacristie de chapelle de brousse. Disponible, il le fut toute sa vie. Il comptait prendre son congé régulier en France en février dernier. Après laccident grave survenu au Père Michel, il me proposa lui-même dattendre, pour partir en congé, que le Père fut rétabli. Son départ fixé pour le début juin fut de nouveau remis à plus tard, lorsque le Père Godet fut obligé de rentrer en France pour des raisons de famille. La mort du Père Galan crée un grand vide dans notre petite communauté missionnaire, une fois de plus cruellement éprouvée. Mais ces épreuves ne sont-elles pas la marque dun amour spécial de Dieu pour nous et une promesse de fécondité apostolique ?.

    Sur la terre du Laos, une dizaine dAveyronnais ont été missionnaires. Après Auguste Séguret et Augustin Canilhac, Lucien Galan fut le troisième à laisser la vie dans la violence sur ce terrain de mission.
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    • Numéro : 3846
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