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Placide Eugène CHAIGNEAU

CHAIGNEAU Placide (1865-1897) CHINE [1750]. CHAIGNEAU, Placide, Eugène, Clément, né le 7 février 1865 à Velluire (Vendée), élève du petit séminaire des Sables-dOlonne et du grand séminaire de Luçon, entra tonsuré au séminaire des M.-E. le 12 septembre 1884, reçut le sacerdoce le 24 septembre 1887, et partit le 2 novembre suivant pour le Se-tchoan occidental.
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    CHAIGNEAU Placide (1865-1897)
    CHINE
    [1750]. CHAIGNEAU, Placide, Eugène, Clément, né le 7 février 1865 à Velluire (Vendée), élève du petit séminaire des Sables-dOlonne et du grand séminaire de Luçon, entra tonsuré au séminaire des M.-E. le 12 septembre 1884, reçut le sacerdoce le 24 septembre 1887, et partit le 2 novembre suivant pour le Se-tchoan occidental.
    Il fut chargé tout dabord du poste de Kouang-gan, et en 1892, de celui de Kiong tcheou, dont il reconstruisit la chapelle. Ce travail ayant été remarqué, Mgr Dunand le nomma, vers le milieu de lannée 1894, architecte de la mission. On lui doit, entre autres constructions, lhôpital de Tchen-tou et léglise dune des paroisses (Y-tong-kiao) de cette ville. Au début de 1897, étant allé à Su-lin, il mourut dans cette chrétienté, le 7 février de la même année.

    Références biographiques. Compte-rendu : 1894, p. 113 ; 1897, p. 84 ; 1897, notice nécrologique, p. 295. Annales de la Sainte Enfance : 1892, p. 186. Bulletin de lOeuvre des Partants : 1895, p. 281, 420 et suiv. Semaine religieuse de Luçon: 1889, p. 187 ; 1891, p. 518. Voix de Notre-Dame de Chartres : xxxix, 1895, supplém. p. 479.
    Aller simple pour la Chine : Lettres de Placide Chaigneau, missionnaire vendéen (1865-1897) / publ. par Jean Rousseau, préf. de Pierre Rézeau.- La Roche-sur-Yon : Centre vendéen de recherches historiques, 2001. - 334 p.

    Extrait de «Aller simple pour la Chine», lettre envoyée de Chine, le 10 juin 1895
    Bien aimés parents,
    Vous avez déjà dû apprendre par les journaux les malheurs qui sont venus fondre sur notre chère mission. Je mempresse de vous écrire pour que vous vous tranquillisiez sur mon sort. Je suis en vie et bien en vie mais je suis comme Job, je nai plus rien sinon les habits que jai sur le corps. On nen veut point à nos personnes. Nous avons jusquà présent vingt églises et presbytères complètement ruinés. Tous nos établissements de la capitale, même la nouvelle maison que je bâtissais, ont été anéantis le 29 mai. Le bon Dieu ma sauvé providentiellement de la bagarre en permettant que je partisse lavant-veille pour me reposer quelques jours chez un confrère qui est à sept lieues de la ville. Je suis encore chez lui de ce temps. Son oratoire na rien eu malgré les mauvais bruits. Monseigneur notre évêque et deux confrères sont dans les prétoires de la ville. Lévêque de la mission voisine et quatre de ses confrères sont aussi au prétoire dune petite ville. Nallez pas croire quils sont en prison. Ils se sont deux-mêmes réfugiés près des autorités.Cest le vice-roi de la province qui est lauteur de tout mal . Il hait les chrétiens et les étrangers. La cause occasionnelle de tous ces maux a été les protestants. Ces anglicans ne se gênent pas assez avec les Chinois. Ils veulent agir comme ils feraient en Angleterre ou en Amérique . Donc, lautre jour, jour de fête païenne, des gamins lançaient des prunes sur un ministre. Celui-ci de se fâcher et denfermer trois ou quatre gamins dans lintérieur de son portail. On accuse tout de suite les protestants de tuer les enfants, etc, etc. Et puis en avant tout le monde à détruire les maisons ! La foule surexcitée et impunie allait le lendemain faire la même chose chez nous. Tous nos objets sont perdus. Monseigneur na même pu sauver son chapelet. Nous sommes de vrais Job et cependant nous sommes bien contents. Nos lettres le prouveraient car elles contiennent toutes le cri de : Vive la joie quand même ! Que voulez-vous, bien aimés parents, tout ça est encore moins terrible quun seul péché véniel. Le bon Dieu nous aime, cest certain, et pas un cheveu de notre tête ne tombera sans sa permission . Donc, avoir peur de quoi ? On dit que les Chinois sont furieux de ce que la France ne les a pas aidés dans la guerre avec le Japon .
    Ils se vengent sur nous. Quon dise après que les Chinois ne sont pas courageux ! Ils ont détruit dix maisons le même jour ! Ah ! sil y avait eu seulement une vingtaine de soldats européens à les garder, les balles nauraient blessé les agresseurs que dans le dos, soyez-en certains. Les protestants sont partis avec femmes et enfants sous escorte de cinq cents soldats, ce qui vous prouve encore une fois quon nen veut pas à nos personnes. Soyez donc bien tranquilles et dormez sur les deux oreilles. Mais nous autres, nous ne partirons pas. Les Chinois pourront faire la différence entre les mercenaires et les vrais bergers des brebis du bon Dieu . Nous espérons des conversions plus nombreuses après cet orage passé. Cest lhabitude en pareilles circonstances, le bon Dieu sait tirer le bien du mal. Quand tout sera dans le calme complet, je vous écrirai plus au long. Nous navons plus rien à faire pour le moment, mes confrères et moi, quà prier le bon Dieu et la sainte Vierge. Je vous assure que nous chapelettons dru.
    Vous ferez passer cette lettre à mon cher protecteur de Saint-Maurice. Lui ensuite la fera parvenir à M. Gaignet. Je ne puis écrire à tout le monde ; dailleurs jai une plume qui ne vaut rien, mais rien du tout. Faut pas que je fasse le fier puisque je nai plus rien. Livres, ornements, calice, habits, ustensiles, tout est devenu la proie de mes bons Chinois. Dites-le à mes amis et à tous ceux qui gardent encore le souvenir du pauvre missionnaire chinois. Je vous aime tous à tort et à travers. Priez pour nous. Malheureusement, on ne fait plus de martyrs en Chine. Nous arrangeons nos affaires par voie diplomatique. Le chargé daffaires de la France à Pékin, M. Gérard, est un brave homme et dune grande énergie. Il sait déjà par télégraphe nos malheurs. Le vice-roi du Su-Tchuen nemportera point celle-là en paradis.
    Saluez pour moi tous les parents et amis et priez et faites prier pour moi et pour nous tous et nos chrétiens. Bon papa, bonne maman, ne vous désolez pas ; votre Placide vous embrasse bien fort.
    Votre fils, frère, neveu [sic], ami,
    P. Chaigneau, ptre, m. ap.


    • Numéro : 1750
    • Année : None