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Charles BOISSERET D' ESTRÉCHY (1652-1709)

[96]. ESTRÉCHY (BOISSERET D'), Charles, naquit dans l'ancien diocèse de Lisieux vers 1652. En janvier 1687, après avoir passé peu de temps au Séminaire des M.-E., il partit pour le Siam et y acheva ses études théologiques. En 1689, il fut emprisonné avec la plupart des missionnaires lors de la persécution qui suivit l'expédition française. De certains documents on pourrait conclure qu'il se rendit en Cochinchine en 1700, pour y recevoir l'onction sacerdotale.
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    [96]. ESTRÉCHY (BOISSERET D’), Charles, naquit dans l’ancien diocèse de Lisieux vers 1652. En janvier 1687, après avoir passé peu de temps au Séminaire des M.-E., il partit pour le Siam et y acheva ses études théologiques. En 1689, il fut emprisonné avec la plupart des missionnaires lors de la persécution qui suivit l’expédition française.

    De certains documents on pourrait conclure qu’il se rendit en Cochinchine en 1700, pour y recevoir l’onction sacerdotale.

    Cette même année il fut emprisonné à Nha-ru avec MM. Gouge et Féret. Lui-même a raconté quelques-unes des péripéties de cette période de sa vie, dans une lettre du 16 août 1701­ : « Je n’avais travaillé qu’environ huit mois à Phan-ri, lorsque je reçus une lettre de Mgr l’évêque de Bugie, qui m’ordonnait de passer à Nha-ru pour remplir la place de M. Féret que ses infirmités obligeaient à se retirer à Siam. Pendant que je me préparais à partir, ce missionnaire arriva avec M. Gouge, qui devait l’accompagner et prendre soin de lui durant le voyage. Ils avaient déjà traité de leur passage avec le capitaine d’une jonque chinoise, qui n’attendait qu’un vent favorable pour se mettre en mer. Mais nous fûmes étrangement surpris de voir entrer chez nous une troupe de soldats qui nous lièrent les bras sur le dos, pillèrent et rasèrent notre église et notre maison, nous prirent par les cheveux, et nous conduisirent devant le gouverneur d’où ils nous traînèrent en prison. Dès que nous y fûmes entrés, non contents de nous avoir enlevé tout ce que nous avions, ils nous demandèrent leurs droits, donnèrent la torture à deux chrétiens qu’ils avaient arrêtés dans notre église, et les menacèrent de la réitérer jusqu’à ce qu’on les eût payés. Des fidèles, qui étaient en liberté, leur firent tenir ces prétendus droits. »

    « Le 22 octobre 1700, que M. Forget mourut, je fus appelé pour donner les derniers sacrements dans un village éloigné de quelques lieues. Le lendemain matin, un exprès, de la part du chrétien Ong Hoan, vint m’avertir que le gouverneur avait envoyé des soldats pour nous amener devant son tribunal, et qu’il fallait me rendre en diligence à Nha-ru. Je partis sur-le-champ. Ayant fait la moitié du chemin, je rencontrai trois domestiques de Ong Hoan qui m’amenèrent un cheval, et qui me remirent une lettre, par laquelle il me donnait avis que nous étions condamnés à mourir de faim, et que la cabane où nous devions finir notre vie était déjà dressée. »

    « J’avoue que d’abord la frayeur me saisit, et qu’il me vint en pensée de m’enfuir par mer dans la barque d’un Portugais, peu éloigné du lieu où je me trouvais. Mais, ayant pensé à la gloire et au bonheur que procure le martyre, je me recommandai à Jésus-Christ et à sa sainte Mère. Je crois que la grâce du Seigneur ranima mes forces et mon courage. Je continuai mon chemin et me rendis à la maison d’une tante de Ong Hoan, où il m’avait écrit qu’il m’attendait avec M. Gouge. Le lendemain nous allâmes nous présenter pour paraître devant le gouverneur. On nous fit attendre longtemps et l’on nous renvoya. Nous fûmes renvoyés de la même manière sept ou huit jours de suite. »

    « La nuit qui précéda le commencement de notre martyre, M. Gouge et moi célébrâmes la messe, et nos compagnons se confessèrent et communièrent pour se préparer à la mort. Le jour de la Dédicace de la basilique du Sauveur, on nous conduisit au lieu du supplice. Lorsque nous étions sur le point d’entrer dans la cabane meurtrière, un mandarin, député par le gouverneur, nous sollicita, chacun en particulier, d’obéir aux édits. Nous renouvelâmes tous notre profession de foi. Le catéchiste Antoine fit la sienne avec un grand zèle contre le culte des idoles. Les officiers et les soldats l’écoutèrent sans l’interrompre. Leur silence et leur attention nous donnèrent lieu de penser que ses paroles faisaient quelque impression sur leur cœur. Dès que son discours fut fini, on nous ôta les cangues. On nous fit entrer tous sept dans notre petite prison, dont on ferma la porte sur nous. »

    « Les chrétiens ne manquèrent pas de venir à notre secours. Les soldats gagnés par des présents les laissaient approcher, et par de petites ouvertures qu’ils firent entre le toit et les parois, ils nous jetaient des oranges et des pelotons de riz, et des prises d’un remède composé par M. Laurent (Ong Hoan), qui adoucissait la soif. Le troisième jour, on ouvrit la porte de notre cabane et on m’ordonna et à M. Gouge d’en sortir. On nous mit de nouveau la cangue et on nous reconduisit dans notre première prison. »

    Boisseret d’Estréchy ne recouvra sa complète liberté qu’en 1704. Il retourna travailler dans la région de Phan-ri­ ; il mourut le 13 novembre 1709, probablement à Ninh-hoa.

     

    Notes bio-bibliographiques

    N. L. E., viii, pp. 429 et suiv.

    Hist. gén. Soc. M.-E., Tab. alph. — La Coch. rel., i, pp. 323, 327 et suiv. — Lett. à l’év. de Langres, p. 347. — La Coch. et le Tonk., p. 191.

    • Numéro : 96
    • Pays : Thaïlande Vietnam
    • Année : 1687