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Jules BERMOND (1881-1967)

BERMOND Jules (1881-1967) CORÉE
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    [2856]  BERMOND Jules, Victor, Marie, est né le 12 février 1881 à Saint-Auban d'Oze, canton de Veynes, diocèse de Gap (Htes. Alpes), fils de Pierre Bermond et de Marie Cornand1. Il fréquente bien l'école primaire de son village, mais il n'y apprend pas grand chose, car il passe beaucoup de temps à la garde de la centaine de moutons que son père, maire de la commune, lui confie. Ses études secondaires ne sont pas non plus des plus brillantes, mais il saura assez de latin pour tenir des conversations en cette langue. Entré au Séminaire des Missions Étrangères le 15 septembre 1900, il connaît quelques ennuis de santé et craint d'être jugé inapte aux missions; il est toutefois ordonné prêtre le 29 juin 1905 et reçoit sa destination pour la Corée; parti de Paris le 16 août, il arrive à Séoul le 11 octobre 1905.

     

    Après un début d'étude de la langue coréenne à Séoul, il est envoyé au printemps de 1906 succéder au Père Mialon à la vieille chrétienté de Toi-jai, arrondissement de Wan-ju, canton de Hwa-san, dans les montagnes de la partie nord de la province du Chon-lo septentrional. Dans ce village isolé, il y a une petite chapelle en style coréen ainsi qu'un modeste presbytère que le Père Villemot a fait construire une dizaine d'années plus tôt, et une communauté fervente composée de descendants de chrétiens qui ont cherché refuge dans ces lieux isolés lors des grandes persécutions de 1839 et 1866.

     

    Ce fut le cas du Père Villemot, puis celui du Père Mialon; c'est aussi le cas du Père Bermond : à cette chrétienté on envoie des jeunes missionnaires pour que, sur le tas, ils se forment à la langue et aux coutumes du pays. En dehors du centre, il y a une bonne vingtaine de dessertes disséminées dans les montagnes. Le missionnaire les visite tour à tour, au moins à l'automne et au printemps, selon un itinéraire fixé à l'avance, les étapes variant, selon les cas, d'une douzaine à une quarantaine de kilomètres, faits à dos de cheval par des sentiers peu praticables, ou à pied.

     

    En 1911, le Père Bermond devient membre du vicariat apostolique de Taegu, cette circonscription nouvellement érigée, comprenant toute la partie méridionale de la Corée, notamment le district du Père Bermond.

     

    Celui-ci a une santé fragile, et a mené une vie dure. Aussi, lors de la mobilisation générale pour la guerre de 1914, est-il déclaré "réformé" lors de son passage à Hongkong et peut rentrer à son poste en Corée.

     

    En cette année 1914, le Père Bermond quitte ses montagnes du nord de la mission, où le Père Lucas va lui succéder, pour aller au sud de la mission, à la ville portuaire de Masan, succéder au Père Canette. Il y trouve une chapelle en torchis avec toit de chaume, une maisonnette de style japonais et une école primaire, avec un terrain spacieux qui domine la ville et le port.

     

    Avec sa trentaine de dessertes, ce district est bien plus vaste que celui de Toi-jai, et parmi ces dessertes, celles de Ham-an et celle de l'île de Ko-jé deviendront le siège de nouvelles paroisses durant le "règne" à Masan du Père Bermond. Celui-ci améliore de beaucoup son installation matérielle en faisant construire une maison pour les religieuses (coréennes) de St Paul de Chartres, un nouveau presbytère et, en 1925, une église en granit qui deviendront en 1966 le centre du nouveau diocèse de Masan.

     

    Non loin de Masan, se trouve le port militaire de Jin-hai, haut-lieu du militarisme japonais, qui s'enorgueillit d'une statue de bronze de l'amiral Togo, vainqueur de la guerre russo-japonaise de 1915. Cette ville est presque interdite aux étrangers, et la police japonaise voit d'un mauvais oeil le Père Bermond faire régulièrement des visites à la chrétienté locale. La chapelle où se réunissent les chrétiens ayant été emportée par un typhon, la police commence par s'opposer à sa reconstruction, puis, après bien des tractations, finit par permettre la construction d'une petite chapelle, mais dans un village situé très en dehors de la ville. Vers la fin de la "guerre du Pacifique", les Japonais interdisent toute visite à la ville de Jin-hai, même par des prêtres coréens. Mais, à la suite de la défaite japonaise de 1945, le Père Bermond aura la joie de voir se lever une moisson abondante là où il avait semé dans les larmes, et la petite chrétienté de Jin-hai va largement s'épanouir en plusieurs paroisses.

     

    En 1942, le Père Bermond est transféré à la paroisse de Naksan (ou Ka-sil) en banlieue de Wae-qwan, à une vingtaine de kilomètres au nord de Taegu. Il y reste jusqu'en 1945, mais en avril de cette année, tous les missionnaires sont assignés à résidence par les Japonais à la paroisse de Nam-saw-dong, tout près de l'évêché de Taegu. Quelques mois plus tard, le 15 août 1945, les Japonais capitulent et quittent la Corée. À la demande instante des chrétiens du lieu, le Père Bermond est renommé à la paroisse de Masan, qu'il avait quitté trois ans plus tôt.

     

    En 1948, le vicaire apostolique de Séoul obtient du Saint Siège que la province du Choung-chong méridional soit confiée aux MEP, et Mgr. Larribeau, administrateur de la nouvelle préfecture apostolique, y rassemble les missionnaires des vicariats de Séoul et de Taegu. Le Père Bermond s'arrache à l'affection des chrétiens de Masan et y laisse un poste solidement établi pour, à 67 ans, aller défricher ailleurs. Le poste de Kang-kyong qui lui échoit alors n'existe que depuis deux ans. Il y a là en pleine ville, une petite maison japonaise et un champ dans lequel se trouve une chapelle de construction légère, et très modeste, qui devient bientôt trop étroite et dont le Père Bermond double la superficie.

     

    Le 25 juin 1950, les troupes communistes de Corée du Nord envahissent le Sud et ne rencontrent guère de résistance. Malade et alité, le Père Bermond demande au Père Singu, son voisin, de lui administrer les derniers sacrements, puis de se réfugier lui-même dans l'extrême sud du pays.

     

    Des chrétiens persuadent le Père Bermond de se laisser transporter sur une civière dans l'une des chrétientés perdues dans les montagnes de la province voisine où il a fait ses toutes premières armes, mais les policiers de l'armée nord-coréenne ne tardent pas à l'y découvrir. Toutefois, les propos persuasifs des responsables chrétiens du lieu et les abondantes rasades d'alcool de riz dont ils les abreuvent finissent par convaincre ces policiers que le Père Bermond en est à la dernière extrémité et tout à fait intransportable, et que le mandat d'arrêt qui concerne tous les étrangers est pratiquement sans objet. Quelques semaines plus tard, les nord-coréens doivent se replier et le Père Bermond peut retourner à son poste quasi miraculeusement : en effet, douze confrères MEP sont entre-temps tombés victimes des nord-coréens.

     

    La situation étant redevenue normale, il y a dans tout le pays un fort mouvement de conversions et la chapelle du Père Bermond devient vraiment trop étroite, tandis que son presbytère menace de s'écrouler. À plus de 70 ans, le Père Bermond se fait donc chef de chantier, aidé en cela par le Père Beaudevin, et construit un solide presbytère ainsi qu'une imposante église que certains appellent la "cathédrale" de Kang-kyong. La bâtisse qui avait servi de chapelle jusque là étant devenue libre, le Père Bermond y ouvre un dispensaire gratuit, que finance un organisme d'aide aux lépreux et qui, faisant un bien considérable, est l'occasion de nombreuses conversions, car la grande bonté du Père Bermond et sa charité envers les plus pauvres attirent à l'Église de nombreux catéchumènes. Le temps passe et le Père Bermond sait bien que, à plus de 80 ans, il ne suffit plus à la tâche. Le Père Jean Blanc devient en 1962 curé de Kang-kyong, le Père Bermond se retire dans un coin du presbytère et à l'ombre de la "cathédrale" qu'il a construite, ravi de sa nouvelle situation. Le Père Blanc ayant été nommé curé de Yé-san en 1965, le Père Denès lui succède à Kang-kyong et se trouve enchanté de trouver chez le Père Bermond un homme d'expérience et de bon conseil, ainsi qu'un "vicaire" bénévole qui rend bien des services pour les messes et les confessions.

     

    En 1967, le Père Bermond renonce à bêcher son jardin, à soigner légumes et fleurs. Peu avant l'Ascension, il tombe malade, reçoit une fois de plus les "derniers sacrements", surmonte la crise, mais souffre beaucoup des chaleurs de l'été. À partir du mois d'août, il devient incapable de dire son bréviaire et de célébrer la messe, doit garder le lit et se nourrir uniquement de liquide. Le 12 septembre, vers 4 heures du matin, la personne qui lui porte un bouillon trouve le Père Bermond normal, mais une heure plus tard, lorsqu'elle vient lui porter du lait, elle constate que le Père Bermond a rendu son dernier souffle.

     

    Les funérailles sont célébrées le 15 septembre 1967 par l'évêque de Taejon, entouré de tout son clergé, et accompagné de représentants des diocèses de Taegu, Pusan, Masan et Kwangju. Le Père Bermond est inhumé dans le tombeau que des chrétiens avaient préparé pour lui dans le cimetière de la paroisse de Kang-kyong.

     

     

     

    Références biographiques

    EPI (notice rédigée par le P. Beaudevin) 1967 ou 1968 p. 663 et suiv.

    AME 1905 p. 376. 1911 p. 213. 1914 p. 11. 13. 1926-27 p. 268.

    CR 1905 p. 289. 1909 p. 47. 1910 p. 51. 52. 1912 p. 57. 58. 1915 p. 41. 1917 p. 30. 1918 p. 20. 1919 p. 25. 26. 1922 p. 32. 1923 p. 35. 1924 p. 28. 1926 p. 26. 1928 p. 32. 1929 p. 46. 1932 p. 47. 54. 1933 p. 37. 1935 p. 29. 1938 p. 30. 1948 p. 12. 1950 p. 15. 1952 p. 19. 1953 p. 18. 1954 p. 21. 1955 p. 20. 1957 p. 22. 25. 1958 p. 30. 1960 p. 36. 1961 p. 12. 13. 1962 p. 21. 1963 p. 32. 1964 p. 27. 1965 p. 45.

    BME 1923 photo p. 463. 1926 p. 702. 1928 p. 622. 1930 p. 430. 431. 1932 p. 532. 1937 p. 501. 1949 p. 107. 592. 1950 p. 183. 555. 617. 727. 1951 p. 13. 157. 297. 299. 356. 753. 1952 p. 257. 564. 685. 753. 1953 p. 138. 190. 472. 700. 701. 772. 773. 987. 1954 p. 260. 467. 672. 673. 1004. 1006. 1955 p. 35. 239. 633. 634. 772. 894. 895. 1079. 1081. 1956 p. 263. 264. 551. 887. 1069. 1957 p. 57. 254. 540. 627. 631. 1958 p. 249. 538. 745. 841. 1959 p. 257. 432. 529. 724. 725. 966. 1058. 1059. 1960 p. 257. 355. 633. 932. 933. 1012. 1961 p. 145. 222. 223. 303. 304. 306. 307. 566. 570. 571. 926.

    EPI 1962 p. 486. 692. 1963 p. 269. 1964 p. 544. 858. 1965 p. 836. 1968 p. 663. 1969 p. 502.

    MC 1949 p. 21.

    R.MEP n° 121 p. 50 - 147 p. 71.

    Enc.PdM 5P3.

    EC1 N°  779.

    EC2 N° 2P34 - 7P206 - 16/C3. La Croix 1/11/1950 et 2/12/1950.

     

     



    1 d'après les sources de Séoul; la notice parue dans Épiphanie dit : Marie Cornaud.

    • Numéro : 2856
    • Pays : Corée
    • Année : 1905