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Xavier BAUDOUNET (1859-1915)

BAUDOUNET Xavier (1859-1915) CORÉE
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    [1616]  BAUDOUNET Xavier, Calixte, est né le 25 septembre 1859 à Mostuéjols, canton de Peyreleau, dans l'Aveyron, au diocèse de Rodez, fils de Albert Baudounet et de Marie Reynes. Il fait ses études secondaires au Petit Séminaire de Belmont, puis entre au Grand Séminaire de Rodez où il reste deux ans. Il est tonsuré quand il demande son admission au Séminaire des Missions Étrangères où il entre le 9 septembre 1881. Ordonné prêtre le 20 septembre 1884, il part pour la Corée le 19 novembre suivant, en compagnie des PP. Vincent Couderc et Gabriel Maraval.

     

    Arrivés au Japon, les trois jeunes missionnaires trouvent une lettre de Mgr. Blanc, vicaire apostolique de Corée, qui leur fait savoir que la prudence demande que seulement deux d'entre eux entrent en Corée, et que le troisième devra attendre quelque temps. Le tirage au sort désigne le Père Baudonnet pour attendre au Japon; il accepte bien la chose et a la bonne fortune de rencontrer, à Nagasaki, le Père Coste, qui y surveille des travaux d'imprimerie. Au bout de 7 mois d'attente, le Père Baudounet peut enfin se rendre en Corée et arrive à Séoul le 26 octobre 1885.

     

    Presque aussitôt il est envoyé dans une petite chrétienté de la province du Choung-chong pour apprendre la langue et se former aux usages du pays. Six mois plus tard, il est envoyé dans la province de Kyong-sang pour être l'unique voisin du Père Achille Robert. De mai 1886 à mars 1887, il réside à Yo-tjin, un village situé à une trentaine de kilomètres de la résidence du Père Robert et où on fabrique des pots d'argile. Le Père Robert ayant décidé de se rapprocher le plus possible de la grande ville de Taegu, le Père Baudounet s'en va, en mars 1887, "résider" à Sin-namou-kol à la place du Père Robert. "Résider" est beaucoup dire, les missionnaires passant la majeure partie de leur temps à visiter les chrétientés dispersées, ne se reposant à leur "résidence" que pendant les mois très chauds et très humides de l'été.

     

    Au printemps de 1888, le vicaire apostolique nomme le Père Baudounet responsable de la province du Chon-la et en même temps voisin et mentor du Père Vermorel, tout récemment arrivé dans le pays et qui faillit avoir la charge de toute la province, quand le Père Lafourcade, arrivé l'année précédente, allait mourir prématurément en juillet 1888. Le Père Baudounet alla s'établir à la chrétienté de Tai-song-dong, dans le canton de So-yang de l'arrondissement de Wan-fu, à une quinzaine de kilomètres de Chon-ju, capitale de la province. Le Père Baudounet reste trois ans dans ce village, y souffrant passablement les conditions matérielles misérables dans lesquelles il se trouve, mais heureux d'être au milieu de ses ouailles. Une bonne partie de l'année est prise par la visite des chrétientés éloignées. Le reste de son temps est employé à la confession des chrétiens qui habitent à proximité, à porter les derniers sacrements aux malades par monts et par vaux et à l'étude; essentiellement à l'étude de la langue que, malgré des moyens tout à fait ordinaires, mais grâce à un travail opiniâtre, il arrive peu à peu à très bien parler.

     

    Durant les dix dernières années, c'est-à-dire depuis les années 1880, les idées des Coréens se sont beaucoup modifiées, le royaume de Corée a conclu des traités de commerce et d'amitié avec quelques grandes puissances et tolère officiellement la présence des missionnaires. Certes, ces idées ne sont pas encore monnaie courante chez la majeure partie du commun du peuple. Mais les missionnaires commencent à se montrer à découvert et, munis d'un laissez-passer délivré par les autorités civiles, ils peuvent maintenant se rendre n'importe où. En 1891, le Père Baudounet profite de ce nouveau climat pour aller se fixer à Chon-ju, la capitale de la province. Dans cette ville, il n'existe pour encore qu'une seule famille chrétienne et l'ensemble de la population connaît la religion chrétienne seulement comme une religion perverse, proscrite et persécutée. Mais le sang des nombreux martyrs qui ont été exécutés à Chon-ju dans le passé va, ici aussi, devenir une "semence de chrétiens". Quelques familles de chrétiens de longue date viennent s'installer auprès du missionnaire et, par la parole et par l'exemple, gagnent l'estime des païens de leur voisinage. Les conversions devenant nombreuses, il faut, à deux reprises, diviser le district devenu trop vaste et trop lourd pour un seul missionnaire.

     

    Les choses allaient donc à merveille quand éclate, en 1894, le soulèvement des Tong-hak, une secte mi-religieuse mi-politique qui avait choisi ce nom d'"École d'Orient" par opposition au christianisme, considéré comme "École d'Occident", et qui avait notamment pour principe de "rester coréen en rejetant les étrangers". Se prétendant disciples de cette secte, des bandes d'insurgés, essentiellement composées de gens peu recommandables, se mirent à parcourir les provinces, se livrant au brigandage, au viol et au pillage. Les missionnaires sont alors priés par leur évêque de se réfugier à Séoul, mais ceux qui en étaient trop éloignés durent se cacher dans les montagnes. Finalement, le Père Baudounet et le Père Villemot se décident à gagner Séoul et y parviennent après avoir connu bien des aventures, subi toutes sortes de privations et recueilli bien des nouvelles attristantes, dont celle du massacre du Père Jozeau par les troupes chinoises. Car, entre-temps, le gouvernement coréen avait appelé les soldats chinois au secours, et le Japon avait envoyé des troupes en Corée pour écraser ces soldats chinois. Cela permit au Japon de s'emparer de Formose, des Pescadous et de Port-Arthur. Finalement, les insurgés Tong-hak sont écrasés, le calme revient peu à peu en Corée en 1895. Dès que cela fut possible, le Père Baudounet se hâta de rejoindre son poste de Chon-ju pour réparer les ruines accumulées durant l'insurrection.

     

    Ces ruines étaient immenses : le Père Jozeau avait été tué, les résidences des missionnaires avaient été pillées, bien des chrétiens avaient souffert. De la résidence du Père Baudounet, il ne restait que les murs et le toit. Le climat semblait peu favorable à l'apostolat, mais il n'en fut rien. Durant les années qui suivirent, il eut la joie de baptiser des centaines d'adultes. Le nombre des chrétiens augmentant de jour en jour, le Père Baudounet doit songer à remplacer sa très modeste chapelle par une véritable église qu'il veut grande et belle, et pour laquelle il demande au Père Poisnel de faire les plans. Malgré les économies qu'il a faites, le Père Baudounet est contraint d'interrompre pendant deux ans les travaux de construction commencés en 1905, le temps de quêter et de faire des économies supplémentaires. Finalement, il peut achever cette église en 1908 qui, comme il l'avait voulue, était "grande et belle", servait la gloire de Dieu et éclipsait tous les plus beaux monuments de la ville. Plus tard, cette église servira de cathédrale, et les autorités provinciales la déclareront "monument historique provincial".

     

    En 1911, lors de la création du vicariat apostolique de Taegu, le Père Baudounet en devient membre automatiquement, mais cela ne change rien à sa vie. Sobre et même austère en ce qui concerne le vêtement et la nourriture, il est admirable dans la pratique de la charité, avec sa bonté qui le porte à rendre service, à faire plaisir, à soulager les misères matérielles ou spirituelles, même quand certains abusent de cette bonté. Que de temps il a passé, au confessionnal ou ailleurs, à raccorder des époux, à rétablir la paix dans des ménages, à ramener dans le bon chemin des malheureux qui s'en étaient écartés ! C'est naturellement dans sa grande piété que le Père Baudounet puisait force et lumière pour bien accomplir son ministère, très fécond dans la ville de Chon-ju et dans les villages des alentours.

     

    Le 22 mai 1915, veille de la Pentecôte, il confesse toute la journée. Le soir, il se sent mal et prend des remèdes en conséquence, mais qui n'ont aucun effet réel. Malgré une mauvaise nuit et son état de grande faiblesse, il veut célébrer la messe de la Pentecôte, mais il doit s'avouer vaincu et se coucher pour ne plus se relever. Il décède très paisiblement dans la matinée du 27 mai 1915 et est inhumé dans la colline-cimetière de la mission de Chon-ju.

     

    Références bio-bibliographiques

    AME 1911 p. 212. 213.

    CR 1884 p. 158. 1887 p. 20. 1888 p. 15. 1889 p. 17. 1890 p. 17. 19. 1891 p. 22. 1892 p. 267. 1893 p. 30. 31. 1894 p. 28. 37. 1895 p. 37. 1896 p. 29sq. 1897 p. 32. 33. 1898 p. 31. 1899 p. 62. 1900 p. 57. 1901 p. 66. 1902 p. 73. 1908 p. 49. 1909 p. 48. 1910 p. 331. 1911 p. 42. 1912 p. 59. 1915 p. 38. 238. 1928 p. 30. 1929 p. 333. 334. 1931 p. 42.

    BME 1929 p. 619. 1931 p. 282. 654. 1934 p. 17sq. 21. 22. 1953 p. 573. 1957 p. 630.

     

     

    • Numéro : 1616
    • Pays : Corée
    • Année : 1884