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lettre n°

NosSeigneurs & Messieurs,
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    NosSeigneurs & Messieurs,

    Le but de cette lettre étant de vous faire connaître les évènements qui se rattachent à la Religion ou à la politique, nous croyons ne pas nous en écarter en appelant tout dabord votre attention sur une nouvelle publication de linfatigable et savant Évêque de Langres. Ce livre qui a eu un succès prodigieux est intitulé : Cas de Conscience à propos des libertés exercées ou réclamées par les Catholiques, ou Accord de la Doctrine Catholique avec la forme des Gouvernements modernes. Profondément pénétré de cette pensée, que lÉglise étant de tous les lieux doit pouvoir saccommoder aux diverses formes de gouvernement qui y sont établis et quil nest pas en son pouvoir de changer, Mgr Parisis accepte pour elle les inconvénients du régime constitutionnel, mais il réclame en même temps tous les auxquels ce régime lui donne droit. Pour vous donner une idée de ce remarquable travail, nous mettrons sous vos yeux un extrait du tableau synoptique esquissé par la main même de lAuteur.
    1er Cas de conscience. Liberté des cultes. Il est faux quune loi civile soit toujours mauvaise au point de vue de la doctrine catholique, par cela seul quelle permet ou quelle protège la liberté civile des cultes. Cela est faux même sous un prince catholique dont le pouvoir est absolu. À plus forte raison sous un gouvernement constitutionnel comme le nôtre.
    Deuxième cas de conscience. Religion dÉtat. Une religion dÉtat nest pas toujours possible. Comme aujourdhui, en France, une religion dÉtat serait essentiellement politique, nous nen voulons pas.
    Troisième cas de conscience. Culte public. LÉtat peut trouver sa force dans la religion professée publiquement par les peuples, sans la professer lui-même comme pouvoir. Il importe aujourdhui et à lÉglise et à lÉtat, que celui-ci, comme pouvoir, sabstienne sur ce point de toute intervention directe.
    Quatrième cas de conscience. Séparation de lÉglise à de lÉtat. Cette séparation est possible et désirable en ce qui regarde 1° la doctrine et les moyens de la répandre ; 2°. tout le gouvernement intérieur de lÉglise.
    Cinquième cas de conscience. Liberté de la presse. horribles ravages de cette liberté. La censure pourrait cependant être pire encore.
    Sixième cas de conscience. Liberté denseignement. En théorie il vaudrait mieux ne permettre que lenseignement de la vérité. Mais cette théorie est aujourdhui impraticable. Il faut des garanties, et cest pour cela même que nous repoussons le monopole, qui en offre beaucoup moins que la liberté.
    Septième cas de conscience. Journalisme. La médisance peut, comme lhomicide, devenir légitime dans certains cas.
    Ce dernier cas de conscience tient une large place dans louvrage de Mgr Parisis. Il se demande doù viennent les droits des publicistes modernes ? Quelle est létendue de ces droits ? Quelles en sont les limites ? Ces droits sont-ils facultatifs, ou bien imposent-ils des devoirs réels et rigoureux ? Est-il bon, est-il nécessaire quil y ait des journaux catholiques ? Ces journaux ont-ils aujourdhui une mission particulière et providentielle ? Si cette mission leur est donnée, comment ceux qui les rédigent doivent-ils la remplir ?
    Tel est le cadre que sest tracé Mgr lÉvêque de Langres et quil a rempli avec cette supériorité de talent quil possède à un degré si éminent. Il a le singulier mérite, en se frayant un chemin lumineux à travers ces questions qui navaient point encore été abordées, den donner une solution complète. Enfin, nous le dirons daprès nos convictions, il y a dans le livre de Mgr Parisis tout ce quil faut pour réconcilier les catholiques, quelles que soient leurs préventions, avec la forme des gouvernements modernes, et faire comprendre à leurs adversaires quil est logique de les mettre en possession de toutes les libertés garanties par la charte. Ce résultat ne pourra pas sans doute être obtenu de si tôt ; mais cest déjà un immense avantage de lui avoir aplani les voies.
    À côté de cette uvre si digne du talent de Mgr de Langres nous en mettrons une autre qui ne fait pas moins dhonneur à sa piété et à son zèle pour la gloire de Dieu. Voici en quels termes modestes il la faisait tout récemment connaître : « Une Association réparatrice des blasphèmes et de la violation du dimanche, établie dans léglise St Martin de Lanoue, au diocèse de Langres, a été érigée en Archiconfrérie par un bref du 30 juillet 1847, ce qui lui donne le droit dagréger toutes les Associations du monde catholique établies dans le même but et adoptant le même règlement. On a généralement compris tout ce que cette uvre présentait de conforme aux besoins de notre époque, et des demandes régulières dagrégation nos arrivent de tous les points de la France et même des pays étrangers. »
    Le St Père a enrichi lAssociation réparatrice de nombreuses indulgences et a permis que son nom fût inscrit sur ses registres. « On nous a blâmé, dit encore Mgr de Langres, de ne pas avoir donné pour point de départ et pour appui principal à notre Archiconfrérie des apparitions et des révélations récentes Assurément, je respecte profondément les communications que Dieu peut faire à ses humbles serviteurs. Je sais très-bien que sa conversation est de préférence avec les âmes simples, et que son esprit souffle où il veut ; mais je nétais pas le juge compétent de ces faits sur lesquels les Ordinaires ne se sont pas encore prononcés, et cest après avoir consulté ces derniers que je me suis abstenu de mentionner dans mes instructions relatives à lArchiconfrérie, ce que lon me reproche de ne pas avoir pris pour base. »
    Assurément la prudente réserve de Mgr Langres na rien de blâmable, mais aussi elle ninfirme nullement les preuves de plus en plus nombreuses & convaincantes de lapparition de la Ste Vierge aux deux petits bergers de Corps. Le 19 7bre dernier, anniversaire de cette apparition, a été célébré par le concours dau moins 60,000 personnes. Mgr lÉvêque de la Rochelle vient de publier sur cet événement une brochure très-étendue, où les preuves surabondent. Le vénérable Prélat na voulu rien faire sans lagrément de Mgr lÉvêque de Grenoble. Il lui a soumis son manuscrit, et ce dernier la corrigé en certains endroits, de sorte quaujourdhui la réalité de lapparition et de ses suites nous est attestée par deux Évêques. « Pour moi, dit Mgr de la Rochelle, je crois lapparition véritable, cest pour cela que je la publie. Si je la croyais fausse je mettrais plus de zèle encore à la décrier que je nen mets à la faire connaître Des hommes fort respectables mont dit : les châtiments quon prétend avoir été annoncés par la Ste Vierge se sont si peu réalisés que nous voyons tout le contraire de la prédiction quon lui attribue. Cela est vrai ; mais aussi ces calamités étaient conditionnelles, et il est incontestable que de grandes conversions se sont opérées, surtout dans le voisinage de lapparition. Je men suis assuré sur les lieux mêmes. Jai interrogé les Ecclésiastiques et je suis bien obligé de dire quils ont été unanimes à me certifier ce changement. La publication authentique de lévénement na été faite encore dans aucune partie de la France : qui sait ce quelle produira lorsquelle aura lieu ? Pour moi, je ne veux pas perdre lespérance des salutaires effets qui peuvent la suivre dans un royaume qui conserve toujours la qualité de premier-né de lÉglise. »
    D. Guéranger a fait paraître dans le courant de lété dernier sa 3e lettre en réponse à Mgr LÉvêque dOrléans qui avait attaqué ses Institutions Liturgiques. Cette dernière lettre nest pas moins forte en raisons que les deux précédentes. Les ennemis de la Liturgie Romaine sont aujourdhui réduits au silence, et cest à peine sils donnent digne de vie. Toutefois Mgr lÉvêque de Metz a eu assez de courage pour ordonner la réimpression du bréviaire particulier de son diocèse. Mais cet exemple na dû produire quune fâcheuse impression en coïncidant, pour ainsi dire, avec un bref du Souverain Pontife qui félicite lArchevêque de Reims davoir rétabli dans son diocèse la liturgie romaine. LÉvêque de Vannes vient aussi de ladopter sans rencontrer aucune des difficultés dont la prévision lavait tenu longtemps en hésitation. Aussi sen est-il félicité dans une circulaire adressée à son clergé. « Pas une divergence dopinion, dit ce Prélat, ne sest manifestée, pas une discussion pénible na eu lieu, rien en un mot ne ma rendu difficile ce que je désirais si ardemment opérer. » Il est probable que Mgr lArchevêque de Bourges, élevé depuis peu au Cardinalat, ne tardera pas à rétablir la Liturgie romaine dans son diocèse, selon la promesse quil en a faite au St Père le jour où il prit congé de Sa Sainteté. « Quel rite suivez-vous dans votre diocèse, lui demanda le Souverain-Pontife ? Un rite particulier, répondit Son Éminence. Mais pourquoi navez-vous pas le rite romain ? reprit le Pape. Pour des raisons pécuniaires, dit le Cardinal. Eh bien, promettez-moi, répliqua limmortel Pie IX, de faire disparaître ces raisons le plus tôt quil vous sera possible, afin que votre illustre basilique prie de nouveau comme la Mère-Église. » LÉvêque de Tarbes vient dinsérer dans lordo de 1848 lordonnance quà partir du 20 février prochain les cérémonies seront faites dans toutes les églises du diocèse, conformément au Missel et au cérémonial romains, soit pour la célébration de la Messe, soit pour tous autres offices solennels, ou non solennels. Mgr lÉvêque de Quimper ayant donné pleine liberté en fait de liturgie, la grande majorité, pour ne pas encore dire la totalité du clergé suit maintenant la Liturgie romaine.
    Mgr lÉvêque de Montpellier, à son retour de Rome, a publié un mandement dont nous extrayons le passage suivant : « Il (le Pape) respecte nos traditions particulières, et loin de vouloir que la prééminence de son Siège soit défendue avec une sagesse dépourvue de sobriété, il na garde de condamner une modération de principes propre à ramener au giron de lÉglise le esprits égarés. Non, ce nest certes pas lui qui voudrait jamais contrister toute une grande église, en flétrissant du nom derreur jusquà lenseignement de cette école célèbre surnommée le concile permanent des Gaules, et à laquelle plusieurs de ses prédécesseurs ont décerné les plus magnifiques éloges. Il sait, ce Grand Pontife, pour lavoir lu aux sources mêmes de notre histoire, que tout ce qui cherche à simposer parmi nous au moyen de la témérité ou de la violence, dure peu dans notre pays, et que nous autres français, nous ne savons pas plus nous résigner à subir les tyrannies de certaine école que les tyrannies de toute autre sorte. » Dans lAllocation de N.S.P. le Pape Pie IX, au consistoire du 17 Xbre dernier on lit les paroles suivantes qui paraissent avoir été provoquées par le passage du mandement de Mgr de Montpellier que nous venons de citer et dont plusieurs journaux nont pas manqué de lui faire de suite lapplication° « Maintenant, vénérables Frères, (cest le St Père qui parle), nous vous communiquons lextrême surprise dont nous avons été profondément affectés quand un écrit émané dun homme constitué en dignité ecclésiastique, et imprimé par lui, est parvenu jusquà nous. En effet cet homme parlant dans cet écrit de certaines doctrines quil appelle les traditions de son pays, et par lesquelles il prétend restreindre les droits de ce Siège apostolique, na pas rougi daffirmer que ces traditions étaient tenues en estime par nous. Loin de nous, certes, vénérables Frères, la pensée ou lintention de nous éloigner jamais, pour si peu que ce soit, des enseignements de nos ancêtres ou de laisser amoindrir en rien lautorité du St Siège ! Oui, sans doute, nous attachons du prix aux traditions particulières, mais à celles seulement qui ne sécartent pas du sens de lÉglise apostolique ; mais par-dessus nos révérons et nous défendons très-fortement celles qui sont daccord avec la tradition des autres églises, et avant tout avec cette sainte Église Romaine ». Mgr lÉvêque de Montpellier qui avait fait sonner si haut le bon accueil quil avait reçu à Rome, malgré sa prédilection peu déguisée pour les doctrines gallicanes, ne sattendait guères à provoquer contre elles un jugement si sévère de la bouche du Souverain-Pontife, par un mandement où il semblait prendre à tâche de les mettre sous sa paternelle protection.
    Le projet de loi de Mr de Salvandy sur linstruction publique qui, comme nous le disions dans notre lettre de lannée dernière, était si loin de réunir toutes les conditions désirables, a été soumis à une commission. Le rapport fait par Mr Liudinière, loin damender ce projet comme on devait sy attendre, nest au contraire que le résumé de toutes les erreurs et de tous les préjugés universitaires. Ce travail est de tous ceux qui lont précédé sur cette matière celui qui se distingue le plus par labsence du talent, de la logique & de la bonne foi. Tout ce quil renferme de ridicule et de perfide a été livré à la vindicte publique par le talent de Mr de Montalembert qui la qualifié de rapport contre la liberté denseignement.
    Nous avons à vous faire connaître le dénouement des faits de haute corruption mentionnés dans notre dernière. Les deux principaux accusés, en leur qualité de Pairs de France, ont été jugés par la cour des Pairs. Ce sont MM. Teste, ancien ministre des travaux publics, et depuis, président de la cour de cassation, et le général Despans-Cubières. Après laudience où sa culpabilité avait été constatée, Mr Teste rentré dans la prison du Luxembourg, se tira un premier coup de pistolet dans le bouche ; le coup ne partit pas. Il se tira immédiatement au cur un second coup de pistolet. Larme ayant été fortement appuyée contre la poitrine, le pistolet éclata ; la balle nentra point dans le cur, il ny eut quune blessure peu sérieuse. Le lendemain Mr Teste endormait ses chagrins et se préparait à entendre la prononcé de sa sentence par la lecture dun roman de Georges Sand. La Cour le condamna à trois ans demprisonnement, à une amende de 94,000 fr., confisqua au profit des établissements où la corruption avait été commise une somme de 94,000 fr. quil avait reçue, étant ministre, de MM. Cubières, Parmentier et Pellapra pour une concession de mine, acte de ses fonctions non sujet à salaire. Ces deux derniers étaient condamnés à 10,000 fr. damende, ainsi que Mr Cubières qui, en outre, subissait avec Mr Teste la peine de dégradation.
    De nouveaux scandales se sont révélés à louverture de la présente session. On a porté à la tribune laffaire dun ancien receveur des finances à Corbeil, dans laquelle on voit un pair de France sentendre pour faire acheter une place à un homme qui laccuse davoir troublé son ménage. On sait que la négociation sest tramée dans le cabinet, sous les yeux de Mr le Ministres des Aff. Étrang. ; que cest le chef même de son cabinet qui, en sa qualité de membre de la Cour des Comptes a fourni une liste des Magistrats disposés à trafiquer de leur démission, que ce même personnage a fixé le tarif, fait les démarches, trouvé les appoints &e. Mr Guizot na pas essayé de nier ces faits ; mais il a prétendu nêtre pas plus coupable que ses prédécesseurs dont il na fait que suivre lexemple.
    Vous pouvez juger daprès ces faits qui ne sont que les indices dun mal latent quelles doivent être les murs gouvernementales. En voici un tableau tracé de main de maître par un homme qui était en position de bien les connaître. « Le népotisme éhonté, dit-il, la corruption, la vénalité, la rapine sont partout florissants ; la pudeur, la morale, la justice, les intérêts les plus respectables, les droits les mieux établis, presque toujours & en tous lieux sacrifiés à des spéculations électorales, ou de hautes cupidités ; le ministre obéissant servilement aux exigences les plus étranges du député, le député subissant de même le caprice de lélecteur, et celui-ci bien convaincu avec tout le public quil na besoin dautre titre que de sa voix pour exempter son fils, gagner son procès, obtenir une emploi, une distinction, un secours &e. les tripotages scandaleux devenus si fréquents dans les régions les plus élevées de la Société, la fortune publique abandonnée à un gaspillage sans nom Jamais lhonneur plus rare, jamais les honneurs plus prodigués. »
    Lannée 1847 sera une époque de scandales et dhumiliations pour la Pairie. Le 18 du mois dAoût Mme la Duchesse de Praslin, femme vertueuse & mère de neuf enfants, fut trouvée gisante sur le parquet de sa chambre à coucher, au milieu dune mare de sang. Lassassin nétait autre que Mr le Duc de Praslin lui-même, Pair de France. Déjà ses nobles collègues arrivaient à Paris du fond de leurs provinces pour instruire son procès, quand ce grand coupable, en échappant par un nouveau crime à la justice humaine, allait paraître devant le tribunal de Dieu.
    La Session de lannée dernière avait été entièrement stérile ; mais la question de la réforme électorale jetée dans la discussion comme un brandon de discorde, y avait produit la plus vive fermentation. Cette réforme qui consisterait dans le vote universel des citoyens est une théorie dautant plus dangereuse quelle mène tout droit au radicalisme et de là à une révolution. Cest en effet le but que se proposent les chefs de la réforme électorale, mais ils ont dû le dissimuler jusquà ce que cette question présentée sous son jour le plus favorable aux masses quelle est destinée à égarer, eût pris assez de consistance pour leur permettre de jeter le masque. Ils lont fait dans les banquets réformistes qui leur ont été prodigués pendant la vacance des chambres dans un grand nombre de localités. Près de cent députés des diverses nuances de lOpposition y ont pris part. Unanimes dans leurs attaques contre le gouvernement et dans la demande dune réforme électorale, ils semblèrent fraterniser pendant quelques temps, mais bientôt des dissidences assez graves sétant manifestées, on les vit se scinder en deux camps, celui des Montagnards et celui des Girondins, et sexclure mutuellement des salles à manger.
    Le chant de la Marseillaise et la réapparition du bonnet rouge achevaient la parodie de lépoque la plus lamentable de notre histoire. Des discours analogues, couverts de bruyants applaudissements furent prononcés surtout dans le banquet des Montagnards de Dijon. « Reprenons, disait un de ces orateurs éhontés, luvre de la révolution au point où lont laissée nos pères ; hâtons-nous pour ne pas être obligés de la reprendre au point où ils lavaient commencée. La moisson est mure, sécriait un autre, que la démocratie sarme de la faucille !.. Et en Suisse au moment où je parle, disait un 3e., que dit le canon dont il me semble que le vent dEst apporte jusquà nous les échos lointains ; que dit-il, sinon la chute des privilèges et du fanatisme ». Ailleurs cest un autre orateur démagogique qui fait lapologie de la guillotine cette tribune du haut de laquelle la France parlait aux rois et à lunivers. Les toasts étaient en harmonie avec cet étrange langage. Nous avons frémi dhorreur en lisant celui qui a été porté à J.-C. ! Le communisme ne pouvait manquer de venir à son tour faire létalage de ses théories dans les banquets réformistes, lui qui prétend avoir trouvé le secret détablir le règne de lâge dor et la fraternité universelle sur les ruines de la famille et de la propriété. Les espérances flatteuses dont il enivre les masses, les semences de défiance et de haine contre le pouvoir, quelquil soit, et contre les lois quon leur dépeint comme tyranniques et auxquelles on ne leur recommande dobéir que par dérision, tombant dans des curs avides et corrompus y déposent un germe qui y prend chaque jour un funeste développement. « Cest probablement, dit Mgr de Langres en parlant du communisme, le plus grand danger de la France actuelle On chercherait vainement à se le dissimuler : ce système est vivant dans les entrailles de la France ; chaque jour on sent quil saccroît, quil se développe, quil passe de lobscurité des théories dans la région des faits ; quil marche enfin personnifié dans des millions dhommes, comme une armée formidable contre toutes nos institutions. »
    Mme Adélaïde est morte le 31 Xbre. Le roi a perdu en elle non pas seulement une sur chérie, une compagne fidèle qui avait suivi toutes les chances si diverses de sa longue vie, mais encore un de ses conseillers les plus sages, les plus judicieux et les plus écoutés. Les dépouilles mortelles de Mme Adélaïde ont été transportées au château de Dreux où est le tombeau de la famille dOrléans. La fortune laissée par la princesse sélève à 60 millions. Ses principaux héritiers sont le Prince de Joinville et le Duc de Montpensier. Le roi est nommé usufruitier de tous le biens de sa sur par un codicille très-récent.
    Le Duc dAumale a été nommé Gouverneur de lAlgérie en remplacement du Maréchal Bugeaud qui a voulu sa reposer en France, à lombre de sa gloire et de ses lauriers. Ab-del-Kader chassé par les fils dAbderrhaman du Maroc où il était devenu un ennemi dangereux avait éprouvé plusieurs échecs très-considérables. Abandonné de la plupart des siens il cherchait à gagner le Sud par le pays des Beni-Snassen ; mais cerné de ce côté par notre cavalerie il se rendit au Général Lamoricière sous la condition acceptée par cet officier et confirmée par le Duc dAumale, dêtre envoyé à Alexandrie ou a St. Jean dAcre. Il est arrivé à Toulon le 29 Xbre avec une suite de 61 hommes, 21 femmes et 15 enfants des deux sexes ; et là il attend sous bonne garde que le gouvernement lui fasse connaître sa détermination. Sommé de sexpliquer sur linterprétation quil veut donner aux conventions faites avec Abd-el-Kader, Mr Guizot a déclaré quil ne serait point envoyé à St Jean dAcre, possession de lempire Ottoman, parce que la Porte na pas encore reconnu la légitimité de la conquête de lAlgérie ; quon ne refusera pas de lenvoyer à Alexandrie sil persiste à le vouloir et si le Pacha consent à deux choses : Premièrement à le recevoir, secondement à le surveiller. Cela veut dire en somme quon sarrangera pour ne point fausser la parole donnée et cependant pour ne point la tenir. Il est bien certain quenvoyer Abd-el-Kader en Égypte ou en Syrie ce serait lui fournir loccasion de relever son parti et mettre la politique anglaise à même de sen faire, quand bon lui semblerait, un instrument de sa persistante protestation contre notre conquête dAlger. Mais puisque cest à ces conditions quon a accepté la soumission de lÉmir dans un moment où, daprès le témoignage de Mr de Lamoricière, il avait encore de grandes chances de nous échapper, la France peut-elle consentir à ce que son plus grand intérêt porte la plus légère atteinte à son honneur ?
    Par suite de la soumission dAbd-el-Kader, dont la nouvelle sest rapidement propagée jusque dans le désert, les 3 principales fractions des tribus hamians-Garabas, la seule qui eût persisté à se tenir en dehors de notre obéissance, viennent denvoyer demander laman. Les conditions de leur soumission sont déjà arrêtées.
    Le R.P. Lacordaire a prononcé le 10 février à Notre-Dame lOraison funèbre de Daniel OConnell. La Démocratie Pacifique en a donné une analyse complète. Nous reproduirons quelques-unes des réflexions dont lanalyse de ces Journal dailleurs fort peu religieux est précédée & suivie. « Lhomme qui représente en France dans son éclat le plus brillant la parole de lÉglise, le R.P. Lacordaire, a fait aujourdhui un acte solennel. En prononçant léloge de Daniel OConnell, le grand Libérateur, il a convié la société moderne à une réconciliation avec lÉglise, et il a publié les conditions de cette réconciliation. Cet appel doit être entendu, ces conditions peuvent être acceptées par lesprit libre du siècle. Jamais concours autour de la chaire métropolitaine ne fut aussi empressé et aussi immense. Dès 6 heures du matin la foule envahissait lÉglise ; à 9 heures on ne trouvait plus de place quaux extrémités, où la voix de lorateur peut à peine parvenir. Les fils OConnell étaient assis en face de la Chaire Nous navons pu donner quun faible aperçu de cette magnifique Oraison funèbre, où la lumière jaillit de la tombe, où la mort même inspire une vie nouvelle. Nous avons frémi dans tout notre cur en recueillant ces pensées si larges, qui sont les nôtres, mais qui empruntent un caractère nouveau de la sublimité du langage et de la consécration solennelle de léglise. Aucun parti politique, aucun chef populaire, aucun chef de gouvernement ne produit aujourdhui des idées aussi élevées et aussi parfaitement libérales. A lappel qui nous est fait par léminent prédicateur catholique nous répondons avec effusion°Oui, si cest là désormais la parole de lÉglise, nous pouvons le dire avec sincérité, nous sommes avec lÉglise. La réconciliation va saccomplir, et nous suivrons partout avec enthousiasme le St Père, sil nous guide ainsi à la conquête des libertés religieuses, civiles & politiques, à la conquête du droit intégral.

    Angleterre & Irlande.

    Mgr Wiseman & Mgr Sharphs furent délégués à Rome dans le courant de lété dernier par les Vicaires Apostoliques pour exposer au St Siège la situation religieuse de lAngleterre et les moyens de satisfaire aux exigences de cette situation. Bientôt un décret de la S. Congrégation, approuvé par le Pape, fit connaître que les Vicaires Apostoliques allaient devenir Évêques titulaires de leurs districts convertis en diocèses. Pour éviter toute confusion avec les titres des évêques anglicans, les nouveaux Évêques prendront leur titre du nom de la ville de leur résidence actuelle. Un Siège archiépiscopal est érigé à Londres sous le titre dArchevêché de Westminster, mais cette mesure na point encore reçu son exécution.
    On écrivait dernièrement à lUnivers : « Vous savez que lÉglise catholique aura bientôt une existence régulière. Ses pasteurs pourront sassembler librement ; son clergé choisira ses Évêques ; ceux-ci veilleront aux intérêts qui leur seront confiés sans que le gouvernement ait sur eux le moindre contrôle. Jugez du dépit des Prélats anglicans qui verront les Évêques envoyés par le successeur de St Pierre, gouverner librement leurs églises, tenir leurs synodes &e, tandis quils se verront eux-mêmes privés de tous ces droits. » Deux exemples bien frappants de ce contraste ont eu lieu tout dernièrement. Le gouvernement avait nommé à lévêché de Hereford un prélat suspect dhérésie aux yeux des rigoristes. Quatorze évêques anglicans ont protesté contre sa nomination, ainsi que le doyen du chapitre de Hereford composé de 31 chanoines, dont 9 seulement se sont prononcés en faveur du protégé du gouvernement. Or, la loi exige, pour quune élection soit valide, que le chapitre soit unanime. Néanmoins la nomination du Dr Hampden au Siège de Hereford a été maintenue. Peu de jours après eut lieu la confirmation du nouvel Évêque de Manchester, malgré les accusations fort graves en matière de sobriété dun opposant auquel on ne permit pas de sexpliquer, quoique lappariteur eût crié avant la cérémonie que toutes les personnes qui auraient des objections à faire eussent à se présenter et quelles seraient entendues.
    La reine dAngleterre paraît résolue à ne pas vouloir le céder en zèle au St Père pour le gouvernement de son église. Elle a fondé un nouvel évêché anglican à Manchester et 3 autres dans lAustralie quelle a rendus suffragants de Sidney érigé en archevêché. Un nouvel évêque est parti pour le Cap, et il est question dériger six nouveaux sièges dans lInde où on en compte déjà 4. Cest ainsi sans doute que langlicanisme veut répondre au reproche dinaction qui lui était adressé. On disait à léglise anglicane quelle manquait de vie, et ses membres croient pouvoir arriver à prouver le contraire en envoyant dans des contrées lointaines un ministre que lon pare du nom dévêque et auquel on assure une riche dotation, tandis quil est de notoriété publique que le nombre des Anglicans diminue tous les jours. Les progrès toujours croissants des sectes dissidentes et du catholicisme sont constatés en Angleterre et en Écosse dune manière trop évidente, pour que ces créations dévêchés puissent donner le change à lopinion en Angleterre & ailleurs.
    Des collèges, créés sous le ministère de Sir Robert Peel, ont été fondés sur la base du système denseignements mixte, cest-à-dire que linstruction séculière y sera seule donnée, sans distinction de religion. Ces collèges ne sont pas encore en exercice, quoique les professeurs soient déjà nommés. Le corps épiscopal de lIrlande sest trouvé partagé dopinion sur ce système denseignement. Plusieurs Évêques sy sont ralliés ; mais la majorité la condamné, et les nouveaux collèges ont été stigmatisés par elle comme athées. La S. Congrégation de la Propagande, dont la décision a été approuvée par le St Père sest formellement prononcée en faveur de ces derniers en réprouvant le système des collèges mixtes établis en Irlande. Cette décision souleva en Angleterre la plus vive indignation contre Sa Sainteté dont on attendait plus de complaisance dans un moment où il était question de rétablir des rapports diplomatiques entre Londres & le Vatican. Toutefois Lord Minto ne tarda pas à être envoyé à Rome sans quon sût trop à quel titre. Pressé de donner des explications à ce sujet, Lord Palmerston déclara que Lord Minto nétait pas accrédité près la cour pontificale, quil navait ni instructions ni pouvoirs pour conclure un traité avec cette cour ; quil existait des doutes quant à la légalité des relations diplomatiques à entamer avec le Pape, par la raison que la constitution interdisant à la couronne toute communion avec Rome, on ignorait sil sagissait de communion ecclésiastique ou de communion politique.
    LAngleterre a éprouvé sur la fin de lété dernier une crise financière et commerciale des plus désolantes, causée par la pénurie métallique. La banque ayant refusé de faire des avances sur dépôt de fonds publics, les valeurs représentatives ne pouvaient plus se procurer de largent comptant quà des prix excessifs et complètement ruineux. Delà le désarroi des maisons de commerce les plus accréditées et réputées inébranlables dans leur crédit & leur fortune depuis près dun siècle. Les banqueroutes dun si grand nombre de maisons considérables jetèrent une confusion épouvantable dans les relations commerciales ; la plupart des villes manufacturières ralentirent ou arrêtèrent tout-à-fait leurs productions, et une partie de leurs ouvriers fut jetée sur le pavé sans aucune ressource. Largent manquait partout, le travail était suspendu, la misère était profonde, le découragement universel. Des mesures prises à propos par le gouvernement calmèrent un peu les craintes quune semblable crise avait inspirées et diminuèrent les embarras de la banque et du commerce. Mais il est à craindre que ces mesures naient quun avantage passager. Le mal tient à des causes quil nest pas au pouvoir du gouvernement de faire disparaître. Les immenses capitaux soustraits au commerce par les entreprises des chemins de fer ; lor & largent transportés à pleines voiles dans ces contrées devenues le grenier de lEurope au temps de la disette, cause de la pénurie métallique ; lindustrie multipliant chaque jour ses produits auxquels il nest plus possible de trouver assez de débouchés ; lIrlande qui a toujours faim et dont les malheurs dépassent tous les secours, même ceux de la charité universelle, tels sont les éléments toujours subsistants dune crise qui peut dun instant à lautre prendre un caractère plus alarmant que jamais.

    Irlande.

    En vertu dun bill adopté par le Parlement le 12 7bre dernier, 3 millions dindigents irlandais soutenus, sinon nourris, par les subsides de lAngleterre, sont tombés à la charge des propriétaires fonciers de lIrlande. Or la propriété foncière en Irlande est généralement grévée dhypothèques, et les propriétaires peu disposés à simposer les sacrifices que le gouvernement leur a demandés. Aussi cette mesure est-elle pour les pauvres Irlandais à peu près toute la cruauté dun abandon total. Des scènes déplorables eurent lieu par suite du retrait des rations alimentaires qui avaient prolongé jusqualors leur existence. On vit de nouveau les rues des cités et les campagnes dIrlande couvertes de malades, de mourants affamés sans espoir, ni secours. Il a été calculé par les comités de secours, et cette évaluation a été admise par les membres du cabinet, que pendant lannée qui vient de sécouler la famine irlandaise a tué deux millions dindividus. Lavenir se montre encore sous des couleurs plus sombres pour lannée qui ne fait que de commencer. « La seule différence entre lannée que nous allons prendre et celle qui sest écoulée, disait-il y a quelque temps un Journal de Dublin, cest que lan dernier les pauvres laboureurs avaient à cette époque quelqualiment. Leurs pommes de terre étaient en partie pourries par la maladie, mais quelque mauvaises quelles fussent ils avaient quelque chose à manger, tandis que cette année ils nont rien, absolument rien. On se rappelle que les petits fermiers affaiblis par la maladie et privés de toutes ressources, navaient pas ensemencé leurs terres. Une autre différence de lannée dernière à celle-ci cest que les malheureux Irlandais semblent endurer leurs maux avec beaucoup moins de patience. Des bandes de maraudeurs parcourent le pays, pillent tout ce quils trouvent sur leur passage, et recourent au meurtre quand on leur oppose quelque résistance. Les crimes isolés se multiplient dans une progression rapide et alarmante. Cependant, comme lont dit les Prélats de lIrlande dans leur adresse au Lord Lieutenant, les Irlandais sont un peuple honnête, religieux, moral, charitable. Le désespoir seul enfante les crimes qui désolent ce pays, et lAngleterre continue à suivre une politique propre à lexaspérer. Elle proclame bien haut que lIrlande et lAngleterre ne font quun, quand il sagit de tirer les avantages et les profits de cette réunion, mais aussitôt que lIrlande a en vertu de cette communauté sadresse à lAngleterre pour quelle lui vienne en aide, celle-ci la renvoie en linvitant à pourvoir elle-même à ses besoins Si lAngleterre veut abandonner lIrlande à elle-même à lheure du malheur, quelle proclame lunion rompue, et quelle lui rende la liberté daction dont elle est privée, liberté dont elle usera pour améliorer son sort. LIrlande privée de sa vie propre, de sa vie législative ne peut donner aucun essor aux ressources naturelles de son sol. Elle peut encore moins développer ses ressources industrielles et commerciales. Elle est dans la position dun homme qui, obligé de pourvoir à son existence, aurait pieds & poings liés. »
    La misère de lIrlande a poussé vers lAngleterre des cris déchirants par lorgane de ses Évêques pour exciter sa compassion ; mais celle-ci sest bouché les oreilles, et quoique par son bill du 12 7bre, Lord Russell eût armé des millions dindigents contre les propriétaires irlandais, il na voulu entendre que la voix du crime quil faut punir et réprimer. Les chambres se sont réunies deux mois plutôt quà lordinaire, et tout aussitôt un bill admis à une grande majorité a suspendu sur lIrlande entière le glaive de la loi martiale. Non-seulement on na tenu aucun compte du mémoire épiscopal ni des pressantes sollicitations qui laccompagnaient, mais des voix se sont élevées à la Chambre des Lords contre plusieurs membres du Clergé Irlandaise accusés dexciter les passions du haut de la chaire et de pousser les paysans à lassassinat des Landlords. Infâme calomnie empruntée aux Journaux orangistes ! Pour compléter cette manuvre infernale, le secrétaire dun comité organiste na pas craint dadresser une circulaire à un curé Irlandais, en le priant de la communiquer à ses confrères, pour lui faire connaître que daprès une résolution du dit comité ils se sont formés en corps et quils ont juré par le Christ que, pour la vie de tout ministre du culte, propriétaire ou tenancier protestant qui sera assassiné, ils prendront la vie dun prêtre catholique de la paroisse dans laquelle le crime aura été commis, et ce serment, ils jurent de laccomplir dans tous les comtés de lIrlande. On peut juger par là quelle doit être ladministration de cet infortuné pays.
    Malgré les nombreux appels faits à leur charité, les catholiques de France ont eu la consolation de pouvoir envoyer à leurs malheureux frères dIrlande une collecte de près de 500,000 frs, faible secours pour une si grande misère ! Pour se soustraire au sort qui les attendait, cent mille Irlandais se sont embarqués pour Montréal, où ils ont porté la contagion dont ils étaient atteints et dont presque tous ont été victimes. « Depuis le 8 juillet dernier, dit Mgr de Montréal, le Seigneur nous a visités en nous enlevant 8 prêtres, 10 religieuses et un grand nombre de généreux laïques. » Depuis la publication de cette circulaire il y a eu beaucoup dautres victimes.
    La Chambre des communes sest prononcée en faveur de lémancipation des Juifs. Ce résultat était prévu depuis que la cité de Londres a choisi Mr de Rothschild pour lun de ses représentants. Les Juifs restent néanmoins encore soumis à quelques incapacités, mais seulement à celles que subissent les catholiques. Ainsi ils ne peuvent être ni juges, ni grands-chanceliers, ni gardes des sceaux, ni Lords lieutenants ou gouverneurs dIrlande ; ils ne peuvent non plus se présenter aux bénéfices ecclésiastiques. La Chambre des communes a aussi voté la 2e lecture du projet de lois qui abroge la plupart des lois qui existent encore contre les catholiques. On lui a dautres fois déjà laissé subir avec succès lépreuve de la 2e lecture ; mais il succombe toujours au moment où on croit son triomphe assuré.

    Suisse.

    Lalliance des cantons catholiques, connue sous le nom de Sunderbund, nétait pas seulement dans lesprit mais encore dans la lettre du pacte juré solennellement le 17 Août 1815, mais comme le radicalisme y trouvait un obstacle à ses principes révolutionnaires et anarchiques, ils réunit tous ses efforts pour la dissoudre, aussitôt que Genève lui eut fourni la 12e voix qui lui manquait pour se rendre maître de la Diète. Marchant alors la tête levée, il fit prononcer dun seul coup la dissolution du Sunderbund, lexpulsion des Jésuites et la révision du pacte fédéral. Cet arrêté fut immédiatement notifié au Grand-Conseil de Lucerne qui y fit la réponse suivante : « Nous contestons à une majorité ou minorité détats confédérés tout droit quelconque de simmiscer dans les affaires confessionnelles de tel ou tel canton, par conséquent aussi dans celles du canton de Lucerne, et nous ne reconnaîtrons ni nexécuterons jamais un arrêté ou une disposition impliquant une telle immixtion Les autorités du canton de Lucerne ont appelé les Jésuites comme professeurs en théologie au Séminaire, et le peuple a donné son adhésion a cet appel en vertu dun droit de souveraineté inhérent à lÉtat de Lucerne. » Mr Guizot fit remettre en même temps à la Diète une lettre tendant à prouver que toute mesure qui porterait atteinte aux bases du pacte qui garantissait la souveraineté individuelle des cantons, ne serait autre chose quun premier pas vers lannulation des traités conclu avec les puissances étrangères en vertu de ce pacte. Cette lettre, répondit le Président de la Diète, repose sur des principes erronés et des faits inexacts. Puis il concluait ainsi : « La Suisse ne souffrira jamais que lon se mêle de ses affaires intérieurs, et elle ne reconnaîtra ni à une puissance étrangère, ni à une minorité des cantons, le droit dinterpréter le pacte fédéral. Ce droit nappartient quà la Diète. »
    Dans cet état de choses le fléau de la guerre civile était inévitable et on sy prépara de part et dautre. Mais le parti radical voulant en rejeter lodieux sur les cantons catholiques leur adressa une note rédigée du ton le plus modéré et invitant les dits cantons à renoncer à lalliance quils avaient faite entre eux comme contrevenant au pacte fédéral, capable de compromettre la sûreté de la confédération et damener la rupture des liens qui lunissent, assurant que dans la lutte actuelle de la liberté, lindépendance et la religion nétaient point en cause, mais quil sagissait uniquement de lexécution dun arrêté légalement rendu par la Diète, mais du reste noffrant aucune garantie aux catholiques. Ceux-ci fidèles jusquau bout à leur attitude toute défensive qui leur avait été conseillée par la France, proposèrent, non pas des concessions indignes deux et de leur cause, mais les bases dune transaction honorable qui aurait protégé tous les droits et fait cesser toutes les craintes plus ou moins sérieuses sans coûter à la Suisse une goutte de sang. De telles propositions ne faisaient point le compte des radicaux. Ils visaient, bien quils eussent assuré le contraire, au pouvoir absolu, à la destruction de toute souveraineté cantonale et de toute liberté religieuse. Ils jetèrent alors le masque de la modération dont ils sétaient couverts avec une habileté ignominieuse et ne répondirent aux propositions des cantons catholiques que par une déclaration de guerre. Ceux-ci avaient tout lieu de la redouter, à ne considérer que la disproportion de leur nombre avec celui de leurs ennemis ; mais déjà plus dune fois ils sétaient mesurés avec les radicaux à armes inégales et étaient demeurés maîtres du champ de bataille. Ils y puisaient un autre motif de confiance dans le dévouement des populations catholiques disposées à tous les sacrifices plutôt que de se laisser imposer le joug honteux du radicalisme et de trahir la sainte cause de leur religion. Ces généreux soldats avaient compris quils ne pouvaient mieux la défendre quen intéressant le ciel en leur faveur. Prêts à imiter lexemple de la légion Thébéenne, beaucoup dentre eux firent le pèlerinage de St Maurice. « Nos soldats nous édifient, écrivait un témoin oculaire, rien nest comparable à leur courage, à leur foi : ils désirent mourir pour défendre la religion. Les églises sont assiégées, nos officiers sont avec nous à la Ste table, au conseil, ensuite à genoux au pied de lautel de la Ste Vierge. Hier un bataillon est parti pour la frontière de Berne ; ces braves gens disaient leur chapelet en marchant. Tous les soirs on en fait autant dans les casernes. Des officiers distribuent des médailles aux soldats que le Seigneur soit loué ! Cest lui qui donne le courage dont nous sommes tous animés ; chacun prend part dans cette guerre sainte ; toutes les bourses sont à la disposition du gouvernement. »
    Les catholiques de France ne se contentèrent pas de donner des marques dune vive sympathie à leurs frères de la Suisse ; ils joignirent leurs prières aux leurs. Une Messe était célébrée chaque jour à N-D. des victoires, afin dappeler les bénédictions célestes sur les héroïques drapeaux du Sunderbund ; et dans les Litanies de la Ste Vierge qui sy chantent chaque Dimanche, on répétait 3 fois lAuxilium Christianorum qui rappelait la victoire de Lépante. Il en fut à peu près de même dans plusieurs autres églises de Paris. Le comité pour la défense de la liberté religieuse ouvrait en même temps une souscription en faveur des catholiques de la Suisse.
    Les radicaux certains de ne point être surpris par les catholiques ne voulaient point attaquer, mais seulement se défendre, prirent à loisir leurs mesures et préparèrent toutes leurs manuvres. Leur armée était au moins 3 fois supérieure en nombre à celle du Sonderbund, mais il manquait à un grand nombre des éléments dont elle se composait ce qui conduit à la victoire, lenthousiasme et la confiance en sa bonne cause. Les catholiques des cantons protestants navaient pris quen pleurant les armes contre leurs frères du Sonderbund, et les conservateurs prévoyant tout ce quils avaient à perdre dans le triomphe du radicalisme, ne sétaient enrôlés sous ses drapeaux quavec une extrême répugnance. Une discipline rigoureuse devait prévenir les défections. Lattaque commença par Fribourg. Un combat eut lieu le 13 9bre en avant de cette ville. Lavantage étant resté aux assaillants, Fribourg demanda une suspension darmes pour délibérer. Le lendemain cette ville se rendit et fut occupée par les troupes radicales. Une victoire si prompte et si facile causa une surprise générale et exerça la plus funeste influence sur la cause du Sunderbund. On ne tarda pas à pénétrer le mystère de la capitulation de Fribourg. Cétait le résultat de la trahison du commandant en chef des troupes fribourgeoises. Cet officier donna sa démission au moment dengager le combat. Depuis fort longtemps le parti radical de Berne entretenait des intelligences dans la place de Fribourg et il paraît quil avait gagné les principaux chefs du gouvernement. Ce quil y a de certain cest quil ny eut aucun action sous les murs de Fribourg, que les environ 15,000 hommes qui défendaient cette place, et sur lesquels on pouvait compter, ne reçurent aucun ordre ni commandement tandis que lennemi semparait sous leurs yeux des positions les plus avantageuses. Aussi le peuple honteux de la faiblesse de ses chefs criait-il hautement à la trahison ; et les soldats fribourgeois au lieu de rendre les armes les brisaient et les jetaient de dépit à la rivière.
    Rien ne servit aux malheureux Fribourgeois de se rendre, et de signer loyalement une capitulation acceptée par la Diète fédérale de Berne. Leur ville fut livrée pendant plusieurs jours à toutes les horreurs dune place prise dassaut par des barbares. Toutes les troupes conquérantes voulaient venir à Fribourg. On logea jusquà 14,000 soldats dans cette ville de 9,000 âmes : lautorité militaire fut bientôt méconnue ou nintervint que faiblement, et sur tous les points commencèrent les scènes de violence contre les habitants, le pillage des maisons et plus encore celui des couvents et des établissements publics. Les désordres les plus scandaleux furent commis dans les églises au chant de la Marseillaise. Les saintes hosties, les ossements des saints foulés aux pieds, les statues de Marie brisées, les Christs mutilés, les vases sacrés employés aux usages les plus dégoûtants, les ornements du culte endossés par des hommes titubant sous les vapeurs du vin, des prostituées dansant dans le sanctuaire où tant de vierges timides avaient prié quel spectacle ! Un prêtre fut massacré et coupé par morceaux ; un autre reçut un coup de carabine parce quil portait une tonsure et ne pouvait être quun jésuite. Cest ainsi que fut tenue la promesse faite par les proclamations des commandants aux malheureux Fribourgeois de respecter leur religion.
    Larrêté de la Diète ne prescrivait que lexpulsion des Jésuites ; mais pour des révolutionnaires, toutes les congrégations religieuses, toutes les institutions catholiques, les prêtres séculiers eux-mêmes ne sont que des Jésuites. Cest ainsi que la compris le gouvernement provisoire de Fribourg qui a expulsé à perpétuité, comme affiliés des Jésuites, les Ligoriens, les Marianites dits Frères Ignorantins ; les Frères de la Doctrine chrétienne, les Surs de St Jospeh, les Surs de St Vincent de Paul et les Surs du Sacré-Cur. Tous les biens meubles & immeubles de ces diverses corporations sont réunis au domaine public, et leur produit devra être employé à linstruction publique.
    Tandis que le Gouvernement provisoire de Fribourg, irrégulièrement constitué, portait cet inique décret, les troupes fédérales marchaient de victoires en victoires. Le canton de Zug, trop faible pour opposer la moindre résistance capitula à peu près aux mêmes conditions que Fribourg ; Schwijtz, Unterwald & Ury suivirent lexemple de Zug. Restaient encore le Valais défendu par ses montagnes et Lucerne le centre daction du Sunderbund. Cest sur cette dernière ville que se portent les vainqueurs de Fribourg. Ils sont quatre contre un et pleins de la confiance que donne la victoire. Néanmoins les héros de la foi et de la liberté nhésitent pas à engager une lutte dautant plus honorable quelle est plus inégale. Ils défendent les abords de leur ville pied à pied, et sils éprouvent des pertes, ils les font payer cher à leurs ennemis. Mais tandis quils prodiguaient ainsi leur sang hors des murs de Lucerne, les radicaux de lintérieur, insurgés contre les troupes chargées de sa défense, la livraient à lennemi.
    Le Valais était décidé à résister même seul, mais sur linvitation pressante des puissances étrangères, il consentit à céder.
    La guerre était finie, mais dautres uvres diniquité allaient saccomplir. Larmée radicale se trouvant fort bien de festiner aux dépens des cantons catholiques on voulut lui procurer encore cette satisfaction un mois durant : ce qui, daprès un journal, équivaut à une contribution de 7 millions et demi. Or, ces cantons sont pauvres, et cest à peine si leur population atteint le chiffre de 400,000 âmes. De plus, les maisons des habitants des campagnes avaient été saccagées pendant la guerre, la récolte pillée et jetée sous les pieds des chevaux, et tout cela à lentrée de lhiver et après une année de dépenses énormes et dune dure famine.
    Le Sunderbund en défendant sa religion & sa liberté injustement attaquées avait eu le tort de succomber ; cétait donc justice, daprès les radicaux, de lui faire supporter largement tous les frais de la guerre. Le peuple est complètement ruiné, on ne lui demande plus rien ; les conseils provisoires du radicalisme ont choisi dans chaque canton catholique dautres victimes de leur spoliatrice rapacité. Les membres de lancien gouvernement de Lucerne rendus personnellement et individuellement responsables de tous les actes qui ont établi et développé le Sunderbund sont mis en accusation pour des faits dont ils devraient être irresponsables, puisque ces faits ont été approuvés et même exigés par le peuple en qui réside la souveraineté. Leurs biens immeubles frappés de séquestre, et leur mobilier placée sous les scellés, vont subir une confiscation interdite par les lois. À Fribourg les membres du gouvernement et ceux du grand-conseil qui ont voté la résistance, ainsi que leurs adhérents sont déclarés coupables de haute trahison, décrétés de mise en accusation, responsables des malheurs de la guerre. Les rentiers, les conservateurs propriétaires, quelquinnocents quils soient dailleurs, sont lobjet dune féroce et insatiable rapacité. Le gouvernement provisoire du Valais a frappé dune contribution de 200,000 frs les prétendus instigateurs de la résistance du canton aux arrêtés de la Diète fédérale du 20 Juillet & 11 août dernier. Cette contribution est repartie comme il suit. La maison du Grand St Bernard 80,000 frs de Suisse (*), environ 100,000 frs de France, labbaye de St Maurice 50,000, le Révérend Évêque de Sion 20,000, le chapître de Sion 20,000, le chanoine André de Rivas 10,000, les conseillers dÉtat &e, 20,000. Ce chiffre de 200,000 a été trouvé plus tard beaucoup trop modéré. Nous offrons ceci comme un spécimen de la marche qui a été suivie dans les autres cantons catholiques où les ordres mendiants eux-mêmes nont pas été épargnés. Une des premières mesures du gouvernement corps-franc de Lucerne a été dimposer au monastère de St Urbain, de lOrdre de Cîteaux, une contribution préalable de 500,000 frs. suisses, payables en 15 jours : ce qui équivaut à la suppression de ce monastère. À Fribourg le clergé séculier et les couvents non supprimés ont été frappés dune amende de 810,000 frs. suisses. Partout les Jésuites et les religieux et religieuses désignés sous le nom de leurs affiliés, ont dû quitter leurs asyles dans 3 fois 24 heures ; tous leurs biens ont été confisqués, et on a déclaré hors la loi ceux dentreux qui tenteraient de mettre le pied sur le sol de lHelvétie. Tous les Évêques de la Suisse et les chefs spirituels des institutions religieuses ont été unanimes à protester contre ces mesures sacrilèges des nouvelles autorités cantonales. Mais que peuvent les plaintes de la religion et la voix de la raison et de la justice outragées contre des esprits révolutionnaires ? Nous pouvons le voir dans le langage des feuilles radicales de la Suisse : « Lévêque Marilley, dit lune delles, que lintrigue a fait asseoir sur le Siège épiscopal de Lausanne, ne paraît pas encore corrigé par la terrible leçon que Fribourg a reçue : il vient de sadresser au Nonce apostolique, lui-même gravement compromis, et avec lequel la Suisse na pas encore réglé de compte. Si cette intervention devient sérieuse, elle forcera Fribourg, et au besoin la Diète, de placer le clergé dans une position telle quil perdra enfin lhabitude de se mêler sans-cesse des affaires temporelles. Ces menaces se sont déjà en partie réalisées contre le clergé du Valais, qui a été placé sous la surveillance non-seulement de la police, mais de tous les partisans de lordre de choses actuelles, chargés de dénoncer la moindre parole qui pourrait être interprétée comme un blâme des opérations du nouveau gouvernement. Déjà plusieurs curés ont été ainsi dénoncés et incarcérés. Pour ce qui est de lÉvêque de Lausanne, sa fermeté toute apostolique la rendu tellement

    (*) Les religieux en ont été arrachés plus tard par la force armée.

    odieux aux démagogues de Fribourg quil pourrait bien arriver quon le mît un jour sur le catalogue des Martyrs. Quant à la protestation du Nonce au nom de St Père, la Diète décida quil ny serait point fait de réponse, tant pour se montrer fidèles à ses antécédents, que par la raison que lobjet de la protestation est tout-à-fait religieux, tandis que le Nonce est ambassadeur du Pape comme souverain temporel. Ce 1er échec ne découragea point la grande âme de Pie IX. Mgr Luquet nous écrivit de Lyon le 14 janvier : « Le lieu doù je date cette lettre vous étonnera beaucoup sans doute, et vous ne pourrez comprendre dabord pourquoi je me trouve en France dans ce moment. Je vais vous donner lexplication de suite. S.S. a daigné me confier une mission aussi honorable que pleine de périls et de difficultés. Je vais en Suisse comme envoyé extraordinaire du St Père pour préparer la pacification religieuse de ce malheureux pays. » Dieu veuille que Sa Gr. puisse réussir ! On dit que Mr. Guizot a été très-flatté de voir que Pie IX eût confié cette Mission à un Français.
    Cest ici le lieu de faire connaître la conduite des puissances étrangères à légard de la Suisse pendant tout le cours des tristes évènements que nous venons de raconter. Avant les hostilités la France & lAutriche menacèrent le parti radical et déclarèrent que le Sunderbund était la cause de la légalité & de lhonneur. Mr Guizot, dans des intentions droites sans doute, se permit de donner aux cantons catholiques le conseil de ne pas prendre linitiative de lattaque : conseil funeste, sil en fut jamais, puisque le Sunderbund était tout prêt à déployer ses étendards bien avant lentière organisation des troupes radicales, alors mêmes que des répugnances et des hésitations presquinvincibles se manifestaient chez les catholiques et les conservateurs des cantons protestants. La ligue catholique comptant sur une intervention presque promise ne voulut point désobliger Mr Guizot et garda fidèlement lattitude défensive quil lui avait conseillée.
    Fribourg avait déjà succombé depuis plus de 15 jours quand les journaux annoncèrent que les bases de la médiation des grandes puissances en Suisse étaient arrêtées. Un protocole avait été signé à Londres par Lord Palmerston et les représentants de la France, de lAutriche, de la Prusse et de la Russie. Jusqualors ces 4 dernières puissances avaient figuré seules dans les affaires de la Suisse. En se portant pour médiatrices elles navaient donc nul besoin de se mettre, pour ainsi dire, sous le patronage de la Grande-Bretagne. Cest cependant à Lord Palmerston quest déféré lhonneur de faire proposer à la Diète helvétique la médiation des cinq puissances signataires du protocole. Sir Stratford Canning chargé de cette mission était encore à Paris quand y arriva la nouvelle de la reddition du Valais. Il se rendit néanmoins en Suisse, mais déjà Lord Palmerston avait dit en plein parlement que le temps des médiations, et à plus forte raison des interventions était passé, puisque le Valais, ce dernier débris du Sonderbund avait capitulé. La Diète alors pleinement rassurée sur la démarche des grandes puissances, répondit que le droit national et le droit fédéral ne lui permettaient plus daccepter loffre de médiation qui lui était faite ; que la médiation dune ou de plusieurs puissances neutres supposerait un différend entre la Suisse et quelquautre puissance, une querelle internationale, &e. Cest ainsi quaprès la déclaration de Lord Palmerston la Diète tenait compte des menaces qui lui étaient faites, si elle refusait la médiation que lui offraient les 5 grandes puissances. Elle poursuivit dès-lors en pleine sécurité sous les yeux du représentant de lAngleterre son uvre de spoliation, de bannissement et diniques persécutions contre les prétendus auteurs de la guerre. Ainsi le 4 grandes puissances continentales subirent le veto de Lord Palmerston. On devait sy attendre dautant moins que lAutriche et la Prusse avaient rappelé leurs ambassadeurs de la Suisse aussitôt que la Diète eut voté la guerre, et que le roi de Prusse, en sa qualité de prince de Neuchâtel, avait pris officiellement sous sa protection ce canton qui avait déclaré vouloir rester neutre, ce qui nempêcha pas les radicaux victorieux de lui imposer une amende de 300,000 frs suisses pour avoir désobéi aux ordres de la majorité de la Diète.
    Ce ne fut quenviron 6 semaines plus tard quune note collective des ministres de France, dAutriche & de Prusse fut communiquée au Président de la Diète. De son côté, Sir Stratford Canning remit un mémorandum dans lequel il engage la Diète à user de modération. Ce mémorandum diffère de la note des 3 puissances, en ce que cest au nom seul de lamitié que lAngleterre donne des conseils à la Diète, tout en reconnaissant de la manière la plus explicite à la nation Suisse le droit de réviser sa constitution, tandis que les 3 puissances manifestent lintention dintervenir dans les affaires de Suisse, si la Diète modifiait dans les circonstances actuelles le pacte fédéral sans lunanimité des voix de tous les cantons qui composent la confédération. Il est certain, bien que les élections se soient faites et se fassent encore dans tous les cantons catholiques sous lempire des ballonnets et de la terreur, que les résultats nont pas été assez favorables à la cause du radicalisme pour quil puisse espérer de pouvoir faire voter à lunanimité la révision du pacte fédéral. Cest cependant là que tendent actuellement tous ses efforts : il veut substituer à la souveraineté cantonale une constitution unitaire sur le modèle de celle des Etats-Unis dAmérique. Si donc la majorité se prononce pour la révision du pacte fédéral, il est hors de doute que la Diète ne tiendra aucun compte de la note des 3 grandes puissances à laquelle elle na pas encore répondu. Cette fois pourtant nous ne serions pas surpris de voir quon ne se jouera pas toujours impunément de leurs menaces.

    États dItalie & dAllemagne.

    Sous la conduite dun Pontife sage & bien-aimé, Rome & les États-romains sacheminaient dans une voie nouvelle autant quheureuse. Déjà dindispensables réformes et de salutaires progrès avaient signalé ce commencement dun pontificat sagement réformateur. LEurope entière saluait avec amour cet avènement fortuné dun Souverain Pontife résolu à porter dans ladministration temporelle de ses États la sainte & suprême justice qui distingue le gouvernement spirituel de lÉglise. LItalie sunissait despérance et de sympathies à lenthousiasme des populations romaines ; mais parmi ces derniers il se trouvait des esprits inquiets qui, mécontents de la modération et du sage discernement dont tous les actes du Souverains Pontife étaient empreints, sefforçaient de faire prévaloir des pensées totalement contraires. Des réunions tumultueuses, sous prétexte de la disette des céréales ou de tout autre besoin, troublèrent en quelques endroits lordre public et menacèrent quelquefois la sûreté des personnes & des propriétés. Plus dune fois aussi les démonstrations de la joie publique prirent un caractère alarmant. Voulant y mettre un terme, sa Sainteté fit prohiber de la manière la plus sévère ces insolites réunions populaires, et toutes ces manifestations publiques, extraordinaires, quelquen fût le motif, nexceptant que celles qui, avant cette prohibition, étaient déjà permises par les autorités compétentes, soit dans la capitale, soit dans les provinces. Les révolutionnaires changèrent alors de tactique : ils supposèrent un antagonisme entre les représentants de lancienne administration & ceux de la nouvelle : ils exagérèrent la résistance de ce quils nommaient le parti rétrograde aux concessions que Pie IX croyait devoir faire aux exigences du temps. Puis, par la plus exécrable des manuvres, ils ne rougirent pas de mêler les noms les plus respectables, tel que celui du Cardinal Lambruschini, ce modèle accompli de fidélité & dhonneur, dans un prétendu complot tramé par le parti rétrograde qui aurait, disaient-ils, ensanglanté Rome si un homme du peuple ne leût découvert en temps utile. La nouvelle de cette découverte annoncée dans le Journaux, avec les noms de principaux conspirateurs, jetta leffroi & le désordre dans Rome. Des arrestations eurent lieu ; un procès dinstruisit, mais toutes recherches faites, il fut impossible de découvrir les moindres traces dune conspiration. « Il a pu y avoir, dit à ce sujet une lettre de Rome, des imprudences, quelques intrigues ; à coup sûr la police a fait preuve de la plus étrange incurie, mais ce complot dont on a fait tant de bruit, ces 30,000 personnes bien comptées qui devaient périr sous le poignard, tout cela et bien dautres choses encore na jamais existé que dans quelques têtes chaudes ».
    Le but du procédé perfide des ennemis de Pie IX, quelquil fût, se trouvait donc manqué. Le Pontife réformateur ne donna dans aucun des écarts toujours inséparables des réactions violentes, et lagitation populaire ne tarda pas à se calmer, grâce à lattitude prise tout dabord par la garde civique dont S.S., par un acte admirable de prévoyance, avait ordonné linstitution quelques jours auparavant. Ce fut dans ces circonstances critiques que le Cardinal Gizzi donna sa démission de secrétaire dÉtat. Pie IX le remplaça par le Cardinal Ferretti son cousin & son intime ami. Voici la lettre quil lui écrivit à ce sujet : « Mon cousin, le Cardinal Gizzi a voulu se retirer, et nayant pu me refuser à ce vu, savez-vous qui est Secrétaire dÉtat ? LÉminentissime Ferretti. Arrivez promptement. Nous avons de la peine, mais Dieu est avec nous. »
    Ce choix fut vivement applaudi et le Cardinal Ferretti fut porté en triomphe à son arrivée à Rome. Il se hâta de ressaisir dune main ferme tous les droits de lautorité souveraine trop méconnue pendant les jours de troubles qui venaient de sécouler.
    Les célèbres traités de 1815 avaient livré lItalie & les États-romains à la surveillance autrichienne. LEmpereur dAllemagne était en conséquence autorisé à entretenir une garnison dans la forteresse de Ferrare. Les troubles de Rome dont nous venons de parler lui fournirent le prétexte doccuper la ville tout entière. Ses troupes y entrèrent drapeaux déployés, mèches allumées, carabines chargées. Les soldats étaient couronnés de lauriers. Tous les postes de Ferrare furent envahis par les Autrichiens ; ils se cantonnèrent sur tous les points importants, et leurs canons furent braqués sur les places publiques dune ville romaine. Le but de cette démonstration paraissait évident ; lAutriche voulait entraver luvre réformatrice de Pie IX, en excitant des mouvements parmi la population ferraraise ; mais malgré sa surprise et son indignation, cette population se maintint calme et ne fit entendre que ce cri souvent répété : Vive Pie IX ! Le cardinal Ciacchi, gouverneur de Ferrare, protesta sur le champ de la manière la plus énergique, au nom du Souverain Pontife qui approuva sa protestation contre linjustice dune pareille invasion.
    Lorsque lintervention de lAutriche dans les affaires des États-romains nétait encore quau rang des probabilités, Mr Guizot avait enlevé les applaudissements de la chambre par les paroles sublimes avec lesquelles il avait caractérisé luvre réformatrice de Pie IX. « Je ne veux pas dire, ajoutait-il ensuite, que ce serait un crime, ce serait une faute énorme de ne pas seconder Pie IX dans la tâche difficile quil entreprend Cest le devoir de toutes les nations, de tous les gouvernements chrétiens de prêter leur appui à luvre sublime que le Pape entreprend. » Ce langage aurait pu dans un autre temps faire peur à lAutriche et empêcher linvasion quelle méditait. Telle était peut-être lintention de lorateur ; mais le monde entier sait aujourdhui que, si nous sommes disposés à acheter la paix à tout prix, aucune raison ne sera capable de nous déterminer à courir les chances de la guerre même la plus juste & la plus honorable. À peine les troupes autrichiennes ont-elles occupé Ferrare que Mr Guizot sempresse den adresser ses félicitations à M. Metternich, & de la même plume il écrit à Pie IX pour le complimenter de la sage et généreuse énergie de ses protestations contre lAutriche, comme il comte de ses documents quil vient de communiquer aux chambres.
    LAngleterre, dans un but dintérêt commercial et aussi sans doute par rivalité contre la France, offrit son intervention au St Père pour le maintien de ses droits ; mais comptant sur lamour de ses sujets autant que sut la justice de sa cause, Pie IX déclara navoir besoin daucun secours étranger. Le résultat de ses négociations avec lAutriche fut lévacuation de la ville de Ferrare par les troupes autrichiennes, après une occupation de près de 6 mois. Cest ainsi que le gouvernement Pontifical recueillit le fruit de sa modération et de sa fermeté, sans avoir aucune obligation à une intervention quelconque.
    Malgré toutes les préoccupations et les embarras du dedans et du dehors, Pie IX na pas cessé de savancer dun pas ferme & assuré dans la voie de salutaires réformes administratives & politiques. Le 15 9bre sera à jamais célébré dans lhistoire de son glorieux pontificat. Cétait le jour fixé pour louverture solennelle de la consulte dÉtat, composée de 24 membres députés des diverses provinces. Le but du souverain Pontife, en les réunissant en consulte permanent, est, comme il le leur a déclaré lui-même, de mieux connaître les besoins de son peuple et de mieux pourvoir aux exigences de la chose publique. Dès le matin toute la population romaine était en mouvement : les rues que devait parcourir le cortège étaient sablées : les palais ornés de riches tentures, les plus humbles maisons parées détoffes éclatantes, toutes les fenêtres & tous les balcons chargés de guirlandes de verdure & de fleurs Chaque député était conduit dans un équipage de gala précédé dune bannière indiquant le nom de sa province : autour de chaque voiture marchaient les habitants des différentes provinces qui, se trouvant à Rome, avaient voulu former à leurs députés une escorte dhonneur. Des vivats en lhonneur de Pie IX éclataient partout sur leur passage. Dun grand nombre de fenêtres les Dames leur jetaient des bouquets de fleurs : les applaudissements du peuple se mêlaient aux fanfares des musiciens qui accompagnaient le cortège se dirigeant au palais du Vatican. Là le St Père prononça une allocution où respirait en même temps lamour le plus ardent pour ses peuples, la noble franchises des plus généreux sentiments & la ferme volonté de maintenir intacts les droits inaliénables du Souverain Pontificat.
    Deux mois ne sétaient pas encore écoulés depuis louverture de la consulte-dÉtat que Pie IX, par un nouveau motu proprio organisait le conseil des ministres avec la même sagesse qui a présidé à ses autres institutions. Toutes les administrations de lÉtat sont reparties dans les ministères suivants ; 1°.Affaires Étrangères ; 2°.Intérieur ; 3°.Instruction publique ; 4°.Grâce et justice ; 5°.finances ; 6°.commerce, Beaux-arts, Industrie & Agriculture ; 7°.Travaux publics ; 8°.Guerre (armée) ; 9°.Police. Le ministère qui sest complété & constitué se compose de 4 cardinaux & de cinq Prélats.(*)
    Chaque ministre est responsable pour tout ce qui regarde la direction, la marche et ladministration de son ministère ; chaque employé subalterne étant dailleurs responsable pour la partie de lexécution qui le concerne et qui lui a été confiée.
    Le Secrétaire dÉtat, ministre des affaires étrangères, Président du Conseil des Ministres, est toujours un Cardinal de la Ste Église.
    Un corps dauditeurs est attaché au conseil sous le nom dAuditeurs au conseil des ministres.
    Les auditeurs au conseil des ministres seront au nombre de 24, dont 12 Ecclésiastiques et 12 laïques.
    Pour aspirer aux fonctions dauditeur au conseil des ministres, il faudra avoir lâge de 25 ans révolus, prouver des moyens dexistence à Rome pendant les années de lauditariat, et avoir le titre de Docteur en droit obtenu dans une des facultés des Universités des États Pontificaux.
    La nomination aux fonctions dauditeur au conseil des ministres est réservée au Souverain à qui elle devra être proposée par ce conseil. Leurs fonctions seront gratuites Nul employé ne pourra cumuler plusieurs fonctions administratives ; et sil en a déjà, il sera obligé dopter.
    Tels sont quelques-uns des principaux articles de ce gouvernement constitutionnel. Les abus y sont prévenus autant que possible, et Pie IX comme dans toutes ses autres institutions y maintient un heureux accord entre la religion & la liberté. « Oui, dit à ce sujet lÉvêque de Digne, il faut que désormais on ne puisse plus, dans les âmes, semer, entre la religion et la liberté, des divisions funestes à lune & à lautre. Il faut quon sache que les peuples, comme les individus, grandissent ; que les conditions de la vie et de la prospérité des nations changent selon leur âge et quil y a une émancipation légitime, que la religion doit bénir & consacrer. Mais il faut quon sache aussi que la liberté sans frein mène toujours, par lanarchie, à lasservissement le plus abject ; il faut quon sache que, pour faire des hommes, la liberté doit descendre du ciel, et marcher appuyée sur lordre et la religion. »
    Voilà justement où tendent tous les efforts de Pie IX. En se mettant à la tête du mouvement de notre époque qui menaçait de lentraîner, il lempêche de ségarer et trace une route sure aux gouvernements qui ont compris les besoins de leurs sujets. Autant ses vues sont élevées, autant est grand son courage au milieu des dangers qui lenvironnent. « Nous précipiter, disait-il un jour à un Prélat français, nous ne le voulons pas ; mais reculer, jamais : nous avons confiance en Notre Seigneur. » Et en prononçant ces derniers mots le St Pontife portait sur son crucifix un regard plein dune attendrissante expression. « Quels sont, dit Mr Guizot, les obstacles & les dangers quil (Pie IX) rencontre ? Le danger stationnaire à le danger révolutionnaire. Il y a, chez lui & en Europe, des gens qui veulent quil bouleverse tout, quil remette toutes choses en question, au risque de se remettre en question lui-même, comme le souhaitent au fond ceux qui le poussent dans ce sens. » En dautres termes les ennemis de Pie IX sont les partisans des abus du passé et les carbonari connus aujourdhui sous le nom de Jeune-Italie. Leurs tendances sexpliquent assez par les marques de sympathie quils ont données à leurs frères les radicaux de Suisse. À le nouvelle de leur triomphe à Lucerne, un rassemblement considérable se forma le soir sur la place du peuple à Rome, et se porta drapeaux et torches en main à la demeure du consul Suisse, en manifestation de joie. Cette foule égarée fit entendre, en passant devant le collège des Jésuites, des vociférations ignobles, et adressa des vivats à Gioberti, lauteur dun livre qui réunit tout ce quil et possible daccumuler de préjugés & de calomnies contre la Compagnie de Jésus.
    À quelques jours de là, un écrit ayant pour objet déclairer lopinion publique sur le véritable caractère du triomphe des troupes de la Diète Suisse et sur linconvenance des démonstrations qui en ont célébré la nouvelle, donna lieu à dautres scènes de désordres. Tous les exemplaires de cette brochure quon put se procurer furent lacérés et brûlés au milieu des huées et de nombreux habitués de café. Ils essayèrent même dincendier limprimerie doù cette brochure était sortie.

    (*) Postérieurement les ministères de la Justice, des travaux publics, de la Police et de la Guerre ont été confiés à des laïques.

    Lémeute qui était devenue considérable ne put être dissipée que par les dragons et autres troupes à la tête desquels sétait mis le Cardinal Ferretti. Il est cependant à remarquer quun grand nombre de ces émeutiers nappartenaient pas à ma population romaine qui est, en général, très-dévouée à Pie IX. Il nen fut pas moins très-affligé, ainsi que de la joie manifestée par certains journalistes romains à la nouvelle du triomphe du radicalisme en Suisse.
    S.S., à cause dune légère indisposition, avait résolu de ne pas paraître ne public dans les 1ers jours de la nouvelle année. Il nen fallut pas davantage pour faire courir des bruits alarmants sur létat de sa santé parmi la population romaine qui se porta en foule au Quirinal, demandant impérieusement à voir le St Père. Par un excès de complaisance pour son peuple chéri, Pie IX parcourut les rues de Rome au milieu des témoignages de la joie la plus vive. Mais quelles ne fut pas sa douleur quand aux cris mille fois répétés de Vive Pie IX, il entendit se mêler celui de, à bas les Jésuites ! Quelqualarmantes que soient ces manifestations de la part de la Jeune Italie, il est permis despérer que ces efforts seront impuissants en présence de la grande majorité des sujets du Souverain-Pontife qui lappuient de leurs suffrages et se montrent toujours pleins denthousiasme et de dévouement à sa personne. Un autre motif despérance est la ligue fondée par plusieurs souverains des États-Italiens dans le but de garantir lindépendance italienne. Déjà le roi de Sardaigne et le grand duc de Toscane se sont unis au Souverain Pontife et sont entrés franchement comme lui, à la grande satisfaction de leurs sujets, dans la voie des réformes. Le roi de Naples a lieu de se repentir aujourdhui de navoir pas suivi leur exemple, comme il en était vivement sollicité : il aurait semblé accorder de plein gré beaucoup moins quon ne lui a demandé, ce quil accorde aujourdhui par force. Parme & Modène ont préféré à la ligue italienne les secours de lAutriche pour comprimer le mouvement révolutionnaire qui commençait à les agiter. Mais ces 3 puissances en sisolant de la cause de Pie IX, par les moyens quelles ont employés, lont peut-être mieux servie que si elles lavaient embrassée. LAutriche elle-même menacée dans ses possessions italiennes est devenue, comme malgré elle, la protectrice des sages réformes quelle désapprouve en maintenant sur la frontière des États-Pontificaux une espèce de cordon sanitaire. Quant aux autres États dEurope, sils interviennent dans les affaires de lItalie, ce ne sera sans doute pas en faveur du radicalisme qui est pour plusieurs dentreux un véritable danger. Dailleurs Pie IX a réuni autour du trône pontifical trop de sympathies pour que ses admirateurs deviennent tout-à-coup ses ennemis. Nous ne sommes pas toutefois sans quelque défiance du côté de lAngleterre ; nous craignons quen voulant régulariser la position de son ambassadeur à Rome, elle nobéisse encore cette fois aux instincts perfides & intéressés de sa détestable politique. Sans compter sur les belles promesses de Mr Guizot nous avons vu avec la plus vive satisfaction la chambre des Pairs voter à lunanimité dans sa réponse au discours de la Couronne qui avait gardé le silence sur les affaires de lItalie, ce paragraphe additionnel : « Une ère novelle de civilisation & de liberté souvre pour les États Italiens. Nous secondons de toute notre sympathie et de toutes nos espérances le Pontife magnanime qui linaugure avec autant de sagesse que de courage, et les souverains qui suivent comme lui cette voie de réforme pacifique où marchent de concert les gouvernements & les peuples. » LAmérique na pas été la moins empressée à apporter son tribut dadmiration, de sympathie et dencouragement aux pieds du Pontife réformateur. Elle, aussi, veut avoir son ambassadeur à Rome ; mais ce ne sera pas un protestant qui aura lhonneur de représenter les Etats-Unis auprès du St Siège, ce sera un fervent catholique qui a déserté la cause du protestantisme. Que despérance dans ce seul fait ! Les catholiques dAntioche ont célébré lexaltation de Pie IX avec une pompe & un enthousiasme extraordinaires. « Tout homme un peu réfléchi, dit à ce sujet un journal, sentira toute la portée de cet hommage rendu au Siège de St Pierre dans la ville même où son établissement momentané a servi de prétexte au schisme qui retient hors de lunité catholique la majeure partie des populations chrétiennes de lOrient. Une cérémonie du même genre et dun caractère presquentièrement religieux réunit les Italiens dans la cathédrale dAlger. Mgr Pavy leur adresse un discours qui excite chez ses auditeurs un enthousiasme si vif que cet enthousiasme se traduit spontanément par des applaudissements et des bravos que lorateur sacré a toutes les peines du monde à comprimer par ces belles & nobles paroles : « Mes frères, nous sommes ici dans un temple chrétien°tout à la gloire de Dieu et rien à celle des hommes ! » Six mille citoyens de New-York, appartenant pour la plupart à des sectes protestantes, réunis dans magnifique meeting présidé par le Maire de la ville qui avait lÉvêque catholique à sa droite, ont voté avec enthousiasme une adresse chaleureuse et vivement sympathique à lillustre et bien-aimé Pie IX. Le Président dun meeting composé des sectes protestantes les plus puritaines de lAngleterre sest exprimé ainsi : « Jai à vous proposer un toast, quen ma qualité de bon protestant, je tremble vraiment darticuler ; mais mon opinion est que partout où se trouve un homme ami des lumières et désireux de régénérer le monde, cet homme-là mérite tous les hommages : Donc, à Pie IX et au succès de ses efforts pour la cause de la liberté humaine ! » Un membre du clergé presbytérien a répondu : « Il nest pas de toast auquel je puisse me rallier avec plus de plaisir et dempressement Je crois fermement que le Pape sera le régénérateur de lEurope ; ainsi je ne pense pas manquer à mon devoir en répondant au toast proposé (Applaudissements.) Pie IX a cru devoir améliorer la position des Juifs résidants à Rome ; cest pour len remercier que les Israélites de Londres ont voté une adresse à S.S. signée des gardiens et du principal ministre de la synagogue.
    Lépiscopat français contemplait dans le silence de ladmiration & de létonnement les glorieuses prémices du pontificat de Pie IX dans la voie des réformes, quand le National se permit daccuser Mgr de Bonald davoir ordonné dans les communautés religieuses des prières pour la conversion du Souverain Pontife. Le temps de parler était venu. « Quel spectacle pour le monde ! disait quelques jours après Son Éminence dans un mandement. Un roi pontife, dont le gouvernement semblait à nos hommes politiques les plus avancés le type de labsolutisme le plus incurable, a compris, lui, la véritable liberté, et na pas attendu quelle vint à lui ; il est allé à sa rencontre. Pie IX la introduite dans ses États ; il la consacré en marquant son front du sceau de la croix, et la fait monter sur son trône, non pour effrayer les nations, mais pour quelle régnât paisiblement avec lui, et fit avec lui le bonheur de ses sujets. Tout entier à son uvre réformatrice et dans des vues surtout que la religion peut inspirer et conduire, ce grand Pape veut que toute tête sincline devant la loi, que le privilège ne soit un abri pour personne, et que de honteuses dilapidations ou dimprudentes largesses népuisent pas la fortune publique. Loin de repousser les améliorations introduites dans les temps modernes, il appelle ses enfants à en jouir comme les autres peuples, et par de sages mesures combat la paresse et la misère, qui ne peuvent engendrer dans un État que le trouble et la ruine. Le Clergé sassocie pleinement à la pensée féconde et saintement libérale de Pie IX Navons-nous donc pas le droit de nous étonner dentendre un grave législateur (Mr. Lherbette) accuser les Évêques et les Prêtres de sêtre prononcés contre le Pape et de vouloir lentraver ? » Son Emce ordonne ensuite des prières, non pour la conversion de Pie IX, « mais afin que ce grand Pontife ne se laisse arrêter dans la voie quil parcourt si glorieusement , ni par les intrigues de ceux qui regrettent les abus, ni par les sourdes menées de ceux qui ne lui tiendraient compte de ses efforts que sil pouvait abolir la papauté. »
    Beaucoup dautres Prélats nont pas été moins éloquents en exprimant leur pleine adhésion aux vues sagement libérales de Pie IX, et en appelant les bénédictions célestes sur la pénible tâche quil sest imposée. Nous regrettons de ne pouvoir citer quun fragment du mandement que son Emce Mgr Giraud, Archevêque de Cambray, adressa à ses diocésains, à son retour de Rome.
    « Nous avons hâte, N.T.C.Fr., dit léloquent Prélat, de prononcer un nom murmuré par toutes les bouches et que vos curs ont déjà mille fois répété. Nous lavons vu le bien-aimé IX, Pie IX le Grand, plus grand que toute louange, le plus généreux prince et le plus pieux des Pontifes, de tous les monuments de Rome le plus digne dêtre contemplé, que le peuple romain bénit, que toute lItalie regarde, que toute lEurope admire, que tant despérances saluent, quun immense amour environne ! Comment vous rendre les émotions de cette 1re audience, où, tremblant de crainte et de tendresse, nous nous sommes trouvé en présence de la charité et de la douceur du Sauveur lui-même ! Dans ses yeux quelle expression de bonté ! que de suavité dans sa parole ! quelle majesté sereine dans ses traits ! Ah ! si vous aviez pu le voir comme nous lavons vu, le calme de son front quassiègent cependant tant de sollicitudes, la confiance de son regard quand il porte sur limage du divin crucifié, toujours présente devant lui, cette bénignité & cette mansuétude répandues sur ses lèvres : non, il nest point desprit si rebelle qui neût confessé la foi, point de genou qui neût plié, point de langue qui ne se fût écrié : St Père, vous êtes vraiment le vicaire du Fils de Dieu. »
    Avant ces manifestations de lÉpiscopat français, une souscription sétait ouverte spontanément en faveur du trésor pontifical. On la appelée la Liste civile de la Papauté, ou le denier de St Pierre. Les sommes déjà versées entre les mains du Nonce de Sa Sté à Paris, et qui grossissent chaque jour, doivent être considérables quoique nous nen sachions pas exactement le chiffre.
    Nous recueillons avec respect et amour les paroles suivantes de lAllocution du St Père, prononcée dans le consistoire secret du 17 Xbre dernier : « Au milieu de si grandes angoisses, ce nest certainement pas pour nous une faible consolation que de voir les heureux succès des Missions Saintes, et les courageux travaux des ministres de lÉvangile, qui, enflammés du zèle apostolique, méprisant vaillamment les périls les plus graves, vont dans les plus lointaines régions, arracher les peuples aux ténèbres de lerreur et à la férocité des murs pour les amener à la lumière de la vérité catholique et aux bienfaits de la vertu et de la civilisation, et qui ne cessent de combattre avec énergie pour la gloire de Dieu & le salut des âmes.
    Pie IX a voulu rendre au grand Sultan la visite que Chékib-Effendi lui avait faite de sa part dans le courant de lété dernier. LAmbassadeur de S.S., Mgr Ferrieri, accompagné dune nombreuse suite, et chargé de riches présents est parti pour Constantinople sur un bateau à vapeur que le roi de Sardaigne a mis à la disposition du St Père. La sublime Porte a reçu ce représentant du chef de la chrétienté avec beaucoup de distinction. 21 coups de canon ont salué le pavillon du Souverain Pontife. Un chambellan du palais impérial est allé complimenter Mgr Ferrieri à bord du bateau à vapeur de la part du Sultan, et la accompagné dans une voiture de la cour jusquà lhôtel qui avait été préparé pour lui. Il y sera hébergé avec toute sa suite aux frais du Sultan, pendant son séjour à Constantinople. Tout fait espérer que cette ambassade qui ne sera pas une des moindres gloires du Pontificat de Pie IX, aura les plus heureux résultats pour la religion. Le Patriarche arménien non uni a renvoyé une nombreuse députation pour féliciter le représentant du St Père. Puisse cette démarche être le prélude dun rapprochement de la nation arménienne avec lÉglise catholique ! Le Patriarche grec a aussi envoyé féliciter lambassadeur du Pape. Cest la première marque de déférence que léglise grecque ait donnée à lÉglise romaine depuis plusieurs siècles. Le but politique de lambassade de Mgr Ferrieri na pas encore transpiré. On pense cependant généralement quil fera des ouvertures à la Porte pour la conclusion dun traité et la conclusion de rapports diplomatiques réguliers entre la cour de Rome et le Divan.
    Pie IX qui noublie aucun des intérêts de la chrétienté a rétabli le Patriarcat de Jérusalem. Mgr Valerga quil a revêtu de cette dignité est un homme dun grand mérite qui a parcouru tout lOrient dont il parle plusieurs idiômes. On lui doit déjà la conversion de plusieurs Évêques nestoriens. Mgr Valerga sest rendu à Constantinople avec Mgr Ferrieri et ne doit prendre possession de son patriarcat quaprès avoir réglé avec le gouvernement truc tout ce qui le concerne. Le nouveau Patriarcat de Jérusalem a pour principale mission de protéger les populations chrétiennes du Liban contre les conflits de la diplomatie des puissances dEurope & de préserver les Maronites de la destruction totale dont ils sont menacés.

    Sardaigne.

    Pie IX a trouvé dans Charles-Albert, roi de Sardaigne, prince éminemment religieux & singulièrement aimé de ses sujets, un appui sûr et un dévouement sans bornes. Il peut, au besoin, mettre sur pied une armée de 120,000 hommes pour sopposer aux envahissements de lAutriche en Italie, sans y comprendre 200,000 gardes nationaux. Tout occupé comme le grand Pontife, dont il est le digne ami, des intérêts de ses sujets, Charles-Albert a publié récemment un édit qui organise ladmiration communale et départementale du royaume de Sardaigne : cest un code administratif complet : il institue une division en communes, arrondissements, comme en France. Ce bon prince devait sattendre à rencontrer des contradicteurs ; ils nont pas été en grand nombre. Turin sest montrée ivre de joie : à la rentrée de leur roi dans sa capitale après quelques jours dabsence, 100,000 de ses habitants se sont portés au devant de lui et lont escorté en faisant flotter 10,000 bannières. Charles-Albert paraît aussi décidé à ne pas permettre que la foule des rues lui impose ses fantaisies, quà ne reculer devant aucune amélioration jugée nécessaire : il a refusé de recevoir une députation venue de Gênes, pour être linterprète du vu populaire, à la suite de rassemblements dans lesquels on avait crié, À bas les Jésuites ! Le roi de Sardaigne a publié le 8 février une nouvelle constitution en 14 articles. Le 1er seul diffère essentiellement de celle de France en ce que la religion catholique, apostolique & romaine y est déclarée la seule religion de lÉtat. Le peuple la reçue avec de vifs transports de joie. On regrette avec beaucoup de raison que Charles-Albert, malgré ses vues libérales & les sentiments religieux dont il est animé, veuille soumettre à la censure les écrits des Évêques dans ses États. LÉvêque du Pignérol lui a fait à ce sujet de vives représentations accompagnées de loffre de sa démission, laquelle a été acceptée.

    Toscane.

    Le grand Duc de Toscane nest pas aussi avancé dans luvre des sages réformes que le St Père et le roi de Sardaigne, obligé de se tenir en garde contre lesprit révolutionnaire qui a troublé plusieurs fois la tranquillité de Livourne, Léopold suit le mouvement italien dun il attentif et prévoyant : cest ce quatteste lordre quil a donné de présenter un projet de réforme de la loi actuelle sur la presse, et un projet de réforme de la Consulte-dÉtat qui ont eu une approbation générale.

    Milan.

    LAgitation a gagné les possessions autrichiennes en Italie : la résolution prise par la population de Milan de sabstenir de Tabac afin de diminuer le produit dun impôt très-productif, était un témoignage de dispositions hostiles envers lAutriche. Le gouvernement a eu le tort de les braver en faisant parcourir les rues de la ville par des fumeurs, sortis pour la plupart des casernes. Une collision entre le peuple & les soldats sen est suivie, et des morts et des blessés sont restés sur le champ de cette déplorable lutte. La fermentation se propage dans toute la Lombardie, et Venise vient dêtre agitée par le retour dune illustration du libéralisme vénitien qui avait été se concerter avec les patriotes de Florence.

    Naples.

    Depuis quelques temps plusieurs tentatives démeutes avaient eu lieu dans le royaume de Naples dans le but dobtenir le rétablissement de la constitution de 1812. Le 12 Janvier, jour de la fête du roi, le peuple de Palerme sest insurgé après avoir annoncé quil prendrait les armes si à ce moment-là les réformes auxquelles il aspirait nétaient pas accordées. Le 13, dès 7 heures du matin, le tocsin appelait aux armes la population, et le bruit de la fusillade se faisait entendre. À partir de ce jour linsurrection ne fit que sétendre & se fortifier. Après une série de combats souvent meurtriers, lautorité du gouvernement ayant tout-à-fait cessé dêtre reconnue dans la ville, il sétablit par la force des choses une espèce dorganisation de ce grand soulèvement. Les troupes royales qui occupaient les forts et plusieurs autres postes furent renforcées le 15 Janvier par 6000 hommes venus de Naples. Dès la nuit du 13 au 14 Janvier le fort de Castellamare lançait des bombes & des boulets sur la ville, quoiquil ny eût encore eu que des engagements partiels et peu meurtriers entre les troupes & les insurgés. Aucun avis, aucun signal navait annoncé à la patrie inoffensive de la population le danger qui la menaçait. Le 15 les bombes pleuvaient encore lorsque le consul de France crut devoir faire un appel à ses collègues dans lintérêt des français & de lhumanité. Il obtint une suspension darmes de 24 heures. Cependant la confiance des insurgés saccroissait dheure en heure. Les nouvelles qui arrivaient de lintérieur de lîle relevaient les espérances du peuple par lannonce dun soulèvement considérable dans toute la partie du pays qui environne Palerme. Quelques pourparlers eurent lieu entre le Duc de Najo commandant des forces militaires et le Marquis de Spedalotto, préteur de la ville. Les insurgés demandaient le rétablissement de lancienne constitution sicilienne, et la convocation immédiate du parlement sicilien à Palerme. Pendant quun navire était expédié à Naples pour porter ces propositions au roi, un autre arrivait à Palerme, porteur de 4 décrets royaux. Deux mois plus tôt des mesures semblables auraient excité lenthousiasme général, après linsurrection elles nont provoqué quun refus net & ferme. Le roi cédant alors à un sentiment de crainte inspiré par des symptômes menaçants de révolte qui se manifestaient déjà dans Naples et par des nouvelles fort alarmantes reçues de Palerme, où les insurgés sétaient emparés de deux postes importants de la Banque & du château-royal, se décida à donner une constitution à ses sujets. Cette constitution paraît la même que celle de la France, excepté que la religion catholique y est déclarée seule religion de lÉtat et quaucune autre ne sera tolérée.

    Autriche.

    À la nouvelle des évènements de Palerme, lAutriche se disposait à voler au secours du roi de Naples ; mais le St Père refusa de donner passage à ses troupes par les États Pontificaux. Charles-Albert en félicitant S.S. de cette résolution lui annonçait quil mettait le contingent sarde sur le pied de guerre, et quil allait former 3 camps distinctifs sur les frontières. Si les Autrichiens tentent de traverser de force les États Pontificaux, ajoutait le Monarque, je serai bientôt, moi-même, dans le royaume Lombardo-vénitien. Cette tentative na pas eu lieu. Il faut bien que lAutriche accepte les faits accomplis chez ses voisins, sous peine de se voir enlever une partie de ses États et de se jeter dans une guerre dont les chances, dans les circonstances actuelles, ne seraient pas pour elle.

    Bavière.

    La trop célèbre Lola-Montès a été nommée Comtesse de Landsfeld. Son ennoblissement a produit une sensation fort désagréable parmi la haute noblesse de Munich. Le roi lui a fait bâtir un magnifique palais et lui a assuré une rente viagère de 52,000 frs. Sa Majesté a en outre conféré à la Comtesse de Landsfeld les insignes de lOrdre de Marie-Thérèse, haute distinction à la quelle sont attachées les grandes & les petites entrées à la cour. Ces actes dégradants accomplis, la Mission du ministère protestant et oppresseur des catholiques était accomplie. Le roi a reconnu limpossibilité de maintenir un système permanent doppression contre lÉglise. Plusieurs décrets oppressifs ont été annulés ; cependant la réaction catholique nest pas tout-à-fait complète avec le nouveau ministère. La comtesse de Landsfeld vient de donner lieu à des désordres dune telle gravité que le roi sest vu obligé de léloigner immédiatement du royaume et de révoquer aussi immédiatement lordre quil avait donné la veille de fermer lUniversité pendant un an à cause de ces mêmes désordres.

    Danemarck.

    Le roi de Danemarck est mort le 19 Janvier. Il a pour héritier le prince Christian, âgé de 50 ans. Ce prince, deux foi marié et deux fois divorcé, na point denfants. À peine installé sur le trône de son père, le nouveau roi de Danemarck annonce dans sa proclamation davènement quil va donner à ses sujets une constitution organique, et inaugurer dans ses États le gouvernement représentatif. Dieu veuille que la liberté religieuse soit assurée par là dans le royaume de Danemarck !

    Espagne & Portugal.

    Dans le consistoire secret du 17 Xbre dernier Pie IX sest félicité de lheureuse conclusion des affaires religieuses en Espagne. À la fin du même consistoire la demande du pallium a été faite en faveur des Églises métropolitaines de Sarragosse & de Séville. Postérieurement S.S. a pourvu à la vacance de plusieurs autres sièges tant métropolitain quépiscopaux. Tous ces choix ont été faits par Mgr Brunelli, délégat du St Siège, de sorte quil est permis despérer de voir sous peu à la tête de tous les diocèses dEspagne des Prélats dignes de sassocier aux pieuses intentions du St Père. Plusieurs des candidats présentés par Mgr Brunelli, effrayés à la vue du fardeau épiscopal, ont reculé devant les difficultés quils auraient eu à vaincre dans les circonstances actuelles. Ces difficultés viennent principalement de ce que le gouvernement na pris aucunes nouvelles mesures pour pourvoir aux besoins du clergé et aux frais du culte, celles qui ont été adoptées jusquici, bien quinfiniment insuffisantes, nétant pas même observées. Le ministre des finances ne tient aucun compte des plaintes légitimes du clergé forcé par les besoins les plus urgents de réclamer le paiement de sa dotation dont larriéré remonte à 1844. La religieuses charité des populations ne suffit pas à empêcher les prêtres espagnols, surtout ceux qui sont âgés et infirmes de mourir de faim. Des grands séminaires sur le point dêtre fermés, des églises cathédrales et paroissiales tombant en ruine faute de ressources pur leur entretien & les réparations durgence : telle est la situation vraiment déplorable du culte & du clergé de la catholique Espagne. Si le gouvernement ny apporte aucun remède, cest, nous aimons à le croire, moins par mauvaise volonté que par impuissance. La rareté du numéraire augmente chaque jour, et la dette nationale qui nétait que dun milliard à la mort de Ferdinand VII, monte aujourdhui à 4 milliards de frs. Aussi les différents moyens de dotation du clergé proposés par les Évêques ont-ils été de nul effet. Ceux qui voulaient quon mît un impôt de pr. 100 sur les biens vendus du clergé ont soulevé la colère du gouvernement peu disposé à condamner son passé, et lindignation de ceux qui se sont emparés de ces biens. Rien nest plus juste néanmoins si on réfléchit à la manière dont ces biens sont passés dans les mains des particuliers. Voici, daprès la presse radicale qui nest pas suspecte, comment les choses se paraissent. La personne qui vendait au nom de lÉtat chargeait un tiers dacheter pour elle, de sorte que le vendeur et lacheteur étaient la même personne. Cest ainsi quune propriété dun million a été vendue 50,000 frs ; et un député a constaté à la tribune, sans être contredit, quun couvent sétait vendu 50 sols.
    LAngleterre navait que trop bien réussi dans ses projets de vengeance du double mariage de la reine avec le Duc de Cadix et de sa sur avec le Duc de Montpensier. La division ne pouvait être plus complète et plus scandaleuse dans la royale famille. La reine Christine était à Paris, linfant sans communication avec son auguste nièce, le roi au Prado et la reine de Madrid. Par ordre de Sa Majesté les grands dEspagne qui remplissaient auprès de sa personne les fonctions élevées de gentils-hommes de la Chambre durent cesser de les remplir. La classe de Dames azafuta fut de même supprimée ; et comme la reine ne voulait point se trouver isolée dans Sa Grandeur, elle remplaça le vide résulté par la suppression de ces fonctionnaires du palais par des personnes un peu plus gaies. Ainsi, après avoir fait de ses maîtres de musique et de peinture ses secrétaires, elle nomma gentilhomme de sa maison le comédien Garcia.
    Cependant le succès de la politique anglaise nétait pas complet ; elle avait élevé le ministère Serrano qui lui était dévoué, mais il refusa de la suivre jusquoù elle voulait aller. Comme lambassadeur anglais ne pouvait espérer de vaincre les résistances de ce cabinet, il lui parut plus commode de le faire remplacer par un autre dont il attendait plus de complaisance. Narvaez fut appelé à composer un nouveau ministère. Une conférence quil eut avec la reine décida peut-être du sort de la monarchie et de la nation Espagnole. Isabelle eut sans doute le bon esprit de seffrayer des desseins britanniques poursuivis par les progressistes. Le nouveau ministère se recruta parmi les modérés. Ce premier succès de Narvaez le conduit bientôt à un second, beaucoup plus honorable pour lui. Il obtint une éclatante réparation des outrages faits à la morale par linfluence anglaise. Marie-Christine revint auprès de sa fille, et le Duc de Cadix reprit au palais de sa royale épouse la place qui lui était due. La réconciliation paraît avoir été sincère, mais le bonheur de cette union est loin dêtre parfait et cest pour lAngleterre le sujet des plus sérieuses préoccupations. Isabelle est atteinte de spasmes nerveux qui, sans être graves, peuvent inspirer quelques inquiétudes, et jusquici rien ne fait espérer quelle ait une postérité qui éloigne la Duchesse de Montpensier du trône dEspagne. Si un jour elle était appelée à y monter, nul doute que lAngleterre ne mît en jeu tous les ressorts de son exécrable politique pour lui susciter des obstacles.
    Le ministère Narvaez sest encore signalé par un autre bienfait, celui dune amnistie qui a permis à tous les réfugiés politiques de rentrer en Espagne à la condition de prêter serment de fidélité à la reine et à la constitution de la monarchie. Espartero, le plus illustre de ces réfugiés, a été accueilli à son retour à Madrid avec un véritable enthousiasme. La guerre civile qui avait menacé pendant quelques mois de prendre un caractère sérieux en Catalogne vient dêtre terminée, et la tranquillité règne aujourdhui dans cette province, ainsi que dans toute lEspagne.

    Portugal.

    Nous navons aucunes nouvelles religieuses du Portugal. Depuis lintervention de la quadruple alliance, Oporto et la Junte se sont rendus à D. Maria, après une lutte très-vive et très-longue. Ce sont les troupes espagnoles qui ont obtenu la capitulation des insurgés. Le général Concha à la tête de cinq mille Espagnols est entré dans la place. On comprend que si la puissance espagnole occupe ici un rôle aussi important, ce nest quune courtoisie de la part de la France et surtout de lAngleterre. Lembouchure du Tage nen reste pas moins un port anglais. Quant à linfluence britannique dans les affaires du gouvernement, elle est loin de diminuer. La protestation de lambassadeur anglais contre les dernières élections donne la mesure de lindépendance que lAngleterre prétend laisser au Portugal.

    Russie, Pologne, Turquie, Grèce, Mont-Liban.

    Pie IX dans son allocution du 17 Xbre avait prononcé ces paroles au sujet de ses négociations avec la Russie : « Nous ne pouvons vous donner autre chose encore, si ce nest la ferme espérance où nous reposons que le Dieu tout-puissant et miséricordieux regardera avec faveur les fils de son église, accablés en ce pays de si cruelles tribulations, et quil bénira la sollicitude avec laquelle nous nous efforçons dy amener la religion catholique à une solution meilleure. » Le même jour 17 Xbre, par un rescrit qui a été publié dans les journaux, lEmpereur de Russie décorait & félicitait son plénipotentiaire pour le remercier du succès quil avait obtenu dans ses négociations avec Rome. Voilà comme la diplomatie russe sait mentir ! Il paraît pourtant que depuis lallocution du St Père les choses prennent une meilleure tournure ; car voici ce que nous avons lu ces jours derniers comme venant dun journal officiel de Rome : « Il ne nous est pas permis de lever la voile qui couvre une négociation qui nest pas entièrement terminée ; nous pouvons seulement dire quil est à notre entière connaissance que S.M.J. a adhéré à quelques-uns des points sur lesquels insistaient les réclamations et les demandes du St Siège pour la conservation de la foi catholique et de sa légitime autorité pastorale sur toute léglise de Russie et de Pologne. » Le même journal constate que cette adhésion est postérieure à lallocution de Pie IX susmentionnée. Dieu veuille amener à bonne fin ces négociations qui seraient dans lintérêt de la politique russe, en ce quelles rendraient plus tolérable aux pauvres Polonais leur entière incorporation à la Russie qui a eu définitivement lieu le 1er Janvier de cette année.
    Malgré un déploiement de forces considérables, et malgré la ténacité particulière au soldat russe, le général Woronsoffler ne fait aucun progrès dans le Caucase ; Schamil & ses fiers montagnards tiennent en échec un tiers des forces de lempire, et les Russes en sont réduits à annoncer avec fracas la prise du moindre petit village comme un succès important.
    LAutriche na pu venir à bout de terminer le différend Gréco-turc, bien quelle fût la plus désintéressée des grandes puissances dans ce conflit. Le roi Othon a présenté vainement de nouvelles formes de réparation & dexcuse. Le Sultan a exigé chaque fois de plus amples satisfactions. Par son ordre lExequatur fut retiré à tous les consuls helléniques établis dans lempire Ottoman, et le cabotage sous pavillon grec prohibé dans tous les ports de lempire. Comme le roi Othon paraissait décidé à ne faire aucune concession incompatible avec lhonneur et la dignité du pays, on devait sattendre à une prochaine déclaration de guerre quand la Russie vint terminer le différend en faveur de la Turquie. Quant à lAngleterre, elle a constamment soutenu les injustes prétentions du Sultan. Mais il y a quelque chose de plus odieux encore, cest lordre qua donné Lord Palmerston aux vaisseaux anglais devant le Pirée de menacer la capitale de leurs canons si larriéré de la dette contractée par le gouvernement grec nétait pas immédiatement soldé, et cela dans un moment où le trésor était épuisé. Un chevalier français, Mr Eynard se chargea de payer à la Grande-Bretagne les 500,000 frs quelle réclamait si impérieusement du roi Othon. Sa Majesté hellénique ne paraît pas très-solidement assise sur son trône improvisé. Plusieurs insurrections qui nont pu être comprimées que par lemploi de la force armée, ont eu lieu dans quelques-unes des principales villes de lempire grec.
    Létat des chrétiens du Mont-Liban est toujours le même ; toujours souffrants, toujours persécutés, toujours dans la pauvreté, nayant aucune espérance de tranquillité quant à présent. Saïd-Gunblat, gouverneur Druse, exige des chrétiens des districts mixtes, lexhibition de leurs actes de propriété, et les oblige à les lui remettre par la cruauté des traitements quil leur fait endurer ; ensuite il se déclare propriétaire, et si alors on lui conteste la possession, ce sont des nouveaux mauvais traitements, de nouvelles tortures quil faut endurer.

    Etats-Unis Amérique du Sud.

    Nul pays au monde où la liberté religieuse soit mieux entendue et mieux observée quelle ne lest aujourdhui, aux Etats-Unis. Le catholicisme y a toute la liberté daction nécessaire à son développement ; aussi y fait-il de rapides progrès. Le nombre des catholiques, daprès lAlmanach catholique de 1848, est de 1,200,000 sur une population totale de 17,000,000 dhabitants. Le clergé en 1847 sest augmenté de 76 prêtres ; et dans cette seule année 95 églises ont été construites. Le gouvernement ne se contente plus de ne pas inquiéter la religion catholique, il lui donne même des marques de sympathie qui font concevoir les plus belles espérances aux catholiques des Etats-Unis. Nous ne parlons plus de la fondation dune ambassade à Rome, ni des applaudissements que la presse américaine tout entière à fait entendre à ce sujet ; voici un fait qui nous paraît encore plus significatifs : il a eu lieu le 12 Xbre à Washington. La chambre des représentants avait invité lÉvêque de New-York à venir prononcer un sermon dans la Salle de ses Séances ; le Prélat sy rendit en Mozette & en surplis. Reçu au péristyle par un député du Sénat, il est introduit dans la salle, monte à la tribune, et là, se mettant à genoux en face de cette foule de législateurs des 26 États de lUnion, il fait le signe de la croix et prononce une prière pour appeler lassistance de lEsprit-Saint sur les délibérations du Congrès. Puis se relevant quand sa prière a été achevée, il a prononcé un sermon sur le christianisme, seule source de la liberté morale et politique. Pendant près de 2 heures il a captivé son auditoire par les ressources dune éloquence entraînante.
    Mexico est tombé le 15 7bre dernier au pouvoir des américains, après un bombardement dun jour & demi. Les pertes ont été grandes, surtout de la part des Mexicains. Jusquà aujourdhui larmée des Etats-Unis sest maintenue en possession de la ville & des forts de Mexico ; mais on ne ly a pas laissée tranquille ; plusieurs combats ont eu lieu près de Puebla, dans lesquels lavantage est constamment resté aux troupes fédérales. Ce quil y a dincroyable, cest que les Mexicains se mettent à se tuer eux-mêmes, apparemment pour en finir plus vite et éviter cette peine au général Scott. Les guérillas de Jaranta se sont battus contre celles de Canatojo, et plus de 30 hommes sont restés morts sur la place.
    La France & lAngleterre nont pu réussir à pacifier la Plata où nous avons de si nombreux intérêts. Cependant nous continuons de maintenir le blocus de Montevideo, quoique lescadre anglaise ait jugé à propos de le lever.
    Tout ce que nous apprenons du Pérou, du Chili, de la Nouvelle-Grenade et de lAmérique-Centrale en particulier est dune gravité qui appelle toute la sollicitude du St Siège. Les Séminaires nexistent que de nom ; celui de S. Carlos à Guatemala navait quun élève quon a jugé à propos de congédier. Des provinces entières ne possèdent pas un prêtre. Le chapître de lArchevêché de la même ville na plus quun seul chanoine titulaire, âgé de 91 ans, et la santé de lArchevêque est telle quil ne peut soccuper absolument de rien.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect, en union à vos prières & S. Sacrifices,

    Nosseigneurs & Messieurs,

    Paris, le 26 de février 1848.

    Vos très-humbles et tout dévoués serviteurs





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    Post-scriptum à notre circulaire sur les affaires religieuses & politiques de lEurope.

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    De grands évènements ont eu lieu à Paris depuis que nous tracions nos derniers mots sur la France. Avant de les mettre sous vos yeux nous devons vous en signaler la cause. Vils, corrompus, traîtres à la patrie, violateurs de la constitution et de la liberté, telles étaient les apostrophes des orateurs des banquets réformistes contre le ministère et les membres de la majorité absente. Le discours de la couronne avait flétri ces attaques du nom de passions ennemis ou aveugles. Lors de la discussion de ladresse à la chambre des députés, lopposition voulait que toute la chambre protestât contre une semblable qualification ; mais la majorité se déclara pour le ministère, et ces mêmes expressions furent reproduites dans le discours de la chambre en réponse à celui de la couronne. La minorité ainsi vaincue jura de sen venger. Déjà précédemment le 12e arrondissement de Paris avait fait annoncer un banquet réformiste qui navait été ajourné que par lopposition que le ministère avait déclaré vouloir y mettre. Les députés réformistes fixèrent ce banquet au 22 février. 1500 invités plus ou moins éminents, entourés par 10,000 gardes nationaux sans armes, accompagnés des députations des écoles et des ouvriers devaient, à la suite de Mr de Od. Barrot et de 80 députés de la gauche partir du Temple de la Gloire près de la Magdeleine pour se rendre aux Champs-Élysées, lieu indiqué pour le banquet. Cette convocation de la Garde nationale, cet appel fait aux écoles et aux ouvriers étaient une violation manifeste de la charte. Le ministère sen autorise pour défendre de nouveau le banquet du 12e arrondissement, et annoncer sa ferme détermination de réprimer par la force tout rassemblement tumultueux. Cétait le 21 février que le ministère faisait cette déclaration. Lopposition parut fort contrariée et sempressa dannoncer par affiches que ne voulant prendre ni directement ni indirectement la responsabilité des conséquences qui pourraient résulter des mesures adoptées par le gouvernement, elle ne se rendrait pas au banquet ; elle adjurait en même temps les bons citoyens de sabstenir de tout rassemblement et de toute manifestation quoi pourraient servir de prétexte à des actes de violence. Le peuple ne tint aucun compte de cette recommandation, dailleurs trop tardive pour quelle fût généralement connue. Le 22 février des groupes nombreux, composés en grande partie douvriers en blouse, se portèrent successivement et toujours en devenant plus menaçants de la chambre des députés à lhôtel du ministres des Affaires Étrangères en criant : Vive la Réforme ! À bas Guizot ! Le gouvernement avait pris ses précautions : 80,000 hommes de troupes de ligne armées comme en temps de guerre et sur la fidélité desquelles il croyait pouvoir compter, stationnaient dans Paris. Il avait en outre à sa disposition 85,000 hommes de garde nationale. Comment une insurrection de quelques milliers dhommes, la plupart sans armes, aurait-elle pu lui donner des inquiétudes ? Aussi le pouvoir était plein de confiance. Mais Dieu qui voulait frapper un grand coup ne permit pas quil pût faire usage de forces si formidables pour sa défense. La troupe de ligne, depuis longtemps mécontente du gouvernement, et à demi gagnée par les insinuations de la garde nationale qui voulait la Réforme, nopposa dès le 1er jour 22 février quune faible résistance à linsurrection. Celle-ci encouragée par cette attitude de la force armée employa la nuit à se procurer des armes et à élever des barricades.
    Pendant la journée du 23 février le chant de la Marseillaise, les cris de à bas Guizot ! Vive la Réforme ! se firent souvent entendre au milieu des groupes qui parcouraient la ville. À 5 heures du soir le poste de Bonne-Nouvelle fut désarmé et lon délivra les prisonniers qui sy trouvaient. Delà on se porta à la Préfecture pour faire mettre en liberté les personnes arrêtées depuis la veille. Dautres prisonniers durent aussi élargis ; puis comme pour célébrer la victoire du peuple les principaux quartiers silluminent spontanément. Cependant on continuait à se battre sur plusieurs points. À 11 heures du soir le canon, la fusillade et le tocsin qui se faisaient entendre en même temps commencèrent à donner une juste idée de la gravité de la situation et à faire plier une volonté qui jusque là sétait montrée inflexible. On sempressa dannoncer par affiches que le Ministère Guizot a cessé dexister et que Mr le Comte de Molé est chargé par le roi de composer un nouveau cabinet ; mais linsurrection ne tient aucun compte cet aveu de la défaite du pouvoir. Pendant cette nuit presque tous les postes de la garde municipale qui opposa partout la plus vigoureuse résistance et éprouva de grandes pertes, furent désarmés, tandis que dimmenses préparatifs dattaque et de résistance se faisaient dans tous les quartiers. « À la pointe du jour, dit un journal, Paris a présenté un spectacle formidable. Toutes les rues sont barrées par des barricades énormes, construites de pavés, de voitures. Depuis le boulevard des Italiens jusquà la porte St Denis, tous les arbres des boulevards sont occupés, toutes les colonnes renversées, tous les bancs descellés. Mais les préparatifs sont surtout imposants à partir de la rue St Denis : toute la longueur du boulevard y est barrée par une barricade solide comme un mur ; une barricade plus haute et plus impénétrable encore défend lentrée de la rue ; des barricades semblables séchelonnent de distance en distance sur le boulevard jusquà la Bastille, et des deux côtés de la porte St Denis jusquà la Chapelle et au bord de leau. &e &e &e. »
    Le ministère Molé ne vécut que quelques heures et fit place au ministère Thiers & Barrot. Ce dernier venait dêtre porté triomphalement sur les lignes du boulevard, comme le héros de lopposition et des banquets réformistes. Louis-Philippe nomma en même temps le Maréchal Bugeaud commandant général de la Garde nationale. Telles furent les mesures adoptées par le gouvernement dans la matinée du 24 février. Voici daprès un Journal quels ont été les évènements de cette mémorable journée. « Le rappel de la garde nationale a battu pendant toute la nuit. Des régiments de cavalerie et dinfanterie sont venus grossir la petite armée qui avait bivouaqué pendant la nuit sur la place du carrousel. Quelques bataillons de la garde nationale sont venus se ranger en bataille ; ils ont été accueillis aux cris de Vive la Garde Nationale ! Poussées par la ligne, ils ont répondu par les cris de Vive la Ligne ! Vive la Réforme ! quelque temps après, le Maréchal Bugeaud sest présenté à la tête dun nombreux État-Major. Il a passé devant le front de la Garde Nationale pour essayer de se faire recevoir comme Commandant général. Les cris de Vive la Réforme lont accueilli sur son passage. Quelque temps après, Louis-Philippe est venu à cheval, accompagné du Duc de Némours et du Prince de Montpensier. Il a passé également devant le front des régiments et des légions. Des cris divers, parmi lesquels dominait le cri de Vive la réforme ! se sont fait entendre. Il est rentré aux Tuileries. On a su alors que le peuple avait poussé ses barricades jusquaux abords des Tuileries, du côté de la rue de Richelieu et de la rue de Rivoli ; que le ministère Thiers & Barrot avait été repoussé par le peuple, et que lattaque des Tuileries devenait imminente. Vers midi des régiments de ligne et de garde nationale ont opéré pour présenter le front à la rue de Rohan, par où on sattendait à voir déboucher les colonnes populaires ; dautres régiments sont entrés dans la cour intérieure des Tuileries. Dix minutes après on a vu ces troupes évacuer le Carrousel et se ranger en bataille derrière les grilles de la cour intérieure. Pendant que ce mouvement seffectuait on a appris que Louis-Philippe venait dabdiquer en faveur du Comte de Paris, sous la régence de la Duchesse dOrléans. » Cela fait, frappé de limminence du danger lex-roi sort précipitamment des Tuileries, accompagné dun détachement de la garde nationale à cheval et se rend à pied avec la reine jusque sur la place de la Concorde. Là il monte dans une voiture de place à un cheval avec la compagne de ses infortunes qui méritait un meilleur sort, et senfuit avec toute la rapidité dont le coursier de son véhicule était capable. En prenant ainsi le chemin de lexil Louis-Philippe na trouvé autour de lui que des curs froids et insensibles. Voici à ce sujet les réflexions de lUnivers : « Charles X avait encore des amis personnels et des serviteurs dévoués. De nobles curs ont porté son deuil, son héritier a pu pendant un temps trouver des soldats. Louis-Philippe na été reconduit que jusquà la porte de sa demeure. On a protégé sa vie , mais non point sa couronne ; on la laissé se sauver sans lui faire lhonneur de le croire dangereux. Jamais trône na croulé dune façon plus humiliante. » En conséquence de labdication de Louis-Philippe la Duchesse dOrléans se rendit à la Chambre des Députés afin dy faire reconnaître les droits de son fils à la couronne de France et sa propre régence. Elle put à peine y trouver une place. Une foule inaccoutumée et dont plusieurs avaient encore larme au bras en avait rempli lenceinte. Cependant lAssemblée hésitait encore à se prononcer pour ou contre la régence lorsquune nouvelle multitude de combattants envahit les tribunes et les couloirs en proclamant : Vive la République ! On nous trahit encore ! Alors la Duchesse dOrléans & ses enfants sont entraînés hors de lenceinte par quelques amis fidèles à linfortune. Le lendemain linfortunée Duchesse séloignait de Paris dans le même dénuement que toute sa famille qui avait quitté les Tuileries si précipitamment, la veille, que le roi navait pas même de quoi satisfaire aux frais de son voyage. Après avoir erré plusieurs jours avec la reine aux environs de Honfleur, déguisés lun & lautre en paysans, ils sembarquèrent au Havre sur un bateau à vapeur anglais qui les conduisit en Angleterre. Ils y ont été rejoints par une partie de leur famille. La Duchesse dOrléans sest retirée à Ems avec ses enfants.
    La famille royale était à peine hors des Tuileries quelles furent enlevées par la Garde Nationale réunie au peuple armé.
    Le Palais-Royal avait été pris dassaut peu de temps auparavant, à la suite dune lutte acharnée. Tout son riche mobilier fut jeté par les fenêtres et complètement incendié dans la cour. Les Tuileries ont été également saccagées et dévastées, les objets dart ont presque seuls été respectés. On a brûlé toutes les voitures de la cour sur la place du Carrousel en signe de réjouissance.
    Le peuple, malgré lenivrement dune victoire chèrement achetée sest montré constamment calme. Quelques excès ont sans doute été commis ; mais en général la propriété a été respectée. Aux Tuileries comme dans les rues on a vu des hommes du peuple fusiller impitoyablement ceux dentre eux qui sabaissaient jusquau vol, et pour quon ne confondît pas leurs cadavres avec eux de leurs compagnons qui avaient succombé dans la lutte, un écriteau annonçait quils avaient été fusillés comme voleurs. Ce nest pas seulement la propriété qui a été respectée, cest encore la Religion. Le peuple avait envahi la chapelle des Tuileries, le calice se trouvait encore sur lautel où la Messe avait été célébrée le matin. Sur la recommandation de deux élèves de lÉcole Polytechnique on prit le calice et le crucifix et lon sortit par la cour des Tuileries et le Carrousel pour aller à lÉglise de St Roch. Dans la cour des cris furent poussés contre les hommes chargés de ces précieux dépôts. Alors celui qui portait le crucifix léleva en lair en criant : « Vous voulez être régénérés ! Eh bien ! Noubliez pas que vous ne pouvez lêtre que par le Christ ! » Oui, oui, répondirent un grand nombre de voix, cest notre Maître à tous. » et les têtes se découvrirent aux cris de : Vive le Christ ! Le crucifix et un calice sans patène furent portés pour ainsi dire en procession jusquà St Roch, où ils furent reçus par Mr le Curé. Les braves gens qui formaient ce touchant cortège commencèrent par demander sa bénédiction au respectable curé qui leur adresse quelques paroles vivement senties et recueillies avec le plus sincère respect. « Nous aimons le bon Dieu, sécrièrent-ils, nous ne détestons que les rois parjures ! Nous voulons la Religion ; nous voulons quelle soit respectée. Vive la liberté ! Vive la Religion et Pie IX ! Avant de se retirer ils se mirent tous une seconde fois à genoux pour recevoir la bénédiction de Mr le Curé.
    « Une révolution sans exemple dans lhistoire des peuples, dit lAmi de la Religion, vient de saccomplir au cri de Vive la liberté ! Que ce cri nous rassure au milieu de lorage dont le souffle, pareil au souffle de Dieu a balayé comme la paille, chambres, gouvernement, trône et dynastie. LÉglise demeure immobile sur des bases éternelles. Dieu nous couvre de sa protection, Pie IX de sa glorieuse popularité, et le peuple de son admirable et généreux bon sens. » Tandis quune partie du peuple était occupée aux Tuileries et au Palais-royal, de nombreux bataillons douvriers commandés par des élèves de lÉcole Polytechnique allaient de caserne en caserne pour faire rendre les armes à la troupe de ligne. Aucun nopposa la moindre résistance, et avant la fin du jour armes & munitions de tout genre étaient entre les mains des environ 160,000 soldats improvisés de la révolution.
    Dans la séance si orageuse de la chambre des députés où la régence de la Duchesse dOrléans avait été repoussée, où le Duc de Némours sétait vu arracher ses épaulettes, où le Président avait été couché en joue par les hommes des tribunes qui venaient, disaient-ils, de boire le vin de Champagne de Louis-Philippe, où le portrait de ce monarque appendu derrière le fauteuil du Président avait été percé de plusieurs balles, où des coups de feu retentissaient dans les couloirs, la République est proclamée et un gouvernement provisoire choisi parmi les membres de lextrême gauche sorganise à la voix de Mr Le Dru-Rollin et est accepté par les bruyantes acclamations du peuple souverain présent à la séance. La nouvelle République adopte pour devise ces 3 mots qui sont évangéliques, Liberté, Égalité, Fraternité. Les députés du peuple proposent de remplacer le drapeau tricolore par le drapeau rouge. Mr De la Martine sy oppose en disant que le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec nos armées victorieuses, tandis que le drapeau rouge na fait que le tour du Champ de Mars, trempé dans le sang.
    Voilà donc une immense révolution accomplie avant quon ait eu, pour ainsi dire, le temps de sen apercevoir. En 2 jours Paris a fait luvre ; en 4 jours toute la France a connu luvre de Paris ; au bout de 8 jours Paris avait reçu la réponse & lassentiment de toute la France. Chacun a reconnu tout de suite quelle main frappait, chacun a senti que ce quelle abattait ne se relèverait pas. Aucune idée de résistance nest venue à personne. Le gouvernement provisoire avait une tâche bien difficile à remplir. Chacun a applaudi aux sages mesures quil a prises pour établir la sécurité intérieure et extérieure. Il a été puissamment secondé par la garde nationale et les élèves de lEcole Polytechnique, qui ne se sont servi de lascendant quils avaient acquis sur les masses des citoyens armés, pendant comme après les évènements, que pour les empêcher de se porter à des excès. Le peuple dans son indignation contre la dynastie déchue voulait anéantir tout ce qui était capable den rappeler le souvenir. Le pont Louis-Philippe avait été détruit à moitié, les résidences royales allaient être livrées aux flammes, si le gouvernement provisoire ne se fût hâté de les déclarer propriété nationale et de les mettre sous la sauvegarde du peuple. Le Palais des Tuileries est devenu un hospice et porte le nom dhôtel des Invalides civils. Cent soixante individus sy logèrent après les évènements et y ont vécu près de trois semaines en petits souverains aux dépens du trésor public. Ils avaient fermé les grilles du palais et menaçaient dy mettre le feu si on essayait de les forcer den sortir. Après avoir longtemps parlementé avec eux, lautorité sest vue contrainte daccepter leurs conditions, qui étaient de sortir avec armes et bagages et de recevoir une récompense pour leur dévouement à garder la propriété publique (1). De toutes les résidences royales le château de Neuilly seul a été livré aux flammes. Grand nombre de personnes qui sétaient introduites dans les caveaux en ont été retirées asphyxiés ou noyées dans le vin.
    Le nombre des victimes des 23 & 24 février nest pas très-grand. Le seul journal que nous ayons vu lapprécier ne le porte quà environ 300. Les blessés doivent dépasser ce nombre de plus de la moitié. Les uns & les autres ne pouvaient manquer dexciter lintérêt de la Religion. Mgr lArchevêque de Paris sempressa de visiter lHôtel-Dieu, lHôpital de la charité et celui de Beaujon, accompagné de ses grands-vicaires et de plusieurs prêtres, donnant aux blessés sa bénédiction et les consolations de son ministère et recevant en échange de sa charité les témoignages les plus sincères de reconnaissance & de vénération de la population parisienne. Dès le 24 février il avait adressé à son clergé une Lettre pastorale dont voici un fragment : « En présence du grand événement dont la capitale vient dêtre le théâtre, notre premier mouvement a été de pleurer sur le sort des victimes que la mort a frappées dune manière si imprévue ; nous les pleurons tous, parce quils sont nos frères, nous les pleurons parce que nous avons appris une fois de plus tout ce quil y a dans le cur du peuple de Paris, de désintéressement, de respect pour la propriété et de sentiments généreux. Nous ne devons pas nous borner à répandre des larmes : nous prierons pour tous ceux qui ont succombé dans la lutte ; nous demanderons à Dieu quil leur ouvre le lieu de rafraîchissement, de lumière & de paix. » Ce mandement produisit une profonde sensation. Le Gouvernement provisoire le fit réimprimer et afficher dans tout Paris. Les dépouilles mortelles des victimes de février furent transportées à lÉglise de la Madeleine où un service solennel fut célébré à leur intention. Le clergé de la paroisse convoqué à accompagner le cortège jusquà la colonne de Juillet, lieu de la sépulture, reçut partout sur son passage des marques de la plus touchante vénération tant des autorités et de la garde nationale que du peuple et des corporations douvriers. On avait prié pour les morts : il était juste quon noubliât pas les vivants. Le 29 février le Gouvernement provisoire porta le décret suivant : « Le gouvernement provisoire, fermement résolu à maintenir le libre exercice de tous les cultes, et voulant associer la consécration du sentiment religieux au grand acte de la liberté reconquise, invite les ministres de tous les cultes qui existent sur le territoire de la République à appeler la bénédiction divine sur luvre du peuple, à invoquer à la fois sur lui lesprit de fermeté et de règle qui fonde les institutions. En conséquence le Gouvernement provisoire engage Mr lArchevêque de Paris et tous les Évêques de la République à substituer à lancienne formule de prières : Domine, Salvam fac Rempublicam. »
    Tous les Évêques de France qui ne sétaient pas montrés moins empressés que lArchevêque de Paris à accepter le nouvel ordre de choses, à réclamer des prières pour ceux qui avaient succombé dans la lutte, et à intéresser la charité en faveur des blessés, des veuves & des orphelins, acceptèrent sans la moindre hésitation la nouvelle formule de prières. « Lépiscopat, dit à ce sujet un journal, remplit admirablement son devoir envers la Religion et la patrie : tout le monde remarque et tout le monde loue lattitude quil a prise dès le 1er jour sur tous les points de la France, sans embarras, sans hésitation, sans que ses membres aient eu le temps de se concerter. » Le clergé na plus à redouter le serment qui tortura autrefois si violemment les consciences : le Gouvernement provisoire a aboli tout serment politique. De si heureux commencements semblaient nêtre que le prélude dune ère nouvelle pour lÉglise de France, où elle se verrait enfin affranchie de toutes les entraves que lancien gouvernement faisait peser sur elle.

    (1) Quelques-uns de ces honnêtes citoyens étaient tout simplement des repris de justice, et des billets de banque furent trouvés dans le canon du fusil de plusieurs dentreux. Sur ce, on les logea aux frais de la République dans un palais un peu plus modeste que celui quils avaient choisi pour demeure.

    Qui eût dit quelle dût sitôt gémir sur des actes de despotisme et de violence, tels quen ont produit nos plus mauvais jours ? « Hier, dit lUnivers du 15 courant, nous annoncions lexpulsion des RR.PP. Capucins de Lyon par un maire, Suisse dorigine et protestant de religion. Aujourdhui nous avons la douleur dannoncer un fait beaucoup plus grave, la proscription des RR.PP. Jésuites et de toutes les Congrégations et Corporations non-autorisées, par le commissaire du gouvernement provisoire dans le département du Rhône. » Nous devons dire ici qu le Gouvernement provisoire a remplacé tous les Préfets par des commissaires comme au temps de la révolution de 1793. Mr LeDru-Rollin, ministre de lintérieur, interrogé par eux sur la nature & létendue de leurs pouvoirs, leur a répondu que ces pouvoirs sont illimités, quils sont investis de la souveraineté du peuple, quils ne relèvent que de leur conscience et quils doivent tout subordonner à ce quon appelle salut public ; exclure des élections tout homme qui nétait pas républicain avant le 22 février, cest-à-dire limmense majorité de la nation ; considérer les élections, non comme luvre libre et sincère du pays, mais comme luvre des Préfets ; essayer de placer le pays sous lempire dune terreur générale, &e&e. Le commissaire de Lyon qui sans doute naime ni les Jésuites ni les autres corporations religieuses a trouvé fort commode de pouvoir prononcer leur dissolution sans trop violenter sa conscience dont on lui a dit quil relevait uniquement. Mgr de Bonald vient de protester avec une éloquente énergie contre cette violation du grand principe dassociation que le peuple a conquis et qui nest aujourdhui contesté à personne. Lassociation de la prière et de la charité serait-elle seule interdite ? Vous remarquerez, Nos Seigneurs & Messieurs, que ce qui préoccupe surtout Mr. LeDru-Rollin, dans ses instructions aux commissaires, cest luvre des élections. Cest en effet delles que dépend le bonheur ou le malheur de notre chère patrie. Elles auront lieu dans toute la France le 9 avril prochain, Dimanche de la Passion, au chef-lieu de chaque canton. Lélection aura pour base la population°il y aura un député sur 40,000 habitants. Le nombre total des Représentants du peuple sera de neuf cents, y compris lAlgérie et les colonies françaises. Sont électeurs tous les français âgés de 21 ans, résidant dans la commune depuis 6 mois, et non judiciairement privés ou suspendus de lexercice des droits civiques. Sont éligibles tous les français âgés de 25 ans et non privés ou suspendus de lexercice des droits civiques. Chaque représentant du peuple recevra une indemnité de 25 francs par jour, pendant la durée de la session. LAssemblée Nationale Constituante souvrira le 20 Avril et remplacera le Gouvernement provisoire actuel. Le P. Lacordaire, Mr Duguerry, curé de St Eustache, et Mr labbé Ledreuil qui jouit dune grande popularité parmi les ouvriers, se sont portés comme candidats.
    Des clubs préparatoires sont ouverts dans Paris et dans la Banlieue ; un journal daujourdhui en compte déjà 58 et promet de faire connaître les autres, à mesure que des renseignements lui seront fournis. Il se montre dans quelques-uns des tendances peu rassurantes. Cependant on remarque que le besoin dordre et la sympathie pour le Gouvernement provisoire était ce quon rencontrait dans le plus grand nombre avant la malheureuse circulaire de Mr LeDru-Rollin qui a généralement été blâmée dans les clubs comme elle lavait été dans presque tous les journaux. Les collègues de Mr. LeDru-Rollin, qui sont des hommes dordre et de dévouement aux saines idées de la république, ont dût le désavouer indirectement dans une proclamation officielle, et rassurer une députation du club républicain pour la liberté des élections qui était venu leur exprimer ses craintes au sujet de la circulaire de Mr le ministre de lintérieur. Malheureusement il nen reste pas moins chargé de la surveillance des élections. Il a proclamé ses principes particuliers, et on peut se fier à lui du soin de les appliquer. Hier la garde nationale criait : À bas LeDru-Rollin ! Vive Ledru-Rollin ! criaient aujourdhui plus de 150,000 ouvriers. Comment destituer un homme ainsi appuyé, quand toute la troupe de ligne est bannie de Paris et quand les compagnies délite de la garde nationale sont supprimées et remplacées par 24 régiments de garde nationale mobile, composés douvriers ? Nous sommes donc aujourdhui à la merci des révolutionnaires, sous la dictature dun homme qui veut faire revivre les lois de la terreur.
    Le gouvernement provisoire a donné aux vainqueurs des barricades le million de la liste civile échu le mois dernier. Il a pris lengagement de ne point les laisser manquer de travail, en a fixé le temps à 10 heures par jour pour Paris et à 11 pour les provinces avec promesse dune augmentation de salaire. Nous ne pouvons quapplaudir à tout ce qui peut améliorer la condition de la classe ouvrière ; mais nous craignons beaucoup que le Gouvernement provisoire nait promis plus quil ne peut tenir. Depuis les évènements du mois dernier le commerce est mort, les ateliers sont presque vides ; les maisons les plus solidement établies sont ébranlés ou font banqueroute ; la confiance est anéantie. Le gouvernement néprouve pas moins que les particuliers les terribles inconvénients de la crise financière. Pour y remédier il vient dautoriser Mr le Ministre des finances à émettre un emprunt de 100 millions, à vendre pour 100 millions de bois de lÉtat, à aliéner les diamants de la couronne, et à faire convertir immédiatement en monnaie au type de la république largenterie & les lingots provenant des Tuileries, du château de Neuilly et de toutes les résidences attribuées à la royauté. Daprès un rapport de Mr. le ministre des finances la dette publique sélevait le 1er Janvier 1848 à 5,179,644,730 frs. La crise actuelle va encore laugmenter dune manière effrayante. Dans un semblable état de choses le clergé doit sattendre à de grands sacrifices ; déjà il est grandement question de le rayer du budget de la liste civile. Quant à nous, il est à peu près certain que nous serons privés du faible secours que nous accordait le gouvernement déchu. Dieu veuille quon ne nous demande pas de plus grands sacrifices ! Par un temps comme celui qui court toutes les bourses se resserrent ; la propagation de la Foi en souffrira nécessairement beaucoup ; et si le clergé français est à la charge des fidèles, qui sait ce que cette uvre deviendra ? Néanmoins nous avons bonne confiance en la Providence.
    Le contre-coup de notre révolution sest fait sentir violemment dans presque toute lEurope. La Belgique vient dêtre travaillée par des troubles qui, comme chez nous, sont dus à la classe ouvrière, laquelle a aussi crié : Vive la République ! À limitation de Paris les ouvriers de Londres & de Glascow ont aussi voulu faire une révolution ; mais ils nont pu y réussir. Une grande démonstration nationale vient davoir lieu en Irlande. Des meetings ont été tenus simultanément dans la capitale, dans toutes les villes et paroisses des provinces. Partout a été saluée lère nouvelle qui souvre pour lEurope. Plusieurs millions dhommes ont élevé la voix, en lhonneur de la France, et pour demander une dernière fois justice à lAngleterre.
    On écrit de Lisbonne le 8 mars : « Un mouvement révolutionnaire est inévitable par suite des terribles évènements de Paris.
    On écrit dOpsal le 9 mars : « La nouvelle de la proclamation de la République française a produit une sensation immense dans notre ville : elle a électrisé les étudiants. Un grand nombre dentre eux ont mis à leurs chapeaux des rubans aux 3 couleurs de la France et ont parcouru la ville en criant : Vive la République ! Vive la Suède réformée ! Vive la Liberté ! À bas les Jésuites de Suisse et de Suède !
    La Hongrie sest déclarée indépendante de lAutriche et a proclamé la République. Cette nouvelle nous est à peine parvenue que nous apprenons que Vienne est en pleine révolte. Tous les habitants de la capitale se sont levés en masse, les Étudiants se sont ralliés à la garde bourgeoise. La foule sest portée dabord sur la villa de Mr. de Metternich et la détruite : le prince a pris la fuite. (Dans la nuit du 18 au 19 Mars le tocsin sonna ; les étudiants sarmèrent et conduisirent la multitude. Toute la bourgeoisie, tous les habitants se précipitèrent dans la lutte. Bientôt toutes les rues sont dépavées ; des barricades gigantesques sélèvent. La troupe est partout tenue en échec ; du haut des maisons pleuvent sur elle des tuiles et des pierres. Des feux bien nourris répondent à ses feux de peloton. Les Arquebusiers de la garde passent du côté du peuple. Le combat dura ainsi jusquau 19, à 10 heures du matin. Si Ferdinand sétait obstiné dans la lutte, cen était fait de son règne. Mais il cède, il ordonne aux troupes dévacuer la ville ; il annonce que tout le ministère est changé, quil va faire rendre immédiatement les prisonniers. Une révolution saccomplit dans lesprit de la foule. Le monarque est sauvé. Il autorise larmement de toute la population, et se confie à la garde des citoyens. LEmpereur sanctionne ces concessions par une proclamation.) Vienne est illuminé tous les soirs. On crie dans les rues, Vive lEmpereur constitutionnel ! Le nombre des morts qui ont succombé dans la lutte est considérable. Lart. entre parenthèse se rapporte à la Prusse et non à lAutriche.
    On écrit de Berlin le 18 Mars : « La journée a été sanglante. La foule sétait portée sur la place du château pour témoigner au Roi sa reconnaissance de lordonnance qui convoque les États pour le 2 Avril prochain, et accorde la liberté de la presse. Tout-à-coup plusieurs individus sécrient : arrière les militaires ! Des dragons arrivèrent et furent repoussés. Alors ils attaquèrent le peuple à coups de sabre. On cria : Aux armes ! Des barricades sélevèrent en un clin dil, et le carnage entre les bourgeois & les militaires commença. On compte 100 morts. Le roi fait des concessions ; 4 ministres sont congédiés ; la paix est momentanément rétablie.
    On a reçu les nouvelles les plus inquiétantes des comtats de Zemplin et dOnghvat. Les paysans se seraient insurgés en masse contre les grands propriétaires. Des troubles ont eu lieu le 14 Mars à Erfurt. Plusieurs personnes ont été blessées par la troupe qui a fait feu contre les perturbateurs. Les autres États de lAllemagne ne sont pas moins agités. Le Hanovre presquentier est soulevé.
    La nouvelle des évènements de Paris a été reçue à Rome avec de vives démonstrations denthousiasme. De nombreux rassemblements ont parcouru les rues en criant : Vive la République française ! Des troubles ont eu lieu dans le royaume de Sardaigne. Après une lutte sanglante et vigoureuse, la Sicile sétait presquentièrement affranchie de la domination du roi de Naples ; la révolution française mettra le comble à son indépendance. La petite principauté de Monaco, après sêtre déclarée république, sest mise sous la protection de la France.
    Au milieu des réjouissances du carnaval lEmpr de Russie reçoit une note, ainsi conçue et quil lit à haute voix : « La République est proclamée à Paris ; il a coulé beaucoup de sang ; le roi et la famille royale sont en fuite. Messieurs, ajouta lEmpr., en se tournant vers les officiers : préparez-vous à monter bientôt à cheval ! » Cette menace aurait pu donner des inquiétudes dans dautres circonstances ; aujourdhui elle ne fait quexciter la risée. LEmpr. de Russie et le seul de tous les souverains dEurope qui ait témoigné des intentions hostiles envers la France ; et il sera comme tous les autres assez occupé chez lui pour nous laisser en paix. Cette paix ne sera point, non plus, troublée à lintérieur. Tous les partis se sont ralliés à la République : elle naura donc point de résistances à briser. « Nous croyons aujourdhui, dit un journal, au triomphe de la paix, et la paix sera avec lordre le bouclier de la liberté. Sans doute nous aurons à traverser beaucoup dinquiétudes, nous aurons à déplorer beaucoup de désastres particuliers ; mais ces inquiétudes finiront, ces désastres seront réparés, les splendeurs de la patrie consoleront les douleurs individuelles. »
    Les Jésuites viennent dêtre chassés du Piémont. Charles-Albert na pas cru pouvoir les défendre contre la haine populaire dont ils étaient lobjet. Peu de jours auparavant ils avaient été expulsés de la Romagne.

    Nous avons lhonneur dêtre, en union à vos prières & S. Sacrifices,

    Nos Seigneurs & Messieurs,

    Vos très-humbles et dévoués serviteurs

    Paris, le 23 mars 1848.




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    NosSeigneurs & Messieurs,

    Cette année, comme les précédentes, nous avons reçu de bonnes & de mauvaises nouvelles de nos Missions. Comme elles vous sont déjà en grande partie connues, nous ne ferons que vous les rappeler en quelques mots. Rien dextraordinaire ne sest passé dans lInde. Nous avons à déplorer dans la Mission de la Malaisie la mort de Mr Bohet justement regretté, non-seulement par ses confrères, mais encore par tous ceux qui comme eux ont pu apprécier son bon cur, sa tendre charité et la sagesse de ses conseils éclairés. Sur lintervention de Mgr Pallegoix, une sévère réprimande a été adressée de Siam au petit mandarin de Joncelan qui sétait permis den expulser Mrs Ducotey & Borie, et ordre lui a été signifié de ne pas inquiéter les Missres qui y seraient renvoyés. Mr. Beurel a eu la consolation de faire la dédicace de sa magnifique église ; les conversions des Chinois continuent dêtre nombreuses dans lîle de Singapore. MM. Plaisant & Lacrampe ont baptisé quelques Kariants.
    Le nombre des adultes baptisés à Siam a dépassé 200. Jamais jusquici il navait atteint ce chiffre. Le Jubilé de Pie IX a opéré de nombreux fruits de salut parmi les chrétiens. À peine en compte-t-on une 30e qui ne se soient point réconciliés à cette occasion.
    Comme vous le savez déjà, Nos Seigneurs & Messieurs, cinq frégates cochinchinoises, construites & armées à leuropéenne furent coulées à fond dans le port de Touranne le 15 avril dernier par Mr. LaPierre commandant la Victorieuse et la Gloire. À la nouvelle de la déconfiture de sa flotte, Thiêu-Tri entra dans une violente colère et lança un édit de persécution contre la religion, sans néanmoins faire aucune mention de sa défaite par les Français. « Après avoir gardé cet édit en poche pendant fort longtemps, nous dit Mr Masson dans une lettre du 24 Juillet 1847, les mandarins se sont enfin décidés à le promulguer, mais de telle façon quils semblaient avoir peur quon en eût connaissance. Aussi la plupart se sont contentés de cette promulgation telle quelle. Dautres en ont profité pour extorquer quelquargent aux Chrétiens, et voilà tout. » Le 1er édit fut suivi dun 2e où Thiêu-tri exhalant toute sa haine contre les Français, interdit à leurs navires tous les ports de Cochinchine et ordonne de mettre à mort tout français qui sera pris sur le sol annamite. « Cet édit, nous dit encore Mr Masson dans la lettre précitée, change notre position dune manière cruelle. Jusquici nous nétions poursuivis que comme Missres et prédicateurs de la religion chrétienne ; maintenant nous voilà encore poursuivis comme français ; et cette dernière qualité nous rendra beaucoup plus coupables aux yeux de Thiêu-tri que la première, et même si les Français en restent là ; cela nous rendra odieux aux yeux des payens. Aussi si quelquun de nous est arrêté, il ne doit pas sattendre à périr par des supplices ordinaires ». Nous nous empressâmes de communiquer au ministre de la marine ces deux édits et les lettres de nos confrères de la Cochinchine et du Tonquin relatives aux résultats de laffaire de Touranne. Son Excellence parut y attacher beaucoup dintérêt et nous en exprima sa reconnaissance de vive voix & par écrit. « Nul doute, écrivîmes-nous à ce sujet à Mr Masson, que le danger de votre position ne soit bien compris et quon ait quelque désir de vous mettre à labri de la rage du tyran quon a provoqué contre vous ; mais prendra-t-on les mesures nécessaires pour cela ? Nous nen savons rien. Le St Père a permis à Mgr Forcade de prolonger son séjour en France dans le but de provoquer une décision favorable à la poursuite de cette affaire : ce qui donnerait lieu de croire que S.S. ne désapprouverait pas les mesures de rigueur dont la France pourrait faire usage contre Sa Majesté annamite. Dun autre côté le ministère paraît avoir acquis la conviction que la conduite de Mr LaPierre en Cochinchine est exempte de tout blâme ; mais il y a loin de là à solliciter auprès des chambres, surtout quand on veut la paix à tout prix, une déclaration de guerre à un roi qui est à 6,000 lieues de nous, pour venger lhonneur du pavillon français et protéger de pauvres Missres, tandis que des affaires réputées bien autrement graves et qui se passent sous nos yeux absorbent toute lattention de nos diplomates &e. » Ainsi nous nespérions rien du gouvernement de Louis-Philippe. Devons-nous attendre davantage de notre nouvelle République ? Nous ne pouvons rien préjuger avant son entière organisation ; seulement il est bien permis de croire quelle ne supportera pas aussi patiemment que le gouvernement de 1830 les insultes faites à son honneur. Sans faire de la propagande religieuse, la République peut vouloir que tous ses sujets trouvent dans les pays étrangers la liberté quelle accorde chez elle à toutes les nations et à toutes les croyances, quand dailleurs le passé lui offre des motifs suffisants dune juste déclaration de guerre, comme cest le cas pour la Cochinchine. Thiêu-Tri est si persuadé que les Français ne peuvent manquer de revenir lattaquer quil a fait dimmenses préparatifs pour réparer la honte de sa 1ère défaite dans une seconde lutte. Depuis quil a renouvelé les édits sanguinaires portés par son père contre notre sainte religion, tous nos chers Confrères du Tonquin & de la Cochinchine se tiennent cachés. Si auparavant ils ne jouissaient pas dune entière tranquillité, ils pouvaient au moins se livrer sans trop de danger à lexercice du St ministère. Le dernier tableau dadministration du Tonquin porte à 7086 le nombre des enfants payens baptisés en danger de mort et à 1308 celui des adultes qui ont reçu la même grâce.
    Mgr Retord a choisi Mgr Jeantet, le doyen de nos Missres, pour son coadjuteur. Sa Grandeur a reçu la consécration épiscopale le jour de la Septuagésime de lannée dernière sous le titre dÉvêque de Pentancomie. Cette cérémonie sest renouvelée deux fois en Cochinchine, dabord pour Mgr Pellerin, Évêque de Biblos, Coadjr. de Mgr Cuenot, puis pour Mgr Miche, Évêque de Dansara, Coadjuteur de Mgr le Febvre qui est heureusement rentré dans sa Mission.
    La Mission du Sut-chuen continue denvoyer au ciel les légions de plus en plus nombreuses de petits bienheureux. Dans une seule année 68,477 enfants dinfidèles ont reçu le baptême en danger de mort : peu ont survécu. Il y a aussi augmentation dans le baptême des adultes, qui a atteint le chiffre de 815. Les persécutions locales nont cependant point manqué, mais elles ont tourné à lhonneur de la religion et au triomphe de ceux qui en ont été lobjet. Quoique les concessions obtenues par Mr de LaGrénée en faveur de la liberté religieuse naient point encore été publiées dans cette Mission, on saperçoit toutefois quelles y ont une heureuse influence. Les chrétiens sont plus fermes et moins timides quauparavant, et les mandarins hésitent davantage à les persécuter. Malheureusement ce que nous disons ici au Sut-chuen nest pas applicable au Yun-Nan. La persécution y a revêtu un caractère de violence inusité depuis plusieurs années. Voici ce que nous écrit à ce sujet Mr Chauveau en date du 28 Xbre 1847. « Au commencement daoût et de 7bre deux mandarins, du ressort desquels dépendent les 3/4 des chrétiens que nous avons dans la province, se sont portés à des excès si surprenants que nous avons cru devoir essayer des remèdes les plus puissants. Ces deux mandarins se sont, lun & lautre, à un mois dintervalle, mis en campagne, avec les satellites dune part et la force militaire de lautre. Ils déployaient un luxe de précautions, une série de combinaisons stratégiques capables de faire croire quil sagissait dopérations de la plus haute importance pour la chose publique. Dans lun et lautre cas, ils ont brisé les autels, emporté les livres, mis les images et les chapelets en pièces, volé largent quils ont pu trouver, dérobé dans les maisons des chrétiens les couvertures de lit et les habillements qui leur sont tombés sous la main ; ils ont lié, garrotté, jeté en prison tous ceux quils avaient arrêtés ; ils ont voulu les forcer à lapostasie ; ils les ont frappés, les ont menacés de lexil et de la confiscation des biens Mgr de Philomélie prévenu à temps sest retiré avec Mr Dumont dans lancienne forêt où Mgr de Sinite sétait caché durant la grande persécution de la 19e année de Kia-Kin. Cest au milieu de ces circonstances, au milieu dun trouble, dune alarme, dune consternation quil faut avoir vu pour les comprendre, quil a été décidé que je descendrais à Canton pour tenter darrêter lorage par ce moyen, pendant quon en tenterait dautres sur le lieu-même. »
    Mr. Chauveau espérait trouver à Canton Mr. Forth-Rouen, notre nouveau délégué en Chine, et obtenir par son intervention la cessation de la persécution dans le Yun-Nan et la publication de lédit impérial en faveur de notre sainte religion dans toutes les provinces de lEmpire. Malheureusement Mr. Forth-Rouen nétait point encore parvenu au lieu de sa destination lorsque Mr Chauveau arriva à Hong-Kong. Nous ne doutons nullement que ce Mr neût pris en sérieuse considération lappel que notre cher Confrère était venu de si loin lui faire au nom de lhumanité et de la religion, qui doivent trouver auprès de lui aide et protection.
    Mr. Albrand nous a fait un rapport très-avantageux de la Mission du Koui-tcheou, où il se trouvait seul depuis quelques mois. À une grande pauvreté les chrétiens joignent pour la plupart beaucoup dignorance, mais ils se montrent pleins de bonne volonté. Déjà un certain nombre de conversions ont eu lieu parmi les payens, et il est à espérer quelles seront nombreuses quand la Mission sera complètement organisée : ce qui, nous en avons la confiance, ne tardera pas à saccomplir. Nous savons déjà depuis plus dun mois que Mr. Perny est parti de Hong-Kong pour voler au secours de Mr Albrand ; et selon toute apparence Mr Mahon ira bientôt se joindre à eux. Quant à la Mission du Thibet, elle est restée in statu quo. Linutilité de la tentative de MM. Huc & Gabet Lazaristes, qui étaient partis de la Mongolie pour aller prêcher la Religion à Lassa, et les dangers sans nombre quils ont courus dans leur voyage ne les a point découragés. Au contraire il paraît que le but unique du retour de Mr Gabet en France était dobtenir de Rome que cette Mission fût confiée aux Lazaristes et demployer la médiation du gouvernement français auprès des autorités chinoises pour se faire délivrer un passeport au moyen duquel il pût se rendre de nouveau à Lassa par lHymalaya et y prêcher la Religion chrétienne. Mr Gabet ignorait que la mission de Thibet nous eût été donnée. Aussi fit-il toutes les démarches quil avait en vue. Il ne réussit point à Rome malgré les plus pressantes sollicitations ; mais il paraît que depuis quelques mois il est nanti du passeport chinois quil désirait. Nous ne doutons pas quil ne nous soit aussi facile quà lui den obtenir un semblable du vice-roi de Canton par lintermédiaire de notre consul en Chine. Nous avons prié Mr Libois de prendre à ce sujet tous les renseignements nécessaires. Cest donc par la voie de lInde et non par celle du Sut-chuen qui semble offrir des difficultés presquinsurmontables, quil nous faudra acheminer les Missres qui seront destinés à Lassa. Limportance que Mr Gabet attache à cette Mission, les regrets quil exprime fréquemment davoir été frustré dans ses espérances, nous disent assez le cas que nous en devons faire nous-mêmes. Déjà 7 de nos Vicaires Apostoliques se sont prononcés en faveur de son admission°un seul contre ; les autres ne nous ont point encore fait connaître leur avis ; nous les prions de nouveau de nous le donner le plus tôt possible.
    Nous avons reçu dernièrement une lettre de Mgr Verrolles datée de Chang-hai où la mousson contraire devait le retenir encore quelque temps. Sa Gr. était un peu fatiguée du voyage. Daprès ce que nous a écrit récemment Mr Berneux il ny a plus quenviron 80 schismatiques dans la Mission de la Mandchourie. Mgr Mouly sest prêté de bonne grâce aux nouvelles dispositions du St Siège. Le Séminaire compte déjà 9 élèves. La Mission donne des espérances. On a des inquiétudes sérieuses sur Mr. de la Brunière qui nest pas encore revenu de son excursion un peu aventureuse dans le Nord-Est de la Mandchourie.
    Vous avez lui, Nos Seigneurs & Messieurs, dans les Annales de la Propagation de la Foi la touchante relation de la dernière persécution de la Corée, qui en couronnant André Kim de la palme du martyre a fait éprouver à cette Mission une perte irréparable. Depuis lors plus aucune nouvelle de nos chers confrères ne nous est parvenue. Vous savez que le but de Mr. La Pierre en se rendant sur les côtes de la Corée, où par un triste naufrage il a perdu en même temps la Victorieuse et la Gloire, était de demander une réponse à la lettre que Mr Cécile avait écrite lannée précédente au roi de Corée. « Mr La Pierre, nous dit Mr Libois dans une lettre du 29 Xbre, a reçu dernièrement par la voie du gouvernement chinois, la réponse du gouvernement coréen à la lettre de Mr Cécile. Dans cette réponse on sexcuse de la mort de nos 3 confrères par la raison quon ignorait quils fussent français, et de plus on témoigne le désir que lon nenvoie pas de navire à lîle Ko-Kounto pour prendre ce que Mr La Pierre y a laissé. Mr La Pierre a répondu que dans les 1ers mois de lannée 1848, au moins un navire de guerre français ira en Corée pour ramasser soigneusement tout ce quil a laissé sur lîle Ko-Kounto et que les excuses quils allèguent pour avoir mis 3 français à mort ne sont nullement de nature à les justifier, et quils devaient simplement les reconduire à lEmpereur de Chine sans leur faire aucun mal, afin quon les renvoyât à leur consul ; quen agissant autrement ils sexposaient aux plus grands malheurs &e &e. Nous espérons que désormais nos chers Confrères ne seront plus mis à mort en Corée et que les dépenses quil faudrait faire pour renvoyer un Missre jusquà son consul les rendra un peu moins clairvoyants pour les arrêter. Mr La Pierre a écrit aussi à Ki-in relativement aux affaires du Yun-Nan ; il prend occasion de là de se plaindre de la non-publication de lédit et de linexécution des promesses tant de fois faites à cet égard. » Honneur à ce brave officier qui ne cesse de soccuper des intérêts de la Religion et des Missres, après les malheurs qui lont personnellement frappé par excès de dévouement à leur cause ! Mr Maistre qui lavait accompagné sur les côtes de la Corée dans lespérance de pouvoir sy introduire est revenu à Chang-hai, après son naufrage, avec le diacre Coréen Thomas Tshoey. Il y attend le navire qui doit retourner à Ko-Kounto pour faire une nouvelle tentative dentrée en Corée. Dieu veuille quelle soit plus heureuse que les précédentes, et que ce cher Confrère trouve enfin dans laccomplissement du plus légitime et du plus ardent de ses désirs un ample dédommagement aux rudes épreuves quil supporte depuis tant dannées avec un courage vraiment héroïque.
    Le gouvernement de Liou-tchou na tenu à aucun des engagements pris avec lAmiral Cécile. MM. le Turdu & Adnet y sont comme auparavant Mgr Forcade, environnés de toute espèce de mesures vexatoires qui les isolent de tout contact avec les indigènes et ne leur permettent pas même de sinstruire suffisamment dans la langue du pays. La position de ces chers confrères nest vraiment pas tenable ; et ce quil y a de bien fâcheux cest que la santé de Mr Adnet paraît gravement compromise. Dans cet état de choses, Mgr Forcade ne pouvant se rendre à Liou-tchou et moins encore au Japon allait se trouver ainsi sans un pied à terre où il pût exercer son zèle en attendant que la Providence lui ouvre les portes de sa Mission. La S. Congrégation qui ne pouvait manquer de prendre en considération la position de ce Prélat la nommé provisoirement Préfet apostolique de Hong-Kong, pensant quil pourrait y rendre de grands services à la religion, et que nulle part il ne serait mieux à portée de profiter des occasions que pourront lui offrir plus tard les navires européens, si une autre voie ne souvre pas auparavant. Sa Gr. a lespoir assez bien fondé de pouvoir obtenir pour Elle et ses Missres qui seront au service de la colonie de Hong-Kong un traitement annuel du gouvernement anglais. De son côté la S. Congrégation sest engagée à lui fournir le logement et les secours pécuniaires quelle accorde au Préfet actuel. Mgr Forcade ne sera donc nullement à charge à notre société pendant le séjour quil fera à Hong-Kong. Mr Libois qui peut mieux que personne apprécier la sagesse de la mesure de la S. Cong. y donne une pleine approbation. Vous savez déjà, Nos Seigneurs & Messieurs, que ce cher Confrère réside maintenant à Hong-Kong. Des raisons graves lon obligé de quitter Macao, et il sen félicite de plus en plus en présence des évènements fort peu rassurants dont cette misérable ville est fréquemment le théâtre.
    Mr Borelle étant rentré en Cochinchine avec Mgr Lefebvre avant davoir connu nos intentions de lattacher au collège de Pinang comme Directeur, nous lavons remplacé dans ce poste par Mr Laigre. Selon le plan que nous avions proposé plusieurs élèves chinois et annamites qui ont terminé leur cours de théologie ont été retenus pour professer les basses classes. Mr Tisserand dans une lettre du 4 Mai 1847 nous annonce que le collège a reçu 25 nouveaux élèves, tous annamites, et que 22 des anciens appartenant à diverses Missions sont sur le point den sortir, les uns parce quils ont fini leur théologie, les autres par défaut de santé ou de capacité. Nous nous permettrons à ce sujet de recommander à ceux de nos Vres Apques qui envoient des élèves au collège de Pinang de ne faire que dexcellents choix afin de ne pas multiplier les dépenses en pure perte. Elles sont déjà trop grandes comparativement à nos ressources. Cette année encore, pour faire face à des réparations très-urgentes, nous avons dû envoyer au collège de Pinang 1000 ptres en sus de son allocation ordinaire. Après le départ de 22 élèves susmentionnés il devait y en rester encore 153, sans y comprendre les 2 que Mgr Gauthier y a envoyés postérieurement. On a généralement peu de reproches à faire à ces jeunes gens sous le rapport de la conduite, et il sen trouve quelques-uns dont les talents feraient honneur à nos Séminaires dEurope.
    Par suites des calamités qui ont pesé sur plusieurs contres de lEurope dans le courant de lannée dernière les recettes de luvre de la Prop. de la Foi ayant subi une réduction notable, tandis que le nombre des diocèses et vicariats apostoliques nouveaux na pas cessé de croître, les Conseils centraux de Paris & de Lyon se sont vus contraints de faire subir à toutes les Missions une réduction en rapport avec cette double circonstance. En conséquence ils nous ont annoncé dès le 14 août que le chiffre alloué pour 1847 à notre Cong. a été fixé par eux à 312,000 frs. « Nous ajouterons, portait la lettre de ces Messieurs, que si les recettes de lannée courante ne sont pas de nouveau inférieurs à nos prévisions, un supplément de 78,000 frs sera ajouté à cette allocation ; mais cest, comme vous le savez, Monsieur, une éventualité au sujet de laquelle nous ne pourrons être fixés avant le mois de Mars de lannée prochaine, époque où nous connaîtrons le chiffre des sommes recueillies en 1847. » Jusquici aucun avis officiel ne nous est encore parvenu de la part de ces Messieurs au sujet de ce supplément ; mais des pressentiments peu rassurants nous ont été inspirés tout dernièrement par une lettre de Mr Meynis secrétaire de la Prop. de la Foi à Lyon. Nous ne pouvons donc guère compter que le chiffre de notre allocation dépasse 312,00 frs. Cest environ 86,000 frs moins que lannée dernière, quoique nos dépenses aient subi une augmentation assez considérable par lenvoi dun plus grand nombre de Missres et le personnel de nos aspirants qui sest constamment maintenu au-dessus du chiffre de lannée dernière. Pour diminuer ces dépenses devons-nous comprimer lélan des vocations vers nos Missions, et en arrêter le progrès en tarissant la source de leur prospérité ? Nous ne le ferons quà la dernière extrémité, bien persuadés que vous êtes convaincus comme nous, Nos Seigneurs & Messieurs, que le 1er besoin de nos Missions est dêtre pourvues des ouvriers nécessaires. Cest dans lintérêt de ces mêmes Missions que nous recommandons instamment à nos Vicaires Ap. de ne pas manquer de se conformer aux désirs de MM. les Membres des Conseils de la Propagation de la foi en remplissant chaque année le tableau destiné à leur faire connaître les besoins de leurs Missions respectives, et de nous lenvoyer ouvert afin que nous puissions les exposer exactement nous-mêmes dans la lettre que nous écrivons chaque année avant la répartition des fonds, lettre qui a dautant plus de poids quelle repose sur des autorités plus respectables.
    Nous navons plus rien à attendre de la Ste Enfance : notre exclusion est définitive et irrévocable tant que nous ne consentirons pas à 2 choses, la 1ère de prendre de nouveau une part active dans son administration, la 2de dannuler la recommandation que nous fûmes chargés en 1846 de faire à toutes nos Missions de la part des Membres du Conseil de la propagation de la foi, de cesser tout rapport direct avec la Ste Enfance. Était-il prudent de divulguer cette recommandation, de citer même textuellement à MM. les Membres de la Ste Enfance lart. de notre lettre ? Cest ce que nous nexaminerons pas. Seulement nous vous ferons remarquer que MM. de la Propagation de la foi, tant de Lyon que de Paris, nous savent gré de la position que nous avons prise vis-à-vis de la Ste Enfance, quils y ont égard dans leur répartition et que loin de gagner à tendre la main à cette uvre nous ne pourrions quy perdre. Tout cela, nous le savons de bonne source.
    Déjà dans une précédente nous avons eu lhonneur de vous faire connaître, NosSeigneurs & Messieurs, la Mission extraordinaire que le Souverain Pontife a daigné confier à Mgr Luquet. Nous espérons que vous ne verrez comme nous dans cette haute marque de confiance rien que dhonorable pour Sa Gr. et pour notre Société. En nous rendant compte des motifs qui lont déterminé à accepter la proposition de S.S., Mgr Luquet nous dit que cette Mission nest que temporaire, quil laisse nos affaires en assez bonne voie darrangement pour que son absence ny porte pas de dommages, et que si quelque difficulté imprévue venait à soffrir, il serait à même dans sa nouvelle position de recourir aussi efficacement que jamais à la bienveillance du St Père pour les faire disparaître à notre avantage. Quelque temps avant de quitter Rome Mgr Luquet nous écrivit : « Il paraît, daprès ce que ma dit le Secrétaire de la Propagande, quon veut réunir à Hong-Kong un concile composé de tous les Évêques de Chine et royaumes voisins qui pourront sy rendre sans de trop grandes difficultés. Je vous avoue que ce projet est pour moi loccasion dune grande joie et consolation &e. » Nous avons répondu à Sa Gr. dans le même sens quà Mr Libois qui nous avait aussi parlé de ce projet de la tenue dune concile à Hong-Kong. Voici les termes de notre lettre à ce cher confrère : « Sil nétait vivement désiré (ce concile) par plusieurs de nos Évêques et par ceux de la Propagande, nous ne pourrions nous défendre dexprimer le vu quil fût ajourné pour un temps meilleur. Il ne nous semble pas sans inconvénient, dans les circonstances présentes, de déplacer tant de Vicaires Apostoliques pour les réunir sur un point où ils seront en toute évidence et ne pourront manquer déveiller les soupçons de la politique ombrageuse du gouvernement chinois. Si les Européens nont plus à craindre de sa part les tortures et la mort, vous savez comme nous quil sest réservé le droit de les exclure de son territoire. Dun autre côté nous ne voyons aucune question grave de doctrine, de discipline ou dadministration qui demande la tenue dun concile. La divergence de vues, les préjugés nationaux, lesprit de corps ne feront-ils point naître des difficultés là où il ny en avait pas auparavant ? Comment ramener luniformité quand chacun est persuadé que sa manière de penser et dagir est la meilleure ? Dailleurs assembler un concile sans déterminer auparavant au moins les principales questions qui y seront traitées, cest sexposer à de longues discussions dont la perte du temps ne sera que le moindre des inconvénients. Nous ne parlons point du dérangement et des dépenses que vous occasionneraient les nombreux hôtes que vous seriez obligé dhéberger, quoique ce dernier art. mérite bien dêtre pris en considération dans létat de gêne où nous nous trouvons. »
    Nous espérons que Mgr Luquet voudra bien faire part de ces raisons à la S. Congrégation. Elles nous paraissent de nature à faire impression sur elle et à la déterminer à ajourner lexécution dune mesure qui, à nos yeux, est pour le moins intempestive.
    Depuis près de deux ans une congrégation sur les affaires de Chine a été annoncée à différentes époques comme devant se tenir très-prochainement. Tout dernièrement encore le Préfet de la S. Congrégation nous a renouvelé lassurance quelle ne tarderait pas à avoir lieu. Si nos prévisions ne nous trompent pas, des mesures très-importantes concernant nos Missions y seront prises. Nous nous empressons, Nos Seigneurs & Messieurs, de les porter à votre connaissance, aussitôt quil nous sera possible.
    La cause de nos Martyrs en est toujours au même point. Mr Denain ayant renoncé à faire lhistoire de la dernière persécution du Tonquin, de la Cochinchine et de la Corée, Mr Louis Veuillot a bien voulu mettre à notre disposition ses talents & la faveur de son nom. Nous avons accepté son offre avec dautant plus de reconnaissance quelle est tout-à-fait désintéressée de sa part. Dieu veuille que ses autres travaux lui laissent assez de loisir pour soccuper de celui-ci ! La plume éloquente de Mr Veuillot exercée à toutes les luttes religieuses de notre époque ne peut manquer de répandre un vif intérêt sur les combats et les triomphes de lÉglise dans lextrême Orient où le sang du Missre français sest mêlé avec celui de lannamite et du coréen, et lui fournir des aperçus et des inspirations politiques qui pourraient avoir dheureux résultats pour lavenir de nos Missions.
    Le trésor de nos reliques a été visité tout dernièrement par Mr John OConnell. Parmi les personnes de distinction qui laccompagnaient en grand nombre se trouvaient un ministre protestant et une Dame dhonneur de la Reine Victoria, aussi protestante. Nous avons, cette année, joint de nouvelles richesses aux anciennes. Mr Chamaison, député de la Cochinchine, nous a apporté les ossements de MM. Gagelin, Jaccard et Thomas Thien élève de ce dernier confrère.
    Lintérêt que vous prenez à tout ce qui nous concerne, Nos Seigneurs & Messieurs, ne nous permet pas de vous laisser rien ignorer de ce qui se passe parmi nous. De nouvelles élections ont eu lieu au mois doctobre. Mr Langlois a été réélu Supr. pour la 4e fois consécutive. Ce cher confrère jouit encore dune assez bonne santé ; mais sa vue baisse beaucoup et il nécrit plus que très difficilement. Mr Barran, son Assistant, lui vient en aide, autant quil en est besoin. Les Procureurs sont MM. Tesson pour la recette, et Charrier pour la dépense. MM. Barran, Voisin, Albrand & Chamaison professent la Théologie. Les fonctions de secrétaire sont remplies, comme par le passé, par Mr Legrégeois. Les lettres qui portent sa signature jointe à celle de lAssistant, et à son défaut du Supr., doivent être considérés comme émanant du Conseil. Vous voyez, Nos Seigneurs & Messieurs, que nous ne mentionnons plus Mr Dubois au nombre des vivants. Il y a à peine quelques semaines que, malgré ses infirmités qui sétaient aggravées depuis plusieurs mois, il continuait de nous édifier par sa régularité à assister aux exercices de la communauté. Le 16 du mois dernier il soupa au réfectoire comme à son ordinaire, sans aucun indice de malaise, et le lendemain, à 11 heures du soir, il rendait son âme à son créateur. Sa maladie, qui sétait annoncée par une fièvre dun intensité très-alarmante, ne lui laissa pas un moment de pleine connaissance. Cependant son délire ne fut accompagné daucune agitation violente et il séteignit avec le plus grand calme. Ce cher confrère semblait, surtout depuis quelques semaines, avoir un pressentiment de sa mort prochaine, et il sy préparait sérieusement depuis longtemps. Lestime et la vénération dont il jouissait auprès de chacun de vous nous dispensent de réclamer pour lui le suffrage de vos prières. Il sappelait Jean-Antoine. Par testament olographe déposé chez le notaire, Mr Dubois a légué à Mgr de Drusipare 20,000 frs, à Mgr de Maxula 10,000, à Mgr de Métellopolis 10,000 et à Mgr dAcanthe 10,000. Mais il est bien à craindre que ces dispositions ne soient annulées par les héritiers naturels qui nont besoin pour cela que de refuser leur consentement à lexécution de ces legs pieux. Une autre condition essentielle est le consentement des légataires aux-mêmes donné dans lespace dun an. Mais ici, vu la distance des lieux, on pourrait peut-être obtenir un plus long délai. Ces deux difficultés vaincues il en reste encore une 3e qui vient des termes mêmes du Testament. Je lègue à Mgr de Drusipare ou à son successeur médiat ou immédiat &e. » Mr Dubois na rien laissé au séminaire, ni aux Directeurs, des environ 100,000 frs dont il a disposé pour son testament. Après quon aura satisfait à tous les legs qui y sont mentionnés, sil reste encore quelque chose, ce sera pour les Vicaires apostoliques du Mayssour & du Coimbatour, supposé que la volonté de Mr Dubois soit respectée : ce que nous ignorons encore.
    Voici les noms à les destinations des Missres que nous avons expédiés ou sommes sur le point dexpédier pour les Missions, depuis le mois de Juillet 1847.

    5 juillet 1847 Mr Paul-Hubert Perny., du diocèse de Besançon. Koui-tcheou.
    21 juillet 1847 MM. Jean-Roch Naude-Theildu diocèse de Tarbes. Malaisie ;
    Augustin RassatChambéry. Malaisie ;
    Thomas-Paul BourlierDijon. Malaisie ;
    Joseph-Michel-Mathurin LaigreLe Mans. Collège de Pinang.
    1er Août 1847 MM ; Laurent de GélisToulouse. Coïmbatour ;
    Denys-Alphonse DéléageLe Puy. Coïmbatour ;
    Augustin PierreBayeux. Pondichéry ;
    Jean Bte-Julien MauduitBayeux. Maïssour ;
    Benoît BrisardNantes. Pondichéry.
    16 Septembre 1847 MM. Jacques-Léon Thomines-DesmazuresBayeux. Sutchuen ;
    Jean Bte GoutelleLyon. Sutchuen ;
    Charles PignouxPoitiers. Sutchuen ;
    Jean FenouilCahors. Yun-Nan ;
    Jean-Charles FageTulle. Thibet ;
    François-Félix MahonTroyes. Koui-tcheou ;
    Augustin SchoefflerNancy. Tonquin.
    3 Novembre MM. François-Joseph GrimaultRennes. Pondichéry ;
    Pierre BansardfBayeux. Pondichéry.
    Partiront sur la fin de Mars par un navire dAnvers :
    MM. Marie-Laurent-François-Xavier CordierGap. Cochinchine Occidentale ;
    Louis AussoleilTulle. Cochinchine Occidentale ;
    Valentin-Ambroise GassotCoutances. Tonquin Méridional ;
    Lucien ColombetDigne. Tonquin Méridional ;
    Pierre-Marie GibartaAuch. Siam ;
    Nicolas-Marie LequeuxAutun. Siam ;
    François-Eugène LyonsDigne.
    Prudence-Séraphin-Barthelemi GirardBourges. Ces deux derniers sont à la disposition de Mr Libois.

    Comme notre allocation nest pas encore invariablement fixée et quelle peut être soit de 312,000 soit de 390,000 frs, nous offrons ici le double tableau de la répartition de ces deux sommes. Vous remarquerez, NosSeigneurs & Messieurs, que, quoique nos dépenses aient dû être plus forte cette année que la précédente par la raison que nous avons dite plus haut, nous retenons cependant mille frs de moins que lannée dernière, bien décidés à nous gêner afin que cette somme puisse nous suffire. Permettez-nous de rappeler ici à votre mémoire ce que nous avons lhonneur de vous dire tous les ans, mais quil est nécessaire de répéter pour ceux dentre vos qui ne nous auraient pas encore compris, ou qui sont nouvellement arrivés dans les Missions. MM. les Membres des conseils de la Propagation de la Foi, en nous autorisant à retenir sur la somme quils allouent à notre société de quoi fournir aux besoins de notre séminaire et à lenvoi de nos Missres, ne veulent pas, pour prévenir toute demande du même genre de la part des autres congrégations, en faire un article à part quil faudrait mentionner dans les Annales. Voilà pourquoi nous sommes obligés de faire deux répartitions, une pour notre société où le Séminaire entre en partage avec nos Missions (vous le trouverez dans la colonne des totaux réels ; cest elle seule qui doit vous guider pour vos allocations respectives) et une autre, uniquement pour les Annales, que nous appelons fictive, parce que le Séminaire en est exclus et que son allocation se trouve reportée sur celle des Missions ou établissements à notre charge.

    Dans le tableau de la répartition des 390,000 frs nous navons mis que les colonnes des suppléments et des totaux réels, par la raison que les viatiques sont les mêmes dans cette répartition que dans celles des 312,000 frs et que pour avoir le chiffre fictif qui doit figurer sur les Annales il ny a quà ajouter au chiffre réel de chaque Mission, Pondichéry excepté, 6000 frs et 5800 en plus à lallocation du collège de Pinang. La santé de Mr Langlois nous inspire depuis quelques jours dassez vives inquiétudes, cependant il ny a encore rien de bien grave dans son état.

    Nous avons lhonneur dêtre, Nos Seigneurs & Messieurs, en union de prières et de S. Sacrifices,

    Vos très-humbles & dévoués serviteurs

    Paris, le 17 mars 1848.

    P-S. À côté de la Ste Enfance vient de surgir une autre uvre qui a pour but le baptême des enfants dinfidèles dans les Missions qui sont confiées à notre Société. Cette uvre est née dans la capitale du monde chrétien dune parole tombée des lèvres de Mgr Verrolles et fécondée par la charité qui la recueillie. Le Souverain Pontife la comme adoptée en la marquant du sceau de son approbation et en inscrivant son nom auguste en tête de la souscription. Les Dames trésorières de luvre du baptême des enfants (car cest luvre des Dames) sont la Princesse Doria, la Princesse de Zagarolo et la Comtesse de Woronson. Lintention de ces Dames et de leurs Associées, nous dit-on dans la lettre qui accompagne le prospectus, nest de proposer lAssociation quaux personnes des hautes classes de la Société, et le montant des souscriptions est libre t à la discrétion de chaque personne. Cette nouvelle Association nétant, comme la Ste Enfance, quun rameau détaché de la Propagation de la foi, nous avons proposé certaines modifications qui, sans rien changer à son organisation, la feraient rentrer dans luvre principale, et cest à laide de ces modifications que nous avons pu obtenir lapprobation de MM. les Membres des Conseils de la Propagation de la Foi. Nous espérons que ces modifications seront également approuvées des Dames Romaines patronesses de luvre du baptême des enfants.

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