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lettre n°

Séminaire des Missions Etrangères. Paris, le 25 Mai 1868. Messieurs et chers Confrères, En répondant, par cette lettre commune, à toutes les lettres particulières que nous avons reçues de vous, nous devons, tout dabord, vous remercier de lempressement avec lequel, accueillant les instances que Mr Dupuis vous transmettait de notre part, vous nous avez indiqué les noms de ceux que chacun de vous estimait, devant Dieu, le plus dignes doccuper à Pondichéry la place du vénéré et si regretté Mgr Godelle.
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    Séminaire des Missions Etrangères.

    Paris, le 25 Mai 1868.

    Messieurs et chers Confrères,

    En répondant, par cette lettre commune, à toutes les lettres particulières que nous avons reçues de vous, nous devons, tout dabord, vous remercier de lempressement avec lequel, accueillant les instances que Mr Dupuis vous transmettait de notre part, vous nous avez indiqué les noms de ceux que chacun de vous estimait, devant Dieu, le plus dignes doccuper à Pondichéry la place du vénéré et si regretté Mgr Godelle.
    Cette mesure, la plus simple à notre avis et la plus prudente de toutes, dans les circonstances où nous nous trouvions placés, a soulevé un certain nombre de réclamations, auxquelles il nous suffira dopposer les faits tels quils se sont passés et les motifs que nous avons eus dagir comme nous lavons fait. Nous devons cet exposé à ceux dentre vous qui ont cru voir dans notre démarche, soit une atteinte portée au règlement général de notre Société, soit un manque de respect à légard des dernières volontés de Mgr Godelle, soit même lintention de recourir à un vote déguisé, chose que la Se Congrégation elle-même, a-t-on dit, désapprouve formellement.
    Toutes ces choses nous ont été écrites. Les faits, rétablis dans leur vérité,, diront ce que valent ces reproches.
    Quinze jours sétaient écoulés depuis la mort de Mgr Godelle, quand, nous rendant les interprètes de vos désirs, nous fîmes auprès de la Se Congrégation les premières démarches, pour obtenir la prompte nomination de son successeur. Voici les termes mêmes de la lettre que nous écrivions à Rome le 1er Août 1867. Après avoir fait part à S.E. le Card. Barnabo, des circonstances qui avaient accompagné la mort de Mgr Godelle, et des regrets unanimes quelle avait causés, nous ajoutions ceci : « Ad Eminentiam Vestram, in sua Epistola die 6, Augusti 1863 scripta, Illustr. Termopylensia indicavit quis aptior ad illi succedendum videretur. Exisimamus Ipsius indicationem utpote prudentissimi esse bonam. »
    Nous insistions, vous le voyez, Messieurs, pour quon recherchât le pli du 6 Août 1863, cette expression des volontés de Mgr Godelle au sujet de son successeur.
    La réponse de la Se Congrégation, à raison sans doute des vacances ordinaires quelle prend à cette époque, se fit attendre plus que nous ne le pensions dabord. Au commencement du mois de Novembre, Mr Libois de retour à Rome, fit, sur notre invitation, de nouvelles démarches pour quon retrouvât le pli du 6 Août 1863 ; mais il ne put obtenir aucun éclaircissement sur ce point, et il nous écrivit que, daprès les entrevues quil avait eues, soit avec S.E. le Cardinal Barnabo, soit avec le Secrétaire de la Se Congrégation, il était certain que très-prochainement nous serions consultés sur le choix du successeur à donner à Mgr Godelle.
    En présence de cette décision, il ne nous restait que deux partis à suivre : celui dattendre la lettre de Rome et de prendre sous notre responsabilité la proposition des trois sujets qui allait nous être demandée, ou bien celui de vous consulter, Messieurs et chers Confrères, pour connaître votre sentiment sur cette grave question. Notre règlement général, sans doute, nous laissait toute latitude à cet égard. Et si nous pouvions, sans lenfreindre, répondre directement à la Se Congrégation, et sans vous en écrire préalablement, qui pourrait dire que nous layons violé, en prenant une sage et prudente mesure, consistant à ne former notre jugement que daprès le vôtre ?
    Tel fut lobjet de notre lettre, adressée le 11 Novembre 1867 à Mr Dupuis. Nous croyons utile de vous en donner pleine et entière connaissance.
    A Mr Dupuis, Provicaire de la Mission de Pondichéry.

    Paris, le 11 Novembre 1867.

    Monsieur et très-cher Confrère,

    « Daprès les nouvelles que nous recevons de Rome, où Mr Libois se trouve depuis quelques jours, S.E. le Card. Barnabo, Préfet de la Congrégation, est dans la disposition de nous consulter prochainement, pour le choix du sujet le plus digne de remplacer le vénéré Mgr Godelle, comme Vicaire Apostolique de Pondichéry. Vous comprenez sans peine que nous ne pouvons désigner nous-mêmes quel est le Confrère le plus digne de remplir ce poste, et nous ne voulons former notre jugement que daprès celui des Confrères de la Mission. Nous vous prions donc, si toutefois vous navez pas déjà pris cette initiative, dinviter, en notre nom, les Missionnaires de Pondichéry (non les prêtres indigènes) à nous envoyer au plus tôt, et chacun séparément, par lettre cachetée, le nom du Missionnaire que, devant Dieu, ils croient le mieux convenir pour diriger la Mission. A ce nom, doivent être joints, suivant les formalités requises ordinairement par la Se Congrégation, deux autres noms parmi ceux qui, à défaut du premier, pourraient remplir la charge de Vicaire Apostolique. Ce nest point un vote proprement dit que nous vous demandons, mais plutôt lavis particulier de chacun dentre vous sur cette grave question, afin que nous soyons éclairés et que nous puissions, en connaissance de cause, donner à la Se Congrégation les renseignements quelle nous demandera très-prochainement. »
    « Veuillez, Monsieur et très-cher Confrère, agréer etc
    Avant même que la réponse à cette lettre nous fût parvenue de Pondichéry, et tandis que le Conseil de la Mission décidait quavant de recourir à la mesure que nous avions indiquée, il fallait attendre une lettre positive de la Se Congrégation, nous recevions cette pièce telle quelle nous avait été annoncée par Mr Libois, et nous y lisions ces mots : Cum ob mortem R.P.D.Godelle, vicarii apostolici Pondicherieusis, ejusdem regionis fideles, pas tore suo destituti existant, ne cesse est, ut curas meas in id conferam, quo novus Vicariatui Proeses assignetur. Quapropter, D. tuoe auctor sum, uti accuratis informationibus undique conquistadors, qui tibi aptères ad locum illius occupandum deligi possint, quamprimum significes. »
    Cette lettre ne pouvait que nous confirmer dans notre premier sentiment, aussi lavons-nous exprimé de nouveau en écrivant ce qui suit à Mr Dupuis :

    Paris, 26 Janvier 1868.

    Monsieur et très-cher Confrère,

    « En vous écrivant le 11 Novembre dernier, pour vous informer que S.E. le Cardinal Barnabo nous consulterait prochainement au sujet de la nomination dun Vicaire Apostolique à Pondichéry, et en vous priant dinviter les Missionnaires à nous envoyer les noms des sujets quils jugent dignes de succéder au vénéré Mgr Godelle, nous navons fait que répondre aux vives instances que vous nous aviez adressées à plusieurs reprises, de presser cette nomination, et déviter des retards que vous redoutiez vous-même comme préjudiciables au bien de la Mission.
    « A la réception de notre lettre du 11 Novembre, vous avez jugé convenable, daccord sur ce point avec le Conseil dAdministration de Pondichéry, de surseoir à toute démarche auprès des Missionnaires, jusquà ce que vous fussiez certain que la Se Congrégation nous eût consultés. Nous pouvons aujourdhui vous donner cette assurance et nous transcrivons ici le passage dune lettre que nous adresse le Cardinal Barnabo, à la date du 11 Janvier : « Cum ob mortemetc. » Ces paroles sont précises et nous mettent en demeure de donner au plus tôt notre avis à la Ste Congrégation. Vous savez dailleurs que nous ne voulons agir quen connaissance de cause, et après nous être assurés des sentiments et des appréciations des Missionnaires sur cette question. Nous vous prions donc, Monsieur et cher Confrère, de revoir notre lettre du 11 Novembre, de la communiquer aux Missionnaires du Vicariat de Pondichéry, si vous le jugez à propos, et ceux-ci, invités par vous à nous envoyer les plus promptement possible leur sentiment à cet égard, rendront ainsi notre tâche facile.
    « Les craintes que vous nous manifestez au sujet du clergé indigène dont cette manière dagir pourrait, dites-vous, froisser peut-être les susceptibilités, ne nous paraissent pas assez sérieuses pour être prises en considération. Il ne sagit pas ici, nous le répétons, dun vote proprement dit, mais bien de simples renseignements que nous jugeons nécessaires pour diriger nos appréciations, et donner à la Se Congrégation une réponse consciencieuse. Pour cela, il nous suffit de consulter les Missionnaires du Vicariat, membres de la Congrégation, et le clergé indigène ne saurait en être froissé.
    « Nous espérons avec vous, Monsieur et très-cher Confrère, que la Se Congrégation à qui nous transmettrons, dès quelles nous seront parvenues, les appréciations des Missionnaires, en y joignant les nôtres, donnera bientôt à lEglise de Pondichéry un pasteur qui y continue les traditions laissées par son prédécesseur, le très-vénéré et très-regretté Mgr Godelle. »
    « Nous vous prions, etc »
    Voilà, Messieurs et chers Confrères, lexposé fidèle des démarches que nous avons faites et des lettres que nous avons écrites, soit à Rome, soit à Pondichéry, nous efforçant avant tout de connaître votre sentiment, de manière à traiter le mieux quil fût possible des choses qui vous touchent de si près.
    Il nous semble quen tout cela notre règlement général na pas reçu la plus légère atteinte ; il nous semble aussi quil ny a jamais eu là de notre part le moindre manque de respect à la mémoire vénérée de Mgr Godelle, dont nous navons cessé, vous lavez vu, de rappeler et dappuyer les dernières volontés auprès de la Se Congrégation. Il nous semble enfin que dans ces renseignements que nous vous avons demandés, il ny a rien qui puisse être regardé comme un moyen que la Se Congrégation réprouve, puisque Elle-même nous la suggéré en nous demandant de prendre de toutes manières de soigneuses informations (accuratis informationibus undiquè conquisitis) pour former notre jugement et proposer les noms des sujets qui nous étaient demandés.
    Notre réponse, Messieurs et chers Confrères, eût été moins longue, si nous navions tenu à dissiper certaines préventions qui ne nous paraissent pas fondées, et à écarter certains reproches que les apparences pouvaient peut-être justifier, mais que les faits exposés ci-dessus rendent à vos yeux et sans aucun doute parfaitement immérités de notre part.
    Il ne nous reste plus quà attendre, dans un avenir prochain, la décision de la Se Congrégation à qui nous avons transmis le résultat des votes que vous nous avez envoyés, et nous vous prions, Messieurs et très-chers Confrères, dagréer nos sentiments de cordiale affection, avec lesquels nous sommes en union de prières et de Saints-Sacrifices,
    Vos tout dévoués serviteurs,
    Au nom du Conseil








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    Lettre commune de 1868.

    Congrégation des Missions-Etrangères.

    Paris, le 25 Juillet 1868

    Nosseigneurs et Messieurs,

    La lettre commune que, jusquici, nous vous avons adressée chaque année, se composait de deux parties, consistait : lune, dans le résumé succinct des faits qui se sont accomplis dans les différentes Missions confiées aux soins des membres de la Congrégation, lautre dans les détails dadministration quil nous paraissait utile de déterminer, soit pour lobservation plus exacte de notre règlement, soit pour éclaircir certains points particuliers que laccroissement des Missionnaires, la multiplicité des relations, ou encore la tenue de nos comptes, rendaient de jour en jour plus nécessaires.
    I. Cette partie que nous pourrions appeler la partie administrative de notre lettre commune, exige aujourdhui de plus grands développements ; aussi avons-nous pensé quil était préférable den faire à lavenir une lettre à part et distincte de lhistorique de vos travaux.
    Du reste, la réunion dans une même lettre de ces deux éléments nétait pas sans quelques inconvénients parmi lesquels nous pouvons signaler celui de rendre presque impossible la communication de ce document à certaines personnes, qui se montraient désireuses de lire le compte-rendu de nos travaux. Le mode que nous adoptons concilie ces divers intérêts, en nous permettant de détacher, pour loffrir aux personnes qui sintéressent à notre uvre, le compte-rendu de nos travaux et de réserver pour vous seuls, Nosseigneurs et Messieurs, ce qui regarde les affaires particulières de la Congrégation.
    II. Il y a deux ans, nous vous faisions part des plaintes quà diverses reprises le Conseil central de Lyon nous avait adressées au sujet de lettres et autres documents relatifs aux Missions, et dont le Conseil de luvre de la Propagation de la Foi ne recevait quelquefois communication que longtemps après que des journaux ou des revues périodiques les avaient publiés, ce qui en rendait linsertion dans les annales de peu dintérêt pour ses lecteurs.
    Ces plaintes nous ont été renouvelées officiellement à plusieurs reprises, et dernièrement encore, avec une grande instance. Nous croyons donc quil est utile de vous en informer de nouveau. Sans doute, disions-nous, une lacune existait dans le mode de publication des lettres adressées aux Conseils centraux de luvre de la Propagation de la Foi. Des documents très-intéressants, mais un peu longs, ne pouvaient, en tout ou en partie, trouver place dans les annales ; ou bien ils nétaient publiés que fort longtemps après leur envoi. Pour combler cette lacune, un journal hebdomadaire, entièrement consacré au service de luvre, vient dêtre fondé dans le but de compléter les annales, qui continueront à être, sous la direction du même rédacteur, le bulletin officiel de luvre. Cette unité de rédaction des deux publications promet davance quelles ne se nuiront en aucune façon, mais plutôt quelles se complèteront et se soutiendront mutuellement. La publication hebdomadaire de ce journal qui prend pour titre : « Les Missions catholiques », nous donne de plus lassurance que tous les documents intéressants pourront être publiés sans aucun retard.
    Nous espérons donc, Nosseigneurs et Messieurs, que, de chaque Mission, vous nous tiendrez fréquemment au courant de nouvelles que nous puissions transmettre à la rédaction du nouveau journal. Grâce à cette combinaison, nos confrères nauront pas à craindre, comme la chose arrivait précédemment, de voir se perdre, sans quelles eussent été publiées, leurs intéressantes relations ; et par leur régularité à nous les faire parvenir, ils serviront la cause de la Propagation de la Foi. Cette uvre, vous le savez, Nosseigneurs et Messieurs, doit, pour répondre à toutes les demandes qui lui sont faites prendre un accroissement rendu chaque jour plus nécessaire et proportionné à lextension même de la Foi dans lExtrême-Orient.
    Mais, afin que ces publications servent véritablement la cause de luvre, il est important que toutes les nouvelles qui nous seront envoyées soient parfaitement exactes. Chacun dentre vous, Nosseigneurs et Messieurs, comprend les graves inconvénients que pourraient produire des nouvelles aventurées ou que les faits subséquents seraient exposés à contredire.
    Il est bon aussi que tous ces documents nous soient envoyés ici et nos directement à la rédaction du journal, afin que nous puissions en prendre connaissance selon les termes mêmes de notre règlement et en conserver copie pour nos archives. Nous dirons même quil serait fort à désirer que tous nos Confrères fissent part à leurs familles et à leurs amis de cette nouvelle publication, les engageant à ne rien communiquer à des journaux autres que les organes naturels de luvre, ces publications pouvant nuire à la réussite et au succès du nouveau journal, et par conséquent aussi à lextension de luvre de la Propagation de la Foi que nous devons avoir à cur de soutenir, et à laquelle nous avons tant et de si grandes obligations.

    III. Un point spécial de la lettre commune que nous vous avons adressée lannée dernière, nayant point été suffisamment compris, nous devons pour ce motif, y revenir de nouveau.
    Les allocations faites jusquici à nos procures sétaient élevées, par suite des frais de voyages si considérablement multipliés depuis quelque temps, à des chiffres quil nous était impossible de maintenir devant les nombreuses réclamations qui nous ont été adressées. Certaines personnes qui navaient pas sous les yeux le détail de nos comptes et qui ne connaissaient pas les raisons assurément très-légitimes de ces grandes dépenses de nos procures, trouvèrent exorbitantes les sommes qui leur étaient allouées. Cest ainsi quelles adressèrent à Rome et à Lyon leurs plaintes à ce sujet. De Lyon et de Rome, on nous informa de ces réclamations en nous invitant à faire cesser cet état de choses qui indisposait tant desprits contre nous.
    Cest là ce qui nous a mis dans la nécessité de réduire considérablement les chiffres des allocations faites à nos Procures et qui ne sont plus que de 10,000 francs pour la Procure de Hong-Kong, de 8,000 fr pour celle de Shang-haï, et de 7,000 fr pour celle de Singapore, comme vous lavez vu par le tableau de répartition que nous vous avons envoyé dernièrement.
    Le moyen auquel nous avons eu recours pour opérer cette réduction, consiste dans un simple report des frais de voyages dont nous déchargeons les Procures, sans toutefois que les allocations des Missions en souffrent aucunement. Et voici par quelle combinaison.
    En établissant chaque année le tableau de répartition, au lieu dallouer aux Procures la somme destinée à couvrir les frais de voyages, nous attribuons immédiatement sa quote-part à chacune des Missions intéressées ; et comme il aurait fallu, pour connaître la somme exacte de ces frais, attendre la fin de lannée, et pour certaines Missions plus éloignées, un temps plus considérable encore, nous avons adopté, pour les frais de voyages des Missionnaires depuis le port de débarquement jusquà leurs Missions respectives, et réciproquement pour les Missionnaires qui reviennent en France, une moyenne basée sur les calculs des frais de même genre durant les dix dernières années. Nous avons pris même, dans lintérêt des Missions, une moyenne un peu plus forte quelle neût dû lêtre réellement. Si toutefois, lexpérience de lavenir nous apprenait, contre toute prévision, que quelques unes des ces moyennes que nous avons adoptées sont insuffisantes ou trop fortes pour couvrir les Missions des frais de voyages de leurs Missionnaires respectifs, nous nous empresserions de les modifier ; mais nous sommes persuadés quaprès examen sérieux de la chose, toutes y trouveront leur avantage.

    IV. Nous devons, Nosseigneurs et Messieurs, vous informer aussi dun changement qui aura lieu désormais dans la concessions des patentes aux nouveaux Missionnaires.
    Jusquici, des patentes signées davance nous étaient envoyées de Rome et il ne restait quà remplir ces feuilles, en y ajoutant les noms et les prénoms des nouveaux Missionnaires. Cette année les inconvénients de cette concession anticipée nous ont été signalés par une lettre officielle de la Sacrée Congrégation° Voici dans quelle circonstance : Nous avions obtenu pour cette année, et en prévision dune quarantaine de nouveaux Missionnaires, un même nombre de patentes signées par Mgr Capalti, alors Secrétaire de la Sée Congrégation de la Propagande. Or, avant même lépoque où elles devaient être remises aux partants des mois de Juillet, Août, et Septembre, Mgr Capalti était promu au Cardinalat, et Mgr Simeoni désigné pour être son successeur au Secrétariat de la Propagande. Les pièces que nous avions en main ne pouvaient donc plus servir. La difficulté présente ayant été soumise au Pape, Sa Sainteté décida quà lavenir les patentes ne seraient plus délivrées à lavance, mais seulement après que les noms des nouveaux Missionnaires auraient été transmis à la Sée Congrégation.
    Cette mesure remédiait à de graves irrégularités, mais il était à craindre que les patentes ne puissent toujours, et surtout lors de certains départs précipités, être obtenues de Rome et délivrées à Paris, dans lintervalle de temps assez court qui sépare le moment des destinations de celui du départ.
    Le Saint-Père, prenant cette difficulté en considération, accorda au Supérieur du Séminaire de Paris la faculté de délivrer aux nouveaux Missionnaires des pouvoirs spéciaux et provisoires, et en tout conformes à ceux des patentes ordinaires, pour leur servir en attendant que ces patentes leur eussent été transmises.
    Une première application de ces facultés a dû être faite dès le départ du 15 Juillet, la réponse de la Sée Congrégation nous étant parvenue trop tard et ne nous ayant pas laissé le temps de recourir à notre Procureur de Rome pour obtenir dans un délai si court, des patentes en bonne forme. Cette faculté sera de nouveau appliquée au mois dAoût et au mois de Septembre, car nous avons lintention de soumettre au Card. Préfet certaines observations qui doivent servir à régler cette affaire dune manière définitive. Voici les raisons qui nous ont déterminés à faire ces nouvelles démarches. En réfléchissant plus attentivement à la difficulté dont nous venons de vous entretenir, il nous a semblé que non seulement elle pourrait nêtre daucun embarras pour nous, mais quelle pourrait même concourir, en une certaine mesure, à lobservation plus exacte de notre règlement général qui statue que ce nest quaprès deux ans de séjour et de travails dans les Missions, et sur les témoignages formels de leurs supérieurs respectifs, que les nouveaux Missionnaires sont admis à faire réellement partie du corps dassociation et à jouir des privilèges qui y sont attachés. Dans ce cas, nous ne délivrerions plus à lavenir aux jeunes Missionnaires, leurs patentes en bonne forme au moment de leur départ, mais, après les avoir sollicitées de Rome, et en avoir obtenu la concession, nous les adresserions directement à Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques qui les remettraient à leurs Missionnaires respectifs lorsque ceux-ci auraient travaillé deux ans à la satisfaction de leurs supérieurs, comme il est marqué dans notre règlement général.
    Ce moyen aurait lavantage, comme nous le disions, de concourir à lexécution dun article du règlement auquel il nous semble quon naccorde pas, depuis quelque temps, une assez grande importance. Un autre avantage de cette concession dans les délais que nous indiquons, serait dincorporer les jeunes Missionnaires à la Société dune manière plus étroite et plus solennelle.
    Tel est notre dessein, dans la conduite de cette affaire, que Mr Libois proposera dans ce sens à Rome dès quil y sera de retour. Nous ne savons si le Saint-Père accueillera favorablement cette combinaison et sil la sanctionnera de son autorité souveraine. Quoi quil en soit, nous nous en tiendrons aux décisions qui nous seront données sur ce point, et nous aurons soin, Nosseigneurs et Messieurs, de vous en informer.

    V. La cause de nos martyrs a fait, depuis un an, des progrès dont nous devons bénir la divine Providence, et que nous serons heureux, Nosseigneurs et Messieurs, de vous raconter en détail, car cest là une uvre quentre toutes nous avons plus spécialement à cur, bien persuadés quelle attirera sur nous, sur les travaux de tous les membres de la Société, et sur toutes les Missions qui leur sont confiées, les plus abondantes bénédictions.
    A loccasion des procédures qui se poursuivent dans les Missions, nous avons écrit dernièrement une lettre spéciale à NN.SS. les Vicaires Apostoliques de Chine et de Cochinchine. Nous en reproduirons ici quelques passages qui nous semblent de nature à intéresser tous nos Confrères.
    A Rome, lancien postulateur de la cause, Mr Pallard, a été remplacé, dans cet office, par Mr Libois, qui sen occupe très-activement.
    En France, deux guérisons obtenues par lintercession des vénérables martyrs, ont donné lieu à deux procès, lun à Versailles, lautre à Reims ; et en ces deux villes, nous avons trouvé, de la part de ladministration diocésaine, une bienveillance, un zèle même dont nous ne saurions trop bénir la divine Providence, et trop remercier les Prélats de ces deux diocèses.
    Le procès de Versailles était à peine terminé, donnant les plus heureux résultats, que celui de Reims fut entrepris. Quarante-neuf séances de trois à quatre heures chacune, et présidées soit par Mgr lArchevêque, soit par lun de ses grandVicaires, assisté de trois ou quatre chanoines, en qualité de juges ou de promoteur, y furent consacrées aux dépositions et aux diverses formalités de la procédure, dont la rédaction ne demanda pas moins de 700 pages in-folio.
    Cette cause est donc ici en bonne voie ; mais il manque au dossier ses pièces principales, cest-à-dire les informations canoniques qui doivent être prises et recueillies dans les Missions, là où ont souffert les martyrs et les confesseurs de la Foi. Il nous a paru dautant plus important de faire recueillir au plus tôt ces témoignages et de prendre ces informations, que le temps qui nous sépare des faits à examiner allant toujours croissant, et le nombre des témoins oculaires diminuant de jour en jour, lépoque pourrait venir où il serait difficile de réunir des preuves suffisantes et des témoignages auxquels on pût ajouter foi. Tandis que ces informations étant prises et authentiquement rédigées dans les Missions, le procès na plus, de ce côté, ni retard, ni entrave, et nous pourrons attendre sans crainte, et quelque reculée quelle soit, la décision du St Siège.
    Prévoyant bien dici les difficultés que pourraient offrir, soit les procédures et les informations de la cause, soit les mille détails des formalités requises, soit le manque dun notaire ecclésiastique qui fût apte et exercé en cette matière, nous avons mis provisoirement à la disposition de Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques intéressés, et pour les seconder dans la rédaction des pièces du procès, Mr Bon, Missionnaire destiné au Su-tchuen occidental, et que nous avions déjà retenu en France durant plusieurs mois, pour y suivre et y rédiger, en qualité de notaire, les procès de Reims et de Versailles.
    Cette combinaison, au sujet de laquelle nous avons reçu déjà plusieurs approbations, sera dun puissant secours au succès de la cause de nos martyrs. Désireux de lever tous les obstacles qui pourraient retarder ces informations, ou les rendre, à cause des frais assez considérables quelles ne manqueront pas doccasionner, trop lourdes pour certaines Missions, nous avons décidé, dun commun accord, que les dépenses que nécessiteraient ces procédures, seraient comptées sur nos fonds communs et non laissées à la charge de Missions particulières.
    En cela, nous croyons, Nosseigneurs et Messieurs, nous être faits les interprètes de vos désirs pour la réalisation et le couronnement de cette uvre qui sera pour nos travaux un grand secours, et pour toute notre Société une gloire inestimable.

    VI. Notre uvre, grâce à Dieu, va toujours grandissant. Les comptes-rendus qui nous ont été envoyés des Missions lattestent et nous en avons une nouvelle preuve dans laccroissement toujours plus sensible des vocations à la carrière apostolique. Cest ainsi que 119 aspirants ont pu, cette année, se trouver réunis en même temps au berceau de la Société. Cest ainsi que 43 nouveaux ouvriers apostoliques ont pu, depuis le mois de Juin de lannée dernière, partir pour nos différentes Missions, comblant, dans quelques unes, les vides que la mort, hélas ! y avait faits, augmentant le personnel des autres, de celles où de grandes espérances et de plus nombreuses conversions réclamaient leur présence.
    Nous sommes heureux aussi de vous informer, Nosseigneurs et Messieurs, de larrivée au milieu de nous de nouveaux directeurs-députés. Ce sont : MM. Guerrin et Péan. Le premier représente le groupe des Missions de Chine ; le second, celui des Missions de Siam, Malaisie et Birmanie. Ces deux Confrères partagent depuis plusieurs mois nos travaux, et nous attendons, dans un avenir prochain, le représentant du groupe des Missions du Nord qui, par sa présence, complètera le nombre réglementaire des membres du Conseil.

    VII. Si notre joie était grande au commencement de cette année, en voyant le nombre de nos aspirants, des craintes sérieuses venaient sy mêler : Où loger convenablement, dans un avenir prochain, de plus nombreux aspirants ? Comment refuser ceux qui soffriraient à nous avec les qualités requises ? La divine Providence y a pourvu.
    Au moment même où nos craintes étaient plus vives, une personne charitable soffrit delle-même à faire les frais des agrandissements si nécessaires, et à réaliser les plans quil nous conviendrait dadopter, pour adjoindre au bâtiment actuel du Séminaire, des cellules nouvelles et en assez grand nombre. Cest ainsi quau mois dAoût prochain, une aile spacieuse et communiquant à chaque étage aux corridors de lancien bâtiment, commencera à sélever sur le terrain qui longe, du côté du midi, la rue de Babylone. Le nouveau bâtiment, devant être dune assez grande profondeur, sera divisé en deux parties : lune, celle qui aura sa façade sur la rue de Babylone, se composera de boutiques et dappartements, dont les loyers nous dédommageront de la perte du revenu que nous fera bientôt éprouver la restitution de notre chapelle ; lautre, ayant sa façade sur le jardin, nous donnera, au rez-de-chaussée, une vaste salle pour les exercices de la Communauté, et aux différents étages, dassez nombreuses cellules. Un mur plein, en séparant dans toute sa hauteur les deux parties du bâtiment, en fera comme deux maisons indépendantes, et épargnera à la Communauté les désagréments quelle pourrait redouter, soit de la proximité de la rue, soit du voisinage des locataires.
    Enfin la distribution intérieure du nouveau bâtiment nous permettra de réserver un étage entier aux Missionnaires qui reviennent en France, pour cause de maladie, et qui trouveront ainsi, dans un local convenablement disposé, tous les soins que leurs infirmités pourraient réclamer.
    Nous recommandons dune manière spéciale à vos prières, Nosseigneurs et Messieurs, cette personne charitable dont la généreuse offrande contribue si largement au bien de toute la Société.

    VIII. Plusieurs fois déjà, nous avons cru devoir attirer lattention des Supérieurs des Missions sur larticle de notre règlement relatif aux retours en Europe, les suppliant de veiller à ce que les formalités requises par notre règlement général fussent, autant quil est possible, ponctuellement observées : « Ceux, dit le règlement, dont les raisons auront été approuvées par le Supérieur et les Missionnaires de la Mission, à la pluralité des voix, recevront du Supérieur une patente en bonne forme qui portera, en termes exprès, quon approuve leur sortie. A défaut de pièces en règle délivrées aux Missionnaires qui reviennent en France, vous comprenez. Nosseigneurs et Messieurs, que nous puissions nous trouver à leur égard dans un grand embarras.
    Sans doute, en certaines circonstances assez rares, il est vrai, il peut se faire que le départ dune Confrère de sa Mission soit tellement urgent, que tout recours à un vote de la majorité des Missionnaires soit chose impossible ; mais, dans ce cas encore, rien nempêche que lurgence nous soit annoncée, et la patente rédigée provisoirement par le Supérieur de la Mission ou son représentant. Dans tous les cas, nous prions les Supérieurs des Missions de nous informer davance et officiellement de ces retours. Rien nest plus facile que de nous en écrire par la malle précédente, si le départ est arrêté davance, et dans le cas contraire, par la malle même qui nous ramène un Confrère dans ces conditions, pourvu que la lettre davis nous soit adressée directement par la poste et non par le Ministère. Grâce à ces précautions que nous recommandons instamment, nous ne serons plus exposés à apprendre indirectement que tel ou tel Missionnaire de la Congrégation est de retour en France, ni à demeurer dans un doute très-embarrassant sur la régularité du retour de tel ou tel Confrère. Ce point nous paraît fort important et nous le recommandons tout spécialement à votre attention.

    IX. Quant aux Missionnaires qui sont de retour en France, et qui viennent passer quelque temps au Séminaire de Paris, nous avons rédigé pour eux un règlement fort court, dune observation facile, et uniquement destiné à concourir, en ce qui les touche, eu bon ordre de la maison. Nous joignons à cette lettre un exemplaire de ce règlement, afin que chacun dentre vous puisse en prendre connaissance.

    X. Une question plus importante que les points de détail dont nous venons de vous entretenir, a été soulevée, dans le courant de cette année, par une circulaire quun de Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques a cru devoir adresser aux Supérieurs des différentes Missions. Puisque la question nous a été proposée et quun assez grand nombre de lettres nous ont été écrites par les Supérieurs des Missions, pour nous faire connaître leur sentiment au sujet de la circulaire quils avaient reçue, nous devons, Nosseigneurs et Messieurs, vous dire notre avis sur ce grave sujet.
    Et dabord, le plus grand nombre des Supérieurs qui nous ont écrit protestent, et avec raison, pensons-nous, contre cette affirmation inexacte : que nous navons pas de règlement. Mais ce point établi, le plus grand nombre aussi reconnaissent : quil y a dans notre règlement des lacunes à combler, quil ne faut pas, sous prétexte de le réviser, toucher à sa base, mais plutôt partir de là pour y rattacher les réformes de détail et en coordonner lensemble.
    Ce plan, nous lapprouvons complètement. La seule difficulté consiste dans le choix des moyens à prendre pour opérer cette révision, de manière quelle soit vraiment utile, durable et acceptée de toute la Congrégation, comme lexpression des vux de la majorité de ses membres. La convocation du prochain Concile donne, dune part, toute facilité à une réunion de la plupart des Supérieurs des différentes Missions. Dautre part, comme il est très-probable que les Pères du Concile traiteront, relativement à lorganisation et à la constitution même des Missions, certaines questions que rendent nécessaires limportance et laccroissement considérables quelles ont pris en ces derniers temps, il semble plus opportun dajourner la révision dont il sagit, et dattendre pour y travailler activement, que les questions importantes dont le Concile doit soccuper aient été réglées à Rome. Tout ce que lon pourrait faire jusquà cette époque, serait de préparer les matériaux que les Supérieurs des Missions jugeraient utiles, afin que, réunis à loccasion du prochain Concile, ils puissent, de concert avec le Conseil de Paris, rédiger les modifications qui seraient ensuite soumises à lapprobation définitive de toutes les Missions.

    XI. Une autre circulaire pareillement adressée à différentes Missions, et dont nous devons dire aussi quelques mots, demande explicitement la suppression des Procures de Hong-Kong et de Singapore, et implicitement celle du Collège général de Pulo-Pinang, qui ne pourrait évidemment subsister, si, comme le demande la circulaire, il nétait entretenu que par les Missions qui y envoient des sujets.
    Relativement aux Procures, chacune des Missions est naturellement disposée, nous devons le reconnaître, à préférer celle qui, étant plus rapprochée, lui rend plus de services. A ce point de vue de lintérêt local, il nest pas en notre pouvoir de satisfaire chacune de nos Missions en particulier, ni dans notre intention de procurer quelques unes des avantages au détriment des autres. Aucune des trois procures aujourdhui existantes na été établie sans quil y eût là un avantage réel pour la Société et pour un certain nombre de Missions particulières. La suppression de quelquune dentre elles est une chose trop grave pour que nous prenions prématurément une telle responsabilité.
    Quant au Collège général de Pulo-Pinang, il faudrait méconnaître les services quil a rendus depuis tant dannées à un grand nombre de Missions, et prouver quil ne saurait survenir de conjonctures qui le rendissent non seulement fort utile, mais très-nécessaire même à certaines Missions qui sont toujours sous le coup des persécutions, pour supprimer dun trait un établissement qui rend encore tant de services, et qui est, nous pouvons le dire sans crainte, une des gloires de notre Société.

    XII. En envoyant par la dernière malle à Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques, les exemplaires de la bulle Oeterni Patris qui convoque tous les Evêques du monde en un Concile cuménique, nous navons fait que nous conformer aux ordres que le St Père, par lorgane de Son Eminence du Cardinal Barnabo, avait exprimés à Mr Libois. La concession de ces exemplaires de la Bulle, tels quils ont été envoyés à tous les Evêques du monde catholique, a été accompagnée de quelques paroles que nous devons vous transmettre fidèlement : « Non seulement, a dit le Cardinal Barnabo, les Vicaires Apostoliques sont convoqués au prochain Concile, mais ils le sont dune manière aussi stricte que les Evêques ayant un siège dans la Catholicité. Ils doivent donc, sils ont des empêchements qui les retiennent dans leurs Missions, faire agréer au Concile leurs raisons et leurs excuses, au moyen dune lettre officielle présentée par un procureur quils délègueront spécialement à cet effet. » Ces paroles nont nul besoin de commentaires. Il nous suffit de les transmettre fidèlement à Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques qui seront les meilleurs juges des raisons et des empêchements qui pourraient les retenir dans leurs Missions.

    Nous avons lhonneur dêtre, avec un profond respect et en union de prières, Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,






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    Congrégation des Missions Etrangères.

    Compte-rendu général de 1868

    Paris, le 25 Juillet 1868.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    En commençant ce nouveau Compte-rendu annuel des travaux de toute notre Société, si nous embrassons dun regard les faits généraux qui se sont passés dans les Missions, et leur état actuel, nous pouvons dire que, ni toutes les espérances, ni toutes les craintes que nous exprimions lannée dernière, ne se sont complètement réalisées.
    La Divine Providence, en effet, a permis quen certaines Missions, les sourdes menées des persécuteurs ou les bandes indisciplinés des rebelles, arrêtassent en partie du moins et momentanément, les conversions en masse qui sannonçaient : mais Elle a détourné aussi de quelques autres, les épreuves qui semblaient les menacer, leur donnant ainsi le temps et la liberté de réparer les ruines non encore effacées des dernières persécutions.
    Les statistiques annuelles qui nous ont été envoyées, nous prouvent un fait certain° laccroissement toujours de plus en plus marqué des chrétientés, des uvres et des établissements religieux. Le Clergé indigène saccroît sur plusieurs points ; le nombre des conversions grandit aussi, plus lentement peut-être, mais dune manière fort sensible encore. De toutes parts, en un mot, de grandes espérances nous sont signalées et de nombreuses demandes de nouveaux ouvriers nous sont faites. Lhistorique des efforts qui ont été tentés et des résultats qui ont été obtenus, dans les différentes Missions, servira de développement ; à ce tableau densemble qui soffrait à nous tout dabord.

    Pondichéry.

    Une longue sécheresse et à sa suite une désolante famine avaient précédemment éprouvé les Vicariats apostoliques des Indes. Celui de Pondichéry en avait cruellement souffert. Durant lannée dernière, la Mission na pas eu à déplorer le retour du fléau ; elle a travaillé à en faire disparaître les traces. Veuve de son ancien Pasteur Mgr Godelle de vénérée mémoire, la mission a continué, sous la sage direction de Mr Dupuis, son pro vicaire, le travail dévangélisation si laborieusement poursuivi au milieu des Indiens, et cette année encore, de consolants succès nous sont signalés.
    Pour en donner une idée plus exacte et plus complète, nous reproduisons ici létat succinct des institutions et des uvres diverses que possède cette Mission.
    La population catholique du Vicariat compte environ 113.000 âmes réunies autour de 200 Eglises ou Chapelles dadministration, sans compter une infinité de petits Oratoires qui servent aux dévotions journalières des fidèles. Les principaux établissements actuellement existants sont :

    1 Grand Séminaire qui compte 8 Ordinands,
    1 Petit Séminaire à Pondichéry : 364 élèves dont 42 élèves Ecclésiastiques
    1 Collège colonial à Pondichéry : 115 élèves.
    1 Collège séminaire à Karikal : 137 élèves.
    49 Ecoles primaires tamoules : 1010 élèves
    24 Ecoles de filles
    16 Couvents ou maisons déducation.
    6 Orphelinats comptant 236 Orphelines.
    2 Maisons de refuge pour les femmes repenties.
    4 Catéchuménats.
    2 Hôpitaux
    1 Imprimerie qui répand annuellement dix à douze mille volumes de piété déducation ou de controverse.

    Le personnel de la mission comprend :
    48 Missionnaires Européens
    19 Prêtres indigènes
    90 Catéchistes
    82 Maîtres dEcole
    104 Maîtresses religieuses ou laïques

    Toutes ces uvres portent des fruits consolants, mais elles imposent aussi des charges considérables. Parmi ces dernières, celles qui pèsent le plus lourdement sur la mission, sont les constructions des Eglises et des Chapelles nécessaires à ladministration des fidèles. 25 à 30 Eglises ne sont pas achevées ; dautres sont devenues insuffisantes, quelques unes demandent durgentes réparations.
    Parmi les progrès accomplis cette année, nous pouvons signaler lachèvement et la bénédiction solennelle dune Chapelle dans la ville de Tirouviar, située dans la riche plaine de Tanjaour. Cette ville se glorifiait naguère de ne compter aucun Chrétien parmi ses habitants, et de nêtre souillée par la présence daucune Eglise Catholique, mais un juge indigène chrétien y ayant été envoyé, quelques employés subalternes également Chrétiens y furent appelés par lui, dautres chrétiens se joignirent aux premiers, et il devint nécessaire dy construire une Chapelle pour ce petit troupeau. Un terrain fut acheté et les fondations de lédifice furent jetées malgré lopposition et les chicanes des brahmes : Enfin, grâce à la présence de Mgr Dépommier, Vicaire Apostolique de Coïmbatour, la Chapelle fût bénite solennellement. Lentrée de Sa Grandeur dans la Ville, puis les cérémonies de la bénédiction saccomplirent en paix, et la population de Tirouviar enchantée de lordre quelle y a vu régner et qui contrastait singulièrement avec le tumulte des processions païennes, en a reçu une impression très-favorable à notre Sainte Religion.
    Un second progrès, nous pourrions dire un second triomphe, fut lacquisition dun terrain pour la construction dune Chapelle au milieu de la Ville et presque au pied de la splendide et immense pagode de Chellambaram, qui, située sur la route de Pondichéry à Karikal peut être regardée comme une des principales forteresses du paganisme dans la contrée. Un missionnaire vient dy être envoyé pour réunir et administrer les quelques familles chrétiennes presque abandonnés jusquici au milieu de la multitude des payens qui les entouraient. La tâche du Missionnaire dans ce nouveau poste est dy élever une Chapelle, ce qui ne se fera pas sans de grandes dépenses et des oppositions plus grandes encore.
    A quatre ou cinq milles de Pondichéry, sélève au milieu dun grand village, une pagode vénérée, célèbre par ses grandes fêtes annuelles qui y attirent un concours innombrable de païens. La Mission compte dans ce village 12 ou 15 familles demployés chrétiens, et dans le voisinage, environ cent vingt familles de pauvres cultivateurs ou parias chrétiens. Sétablir au centre du village était chose difficile, bâtir une Chapelle au dehors était presque un déshonneur. Après plusieurs tentatives, un terrain fut acheté, dans lintérieur même du village, et dans une rue, où la présence dun pagodon contigu amenait presque chaque jour la procession des brahmes, des bayadères et des musiciens se rendant à la rivière voisine pour y puiser leau destinée aux ablutions des idoles. Après avoir vainement cherché un local plus spacieux et plus convenable, il fallut se décider à construire sur celui que lon possédait. Mais les réclamations devenues plus vives, firent ajourner lérection de la Chapelle.
    Cette année, enfin, grâce à lintervention du Gouverneur, lachat dun verger et dun petit bois, propriété dune pagode, fut négocié et les divinités de cette pagode agissant par lintermédiaire de leurs procureurs, cédèrent cette position, à la condition toutefois, que lon aura soin de régler les processions des deux cultes, de manière à éviter toute collision. Les fondements de la Chapelle ont été posés, et dans quelques années, la croix qui la dominera rivalisera de hauteur avec les tours massives de lantique pagode.
    Une autre construction dont nous devons dire quelque mots, est celle dune nouvelle Eglise à Covilour Dharmapoury, grosse bourgade située à louest du Vicariat. Cest le chef-lieu dun district de 3.000 fidèles environ ; la population chrétienne du village même en compte 1.600 à 1.800. Jadis on ny trouvait quune Eglise basse, étroite, dont les murs, formés de terre battue, avaient été successivement prolongés à mesure que le nombre des chrétiens saugmentait. Toujours, elle demeurait insuffisante. Aussi, Mr Thirion, chargé de ce district, se mit-il, avec courage, à luvre dune nouvelle construction. Après maintes privations et beaucoup de labeurs, aidé de ses pauvres chrétiens, qui, à défaut dargent ont prodigué à ce travail et leur temps et leurs sueurs, Mr Thirion est parvenu à doter sa chrétienté dune Eglise vraiment monumentale pour le pays. En ce moment il soccupe à bâtir, avec lexcédant de ses matériaux, un Couvent pour les religieuses indigènes qui répandront linstruction chrétienne dans la population encore grossière et ignorante de son district.
    Ce simple aperçu sera dignement complété par les chiffres suivants, qui constatent les résultats de ladministration dans le Vicariat. 757 païens adultes, et en y comprenant leurs enfants baptisés avec eux 1199 fidèles, sont venus grossir les rangs des chrétiens dans le Vicariat Apostolique de Pondichéry.

    Mayssour.

    La propagande protestante est signalée dans cette mission, comme un des plus grands obstacles à la conversion des infidèles, et une source de dangers incessants pour la foi des Catholiques. Aussi, lactivité des missionnaires sest-elle principalement concentrée dans luvre des écoles, dans celles des prédications et dans la publication des livres destinés à combattre les ouvrages dangereux que les hérétiques impriment dans toutes les langues de lInde et répandent à profusion.
    Les écoles Anglaises et les écoles tamoules du Vicariat sont dirigées par des Frères instituteurs, appartenant à une Société religieuse instituée par Mr Chevalier et dont la Divine Providence sest plue à bénir les commencements. Cette uvre répond à une nécessité, de plus en plus sentie dans les Missions de lIndoustan. Le personnel enseignant, en effet, sy trouve tout à fait insuffisant. Lenvoi des Frères dEurope entraînant dénormes dépenses, et dautres difficultés encore, un de nos confrères, Mr Chevalier eût lidée de fonder un Institut de Frères enseignants quil recruta dabord, parmi les Européens anciens soldats de larmée Anglaise, ou anciens employés du gouvernement. Dans ce noyau de Frères formé assez rapidement, Mr Chevalier reçut bientôt des Indigènes, et lInstitut fut fondé. En quelques années, il a pris une rapide extension, grâce au zèle, à la charité, et aux sacrifices de son fondateur. Il compte aujourdhui 20 Frères et 12 novices. Outre la maison mère de Bangalour, des établissements existent déjà dans les Vicariats de Pondichéry et Coïmbatour, et bientôt, ils sétendront, nous en avons la confiance, dans tout lIndoustan où cet Institut est appelé à rendre de très-grands services et à seconder activement laction des Missionnaires.
    Le Gouvernement Anglais naccordant ladmission aux emplois dans la Colonie quaux indigènes qui ont subi victorieusement de sérieux examens sur la littérature, les langues et les sciences diverses la mission du Mayssour a dû songer à établir un Collège sur le modèle de celui de Pondichéry. Son uvre est en bonne voie, et cétait là le seul moyen, mais un moyen efficace dempêcher la jeunesse catholique, ou de tomber dans une honteuse disgrâce, ou de perdre la foi, en allant puiser aux écoles de lerreur une instruction qui lui devenait nécessaire.
    En plusieurs chrétientés du même Vicariat, lannée qui vient de sécouler a vu souvrir de nouvelles Eglises et notamment celle de Colar à lEst du Bangalour, celle de Tchicea à lOuest près des Gattes, et autour de laquelle se sont groupés quelques anciens chrétiens et des payens récemment convertis. Près du village de Satti hally, a été établi un couvent de religieuses indigènes de caste, qui font lécole aux filles des environs, tandis que les garçons reçoivent, dans le même village, linstruction dun digne instituteur indigène. A coté de ces écoles, Mr Desaint a établi un Hôpital qui prospère et facilite merveilleusement, à lheure de la mort, la conversion des payens et le retour des hérétiques, dont plusieurs sont, en ce moment, en voie de conversion.
    Le Couvent du Bon Pasteur à Bangalour, fait, de son côté le plus grand bien, en offrant aux femmes repenties un asile sûr pour leurs murs et pour leur foi.
    « Le résultat de ces uvres, nous écrit Mr Jarrige, est facile à calculer. Le chiffre de la population catholique de ce Vicariat, qui nétait précédemment que de 18.000 sélève actuellement à 22.600, soit par suite des conversions, soit par suite de laugmentation même des familles chrétiennes, et il sélèverait bientôt plus encore, si de plus abondants subsides permettaient dagrandir ces uvres et des les multiplier sur tous les points du Vicariat. »
    Le Tableau dadministration du Mayssour nous signale : 248 baptêmes dadultes. Les établissements de la Mission sont les suivants : 1 Séminaire avec 36 élèves ; 1 Collège pour les Européens ; 1 orphelinat pour les garçons et 1 Orphelinat pour les filles ; 3 écoles anglaises ; 8 écoles primaires indigènes et 4 écoles de filles.
    Enfin le personnel de cette mission se compose de 19 missionnaires et de 3 prêtres indigènes, sous la direction du Mgr Charbonnaux.

    Coïmbatour.

    Le Vicariat Apostolique de Coïmbatour est de plus en plus travaillé par le protestantisme. Il existait à Palghaut, la seconde si ce nest la première ville du Vicariat, une école anglaise mixte très-utile à la mission depuis de longues années. Or, les écoles protestantes anciennes et surtout une grande école récemment établie, grâce aux subventions abondantes fournies par le gouvernement Anglais, ont considérablement affaibli lécole catholique dont la prospérité importe beaucoup au salut de cette chrétienté. Il faut donc à tout prix la relever ; un terrain plus vaste devient nécessaire comme aussi des constructions suffisantes pour loger une centaine denfants et trois frères instituteurs de la Société fondée par Mr Chevalier.
    Déjà cette année, a été établie à Coïmbatour une nouvelle école dont trois frères sont venus prendre la direction, après les fêtes de Pâques. Deux autres maîtres décole indigènes ont été adjoints aux premiers, et parmi les enfants qui la composent, la moitié sont chrétiens, lautre moitié païens ou mahométans. Cette école sera le salut des enfants catholiques dispersés auparavant dans les écoles protestantes, et un moyen puissant aussi de conversion pour les infidèles.
    Le manque de Catéchiste se fait vivement sentir dans cette mission. Il faudrait en augmenter considérablement le nombre ; et les ressources manquent pour mener à bonne fin cette uvre pourtant si nécessaire. Espérons que la divine Providence viendra en aide au zèle de nos confrères et leur ménagera, dans un avenir prochain, les ressources qui aujourdhui leur font défaut. Dans les deux dernières années, le chiffre des baptêmes dadultes sest élevé jusquà près de 600. « Il est vrai, nous écrit Mgr Dépommier, quon le doit en grande partie à la Divine Providence, qui a envoyé parmi ces populations, son grand prédicateur, la famine. »
    Cette année, la statistique de la mission compte 279 baptêmes de païens et 14 conversions de protestants. Ces résultats sont la meilleure récompense du zèle des 15 missionnaires qui, de concert avec 5 prêtres indigènes travaillent dans le Vicariat de Mgr Dépommier.

    Siam.

    La Mission de Siam, après avoir végété longtemps, mais toujours soutenue et encouragée et surtout arrosée des sueurs de nombreux missionnaires, a pu survivre et traverser victorieuse les nombreux obstacles qui y ont entravé luvre de Dieu. Douze ou quinze stations péniblement établies et entretenues depuis trente ans, sur les différents points du Vicariat, pour servir de centres daction et de points de ralliement, donnent aujourdhui les résultats si longtemps attendus et tant de fois désirés. « Nous avons beaucoup gagné sur lesprit public, écrit Mgr Dupond ; ceux qui ne veulent pas encore de notre Sainte Religion lui rendent hommage, et lestiment. Le mouvement religieux sétend partout, et souvent il arrive quon vient nous prier daller prêcher la religion en des localités, où ne se trouve pas un seul chrétien ; tant il est vrai, que la vérité se fait jour, et que le peuple commence à estimer la religion chrétienne : les bonnes saperçoivent, fort bien, quils ont perdu de leur prestige, ils voient leur casuel diminuer chaque jour et leurs temples tomber dans loubli. »
    La Religion a fait à Siam de plus grands progrès encore depuis 4 ans, époque où la conversion et le baptême dun grand Talapoin, chef de pagode, ont jeté létonnement dabord, puis les germes de la foi, dans lesprit de nombreux Siamois. Ce zélé converti prêche activement la religion quil a eu le bonheur de connaître et dembrasser. Deux cents Siamois amenés à la foi et au baptême, sont déjà le fruit de ses prédications. Nous devons rendre grâces à Dieu, pour cette bénédiction quil a bien voulu répandre sur la terre de Siam.
    Matériellement, cette mission offre pour ladministration de grandes difficultés, à cause du manque de routes et de voies praticables pour les communications dun point à un autre. Dautre part, les chinois, qui, jusquici, avaient été les seuls à donner des conversions, se répandent un peu partout, et le devoir des missionnaires est de les suivre. Cette dispersion, si elle rend plus difficile et plus pénible le ministère, a cet immense avantage de donner lieu à une diffusion plus complète de la foi catholique, et à ce point de vue, le zèle des missionnaires ne saurait sen plaindre.
    Le nombre de 396 baptêmes dadultes que la mission de Siam enregistrait lannée dernière, comme un progrès considérable, sest accru plus encore cette année, et il a pu atteindre le chiffre de 667. Cest beaucoup assurément, en égard au peu de ressources dont jouissent les missionnaires et à leur petit nombre. Aux 14 ouvriers qui y travaillent déjà, de concert avec Mgr Dupond, vont sadjoindre trois nouveaux confrères destinés à ce Vicariat qui donne, en ce moment, les plus belles espérances.

    Malaisie.

    LEvangélisation des Chinois émigrés est luvre à laquelle nos confrères de la mission de Malaisie consacrent, pour la plupart, les soins de leur ministère et nous devons ajouter, que sur plusieurs points du territoire cette uvre est couronnée, chaque année, dassez heureux résultats.
    Jusquici, lévangélisation des sauvages offrait dans cette mission de sérieuses difficultés, mais le zèle des ouvriers apostoliques sest ému à légard de ces pauvres âmes délaissées : et nous apprenons, que, dans un avenir prochain, des efforts vont être tentés, par les missionnaires de Malaisie, pour annoncer la bonne nouvelle de lEvangile aux Sauvages Mantras.
    Le moyen quils comptent employer est celui des missions ambulantes. Il ne sera pas sans intérêt de consigner ici quelques détails, eu sujet de ces pauvres sauvages et des moyens nécessaires pour les convertir.
    Bien que les résultats obtenus jusquici parmi les Mantras, soient petits, considérés en eux-mêmes, ils sont néanmoins satisfaisants, nous dirions même considérables, si on les compare aux progrès obtenus sur dautres points. Sil est incontestable que, sous le rapport spirituel, les Mantras sont attachés à leur foi et à leurs missionnaires, et que la religion a toute facilité de sétablir définitivement, et même de fleurir parmi eux, il nest pas moins certain, que, sous le rapport du temporel, ils ont peu progressé, et que, nonobstant tous les secours et les encouragements qui leur ont été prodigués jusquà présent, il a été impossible de les attacher au sol, par une culture suivie. Pour ce motif, le moyen des missions ambulantes est, de lavis des missionnaires, le seul quil convienne dadopter pour cette évangélisation.
    De rudes labeurs, sans doute, attendent les ouvriers dans un champ si difficile, mais, Dieu aidant, ils triompheront, nous en avons lespoir, de toutes les difficultés.
    Le compte-rendu du Vicariat Apostolique de Malaisie, donne, cette année, 163 baptêmes dadultes et 336 autres de païens régénérés à larticle de la mort. Un Vicaire Apostolique et 15 Missionnaires évangélisent cette mission qui occupe toute la presquîle de Malacca.

    Birmanie.

    La guerre civile et le manque de récoltes qui nous étaient signalés dans le compte-rendu des travaux de la mission ; pour lannée précédente, ont rendu bien difficile la tâche des ouvriers apostoliques dans cette mission, mais leur zèle et leur dévouement ont grandi pour faire face aux nécessités de leurs pauvres chrétiens.
    Lorphelinat dont la construction était annoncée précédemment est presquentièrement terminé. Un Orphelinat pour les jeunes filles a été adjoint au premier. Deux nouvelles surs venues de Frances et deux novices indigènes y travaillent activement à léducation des enfants indigènes.
    Le roi de Birmanie lui-même rend justice aux efforts que font les missionnaires. Dernièrement il a confié à lun deux, pour les instruire, douze enfants, fils des ses principaux officiers.
    Nous savons aussi que, depuis un an, la foi a fait des progrès sensibles et très satisfaisantes parmi les Carians et les Birmans pour lesquels il a fallu créer une nouvelle Station.
    Un des secours les plus puissants qui soient au service des missionnaires, est la presse dirigée par Mr Dumollard, pro vicaire de la mission. Elle a édité, cette année, un manuel complet de prières en langue birmane. Cette presse avait donné précédemment, dans le même idiôme : un catéchisme, un livre de controverse, une géographie, un traité darithmétique et de géométrie, et un abrégé de lancien et du nouveau testament.
    LEtablissement dirigé par les Frères des Ecoles chrétiennes, étant devenu insuffisant pour les 250 élèves qui le composent, il fallut lagrandir. Les sommes nécessaires pour ces nouvelles constructions pèsent lourdement sur la mission.
    Une nouvelle église a été bâtie dans la ville de Tavay, et les deux établissements de la ville de Maulemaine donnent toujours dexcellents résultats. Le personnel de la mission se compose de 1 Vicaire apostolique, 14 missionnaires français, 3 missionnaires italiens (oblats), 2 missionnaires italiens séculiers, 1 prêtre indigène, 2 sous-diacres et 1 clerc. Les églises ou chapelles sont au nombre de 32. Enfin le Tableau dadministration nous annonce 270 baptêmes dadultes et 3.500 baptêmes denfants dinfidèles in articulo mortis.

    Cambodge.

    Nous navions pas reçu cette année, le compte-rendu de cette mission, si cruellement éprouvée lannée dernière, par les troubles et les insurrections. Des lettres particulières ont ajouté quelques détails à ceux que nous avions donnés déjà. Ainsi la chrétienté de Pinhalu nexiste plus. Tout a été incendié : les chrétiens sont dispersés et de grands herbes croissent sur les ruines de cette résidence si animée autrefois. Motkasa est détruit. Cest là que le P. Barreau, assassiné sur les marches de son Autel a été victime de sa charité pour son troupeau. Des lettres récentes nous apprennent quun nouveau missionnaire Mr Joly a été chargé doccuper le poste confié précédemment à Mr Barreau et den relever les ruines.
    La chrétienté de Banam a été aussi dispersée un moment, mais elle a moins souffert que les autres. Aujourdhui le calme et la paix y sont rétablis. Les missionnaires ont donc été durant presque toute lannée réduits à une désolante inaction. Il ressort de ces détails que la dernière révolution a porté à la mission du Camboge un coup dont elle ne se relèvera que difficilement. Il lui faut une longue ère de paix ; il lui faut des ouvriers, il lui faut des ressources pour réparer tant de ruines et fonder de solides établissements.
    Le souverain Pontife plein de sollicitude pour les intérêts de cette mission, vient den modifier le territoire, par une nouvelle combinaison qui, en lui donnant plus de vie, offrira aussi un champ plus vaste au zèle de ses missionnaires. Les Laos dun part, étant dun accès plus facile aux missionnaires de Siam, leur a été confié ; tandis quen retour, deux provinces de la basse Cochinchine ont été annexées au Camboge dont la direction a été confiée à Mr Ausoleil, en qualité de supérieur. Ces décisions ont été prises par la Sée Congrégation de la Propagande et ratifiées par le St Père, le 30 Juin dernier. Nous en avons reçu notification, par une lettre officielle de son Eminence le Cardinal Barnabo en date du 7 Juillet dernier.

    Cochinchine occidentale.

    La conquête pacifique de trois nouvelles provinces de la basse Cochinchine a donné lieu à un mouvement religieux assez considérable et que nous signale Mgr Miche dans son intéressant rapport « Chaque jour, dit Sa Grandeur apportait quelque bonne nouvelle ; de nouveaux villages demandaient à être instruits ; en plusieurs endroits même, les néophytes bâtissaient deux-mêmes et Chapelles et maisons pour les catéchistes quils espéraient recevoir. » Mais, luvre de Dieu était trop prospère pour ne pas rencontrer dobstacles. Des bruits sinistres circulèrent ; et au mois de septembre, la rébellion éclata. Les chrétiens de Tra-vinh furent les premières victimes de la révolte. La chrétienté de Than-Rau nexiste plus que de nom : lEglise a été incendiée, et le catéchiste tué avec cinq autres personnes ; les chrétiens ont pris la fuite, un prêtre indigène na pu quà grand peine échapper aux rebelles. Rach rap et Lang sat sont détruits ; mais les troupes de la colonie ont pu rétablir aisément lordre partout où il avait été troublé ; et si quelques païens décidés dabord à se faire chrétiens sont hésitant encore, par suite de la terreur que les rebelles ont répandue dans le pays, ils ne tarderont pas, grâce au rétablissement de la paix, à étudier la doctrine et à soffrir au baptême.
    Malgré ces troubles, la moisson a été belle, puisque le nombre des baptêmes dadultes, a dépassé de 500, le chiffre de lannée dernière et a atteint celui de 2.150. Ajoutons que les espérances de lavenir promettent un nombre de néophytes plus considérable encore.
    Le collège de la mission, à la tête duquel est Mr Wibaux, se compose de deux sortes délèves. Les premiers, ayant terminé leurs études, ne passent, que trois mois chaque année, au collège, et vont, durant les autres mois, aider les missionnaires, en qualité de catéchistes. Les autres, au nombre de 60, sont partagés en 5 classes. Tous sont lespoir de la mission pour la formation du clergé indigène.
    Parmi les autres uvres, vient en premier lieu la diffusion des bons livres. Une presse que dirige Mr Eveillard, a édité déjà un catéchisme et deux autres ouvrages fort utiles aux chrétiens indigènes.
    Le carmel de Saïgon donne les plus belles espérances. Le local, qui abritait les filles de Ste Thérèse, se trouvant trop étroit, et en mauvais état, un second plus vaste et plus convenable est en bonne voie de construction.
    Les surs de St Paul de Chartres au nombre de 46 desservent les deux Hôpitaux, de la mission et notamment celui de Cho-quan destiné spécialement aux indigènes. Chaque année, dans cet asile, plus de cent adultes y sont instruits des principales vérités de la religion et baptisés à larticle de la mort. Elles ont aussi la direction des deux grands orphelinats de Saïgon et de Mytho, dans lesquels 250 enfants environ sont recueillis et reçoivent des soins assidus.
    Cinq monastères renferment 90 religieuses annamites, ont ouvert cette année deux nouvelles écoles de filles et se disposent à en établir deux ou trois autres encore lannée suivante.
    La construction des Eglises et des Chapelles nest pas négligée. Cette année, dix dentre elles ont été bâties par les missionnaires dans leurs districts, tandis que le gouvernement achevait lEglise du grand marché Chinois, et en commençait deux autres dans les localités habitées par les Européens.
    Le nombre des Chrétiens composant le Vicariat de la Cochinchine occidentale, sélève à 33,000 environ, répartis en 131 Chrétientés. Un Evêque, 29 missionnaires Européens et 12 prêtres indigènes en forment le personnel. Encore ce nombre douvriers est-il trop restreint, nous dit-on, pour répondre comme il faudrait aux besoins de lEvangélisation dans ce Vicariat.

    Cochinchine orientale.

    Si le Seigneur dont les desseins sont impénétrables, navait appelé à lui cette année deux missionnaires et deux prêtres indigènes, tous excellents ouvriers de cette mission, les vides produits par les persécutions antérieures seraient à peu près comblés. Lun de ces missionnaires Mr Besombes, venait depuis peu dajouter un nouveau poste chrétien, à celui qui existait déjà chez les sauvages de cette mission. Lautre Mr Curt, parti depuis deux ans seulement, donnait les plus grandes espérances. Tous deux ont été enlevés à laffection de leurs confrères et aux travaux du ministère actif, dont ils sacquittaient avec le plus grand zèle.
    Mr Dourisboure occupe un poste au milieu des sauvages. Le jour de la Toussaint, il avait le bonheur dadministrer le baptême à 14 adultes et den préparer dautres. Dieu veuille que le démon nexerce aucun ravage dans ce petit troupeau !
    La mission si cruellement éprouvée autrefois, est loin encore de jouir dune paix complète. Dernièrement Mgr Charbonnier a été arrêté par un Préfet, dans le cours de ses visites pastorales. Il a été retenu deux jours prisonniers, et sa vie même a couru quelque danger. Trois prêtres annamites, de la suite de sa Grandeur, ont été frappés à coups de rotin ainsi que 5 autres clercs indigènes. A la nouvelle de cet acte inqualifiable, Mr lAmiral La Grandière a intimé à la Cour de Hué, lordre de punir comme elle le méritait, cette violation flagrante des traités et des lois de lhumanité, ajoutant quà défaut de la justice annamite, il irait lui-même, en tirer un juste châtiment. Les dernières nouvelles ne nous ont pas appris lissue de cette affaire.
    Le nombre des baptêmes dadultes a été, cette année, de 202 et celui des enfants dinfidèles, régénérés à larticle de la mort a été de 5.144, 586 ont été achetés ou recueillis et sont élevés par la mission. Pour compléter les vides que la mort y a faits cette année, deux nouveaux missionnaires se disposent à partir pour le Vicariat Apostolique de la Cochinchine orientale.

    Cochinchine Septentrionale.

    Ce Vicariat paraît jouir dun assez grand calme. Il a traversé lépoque critique tant redoutée, savoir loccupation des trois provinces de la basse Cochinchine, qui servait de refuge aux rebelles. LAmiral La Grandière, comme on le sait, den est emparé, sans coup férir, au mois de Juin de lannée dernière.
    Quand cette nouvelle parvint à la capitale, elle y produisit une grande sensation et une vive indignation. Cétait précisément lépoque où les Lettrés étaient réunies, au nombre denviron 5.000, pour subir les examens. Leffervescence prit un caractère assez grave : cétait à qui ferait les plus vives menaces. On disait hautement quon allait tuer tous les chrétiens, les brûler vifs : on fixait même le jour du massacre. Les Lettrés écrivaient des lettres anonymes, pour accuser de lâcheté, le roi et les mandarins. Afin de donner quelque satisfaction à ces preux patriotes, un édit parut qui ordonnait de lever, dans tous les villages, une nombreuse garde nationale, et de forger partout des armes. Les chrétiens exclus de cette milice improvisée eurent tout lieu de craindre que ces préparatifs fussent dirigés contre eux. Saisis de frayeur, ils ne songeaient quà mourir. Mais, grâce à Dieu, les malheurs que lon redoutait ont été épargnés à la mission, et cette effervescence populaire sest calmée peu à peu.
    Si, pendant lannée qui vient de sécouler nos confrères de la Cochinchine septentrionale nont pu faire de grandes conquêtes, à cause des troubles politiques qui répandaient partout la crainte et la défiance, la foi du moins a poussé de plus fortes et de plus profondes racines. Lannée précédente Mgr Sohier avait ordonné 9 prêtres indigènes ; cette année, Sa Grandeur se propose den ordonner un même nombre.
    Nous devons signaler à la Capitale la construction dune grande et solide Église, et la célébration solennelle de la Fête du très-St Sacrement. Cette dernière circonstance a attiré une foule nombreuse de Chrétiens recueillis et de païens désireux dassister aux cérémonies Catholiques. La procession fut magnifique. Le Saint Sacrement demeura exposé toute la journée et la nuit suivante ; chaque paroisse vint, tour à tour, passer une heure dadoration, réciter des prières et chanter des Cantiques. Malgré laffluence prodigieuse de peuple qui se fit à cette occasion, lordre le plus admirable na cessé dy régner.
    En regard de ce consolant tableau, nous devons dire quelques mots dun typhon épouvantable qui eût lieu dans la nuit du 23 au 24 Septembre 1867. De mémoire dhomme, on navait vu rien de pareil. Dans un canton, la mer sest avancée à plus de trois lieues dans lintérieur des terres et a emporté, en se retirant, tout ce quelle rencontrait sur son passage. Une petite paroisse a perdu 53 personnes noyées et une trentaine dautres, écrasées sous les ruines de leurs maisons. En même temps, les fleuves, grossis par les torrents qui descendaient impétueux du sommet des montagnes, roulaient, dans leurs flots, des cadavres dhommes et danimaux, avec maints débris de toutes sortes.
    Le Catalogue de ladministration pendant lannée 1867, marque 73 baptêmes dadultes et 426 baptêmes denfants dinfidèles in articulo mortis.
    Le personnel de la mission se compose de la manière suivante : Un Vicaire Apostolique, Cinq missionnaires, 28 prêtres indigènes, 4 Diacres, un sous-diacre, 11 Clercs minorés et 11 tonsurés ; 65 élèves étudiant la Théologie ou le latin ; enfin 350 Religieuses formant 7 couvents. Le nombre total des Chrétiens du Vicariat, daprès le dernier recensement est de 22.300 environ.

    Tonquin méridional.

    Le compte rendu de cette mission, à raison sans doute du voyage fait en France par Mgr Gauthier, ne nous est point parvenu ; mais nous apprenons par des lettres récentes que Sa Grandeur est arrivée heureusement au terme de son voyage. Ces lettres nous donnent quelques détails intéressants sur la situation actuelle des missions de la Cochinchine : « Limpunité et les encouragements accordés à tous les persécuteurs, écrit Mgr Gauthier, rendent notre position plus critique que jamais. On a beau porter plainte à la Cour ; lomnipotence et les rancunes des grands mandarins, ennemis implacables de la France, font quon nous donne toujours tort. Pourtant les deux mandarins, qui ont accompagné Mgr Gauthier, en France, ont présenté au roi un rapport qui paraît avoir produit un excellent effet sur lesprit de la Cour, alors fort mécontente de la prise récente des 3 provinces de Basse Cochinchine. »
    Mais, lère des persécutions nest pas encore passée. Les deux premiers mandarins de la Cour protègent et encouragent ouvertement tous les crimes, dont les chrétiens ou les missionnaires deviennent les victimes, et tout cela, sous prétexte de haine et de représailles contre la France. Sans doute Mr lAmiral La Grandière écrira que si les persécuteurs de Mgr Charbonnier ne sont pas punis dune manière exemplaire, il ira lui-même se faire justice à la Capitale, on ne daignera pas même lui répondre, ou bien on lui donnera quelques belles paroles, et pour sauver les apparences on réprimandera légèrement les mandarins coupables, en leur retranchant quelques mois de solde, quils se feront rendre au centuple par les chrétiens eux-mêmes. Et pourtant un peu dénergie de la part du gouvernement annamite et quelques punitions exemplaires, suffiraient pour apaiser ces orages et prévenir de grands désastres.
    Le projet quavait eu Mgr Gauthier, de fonder à Hué un Collège pour lenseignement des sciences, est en bonne voie dexécution. Le vingt neuf Février dernier, peu de jours après son retour de France, et son arrivée dans la Capitale du royaume annamite, Sa Grandeur fit présenter au roi, le projet denseignement préparé pour le nouveau Collège, ainsi que la liste des instruments qui lui sont destinés. Le roi examina, avec beaucoup dintérêt, ceux qui avaient été achetés en France, pour le compte de son gouvernement et ensuite ceux quavait bien voulu donner Mr le Ministre de la Marine. Le traitement des professions fût immédiatement réglé, et toutes les dispositions prises pour commencer bientôt les cours. « On peut regarder ces débuts, écrit Mgr Gauthier, comme très-heureux ; car je mattendais à trouver une grande opposition dans le conseil du roi. Cela prouve combien Tu-Duc est désireux de voir le Collège sorganiser promptement et réussir. »
    Lavenir répondra-t-il à ces heureux commencements ? Les professeurs trouveront-ils dans leurs élèves une bonne volonté et une ouverture desprit suffisantes ? Dans ces pays où le caprice et linexpérience sont des défauts ordinaires, aura-t-on la patience dattendre les résultats dune uvre qui ne portera des fruits quaprès plusieurs années dapplication et de travail ? Cest le secret de Dieu. Cependant, les facilités quelle a trouvées jusquà ce jour, font espérer que cette uvre est conforme aux vues de la Providence et que Dieu, en aplanissant les obstacles quelle rencontre, la fera tourner au profit de sa gloire et au salut des âmes.

    Tonquin Occidental.

    Mgr Theurel, dans les rapports quil nous envoyés, fait le récit des visites pastorales qui suivent son retour au Tonquin. Sa Grandeur raconte aussi les missions quaidée de plusieurs de ses coopérateurs, Elle donna en quelques districts. Les détails de ces courses apostoliques, de ces visites, de ces missions, dans un pays si désolé naguère par les poursuites des satellites et par le fer et le feu de la persécution, semblent présager pour lavenir de grands résultats. Cest ainsi que lentend Mgr Theurel, quand il écrit au retour de cette campagne de près de cinq mois, durant laquelle, il a pu donner plus de 4000 Confirmations :
    « Notre condition au Tonquin nest ni bien homogène dans les différentes provinces, ni très stable dans aucune. Lavenir est entre les mains de Dieu, et nous aussi. »
    Luvre du Clergé indigène est toujours au Tonquin lobjet de soins spéciaux. Mgr Theurel nous annonce que le 22 Décembre 1866, il a ordonné quatre nouveaux prêtres, puis un cinquième au commencement de 1867, et enfin 7 autres, à la fête de lAssomption (15 Août 1867).
    Les petits séminaires, où se forme le Clergé indigène, et qui précédemment avaient été simultanément au nombre de Cinq, par suite de la nécessité den diviser le personnel, au temps de la persécution, étaient réduits à deux en 1866. Mgr en fit la complète réunion à Hoang-Nguyen, afin de placer tous les étudiants des 8 Classes de latin sous une même discipline et un même supérieur. Cette nouvelle organisation produira bien certainement les meilleurs résultats. Le Séminaire de Théologie est toujours à Ninh-Phu ; et ainsi, se trouvent réduits à deux, les grands établissements dinstruction, réduction bien nécessaire et qui nexige quun personnel de professeurs bien moins nombreux, et des dépenses bien moins considérables.
    Au mois de Janvier 1868, Mgr Theurel se rendit à Hoang-Nguyen afin dy consacrer Mgr Puginier quil a choisi pour son Coadjuteur. Comme on était alors au premier jour de lan annamite, la fête devait être moins remarquée, au milieu des réjouissances générales. Les missionnaires des quatre Vicariats du Tonquin y furent convoqués, Mgr Alcazar, vicaire Apostolique du Tonquin oriental, et Mgr Riano coadjuteur du Vicaire Apostolique du Tonquin Central, sy rendirent avec plusieurs de leurs missionnaires : vingt et un Européens, Evêques ou missionnaires, furent donc réunis sous le même toit. Le sacre fut célébré le Dimanche 26 Janvier par Mgr Theurel, qui fit loffice de Consécrateur. Les cérémonies et les chants furent exécutés par les Missionnaires, vingt-huit prêtres indigènes, environ 500 Catéchistes ou élèves, plusieurs milliers de chrétiens assistaient à la cérémonie. Ce fut assurément la plus magnifique assemblée religieuse qui eut jamais été vue dans ce pays.
    Nous devons donner aussi quelques détails sur létat matériel de la mission. Du 18 Avril au 15 Septembre, des typhons nombreux ont désolé le Tonquin. Jamais on navait vu daussi fortes, ni daussi nombreuses tempêtes. Des villages entiers étaient détruits par la violence des vents et leurs débris étaient emportés au loin par le courant des fleuves sortis de leurs rives. Dans une chrétienté assez considérable, il nest demeuré que trois maisons qui naient pas été renversées. Le nombre des victimes occasionnées par ces désastres est incalculable. Tout le monde, païens et chrétiens saccordent à dire que ces tempêtes ne sont pas des tempêtes ordinaires. Elles ont éclaté sans aucun des signes précurseurs qui signalent dordinaire larrivée des typhons. Elles ont parcouru tout le pays à différentes époques, atteignant toujours la seconde fois, les villages qui avaient échappé au fléau tout dabord. Peut-être est-ce là un effet des vues particulières de Dieu sur ce pauvre royaume annamite ; Peut-être les fléaux, la famine, la peste, les inondations, les guerres civiles et les brigandages qui les désolent ne sont ils que des punitions et des épreuves que le Seigneur lui envoie pour le préparer à une grâce insigne.
    Les malheurs indiqués ci-dessus, la ruine surtout des églises et des habitations ont paralysé ladministration durant 3 mois entiers. En outre, un changement ayant été effectué dans lépoque de clôture des feuilles dadministration, la statistique de cette année ne renferme que les travaux des neufs premiers mois de 1867. Ce compte-rendu nen est pas moins très-satisfaisant. Il nous signale 1045 baptêmes denfants dinfidèles et 456 baptêmes dadultes.
    Le personnel de la mission se compose du Vicaire Apostolique et de son Coadjuteur nouvellement sacré ; puis de 14 missionnaires, de 70 prêtres indigènes. Il compte en outre 28 élèves de Théologie, 231 catéchistes, 255 élèves des classes latines et 448 religieuses. Le nombre total des chrétiens du Vicariat est de 114.402 fidèles.

    Quang-Tong Quang-Si et Hainan.

    Dans cette mission le nombre des baptêmes dadultes sest élevé, durant lannée 1867, au chiffre de 922. Parmi les 922 chrétiens mentionnés ci-dessus, se trouvent 414 néophytes habitant lîle de Oui-tchaou, à lextrémité occidentale de la province. Ce sont de pauvres gens de Yen-pin, qui, après avoir été chassés de leur pays, ont été conduits dans cette île, au milieu de difficultés et de contradictions dont on peut difficilement se faire une idée. A ce premier noyau, viendra bientôt se joindre un millier de païens, qui, auparavant habitaient lîle, ou qui sy sont rendus en la compagnie de néophytes. Ainsi se sera formée une novelle chrétienté ; et une île toute entière aura été gagnée à lEvangile.
    Lîle de Sancian suivant les desseins de Mgr Guillemin, verra se fonder peu à peu dans les différentes uvres qui y sont projetées, cest-à-dire : une chapelle à lendroit même où est mort St François-Xavier, un presbytère pour le missionnaire, puis une chapelle pour les futurs chrétiens et une Ecole pour les enfants. Mais déjà, on travaille avec ardeur à ces différentes constructions.
    A Sancian, et sur toute la ligne du littoral opposé, se manifeste dans toutes les populations, un désir singulier de voir sétablir au milieu delles des écoles pour les enfants. Ces bonnes dispositions promettent pour lavenir dheureux résultats. Déjà, dans le village de Tin-taou, a été achetée une belle tour et un terrain assez vaste où lon pourra élever une maison pour le missionnaire, une chapelle et une école. Ces uvres sont urgentes, car les protestants jaloux des succès de nos confrères, ont commencé, paraît-il, à faire irruption à Sancian et sur le littoral voisin, avec leur attirail de bibles et leurs catéchistes.
    Dans la ville même de Canton, les uvres marchent dune manière satisfaisante. LEglise en construction prend une tournure et un développement qui sont lobjet de la surprise et de ladmiration de ceux qui la visitent. A quelque distance de la ville, au milieu même du cimetière de la mission, doit sélever bientôt, par les soins de Mgr Guillemin, un beau monument destiné à couvrir les restes des soldats français, décédés lors de la prise et loccupation de Canton.
    Bien que la mission jouisse relativement dune assez grande tranquillité, et que les païens nosent se livrer à leur mauvais vouloir à légard des chrétiens et des missionnaires, cependant elle a toujours plus ou moins à souffrir des vexations locales qui se produisent sur quelques points de la province. Ainsi, Mr Verchère, après avoir passé quelque temps dans les fers, où le retenaient ses ravisseurs, a été délivré par une canonnière anglaise envoyée à son secours. Mr Chouzy, après avoir subi, un jour de Dimanche, lirruption dans sa chapelle, dune troupe de soldats qui le maltraitaient ainsi que ses chrétiens, soccupe en ce moment dobtenir de légitimes réparations. Mr Mouroux dont lhabitation et la Chapelle ont été détruites dans un incendie, allumé par la malveillance, attend encore que justice soit faite. On espère, il est vrai, que ces affaires seront promptement et heureusement terminées.
    La statistique de la mission signale : deux grands orphelinats, lun pour les garçons, lautre pour les filles, 24 Ecoles de garçons et quatre de filles, 33 Chapelles ou Eglises, enfin un séminaire pour les Classes latines. Un Evêque, 22 Missionnaires et 3 prêtres indigènes composent le personnel de cette mission.
    Mr Gennevoise, dont nous avions annoncé le départ pour le Qaung-si, est arrivé heureusement après un long voyage et de nombreuses difficultés à Si-lin-hien, ville voisine de la chrétienté quavait Evangélisée Mr Chapdelaine. « Il ny a plus à Jao-chan, nous écrit Mr Gennevoise que quelques cabanes ; mais lautel sur lequel le Vén. Chapdelaine célébrait le St Sacrifice a échappé aux ravages des rebelles. Jai retrouvé son calice et le petit troupeau de chrétiens quil avait convertis et baptisés. Quelques uns portent encore les traces des coups de rotin quils ont reçus pour la foi. Chose étonnante, ils ont conservé inviolable lobservation du Dimanche. Un dentre eux était chargé de compter exactement les sept jours, et jusquici, il ne sest pas trompé. Quant aux fêtes, on les disposait comme on pouvait. »
    Mr Gennevoise chercha à louer une maison dans la Ville, mais le mauvais vouloir des autorités le força à suspendre toute démarche et à se rendre à Canton pour obtenir du Vice-roi que les traités soient publiés au Quang-si et quune protection efficace lui soit accordée. Pendant les quelques mois quil a passés au Quang-si, Mr Gennevoise a pu terminer lAdministration des Chrétiens, établir une Ecole et acheter une maison à Tchang-tsin pour servir aux Chrétiens de Chapelle provisoire et de lieu de réunion.

    Kouy-tchéou.


    Les rudes épreuves, qui, depuis plusieurs années tourmentent la du Kouy-tchéou semblent point encore toucher à leur fin. Les rebelles occupent toujours une partie notable de la province, interceptent les communications, et, loin de permettre aux ouvriers apostoliques dexercer leur zèle parmi les païens ne leur permettent même pas de faire complètement la visite annuelle des chrétiens.
    « les conversions de païens sont toujours prêtes, nous écrit Mgr Faurie, mais les missionnaires manquent, et cette année, mille néophytes environ nont pu être visités à cause des rebelles. »
    Pour ce motif le catalogue de ladministration noffre pas les consolants résultats quune année de paix aurait bien certainement donnés. Relativement, les progrès de la religion sont très sensibles encore. Ainsi, 5.000 Catéchumènes nouveaux apprennent la doctrine chrétienne, 601 adultes ont été baptisés, et 11023 enfants de païens régénérés à lheure de la mort.
    La Ste enfance est luvre par excellence de cette mission et cest là aussi son plus grand moyen daction vis-à-vis des païens. Les Orphelinats de lEtat dans la province de Kouy-tchéou, ayant été confiés à nos confrères, leur établissement dans toutes les villes importantes est chose assurée ; et par lintermédiaire des petits enfants, leur zèle saura bien se faire jour, et parvenir jusquau cur des parents. Mais il faut la paix et la tranquillité, sans quoi cette mission, comme en létat présent, ne peut que souffrir en silence et attendre patiemment des jours meilleurs, dont nos prières pourront peut-être hâter la venue.

    Sutchuen oriental.

    Mgr Desflèches nous fait connaître, par ses lettres, les grandes difficultés que rencontre, dans son Vicariat, la propagation de la foi, par suite des usages superstitieux du pays, usages passés en lois et qui obligent tout le monde. Ce sont comme des barrières que doit briser celui qui se fait chrétien, malgré sa famille, malgré les chefs dont dépend son commerce ou son métier et qui ont tous naturellement sur lui une autorité immense et peu contrôlée. Avec une telle situation, il est de toute impossibilité de faire de nouveaux chrétiens, sans bruit, sans exciter des tempêtes et des persécutions locales.
    Il y a en outre les mauvaises livres que lon répand pour rendre odieux les Européens et les chrétiens et exciter le peuple à les attaquer les armes à la main. Il y a les meneurs, qui, de gaieté de cur, inventent et font circuler des bruits de nature à épouvanter les néophytes et à exaspérer les païens contre eux. Dans un tel état de choses, chacun comprend aisément, combien il faut de précautions pour triompher, sans trop de risques, de tant de difficultés. Avec le temps et la grâce de Dieu surtout, les difficultés diminueront.
    En ce moment, la tranquillité règne dans tout le Vicariat, excepté dans une partie du district de Jéou-yang, où de nouveaux désordres ont éclaté à la 3e lune (Avril). Cétait une famille puissante, amie des mandarins, qui entretenait des bandes de pillards armés, toujours prêts à fondre sur les néophytes de cette station. Les mandarins ne demandaient pas mieux que ceux-ci fussent tous exterminés : aussi ne prenaient-ils aucun moyen de les délivrer de ces attaques continuelles. Ils comprennent que les laisser ainsi exposés et souffrants est le meilleur moyen darrêter la propagation de la religion chrétienne.
    Voici ce quun missionnaire de la ville de Jéou-Yang écrit à Mgr de Sinite :
    « La campagne est loin dêtre hostile au christianisme. Si nous avions la paix, on sy convertirait en masse. Des marchés entiers répondent aux Prédicateurs, votre religion est bonne, nous voudrions bien lembrasser, mais ce serait nous amener les troubles et la guerre. Donnez-nous la paix, et nous sommes chrétiens, nous et les nôtres que nous vous amènerons. Oh ! nous ne demandons pas mieux que de suivre votre religion, dût-il nous en coûter quelque chose ; mais songez que nous avons des femmes et des enfants. »
    Ne désespérons pas, ajouterons-nous, avec Mgr Sinite, de voir ce district de Jeou-Yang, qui a tant souffert, depuis trois ans, jouir enfin de la paix et donner dabondantes conversions.
    Le Catalogue de lAdministration du Vicariat nous donne 836 baptêmes dadultes et 43.427 baptêmes denfants.
    Le Personnel de la Mission compte sous la direction du Vicaire Apostolique 16 missionnaires et une trentaine de prêtres indigènes.

    Su-Tchuen occidental.

    Les obstacles que rencontre Mgr Desflèches dans lEvangélisation du Su-Tchuen oriental, Mgr Pinchon, les rencontre aussi dans son Vicariat. Sa Grandeur nous écrit ce qui suit, à la date du 28 7bre dernier : « si la persécution pouvait cesser complètement dans notre Vicariat nous obtiendrions bien certainement une belle moisson de convertis. Mais, nous ne savons que trop, que partout où il y aura des conversions nombreuses, sélèvera une tempête qui détruira tout. En Juin et Juillet dernier une bourrasque de ce genre sest élevée dans lArrondissement de Lin-Chouï, ou plus de mille païens, nouveaux adorateurs, étudiaient la doctrine, nos néophytes ont été pillés, cruellement battus, et presque tous chassés de chez eux. Plusieurs ont perdu absolument tout ce quils possédaient. Aujourdhui le calme est à demi revenu ; mais il est presque impossible dobtenir dindemnités, vu le mauvais vouloir des mandarins qui sont ordinairement de connivence avec les malfaiteurs. »
    Nous trouvons mentionnés dans le catalogue de lAdministration pour 1867. 251 adultes baptisés, 68.014 enfants de païens régénérés in articulo mortis, et 460 nouveaux catéchumènes. Le nombre des Ecoles pour les deux sexes est de 112 ; et le personnel du Vicariat se compose dun Evêque aidé de 11 missionnaires et dune vingtaine de prêtres indigènes.

    Su-Tchuen méridional.

    Le compte rendu annuel de ce Vicariat Apostolique ne nous est point parvenu ; mais nous ne pouvons, pour ce motif, donner à son sujet que fort peu de détails. Une lettre particulière de Mgr Pichon indique les troubles sont loin dêtre apaisés dans sa mission et que les manuvres des persécuteurs de la religion sont les mêmes absolument que celles que nous avons déjà signalées. « On répand, de tous côtés, des brochures infâmes pour soulever le peuple contre nous, on affirme même que le grand examinateur venu de Pékin, distribue, sur son passage, aux lettrés du pays, ces libelles obscènes et incendiaires : ce qui fait que, sur plusieurs points du Vicariat, on nous persécute ouvertement. »

    Yun-nan.

    Nous résumerons en quelques mots la suite des événements qui se sont passés dans cette mission. En premier lieu, nous devons mentionner la destruction complète du grand Kong-Kouan ou mandarinat que le vice-roi Lao avait donné à lEvêque de Yun-nan. Cette catastrophe, causée par lexplosion dune assez grande quantité de poudre est arrivée en décembre 1866. Les cadavres de 40 à 50 personnes ont été retirés des décombres et parmi elles, ne se trouvait quun seul chrétien.
    Mr Fenouil, pro vicaire de la mission, en a été quitte pour la peur et quelques contusions sans gravité. Les travaux de reconstruction ordonnés par le vice-roi Lao, ont été interrompus, soit à cause de sa mort, soit à cause du peu de succès de la guerre des impériaux contre les mahométans. Les premiers, vainqueurs par les armes, ont été ensuite, dit-on, vaincus par les présents du roi de Ta-ly. Quoiquil en soit, ces armées ruinent les pays où elles stationnent et ceux par où elles passent ; et mettent nos confrères de louest du Yun-nan dans une étrange situation. La visite des fidèles ne peut-être que très-incomplète ; le zèle des catéchistes ne peut sétendre ; car dans ces pays à demi-sauvages, lorsque la guerre éclate, personne ne peut voyager, les soldats prenant tout homme valide pour porter les vivres et le matériel de larmée.
    Un second événement fort triste pour la mission du Yun-nan est la mort du Vice-roi Lao, que nos confrères appelaient lami des missionnaires et le protecteur des chrétiens. Quelques lueurs encore avant dexpirer, il serrait très-affectueusement la main au pro vicaire de la mission. Que na-t-il connu le grand bienfait de la foi, à laquelle sa bienfaisance et les qualités de sont cur semblaient, la grâce divine aidant, devoir lamener un jour.
    Après la destruction du mandarinat dont nous avons parlé, Mr Fenouil sest rendu à cinq journées de là, à Ku-tsin-fou, grande ville située sur les confins du Kouy-tchéou. A ce moment la religion ny comptait encore que de rares familles de fidèles. Depuis larrivée du zélé pro vicaire, on en compte plusieurs dizaines. Lennemi de tout bien, furieux de ces succès, a excité contre les chrétiens les lettrés et les mauvais sujets du pays, qui ont essayé de nuire au missionnaire et à ses néophytes. Mais, cette fois, grâce à lintervention active des mandarins, tout est rentré dans le calme, au moins provisoirement.
    Malgré tant de troubles, les conversions de païens ont été dans la mission du Yun-nan plus nombreuses que les années précédentes et se sont élevés à 260.
    Le chiffre des baptêmes denfants dinfidèles a été denviron 9.000 et près de 500 catéchumènes étudient la doctrine. Mais il faut toujours beaucoup de temps et de peines pour les instruire et les préparer au baptême. La mortalité a été très-considérable aussi ; sans ces calamités, sans la peste, la famine et les guerres, la moisson eut été beaucoup plus belle encore.
    Le Vicariat Apostolique du Yun-nan compté 9 écoles de garçons et autant décoles pour les filles. Mgr Ponsot ladministre avec le concours de 9 missionnaires et de quelques prêtres indigènes dont nous ne connaissons pas au juste le nombre.

    Thibet.

    Il est inutile de rappeler les tristes évènements qui se sont accomplis dans la mission du Thibet, depuis son établissement, et qui ont abouti à de si grands désastres. Nous savons assez, que les épreuves peuvent exciter le zèle des ouvriers Apostoliques, mais non labattre. Aussi, nos confrères attendent-ils patiemment le jour, où lentrée du Thibet leur sera de nouveau providentiellement ménagée. Ils travaillent en ce moment à établir de ferventes et solides chrétientés, dans les pays tributaires du Su-tchuen et qui sont situés entre la Chine et le royaume de Hlassa. Ce territoire, où ils sétaient provisoirement établis, avec lagrément des Vicaires apostoliques du Sutchuen et du Yun-nan, vient de leur être définitivement concédé, par un décret récent de la Sée Congrégation de la Propagande, que le St Père a confirmé de son autorité souveraine. Les avantages de cette concession sont immenses pour lavenir de la mission du Thibet, car la population du territoire concédé est Thibétaine par ses murs et son langage ; et les établissements que nos confrères y fondent, si près de limites quils ne peuvent franchir, leur donnera toute facilité, quand le moment en sera venu, de reprendre le terrain que la persécution leur a enlevé.

    Mandchourie.

    Au mois de juin 1867, nous recevions, de cette mission la nouvelle de la mort de Mr Gillié ; un mois après nous arrivait celle de la mort de Mr Mesnard : deux pertes fort sensibles et bien regrettables pour le Vicariat apostolique de la Mandchourie. Deux nouveaux ouvriers sont partis du séminaire de Paris pour combler ces vides.
    La construction de nouvelles Eglises fait lobjet des soins de nos confrères en Mandchourie et nécessite des sommes assez considérables. Celle de Pa-Kia-tsue étant tombée en ruines, il fallut la reconstruire. A cinq lieues de là, dans un poste de 500 chrétiens, une Eglise devenue nécessaire, a été bâtie également. Deux autres sont en voie de construction, et quelques-unes, non moins urgentes, nont pu encore être entreprises faute de ressources. « Pour comble dembarras nous écrit-on largent en Mandchourie perd beaucoup de sa valeur. Le taël, qui valait précédemment 12 ligatures, nen vaut plus que 8 ; et toutes choses sont devenues plus chères. Les pirates qui nous ont bouleversés durant les années dernières, nous laissent en repos aujourdhui, et nous avons pu reprendre le cours de nos travaux, si bien que le nombre de nos catéchumènes a presque doublé. » Nous trouvons signalés dans le catalogue dadministration les résultats suivants : 54 adultes baptisés, 257 catéchumènes et 3.717 enfants dinfidèles régénérés in articulo mortis.
    La population chrétienne du Vicariat compte 6,962 âmes, réparties en 69 stations. Les écoles de garçons y sont au nombre de 19 et celles de filles au nombre de 23. Enfin, 10 missionnaires y travaillent sous la direction de Mgr Verrolles.

    Corée.

    Toutes les tentatives faites par nos confrères, pour rentrer en Corée, ont été jusquici infructueuses, bien quelles aient été tentées de trois côtés en même temps : par la Mandchourie au Nord, par le Japon au Sud, et directement par mer depuis Changhaï.
    Tout ce que nos confrères ont pu faire, a été de jeter sur la côte quelques-uns des Coréens qui les accompagnaient ; peut-être pourront-ils ainsi entretenir par eux des intelligences dans lintérieur du pays, et renouer les relations et les moyens de communication interrompus depuis la persécution. Lespérance de voir le gouvernement intervenir dans les affaires de Corée étant à peu près complètement perdue, nos confrères nous annoncent quils nauront plus recours désormais quà la Providence et quils vont employer leurs petits moyens apostoliques pour retourner à leur poste.
    Au commencement de cette année, des bruits qui paraissaient avoir quelque fondement nous autorisaient à penser que la persécution sétait apaisée promptement et quaprès le massacre des missionnaires, elle navait pas exercé parmi les chrétiens tous les ravages que lon aurait pu craindre. Des nouvelles plus récentes semblent contredire les autres ; mais il est impossible encore de savoir, dune manière exacte, ce qui sest passé en Corée, à la suite du martyre de nos confrères. Dieu veuille que nous nayons pas à compter de nombreuses victimes et quil reste en Corée de fermes et courageux chrétiens, prêts à seconder, quand il plaira à la divine Providence, le zèle et les tentatives de nos confrères pour relever de ses ruines leur mission si éprouvée.

    Japon.

    Nous dirons peu de chose de la mission du Japon°les derniers évènements qui sy sont passés étant suffisamment connus par les documents nombreux qui ont été publiés dans les annales de la Propagation de la foi. Louverture de deux nouveaux ports, qui nécessitait au commencement de cette année, lenvoi dun plus grand nombre douvriers apostoliques, a donné lieu à un soulèvement, devenu bientôt une révolution et une guerre civile dont on ne saurait encore prévoir lissue.
    Tout ce quon peut dire, cest que la divine Providence na point permis sans dessein la découverte si merveilleuse des anciens Chrétiens ; et, qui sait, si la révolution qui saccomplit en ce moment, ne sera pas, entre les mains de Dieu, un instrument de miséricorde et de salut ; et ne mettra pas à la tête du pouvoir, un prince mieux disposé que le précédent, dont les tendances sétaient suffisamment fait jour par la persécution de lannée dernière ?
    Quoiquil en soit, les prières que de toutes parts on adresse à Dieu pour la conservation de lEglise naissante du Japon, hâteront la fin de son épreuve, après laquelle il est permis despérer quelle triomphera des derniers efforts de lEnfer.
    Sous le rapport matériel, la mission a de bien lourdes charges, soit à raison des nouveaux postes qui y ont été fondés dans tous les ports ouverts au commerce Européen, soit à cause des dépenses quexige lentretien du séminaire dont la persécution elle-même a doté nos confrères, suivant ce que Mr Cousin écrivait, à la date du 15 Septembre 1867. « Mgr nous dit-il a voulu réunir en un lieu sûr les orphelins et spécialement ceux qui présentent des aptitudes pour les études latines : de sorte que lennemi du salut, en privant les villages chrétiens de leurs chefs, amène par contre coup, la fondation dun séminaire, où il trouvera plus tard des adversaires redoutables. Les enfants recueillis sont déjà au nombre de vingt. Leur entretien nous impose des sacrifices que nous ne regrettons pas, mais qui nous épuiseraient bientôt, si lon ne venait à notre aide. »

    Procures.

    Nous navons au sujet des trois procures de Hong Kong, de Changhaï et de Syngapour, que peu de choses à dire. Ce qui les concerne regarde surtout la partie administrative, traitée plus spécialement dans notre lettre commune. Toutefois, ceux dentre nos confrères qui les dirigent, sont loin dêtre oubliés dans notre compte-rendu. Ils peuvent à bon droit, revendiquer leur part du bien qui se fait dans les différentes missions quils pourvoient, avec tant de prévoyance, des subsides nécessaires et auxquelles ils rendent, avec tant de zèle, tous les services quelles réclament.

    Séminaire de Pinang.

    Notre séminaire général de Pulo-Pinang a perdu cette année, en moins de trois mois, deux de ses directeurs et cinq de ses élèves ; ces directeurs dont la perte a été vivement sentie, sont M.M. Greiner et Boyet, que nous avons remplacés,, aussitôt quil a été possible, par M.M. Chibaudel et Vigroux, partis qu mois de février dernier.
    Le Séminaire de Pinang, dont le personnel se compose actuellement dun supérieur et de 6 Directeurs, compte cette année 124 Elèves répartis en 10 classes. Celle de Théologie compte 36 élèves, celle de philosophie, 10, celle de Rhétorique 15 ; viennent ensuite les 7 classes latines qui se partagent les autres élèves. Les missions qui envoient surtout des étudiants au Séminaire de Pinang sont les missions du Yun-nan, de Canton du Tong-King méridional, des trois Cochinchines, de Siam, de la Malaisie et de la Birmanie. Les notes qui nous sont parvenues sur la conduite et lapplication des élèves sont en général satisfaisantes, et nous avons lieu de croire quils rendront dutiles services, quand ils seront de retour dans leurs missions respectives.

    Séminaire de Paris.

    Laccroissement toujours de plus en plus marqué des vocations à la vie apostolique, est constaté, cette année encore, par le nombre de 119 aspirants, réunis en même temps dans notre séminaire. Cette augmentation si notable nous a permis denvoyer dans les missions 43 nouveaux ouvriers, dont nous mentionnons les noms et les destinations dans un tableau ci-joint. Cest là le fruit des bénédictions dont la divine Providence a bien voulu combler notre société, proportionnant ainsi le nombre des vocations, à celui des demandes de plus en plus pressantes qui nous sont adressées de toutes nos missions.
    Tel est, Nosseigneurs et Messieurs, le tableau succinct de létat de notre société et des différentes missions qui lui sont confiées. Tel est le résumé des épreuves quelles ont eu à supporter et des consolations quil a plu à la divine Providence de leur envoyer. Partout et toujours se rencontrent et les unes et les autres ; et toutes, avec laide de Dieu, sont pour les vrais missionnaires des moyens dont ils se servent pour procurer sa gloire et le salut des âmes.

    Noms et Destinations des nouveaux Missionnaires partis depuis notre dernier compte-rendu ou devant partir prochainement.

    Est parti le 15 Novembre 1867.

    M. Boyer de Lavergne, Paul, Louis, Joseph, Henry. Alby. Cochinchine Occidentale.

    Sont partis le 26 Novembre 1867.

    MM.

    Renauld, Jean-Nicolas. Metz. Tonquin Méridional.
    Montrouziès, Jean Pierre David. Alby. Tonquin Méridional.

    Sont partis le 15 Janvier 1868.

    MM.

    Ouvrard, Julien Honoré. Nantes. Su-Tchuen Oriental.
    Lenoir, Hubert. Reims. Su-Tchuen Oriental.
    Macaire, Isidore. Versailles. Kouy-tchéou.
    Bouriau, Emmanuel Ferdinand. Bordeaux. Kouy-tchéou.

    Sont partis le 16 Février 1868.

    MM.

    Chibaudel, François Victor. Rodez. Collège de Pinang.
    Vigroux, François Paulin. Rodez. Collège de Pinang.

    Sont partis le 15 Mars 1868.

    MM.

    Mazery, Christophe. Nantes. Malaisie.
    Biet, Louis. Langres. Biramanie.
    Fourcade, Jean. Bayonne. Pondichéry.
    Trévoux, Laurent. Lyon. Pondichéry.
    Niveaux, Jean-Marie. Rennes. Coïmbatour.
    Gazignol, Auguste. Alby. Camboge.
    Boussac, Jean Gervais, Jules, Marie. Alby. Canton.
    Gauthier, Eugène. Le Puy. Cochinchine Occidentale.
    Dupas, Félix. Angers. Pondichéry.
    Caillet, Joachim Marie. Vannes. Canton.

    Sont partis le 15 Avril 1868.

    MM.

    Daviau, Charles Jean. Angers. Maïssour.
    Simon, Philibert Louis André. Poitiers. Mandchourie.
    Noirjean, Joseph. Metz. Mandchourie.
    De Rotz, Marc Marie. Bayeux. Japon.

    Sont partis le 15 Juillet 1868.

    MM.

    Pettier, Alfred Eugène Marie. Rennes. Japon.
    Salmon, Marie Amédée. Bourges. Japon.
    DHondt, Louis Alphonse. Bruges. Siam.
    Chevillard, Similien Louis. Nantes. Siam.
    Barreteau, Jules Edmond Anselme. Luçon. Siam.
    Faure, Jean Baptiste. Lyon. Pondichéry.
    Brochenet, Nicolas Jules. Dijon. Pondichéry.
    Coste, Eugène Georges. Montpellier. Hong-Kong.

    Partiront le 16 Août 1868.

    MM.

    Galibert, Louis Marie. Alby. Cochinchine Orientale.
    Bompas, Jean Etienne. Angers. Su-Tchuen Occidental.
    Clément, Paul Pierre Réné. Angers. Su-Tchuen Oriental.
    Pellé, Jacques. Angers. Su-Tchuen Occidental.
    Pourias, René Emile. Angers. Yun-Nan.
    Barrégat, Damien. Tarbes. Tonquin Occidental.
    Pineau, François Joseph. Angers. Cochinchine Septentrionale.
    Vivier, Etienne. Besançon. Cochinchine Orientale.
    Turgis, Louis Eugène Marie. Angers. Su-Tchuen Oriental.
    Moineaux, Jean Baptiste. Nancy. Cochinchine Occidentale.

    Partiront le 15 Septembre 1868.

    MM.

    Filère, Jean Clément. Le Puy. Coïmbatour.
    Dalquier, Pierre Jean. Rodez. Coïmbatour.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un profond respect et un entier dévouement

    Nosseigneurs et Messieurs

    Vos très-humbles et obéissants serviteurs.


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