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Lettre commune de 1867. Paris, le 25 Juillet 1867. Nosseigneurs et Messieurs,
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    Lettre commune de 1867.

    Paris, le 25 Juillet 1867.

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Lannée qui vient de sécouler a été pour nos Missions une année de rudes et de pénibles épreuves, mais aussi de consolants et de brillants succès ; une année de sanglants combats et de glorieux triomphes. Notre Société a fait des pertes nombreuses et bien sensibles ; les vides laissés par les victimes seront difficiles à combler et lui imposeront de grands sacrifices ; mais la fidélité inébranlable de ses enfants à leur Dieu et à leur mission ; leur courage que ni le plus cruels supplices, ni la mort même nont pu faire chanceler ; lauréole du martyre enfin qui brille sur leur front et dont la gloire se reflète sur elle, lui donnent des consolations qui surpassent se douleurs et lui assurent de la part de Dieu et de tous les curs catholiques des bénédictions et des sympathies qui la dédommageront amplement de ses sacrifices.
    Ces pénibles épreuves nont pas été du reste sans contrepoids ; sans parler des succès obtenus dans bon nombre de nos Missions, la résurrection inattendue de la Chrétienté si intéressante du Japon que lon croyait noyée dans son sang ; ces multitudes de chrétiens conservées comme par miracle, pendant plusieurs siècles, sans prêtres et sans autels, ayant encore cependant cette foi et cette ferveur qui enfantent les martyrs, ont prouvé une fois de plus la vérité de ces paroles de Tertullien°« sanguis martyrum semen christianorum » et cela nous donne la ferme espérance que le sang de nos nouveaux martyrs sera plus tard, lui aussi, une semence de nouveaux et de nombreux chrétiens pour les Missions qui en ont été arrosées, et pour nous une source de nouvelles consolations. Quand le grand Pie IX a appris ces nouvelles, son cur, si cruellement éprouvé en a tressailli de joie et a oublié toutes ses douleurs, et celui qui trace ces lignes a eu le bonheur de recueillir lui-même de ses lèvres augustes les paroles suivantes qui suffiraient elles seules pour compenser tous nos sacrifices. « La douceur des consolations, a dit ce St Pontife, que me procurent les nouvelles de vos Missions, surpasse lamertume des chagrins que me cause limpiété de la malheureuse Italie. Quant aux pertes que vous avez faites, soyez sans inquiétude, le sang de vos martyrs sera pour vous une semence de nombreux Missionnaires, sanguis martyrum semen missionnaire. »
    Déjà cet heureux présage sest réalisé : le nombre de nos aspirants qui navait jamais atteint la centaine sest élevé cette année jusquà 105, et tout nous fait espérer que ce mouvement ascensionnel ne sarrêtera pas là, et que, malgré les nombreux départs pour nos Missions, ce chiffre sera dépassé à la rentrée des classes.
    Nos Missions Chinoises et Annamites sont dans un état de transition qui donne des espérances pour lavenir, mais qui ne laisse pas davoir encore, pour le présent, de bien grandes difficultés et de susciter de nombreuses et de sanglantes persécutions locales.
    Les traités obtenus en faveur des Missionnaires et des Chrétiens, leur ont procuré, sinon la liberté, du moins une certaine tolérance, plus de facilité pour les voyages et pour ladministration ; mais les gouvernements qui, en faisant ces concessions, ont cédé à la pression de létranger, nen sont pas moins hostiles à la religion et aux chrétiens, et ils cherchent à se venger sur eux par des voie ténébreuses de cette espèce de cette espèce de défaite qui les humilie. Ils évitent, pour ne pas se compromettre, les persécutions officielles, mais ils excitent sous main contre les Missionnaires et contre leurs chrétiens la partie hostile et remuante de la population et leur suscitent ainsi des vexations qui vont souvent jusquà la perte de leurs biens, de leur liberté, et quelquefois même de la vie.
    Il ne sest passé rien de bien extraordinaire dans le reste de nos Missions. Après ces nouvelles sommaires dont vous verrez plus bas les détails, permettez-nous, Nosseigneurs et Messieurs, de vous proposer quelques mesures que nous croyons nécessaires pour le bien de nos Missions et de toute notre Congrégation.
    Dans notre lettre commune de lannée dernière, nous vous disions que les charges de nos Procures, vu laccroissement de nos Missions et de notre personnel, devenaient excessivement lourdes, surtout à cause des frais de voyages ; que cela nous mettait dans la nécessité de leur faire des allocations considérables, et quil en résultait des inconvénients qui semblaient demander une modification prochaine dans la manière de payer ces sortes de dépenses. Voici du reste les expressions mêmes de cette lettre quil ne sera pas inutile de répéter ici :
    « Depuis longtemps, des plaintes venant de diverses Sociétés avaient été portées à Lyon et même à Rome contre lexagération prétendue des allocations faites à nos Procures. La comparaison seule de nos chiffres avec les leurs semblait donner raison aux plaignants. Les explications que nous avons fournies aux Conseils centraux de luvre de la Propagation de la Foi, sur les charges et les dépenses de nos Procures, ont bien pu légitimer à leurs yeux les sommes allouées à ces établissements, mais nont pu dissiper les préventions de ceux qui en ignorent la marche. Cette année, vu le déficit de leur dernier compte, nous avons été obligés de leur allouer encore un supplément de 11,000 francs que nous avons dû répartir fictivement sur nos diverses Missions, pour ne pas grossir aux yeux du public un chiffre qui paraissait déjà exagéré.
    « Un tel état de choses nous paraît fâcheux ; les Conseils de luvre de la Propagation de la Foi, pour couper court aux préventions et aux critiques en verraient le changement avec plaisir, et nous cherchons les moyens de le modifier prochainement. Parmi les divers systèmes que nous avons examinés, celui qui nous semblerait avoir le moins dinconvénients et être le plus en harmonie avec notre règlement est le suivant :
    « Décharger nos Procures de tous frais de voyage et dexpédition quelles ont à supporter, pour les mettre au compte des Missions intéressées, et répartir sur le supplément de ces mêmes Missions les sommes qui seraient supprimées sur lallocation des Procures. Cette marche ramènerait la somme qui les concerne à un chiffre régulier, rembourserait aux Missions les nouvelles dépenses qui leur seraient imposées, mettrait fin à un état de choses dont nous ne pouvons plus, aux yeux du public, justifier la légitimité, et répondrait au désir plusieurs fois manifesté par les Conseils de luvre de la Propagation de la Foi.
    « Voilà, Nosseigneurs et Messieurs, le plan que nous désirerions adopter, et qui, nous lespérons, aura votre approbation. »
    Nous pourrions apporter dautres raisons pour justifier ladoption de cette mesure, mais cela nous paraît dautant plus inutile que toutes nos Missions semblent être unanimes pour lapprouver.
    Il est vrai que quatre seulement nous ont répondu dans ce sens et que les autres se sont abstenues de donner leur avis ; mais leur silence même peut être pris à juste titre pour une approbation ; cest du moins ainsi que nous avons cru devoir linterpréter ; voici en conséquence la décision pratique qui a été prise par le Bureau dadministration dans sa séance du 21 Janvier 1867 :
    1°Le Séminaire de Paris continuera à payer les frais de voyage des nouveaux Missionnaires, jusquau port où les conduiront les Messageries Impériales, ou tout autre navire qui tiendrait leur place. Il paiera aussi les frais de retour de ceux qui ne seraient pas entrés en mission, et des anciens Missionnaires qui seraient rappelés, pour être Directeurs à Paris, ou envoyés comme Procureurs par les Missions.
    2°Tous les autres voyages des Missionnaires, tant anciens que nouveaux, et ceux des élèves de Pinang, seront à la charge de leurs Missions respectives ; mais en compensation, il sera alloué à ces Missions, par le Bureau dadministration, pour chacun de ces voyages légitimement autorisés, un supplément représentant en moyenne les dépenses faites par la Mission, daprès un tableau où cette moyenne sera établie davance sur les données fournies par lexpérience du passé. Ce tableau dressé par le Bureau dadministration pourra également être plus tard modifié par lui, dans le cas où les dépenses de voyages viendraient à augmenter ou à diminuer considérablement.
    Les voyages entrepris pour cause dagrément et sans vraie nécessité, pour des intérêts personnels, ou pour les intérêts particuliers des Missions, ceux des élèves surnuméraires du Collège de Pinang, et enfin ceux des domestiques dont les Missionnaires se feraient accompagner, ne donneront aucun droit à cette compensation.
    3°Le viatique des Missionnaires, pendant leurs voyages, sera acquis de droit, soit aux Missions, soit aux Procures, soit au Séminaire de Paris, pour le temps quils seront restés à leur charge.
    Ce nouveau mode de payer les dépenses de voyages, sans obvier à tous les inconvénients, aura cependant de très-grands avantages ; il nous permettra de réduire les allocations des Procures et des les borner à la somme nécessaire pour leur entretien et pour celui de leur personnel, et nous ferons cesser ainsi les mécontentements et les plaintes que nous vous avons signalées plus haut. Il diminuera notablement les écritures et les embarras de comptabilité ; il mettra fin à bien des contestations et à beaucoup de dépenses inutiles, et malgré cela la lettre du règlement sera respectée et les intérêts de chacun seront sauvegardés.
    Il y a une autre mesure à prendre relativement aux retours en Europe qui nest pas moins urgente que la précédente. Souvent les Missionnaires arrivent à Paris à limproviste, sans que nous soyons prévenus de leur retour, et sans que nous puissions, par conséquent, leur faire parvenir, à leur débarquement, les instructions nécessaires, soit dans leur propre intérêt, soit dans celui de notre Séminaire.
    Parmi ces Missionnaires qui reviennent en France, il sen trouve quelquefois qui sy conduisent comme sils étaient absolument indépendants ; sils restent au Séminaire, ils y vivent sans sassujettir à aucune règle ; ou plutôt, ils ne reconnaissent dautre règle que leur volonté propre et agissent en conséquence.
    Sils vont chez leurs parents ou chez leurs amis pour se rétablir, ils y restent indéfiniment, des années entières, quelquefois même plusieurs années ; il y en a aussi qui acceptent des emplois, et cela, sans que lon sache souvent ni où ils sont, ni ce quils font : cependant, ils prétendent malgré cela rester membres de la Congrégation, conserver leurs droits à ses privilèges, et se réserver la liberté de retourner dans leur Mission quand bon leur semblera.
    Il nest personne qui ne voie que se sont là autant dabus fort dangereux, dabord pour ces Missionnaires eux-mêmes, puis pour notre Société quils peuvent compromettre par leur conduite et par leurs imprudences.
    Heureusement ce nest pas le plus grand nombre qui agit de la sorte ; cependant les exceptions sont malheureusement trop nombreuses, et il est urgent, par conséquent, de remédier à cet abus. Sans doute, il faut laisser à ces Missionnaires la latitude nécessaire, soit pour quils puissent prendre les moyens de rétablir leur santé, soit pour quils puissent vaquer aux affaires qui sont le but de leur voyage ; mais encore faut-ils quils soient soumis à une règle qui soit en rapport avec leur position, et quils soient soumis à une autorité qui veille sur leur conduite et qui ait droit de les diriger et de les reprendre au besoin.
    Nous prions en conséquence, Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques et autres Supérieurs de Mission. Davoir la bonté de donner à tous les Missionnaires qui repassent en France, soit pour raison de santé, soit pour tout autre motif, une patente en bonne et due forme, selon la teneur de larticle 2e du chapitre 3e de notre règlement, constatant leur approbation et celle des Missionnaires de la Mission et déterminant à peu près lépoque de leur retour, sils reviennent pour cause de santé. Nous les prions aussi de nous écrire par la poste, un mois ou 15 jours avant le départ de ces Missionnaires, une lettre davis annonçant lépoque leur retour et les motifs de ce retour.
    Nous communiquerons plus tard aux Missions le règlement que ces Missionnaires devront suivre pendant leur séjour en France.
    Nous ne doutons nullement que Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques et autres Supérieurs de mission ne reconnaissent comme nous la sagesse et la nécessité de ces mesures et quils ne joignent leurs efforts aux nôtres pour en assurer lexécution.
    Nous prions encore Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques et autres Supérieurs de mission de nous envoyer exactement tous les ans, pour que nous les recevions en Janvier, ou en Février au plus tard, le journal ou tableau dadministration dont il est parlé à larticle 8e du chapitre 14e de notre règlement, avec tous les renseignements qui y sont énumérés. Il nous importe surtout de connaître le nombre des prêtres indigènes, des Séminaires et de leurs élèves, des catéchistes, et les besoins de chaque mission, avec les motifs à lappui.
    Ces renseignements nous sont indispensables pour les rapports annuels que nous adressons chaque année aux Conseils centraux de luvre de la Propagation de la Foi, avant la distribution des fonds et pour dresser les tableaux des allocations de nos Missions.
    Labsence de ces renseignements, outre lembarras quelle nous cause, est ordinairement préjudiciable aux Missions par la raison quelles nous laissent ainsi ignorer et leurs droits et leurs besoins.
    Monsieur le Président du Conseil de luvre de la Propagation de la Foi, à Paris, a témoigné à Monsieur notre Supérieur le désir que cette uvre fût établie dans toutes nos Missions, moins sans doute pour les ressources qui en résulteraient que pour le bon exemple, pour en faire une uvre vraiment catholique, et pour se conformer à cette recommandation de N.S.J.-C. : Date et dabitur vobis. Nous ne savons pas jusquà quel point cette idée est réalisable ; il est évident que dans presque aucune de nos Missions, il nest possible ni de publier, ni même de lire les annales ; les Chrétiens peuvent bien réciter les prières demandées, mais, pour laumône, la plupart sont fort pauvres, et dailleurs il semblerait naturel quils pourvussent dabord aux besoins de leurs propres Missions ; cependant quelques légères aumônes de leur part pourraient aussi être pour elles une source de bénédictions, et réaliser en leur faveur les paroles citées ci-dessus : Date et dabitur vobis.
    Du reste, cest à Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques de voir ce quil est convenable et possible de faire à ce sujet. Déjà quelques uns ont établi chez eux cette pratique ; les autres verront ce quil est plus expédient de faire dans leurs Missions.
    Pour nous, quil nous suffise davoir manifesté des vux que nous ne croirions pouvoir passer sous silence, sans manquer aux égards que nous devons à une uvre à laquelle nous avons de si grandes obligations et au succès de laquelle nous avons un si grand intérêt.
    Nous croyons devoir encore rappeler ici une prescription de notre règlement ainsi conçue, à larticle 2e du chapitre 5e : « Les nouveaux Missionnaires, quoique reçus et envoyés pendant 2 ans, et sur lattestation quenverront les Supérieurs des Missions, daprès laquelle ils seront inscrits sur les registres comme membres du corps. Cette prescription est trop souvent oubliée ; nous prions les vénérés Supérieurs de nos Missions de vouloir bien, pour plus de régularité et dans lintérêt de leurs Missionnaires, nous envoyer à lavenir plus exactement ces sortes dattestations.
    Il nous reste enfin à faire remarquer, dans lintérêt des familles des Confrères défunts, quil est très-important de se conformer exactement à larticle 5e du chapitre 8e de notre Règlement, relatif au certificat de mort, ou acte de décès. LEvêque doit signer son nom de baptême et son nom de famille ; sa signature et celle des autres témoins doivent être légalisées par un Agent du Gouvernement Français, sil y en a un dans le voisinage ; sinon, cet acte de décès sera envoyé à lun des Procureurs voisins qui attestera, avec un autre témoin, reconnaître les signatures qui certifient la mort du défunt, et ces deux dernières signatures du Procureur et de lautre témoin seront légalisées par le Consul de France du lieu où se trouve la Procure. Faute de cette pièce, les parents se trouvent quelquefois fort embarrassés pour le arrangements de famille ; nous prions donc Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques et autres Supérieurs de mission denvoyer exactement ces sortes de certificats.
    Après ces nouvelles sommaires et ces quelques observations, nous allons vous exposer létat de nos diverses Missions et des établissements généraux de notre Société.

    Pondichéry.

    Lannée 1866 a été pour nos trois Missions de lInde une année dépreuves et de souffrances. Une longue sécheresse a été suivie dune disette qui est devenue en plusieurs endroits une terrible famine. Des milliers de personnes sont mortes de faim ; dautres, en grand nombre, réduites à se nourrir de racines malfaisantes, se sont empoisonnées ; le choléra et les fièvres pernicieuses sont venus ensuite ajouter leurs victimes à celles de la disette. Au milieu de tous ces désastres, les Missionnaires déjà si à court pour les ressources pécuniaires, se sont vus forcés cependant daugmenter les allocations de leurs séminaires, écoles, orphelinats, à cause du prix exhorbitant de toutes les choses nécessaires à la vie et de simposer à eux-mêmes de grandes privations pour secourir les malheureux.
    Mais la divine Providence a fait servir ces fléaux aux desseins de sa miséricorde. La faim et la misère ont été loccasion de la conversion dun grand nombre de païens et du salut dun nombre denfants beaucoup plus considérable encore : dans la seule ville de Pondichéry, on a recueilli plus de 200 enfants qui ont tous été baptisés, et dont plus de la moitié sont déjà en possession du bonheur éternel ; les autres ont été placés dans des orphelinats ou dans des familles chrétiennes. Grand nombre de parents des enfants recueillis ont aussi reçu le baptême, leurs relations avec les Missionnaires leur ayant donné loccasion de recevoir linstruction religieuse qui leur a fait connaître la vérité.
    Beaucoup dinfidèles se préparent à recevoir le baptême dans plusieurs catéchuménats établis par Mgr Godelle dans les principaux centres de la Mission et il y a lieu despérer quavec le temps et avec la grâce de Dieu, ces établissements produiront des fruits abondants de salut.
    Trois nouvelles écoles de filles ont été ajoutées aux anciennes et elles produiront comme les premières de grands avantages pour la propagation de lEvangile.
    La Mission qui compte 107,000 Chrétiens est administrée par un Evêque, 50 Missionnaires et 19 Prêtres indigènes ; les écoles contiennent 581 garçons et 288 filles.
    Son compte-rendu donne pour 1866, 1,318 baptêmes de païens, 2,581 denfants de païens in articulo mortis, 4,818 denfants de chrétiens, 81 protestants réconciliés à lEglise, 86,284 confessions, 71,492 communions, 1,025 mariages, 1,770 confirmations, 354 Saints-Viatiques, 1,697 extrêmes-onctions. Pour les enfants de la Ste Enfance, 239 sont en nourrice, 496 sont confiés à des familles chrétiennes et 153 sont dispersés dans 10 Orphelinats.
    Nous ne terminerons pas cet article, Nosseigneurs et Messieurs, sans vous dire quelques mots du vénéré Pasteur qui a tant édifié cette Mission par son zèle et par la sainteté de sa vie, et dont vous aurez sans doute appris la mort prématurée, quand vous recevrez cette lettre. Quoique dune très-faible santé, il avait voulu se rendre à Rome Mgr Charbonneaux, sur lintention du Saint-Père, pour assister aux fêtes du Centenaire de St Pierre. Il sétait assez bien soutenu pendant le voyage et même à Rome, malgré les fatigues inséparables des solennités auxquelles il devait assister. Mais étant parti pour se rendre par terre à Paris, il fut pris à Florence dune maladie dentrailles, et quoique fort souffrant, il continua son voyage jusquà Chambéry ; mais là il dût sarrêter, déjà la maladie inspirait des craintes ; il mourut en effet quelques jours après, le 15 Juillet, après avoir édifié tout le monde par sa patience, par sa piété, et surtout par la plus entière conformité à la volonté de Dieu. Ce prélat répandait autour de lui une telle odeur sainteté, que le peuple se porta en foule auprès de ses restes mortels, pour les vénérer et pour faire toucher à son corps quelque objet que chacun emportait ensuite comme une bénédiction. Mgr Godelle a été assisté pendant sa maladie par Mr Perny qui voyageait avec lui et par plusieurs prêtres du pays ; Mr Maury son Procureur sempressa de se rendre auprès de lui, mais il arriva quelques heures après sa mort. Le chapitre de la cathédrale de Chambéry lui a rendu tous les honneurs dus aux Evêques et lui a fait des obsèques très-solennelles. Requiescat in pace !

    Maïssour

    De nos trois Missions de lInde, cest le Maïssour qui a eu le plus à souffrir de la famine pendant lannée qui vient de sécouler. La gêne a été telle que le Vicaire Apostolique a été obligé de renvoyer les plus jeunes élèves de son Séminaire, et que les écoles nont été fréquentées que par 700 élèves, la misère ayant dispersé les enfants de plusieurs localités.
    Ce Vicariat a des charges très-lourdes qui absorbent une partie de ses ressources : il a des stations militaires anglaises, des planteurs de cafiers, où travaillent des Européens ou descendants dEuropéens. Ces Européens meurent souvent sans rien laisser, et la Mission est obligé de recueillir les orphelins pour les empêcher de tomber dans lhérésie ; elle recueille aussi les orphelins protestants et des enfants abandonnés de parias qui sont au service des Anglais, pour en faire des catholiques. Tous ces orphelins sont recueillis dans 5 orphelinats qui occasionnent de grandes dépenses.
    Malgré cela, Mgr Charbonneaux comprenant la nécessité de travailler à la régénération de lInde, par linstruction de la femme, a construit une nouvelle maison pour y établir une école de filles choutres et pariates. On a dû aussi commencer la construction de trois nouvelles chapelles dans le Vaynaad, pays de montagnes où se trouvent 12 à 1400 Chrétiens. Le prêtre y administre les Sacrements sous des toits de feuillage, dans des boutiques de musulmans quil prend à loyer, ou dans des étables que les planteurs protestants veulent bien prêter pour quelques jours. Cet état de choses ne peut pas durer. La santé daucun missionnaire ne pourrait résister à linsalubrité du climat, si, la nuit au moins, il navait pas un abri solide. Un Missionnaire a établi un hôpital dans une campagne ; les gentils, pleins de confiance en lui, accourent en foule pour se faire traiter, et ce serait un puissant moyen pour préparer les voies à lEvangile parmi ces pauvres Indiens ; mais le Missionnaire manque de ressources pour se procurer des médicaments.
    Le Maïssour, qui a 21.500 Chrétiens, est administré par un Evêque, par 20 Missionnaires Européens et 3 Prêtres indigènes ; il a 50 églises, 10 chapelles, un séminaire avec 18 élèves, 5 orphelinats et 22 écoles. Le catalogue de son administration donne 156 baptêmes dadultes, 121 denfants de païens, 6 de protestants, et 15,000 communions.

    Coïmbatour

    Si le Maïssour se trouve dans un grand état de gêne sous le rapport financier, le Coïmbatour est, à cet égard, dans une position bien plus fâcheuse encore.
    Quand, il y a 5 ans, cette Mission fut érigée en Vicariat Apostolique, elle navait aucun établissement ; tout était à créer : létablissement dun Séminaire, la construction des habitations, des églises et des chapelles nécessaires, ont occasionné des dépenses qui, jointes aux viatiques des Missionnaires et autres frais indispensables de la Mission, ont absorbé, et au-delà, les secours de la Propagation de la Foi, et lannée dernière, lorsque le nouveau Vicaire Apostolique, Mgr Dépommier, a pris possession de son Vicariat, il ne lui restait, pour lannée suivante que 2,304 f pour faire face aux dépenses indispensables qui devaient sélever au moins à 14,400f. Nous avons été obligés de fournir au plus tôt un secours extraordinaire à ce Prélat pour laider à combler son déficit, mais ce secours était insuffisant, et il na pu lexempter davoir recours à un emprunt pour arriver jusquà la fin de lannée. Ce déficit une fois comblé, il lui restera encore dautres dépenses très-urgentes à faire pour agrandir le Séminaire dont les élèves habitent en ce moment sous un hangar qui leur sert de dortoir, de réfectoire, de classe et de salle détude. Pour fonder des écoles, afin de pouvoir lutter contre la propagande protestante, très-puissante dans cette partie de lInde ; pour achever grand nombre déglises et de chapelles commencées, pour en construire de nouvelles, pour établir des catéchuménats destinés à linstruction religieuse des païens. Laperçu suivant tracé par Mgr Dépommier pourra donner une idée de létat de sa Mission.
    Le Vicariat du Coïmbatour a une population de 1,500,000 âmes, la plus grande partie de son territoire est soumise aux Anglais, lautre partie au roi de Cochin. Limmense majorité de la population est païenne ; il y a, en certains endroits, un assez grand nombre de mahométans.
    Il y a une vingtaine de ministres protestants avec des orphelinats et un grand nombre décoles sous leur surveillance ; ils ont aussi un certain nombre de chrétiens, soit Européens, soit indigènes.
    Le personnel de la Mission se compose de 14 Missionnaires, y compris le Vicaire Apostolique, et de 5 prêtres indigènes ; il y a un Séminaire avec 18 élèves et un Couvent avec 17 religieuses indigènes. Plusieurs districts ont, outre léglise du chef lieu, plusieurs autres chapelles où le Missionnaire va faire ladministration. Nous avons plus de 60 de ces administrations secondaires ; un certain nombre de ces églises et chapelles ont été bâties par la Mission, mais aucune delles nest encore achevée ; léglise principale est terminée, il est vrai, à lintérieur, mais elle nest ni crépie, ni finie à lextérieur, les autres chapelles bâties par les Chrétiens ne sont que des huttes manquant, pour la plupart, même dun petit réduit pour lhabitation du prêtre, lorsquil fait ladministration.
    Nous navons aucun établissement de religieux, ni de religieuses dEurope, ni aucune école un peu passable ; nous navons quune vingtaine de petites écoles fréquentées par 300 enfants.
    Cette année, nous avons eu 611 baptêmes denfants de chrétiens, 373 baptêmes de païens, 15 baptêmes denfants de païens in articulo mortis, 12,062 confessions, 10,144 communions, 625 confirmations, 163 mariages, 113 viatiques, 327 extrêmes-onctions, et 20 conversions de protestants.

    Birmanie.

    La Mission de Birmanie se compose de deux parties : la partie occidentale qui est placée sous la domination anglaise,et la Birmanie indépendante. Cette dernière partie de la Mission a été lannée dernière le théâtre dune révolution politique qui a donné de grandes inquiétudes aux Missionnaires et aux Chrétiens. Au mois de Mai, Mgr Bigandet sétait rendu à la capitale Mandalay avec deux Surs de St Joseph et deux orphelines, dans le but dy fonder un orphelinat et une école pour les filles. Le prince royal, plein dun vif désir de répandre léducation dans son pays, même parmi les femmes, avait pressé ce Prélat en plusieurs occasions précédentes damener des religieuses dans la capitale, sengageant à leur fournir les bâtiments nécessaires et à leur envoyer un grand nombre de petites filles de son palais. Dès leur arrivée le prince et le roi accueillirent les religieuses avec beaucoup dégards et de bonté. Le premier donna immédiatement une somme denviron 7000 fr pour commencer les édifices. Les travaux furent poussés avec vigueur : Birmans et Musulmans promettaient denvoyer leurs enfants à lécole des Surs. Tout annonçait et promettait que de si heureux commencements seraient suivis des plus beaux résultats.
    Le cur content, lEvêque quitta Mandalay le 28 Juillet pour revenir à Rangoon. Le 2 Août, le prince royal, lami et le protecteur des Missionnaires, fut lâchement et cruellement assassiné par son neveu qui était en même temps son gendre. Le roi néchappa aux meurtriers que dirigeaient deux de ses propres enfants, que par une série de circonstances aussi heureuses quimprévues. La suite de cette horrible tragédie a été un bouleversement général : une guerre civile sest allumée sur tous les points et a couvert le pays de ruines, et réduit le peuple à une affreuse pauvreté. La famille du prince royal a été en partie mise à mort, en partie jetée dans les fers. Le fils aîné du prince qui avait été confié à lEvêque par son père, comme un disciple à son maître, est en prison. Mgr Bigandet a vu, au commencement de Décembre dans un espèce de cachot, celui quil avait rencontré quatre mois auparavant dans le palais de son père.
    La conséquence de cette sanglante révolution pour la Mission, a été dabord une perte de 5,000 fr quil a fallu employer pour achever la maison des Surs. Ces bonnes religieuses avaient dû quitter Mandalay et revenir à Rangoon° elles en sont reparties en Décembre, pour aller ouvrir leur école à la capitale où Mgr Bigandet les avait précédées pour disposer toutes choses, réparer les malheurs causés par la révolution, et consoler et assister les Missionnaires et les Chrétiens. Au milieu de la guerre civile, deux Missionnaires ont couru les plus imminents dangers pour leur vie ; leurs demeures ont été pillées, sept ou huit chrétiens ont été tués et une cinquantaine de maisons consumées par le feu. Beaucoup de Chrétiens sont entièrement ruinés. Pour le moment, tout paraît être rentré dans lordre, mais il ne faut pas se fier beaucoup à cette apparente tranquillité. Les nombreux enfants du roi aspirent tous au trône, et il est à craindre que quelquun dentre eux, pour satisfaire son ambition, ne recule pas devant un abominable parricide.
    Dans la partie Anglaise, les uvres de la Mission ont continué à prospérer : les écoles pour linstruction des enfants des deux sexes sont fréquentées par les enfants des parents chrétiens, et les païens y envoient même leurs enfants. Il est vrai que ces derniers ne sont pas obligés à apprendre le catéchisme ; mais comme linstruction est donnée par des maîtresses et des maîtres chrétiens, les enfants des infidèles apprennent, sans sen apercevoir les éléments historiques et moraux de notre sainte religion ; souvent même ils viennent à léglise le Dimanche avec les enfants chrétiens.
    Lécole de Bassein, établi par Mgr Bigandet, pour donner une éducation spéciale aux jeunes gens qui la fréquentent, répond parfaitement au but de son institution. Elle commence à fournir des maîtres décole et des catéchistes à la Mission. Quelques-uns des jeunes élèves les plus capables et les mieux disposés sont envoyés chaque année au Collège général de Pinang pour sy livrer aux études nécessaires à ceux qui se destinent à létat ecclésiastique ; Mr Dumollard, Provicaire du Pégou, est chargé de cet établissement, et le dirige avec prudence et habileté. Par ses soins, une presse a été établie dans le collège : on y imprime tous les ouvrages dont la Mission a besoin, soit en caractères Birmans, soit en caractères Romains. Presque tout le travail de limprimerie est fait par les élèves. Par le moyen de cette presse, la Mission sera bientôt pourvu des livres Birmans dont elle avait un grand besoin.
    Malgré le zèle et le dévouement déployés par les Missionnaires de Birmanie, le chiffre des baptêmes dadultes na pas été très-élevé lannée dernière : 190 infidèles seulement ont été régénérés dans les eaux saintes ; mais un mouvement assez sensible des païens vers notre sainte religion, dans plusieurs localités, un grand désir de se faire instruire, font espérer que dans les années suivantes, une moisson plus abondante récompensera les ouvriers apostoliques des travaux auxquels ils se livrent.
    Nous comptons en Birmanie : 1 Evêque, 19 Missionnaires, 1 Prêtre indigène, 8,242 catholiques, 29 églises ou chapelles.

    Malaisie.

    Rien dextraordinaire ne sest passé en 1866 dans la Mission de la presquîle de Malacca. Mgr Boucho et ses 13 Missionnaires ont continué leurs travaux apostoliques : ils ont pu baptiser 188 païens, 322 adultes et 54 enfants dinfidèles à larticle de la mort ; 11 protestants ont abjuré lhérésie. Là comme dans la plupart des Missions, linsuffisance des ressources pécuniaires empêche la création duvres qui contribueraient puissamment à la Propagation de la Foi. Si chaque Missionnaire pouvait entretenir plusieurs catéchistes, le nombre des conversions serait beaucoup plus grand ; on pourrait entreprendre de pénétrer plus avant dans la presquîle de Malacca, où des milliers dinfidèles attendent encore les messagers de la bonne nouvelle. Malacca avait une école tenue par les Religieuses de St Maur ; il a fallu la fermer en 1865, parce quon navait plus de quoi lentretenir, et on ne sait pas encore quand elle pourra être rétablie.
    Mgr Boucho a réuni cette année ses Missionnaires à Singapore pour leur donner les saints exercices de la retraite. Après la conclusion de ces exercices, il y a eu un petit synode où lon a examiné et discuté avec soin les affaires les plus importantes de la Mission, et lon a pris les résolutions qui ont paru les plus sages à la majorité des Missionnaires. Ces saints exercices ne peuvent manquer de produire des fruits de salut et pour la Mission et pour les Missionnaires eux-mêmes, et cest un exemple que lon ne peut trop imiter.

    Siam.

    La Mission de Siam a fait cette année une belle récolte : 396 adultes y ont été baptisés et les Missionnaires ont de grandes espérances pour lannée prochaine. Dans un grand nombre de localités, les infidèles témoignent le désir de sinstruire ; les ministres protestants, assez nombreux dans le royaume, cherchent à sinsinuer et à répandre partout leurs livres, mais on les voit avec indifférence et cest vers les Missionnaires catholiques que les populations tendent les bras.
    Malheureusement les Siamois et autres peuples Laociens, Cambogiens ne sont pas libres : les corvées les tiennent enchaînés sous la main des grands et petits mandarins qui redoutent de les voir devenir chrétiens. Quun Siamois se convertisse, aussitôt la persécution sourde commence, on trouve mille prétextes pour le molester et le battre : on ne lui parle pas de religion, mais la cause de la persécution est facile à deviner.
    Cest là une des causes principales qui a retardé si longtemps la conversion des Siamois et qui aujourdhui encore en empêchent un grand nombre daller vers la vérité quils entrevoient. Donnez-nous la liberté, disent-ils aux Missionnaires, et nous nous ferons chrétiens. Depuis quelques années cependant, plusieurs Siamois ont eu le courage dembrasser la Foi malgré les obstacles. La Mission Siamoise proprement dite se compose de 70 membres ; elle se recrute lentement, mais sûrement. Les Missionnaires agissent dans lombre, comme les malfaiteurs, de crainte dattirer lattention des mandarins qui emploieraient tous les moyens pour arrêter les conversions, lorsquils sapercevront quelles deviennent nombreuses.
    Cest surtout parmi les Chinois que les Missionnaires font des conquêtes. Eux sont libres : on leur fait payer double impôt ; on les rançonne à chaque douane, mais personne ne les inquiète sur la question de la religion. Aussi les conversions sont nombreuses parmi eux. Si Mgr Dupond avait des ouvriers et des ressources, il pourrait établir partout de nouvelles Chrétientés Chinoises ; mais les Missionnaires sont en petit nombre ; ils ne peuvent aller quau plus pressé ; ils posent leur tente dans les localités qui les appellent, et ils y plantent des jalons qui pourront devenir un jour le centre de Chrétientés florissantes.
    Ce nest pas tout : il y a encore dans la Mission de Siam des populations Laociennes, Cambogiennes, Carianes, qui sont disposées en ce moment à entendre la bonne nouvelle et qui désirent recevoir des Missionnaires. Si on pouvait sétablir chez elles, on aurait bientôt de nombreuses conversions.
    « Nous ne cherchons pas tous les fruits que nous pourrions cueillir, écrit Mgr Dupond, nous nous contentons de ramasser ceux qui tombent de maturité, et cependant, nous ne pouvons plus suffire au travail. Chaque Missionnaire me crie : Monseigneur, écrivez donc à Paris et demandez du monde, il y a du travail pour tous ceux qui viendront. » Nous faisons ce qui nous est possible pour répondre à cet appel, en envoyant de nouveaux ouvriers à Siam. Puisse le règne de Jésus-Christ sétablir solidement dans ce royaume si obstiné jusquà ce jour dans son aveuglement, et qui semble vouloir ouvrir les yeux à le lumière, depuis que le Saint-Pontife Pie IX la béni dans la personne des ambassadeurs Siamois prosternés à ses pieds, à Rome, en 1863.
    Il y a 7.000 Chrétiens dans le royaume de Siam ; 1 Evêque, 12 Missionnaires et plusieurs Prêtres indigènes travaillent à y propager la Foi chrétienne.

    Camboge.

    La petite Mission du Camboge vient dêtre bouleversée de fond en comble par une insurrection formidable. Un chef Cambogien nommé Lac, après avoir été lhôte des Français à Saigon, se rendit dans la province de Tay-Ninh qui confine au Camboge ; il y leva létendard de la révolte et souleva toutes les peuplades environnantes. Forcé par les armes Françaises de se retenir du territoire de notre colonie, Lac qui avait pris le nom de Po-Cambor et qui se faisait passer pour un descendant de la branche aînée de la famille royale du Camboge, se jeta sur ce royaume, et en peu de temps, il envahit dix provinces qui firent leur soumission.
    Lorsque le roi du Camboge, sorti de sa stupeur, voulut enfin agir contre Po-Cambor, il désigna pour chef de son armée le Car-la-hâm (ministre de la guerre). Le choix était bon, car ce ministre avait abattu une première révolte en 1861, et avait dispersé les bandes dun autre prétendant qui se faisait donner le titre de Achar-Soa. Mais la désaffection du peuple pour le Souverain était générale. Car-la-ham après avoir réussi à lever une armée totalement composée de cultivateurs, fut trahi par les mandarins qui en commandaient les différents corps et il périt dans son premier combat contre les rebelles. Près dun mois sécoula avant quun nouveau corps commandé par un mandarin de la Cour pût attaquer Po-Cambor, ce nouveau corps a été écrasé par les révoltés. Le roi tient encore cependant, grâce aux canonnières Françaises qui ont arrêté les hordes de rebelles.
    Cette insurrection nest pas seulement dirigée contre le roi du Camboge, elle est aussi anti-française et anti-chrétienne. Extermination des chrétiens tel est le mot dordre des révoltés.
    Le 8 Janvier 1867, une horde de rebelles envahit le petit village de Mot-Casa où résidait un Missionnaire, Mr Barreau qui, à force de patience et de travail, était parvenu à y établir une Chrétienté nouvelle de 300 Cambogiens. « Que me voulez-vous, dit le Missionnaire, je nai fait de mal à personne : je suis venu ici pour prêcher la religion de Jésus-Christ. Si vous me tuez, quel avantage en retirerez-vous ? Du reste, si jai offensé quelquun dentre vous, je le prie de mexcuser. Quespères-tu, lui répond un des rebelles ? Il nous faut la tête pour la porter au bout dune lance. » Le Missionnaire demande quelques instants pour se préparer à la mort : il monte dans sa chambre, prend son bréviaire et redescend. A ce moment un des brigands lui assène un coup de bâton sur la tête. « Attends un peu que je fasse ma prière » dit Mr Barreau. Il se dirige vers lautel de sa Chapelle et sy prosterne sur les degrés ; à ce moment un des Cambogiens lui fend lépaule avec sa hache, un autre lui perce la gorge avec sa lance et un troisième lui tranche la tête quil emporte au bout dune pique.
    Quelques jours après, deux Chrétiens Cambogiens sont arrêtés par les rebelles ; on veut le forcer à lapostasie, ils refusent et ils scellent leur profession de foi avec leur sang.
    En ce moment, la Mission du Camboge paraît comme détruite. Les Chrétiens et les Missionnaires sont en fuite et ils viennent chercher un refuge en Cochinchine. Nous pouvons cependant mieux augurer de lavenir, puisque cette terre du Camboge, jusquà présent si aride, vient dêtre arrosée du sang des martyrs.

    Missions Annamites.

    Les Missions de lEmpire Annamite, Cochinchine et Tong-king, ont joui généralement de la paix pendant lannée 1866. Cette paix, si désirée et nécessaire a permis aux Missionnaires de travailler partout à relever les ruines des dernières persécutions. Les craintes pour lavenir sont loin cependant dêtre entièrement dissipées. Un parti puissant composé surtout de lettrés, nattend que quune occasion favorable pour persécuter les chrétiens. Si les Français (comme cest, dit-on, leur intention) semparaient des trois provinces de la basse Cochinchine qui obéissent au roi Tu-Duc, ce serait probablement, en beaucoup dendroits, le signal du massacre des Chrétiens. Espérons que ce malheur narrivera pas. La Cour de Hué paraît beaucoup mieux disposé en faveur du Christianisme. Plusieurs complots ont été tramés pour renverser le roi Tu-Duc ; le 17 Septembre dernier, il a été sur le point dêtre assassiné par une bande de conjurés qui avaient entraîné à leur suite une grande partie de larmée. Trouvant ainsi la trahison autour de lui, ce Roi qui a si cruellement persécuté les Chrétiens paraît plus favorablement disposé à leur égard.

    Cochinchine occidentale.

    La Mission de la Cochinchine Occidentale est composée de six provinces, dont trois ont été conquises par la France et les trois autres sont placées sous le gouvernement du roi Tu-Duc. Depuis la conquête Française, cette Mission voit tous les ans saccroître le nombre des fidèles. Lannée dernière un mouvement encore plus prononcé vers le Christianisme est venu réjouir le cur des Missionnaires : malheureusement, il a été paralysé en partie par linsurrection Cambogienne qui a pris naissance dans la Cochinchine Française.
    Une petite Chrétienté établie chez les sauvages a été détruite par les rebelles, et cest à grandpeine que le Missionnaire qui la gouvernait a pu échapper à la mort.
    Malgré ces obstacles, de beaux résultats ont été obtenus. A Mitho, grâce au bon exemple donné par les deux autorités supérieures civile et militaire, plus de 400 adultes païens ont été baptisés. A Van Phuoc où il ny avait aucun chrétien, plus de 180 personnes ont reçu le baptême, et deux catéchistes donnent encore linstruction religieuse à une foule de catéchumènes. Le tableau dadministration pour lannée 1866 porte 1650 baptêmes dadultes et 2105 baptêmes denfants dinfidèles. Il y a aujourdhui en Cochinchine Occidentale 30,000 Chrétiens partagés en 126 Chrétientés. 1000 enfants de Chrétiens ont reçu le baptême lannée dernière ; 530 mariages ont été bénis, et 520 Chrétiens ont reçu lextrême-onction.
    Mgr Miche, Evêque de Dansara, est à la tête de cette importante Mission. Il a pour lassister 25 Missionnaires Européens et 17 Prêtres indigènes. Ces dignes ouvriers, tout en travaillant à la conversion des païens, ont entendu lannée dernière 50,000 confessions et donné 48,500 communions. Ils ne sont pas encore assez nombreux pour cultiver le beau champ qui leur est échu en partage : chaque année, nous leur envoyons du renfort. En même temps un Séminaire dirigé par trois Missionnaires Européens prépare lavenir de la Mission en formant de bons prêtres indigènes. Les Surs de St Paul de Chartres donnent linstruction aux jeunes filles, recueillent les orphelines et soignent les malades ; 5 couvents de Religieuses Annamites, Amantes de la Croix, donnent lexemple des vertus évangéliques et instruisent leurs jeunes compatriotes ; enfin les filles de Ste Thérèse elles-mêmes prennent racine sur ce sol infidèle ; elles se multiplient parmi les Annamites, et le Carmel fleurit en Cochinchine.

    Cochinchine Orientale.

    Mgr Charbonnier, aidé par 8 Missionnaires Européens et 21 Prêtres indigènes, profite du peu de calme dont il jouit pour relever les ruines de sa Mission. Tous travaillent activement à réparer les malheurs de la dernière persécution et à rendre une nouvelle vie à cette partie de la Cochinchine qui a donné tant de martyrs à lEglise. Sa Grandeur espère retrouver le corps de son vénéré prédécesseur qui avait été jeté dans un fleuve et qui aurait été retiré de la mer par des païens qui disent lavoir enterré dans un village quils nont pas encore indiqué.
    Mrs Dourisboure et Besombes soccupent toujours avec succès de la conversion des Banhars dans les montagnes du Laos, et le premier a écrit lhistoire de la fondation de la Religion chez ces sauvages ; il travaille maintenant à la rédaction dun dictionnaire et à la composition dun catéchisme et de livres de prières dans la langue du pays. Malheureusement le mauvais air que ces chers Confrères respirent dans ces immenses forêts a gravement compromis létat de leur santé ; ils cherchent à établir leurs nouveaux Chrétiens dans une position plus saine ; mais nous ne savons encore sils pourront y réussir ; ils lespèrent cependant.
    Voici le dernier tableau de ladministration de Mgr Charbonnier : 1 Collège avec 20 élèves, 27,842 Chrétiens ; 303 païens convertis ; 6,016 enfants de païens baptisés in articulo mortis ; 709 enfants de païens rachetés et baptisés ; 31,356 confessions, 29,501 communions, 3650 confirmations, 1,175 extrêmes-onctions, 232 mariages.

    Cochinchine Septentrionale.

    Mgr Sohier, Vicaire Apostolique de la Cochinchine Septentrionale, que les affaires de sa Mission avaient rappelé momentanément en Europe, est rentré dans son Vicariat le 24 Février 1866. Un navire français la conduit jusquà Hué et la salué de neuf coups de canon à son débarquement. Les Mandarins Annamites lui ont fait un très-bon accueil, et depuis cette époque, ils se montrent très-aimables pour lui.
    Peu de temps après sont retour, Mgr Sohier a entrepris la visite pastorale de toute sa Mission, pour prêcher le Jubilé prorogé jusquen 1866 par le Souverain Pontife. LEvêque était accompagné de trois Missionnaires de six ou sept Prêtres indigènes et dune douzaine de clercs pour instruire les fidèles. Partout il a été reçu avec la plus grande pompe et les plus grandes démonstrations de joie. Lorsquil approchait dune paroisse, les habitants venaient bien loin à sa rencontre avec des tambours et des instruments de musique. Les filles marchaient en tête de la procession sur deux rangs, tenant des bouquets de fleurs et chantant des cantiques en langue Annamite ; ensuite venaient les garçons portant des flambeaux et des hallebardes. LEvêque était à cheval et recouvert dun dais porté par les Chrétiens les plus notables. Les païens accouraient en foule pour jouir de ce spectacle si nouveau et formaient deux haies de chaque côté. Dans tous les districts, on chantait la Messe, pontificale dans des églises construites en bambou, il est vrai, mais avec un concours immense de chrétiens et de païens. Tous les Chrétiens ont fait leur Jubilé avec une ferveur extraordinaire, sans presque aucune exception.
    Mgr Sohier fait construire une église tout près de la capitale : elle coûtera de 3 à 4000 fr. Cest tout ce que ses faibles ressources lui permettent de faire. Trois paroisses ont aussi construit des églises assez décentes. Pour les bâtir, les Chrétiens ont vendu jusquà leurs champs et se sont imposé toutes sortes de sacrifices. Quant aux autres paroisses, elles sont si pauvres quelles ne pourront pas encore de longtemps réussir à élever des églises convenables.
    Le 26 Mai, le Vicaire Apostolique a ordonné 7 diacres, 17 acolythes et 9 tonsurés, après leur avoir donné une retraite générale ainsi quà tous les prêtres de la Mission. Il se proposait de faire bientôt une ordination de prêtres. Le petit Séminaire, qui est dirigé par 2 Missionnaires et 4 Professeurs, donne beaucoup de consolation°on y compte une cinquantaine délèves qui travaillent avec ardeur à acquérir les vertus et les sciences ecclésiastiques.

    Tong-king Méridional.

    Lannée 1866 a été, pour le Tong-king Méridional comme pour le Tong-king Occidental, une année de paix. Cette paix cependant na pas été complète. Le jour du Samedi Saint, dans une localité où 2000 Chrétiens environ sétaient réunis pour célébrer le Saint-Jour de Pâques, des Lettrés ont formé une conjuration contre les fidèles. Ils se sont jetés sur eux, les ont dispersés et ont pillé la maison où ils se réunissaient. Le lendemain, ils sont revenus à la charge et ont pillé la maison du prêtre. Les Chrétiens ont porté plainte devant les Mandarins : mais ces derniers ont refusé de rendre justice. Le Roi ayant été informé de cette affaire a nommé un commissaire pour porter un jugement : quelques coupables ont été punis, mais les pertes considérables souffertes dans cette circonstance demeurent à la charge de la Mission.
    A cette occasion, le roi Tu-Duc a témoigné le désir davoir à sa Cour des Français pour enseigner aux Annamites les sciences de lEurope. Il aurait dit : « Que les Missionnaires fassent quelque chose pour lavantage de notre pays, et je pourrai mappuyer sur ces services pour les protéger. » Le Roi ne sest pas contenté de dire ces paroles ; il a mandé à sa Cour Mgr Gauthier, et il lui a fait connaître lintention où il était de faire instruire à Hué quelques Annamites dans les arts et les sciences de France. Mgr Gauthier na pas cru pouvoir refuser linvitation qui lui était faite de trouver les maîtres et les objets nécessaires à la réalisation de ce projet. Tel est le motif qui la ramené en France avec deux Mandarins Annamites. Puisse ce projet avoir un heureux succès et produire les résultats que lon en attend !
    Le catalogue de ladministration du Tong-king Méridional nest pas encore arrivé. Il y a dans cette Mission 1 Evêque, 6 Missionnaires, 36 Prêtres indigènes.

    Tong-king Occidental.

    La Mission du Tong-king Occidental a perdu lannée dernière son Vicaire Apostolique, Mgr Jeantet, le vénérable doyen de notre Congrégation. Il était parti pour les Missions au mois de Janvier de lannée 1819, et depuis cette époque, il navait pas cessé de travailler avec le plus grand zèle et la plus grande constance, dans un pays où la persécution a été permanente depuis lannée 1833 jusquau traité de paix de 1862. Sa carrière apostolique de 47 ans a été surtout consacrée à la direction du Séminaire de Théologie de la Mission°cest assez faire son éloge que de dire quil a formé 95 prêtres indigènes dont un tiers environ ont donné leur vie pour la Foi. Mgr Retord, dillustre mémoire avait choisi Mgr Jeantet pour son coadjuteur en 1847.
    La belle Mission du Tong-king Occidental na pas été longtemps privée dun Evêque : au moment où Mgr Jeantet consommait sa course, Mgr Theurel, son coadjuteur et successeur, rétabli dune cruelle maladie qui lavait obligé à faire un voyage en Europe, reprenait le chemin de sa Mission. Il y est arrivé le 18 Novembre dernier, avec quatre nouveaux ouvriers, et il a pris en main immédiatement ladministration du Vicariat.
    Si Dieu continue a donner la paix à ce Vicariat, nous pouvons espérer de voir notre sainte Religion y faire des progrès rapides. Les Missionnaires et les Prêtres indigènes travaillent avec ardeur à relever les ruines amoncelées par les dernières persécutions.
    Aidons-les, Nosseigneurs et Messieurs, par nos prières, à faire croître une belle moisson sur ce sol arrosé du sang de tant de martyrs et des sueurs dun si grand nombre dhommes apostoliques.
    Cette Mission est administrée actuellement par Mgr Theurel, par 14 Missionnaires Européens et par 63 prêtres indigènes.
    Voici le tableau de son administration pour lannée 1866. Baptêmes dadultes, 267 ; denfants de fidèles, 6,320 ; denfants dinfidèles in articulo mortis, 53,467 ; confirmations, 5,683 ; confessions, 137,789 ; communions, 122,317 ; Saints-Viatiques, 1,759 ; extrêmes-onctions, 2,630 ; mariages, 1,506.

    Missions de Chine.

    Depuis le traité de paix de 1860, vous savez, Nosseigneurs et Messieurs, que les Missions de Chine nont pas encore pu jouir dune tranquillité complète. Presque partout il y a eu des persécutions locales, et le sang des martyrs a été plus dune fois répandu. Cet état de choses ne doit pas nous surprendre : il y a encore en Chine trop de préventions et dhostilités contre la religion Chrétienne, pour que la prédication évangélique puisse se répandre sans rencontrer des obstacles. Une des causes principales des vexations et des persécutions auxquelles les Chrétiens sont sans cesse exposés vient de lopposition dun grand nombre de Mandarins qui, obligés de respecter extérieurement la lettre du traité, emploient secrètement tous les moyens pour arrêter les progrès de la Foi Chrétienne.
    Il ne faut pas cependant attribuer à cette seule cause les difficultés que rencontrent presque partout les Missionnaires. Les lignes suivantes tracées par un de nos Evêques, Mgr Desfèches, Vicaire Apostolique du Su-tchuen Oriental, vous feront comprendre pourquoi, dans les années dernières, il y a eu tant de persécutions locales, surtout où les conversions ont été plus nombreuses.
    « Ici, un infidèle est lié, par une foule de liens, au culte des idoles. Dabord, dans lintérieur de la famille, cest un père, cest une mère, ce sont des frères qui sopposent à sa conversion, quils entravent de tout leur pouvoir. A leur défaut, un oncle peut le persécuter, lui intenter un procès ruineux, sous de faux griefs, pour le retenir dans le culte des ancêtres. Au dehors, se présente encore une plus forte opposition.
    « Sil est commerçant ou artisan, le nouveau converti doit refuser de coopérer de ses deniers aux cérémonies superstitieuses de la corporation ; aussitôt, les chefs arrêtent son commerce, semparent de ses outils, souvent le battent ; puis, vient encore un procès pour le ruiner. Si aujourdhui, les chefs de corporation nosent pas toujours en venir là, ils tendent obliquement au même but en effrayant par-dessous main le maître de la maison qui, à la première occasion, met son locataire chrétien à la porte. Aucune espèce de commerce, aucun genre de métier qui nait ses chefs, changés chaque année, ses statuts, sa caisse. Personne, absolument personne, ne peut faire le commerce, exercer un métier, sans sêtre entendu avec les chefs et avoir versé dans la caisse commune une somme convenue. Outre ce capital, il y a encore le produit de plusieurs quêtes annuelles quon emploie, avec lintérêt du capital à des usages superstitieux.
    « Dans les campagnes, les cultivateurs nont pas ordinairement à verser un tel capital pour pouvoir se livrer à leurs travaux, mais aucun nest exempt de fournir aux dépenses de certaines fêtes superstitieuses. Chaque année les collecteurs désignés viennent réclamer ces contributions des pauvres comme des riches, exigeant plus de ceux-ci, moins de ceux-là. Aucune famille néchappe à leur visite ; toutes doivent donner, sans quoi il y a dispute.
    « Ordinairement, on fait grâce aux anciens Chrétiens dont les noms ne se sont jamais trouvés inscrits sur les registres précédents. Pour les nouveaux Chrétiens, cest autre chose : on nentend pas que, soutenant luvre les années passées, ils ne donnent absolument rien cette année. Puis, si tout le monde allait se dire Chrétien, que deviendrait luvre ? Ainsi, afin denrayer la Propagande, on fera à cette famille le plus de mal possible : injures, coups, pillage, procès, elle a toujours lun ou lautre de ces articles, et souvent tous à la fois. Supposé quil ny ait en cette localité quune ou deux conversions ; ce fait isolé naura pas grande conséquence ; mais si les conversions sannoncent fort nombreuses, alors ce sont de vastes complots, une entente générale des chefs de sociétés superstitieuses, de corporations, de garde nationale, des lettrés, des prétoriens, pour frapper un grand coup à jour donné, piller les Chrétiens, les maltraiter de toutes manières et obtenir, sinon lapostasie de ceux-ci, du moins lépouvante pour tous les païens qui songeraient à embrasser notre sainte Religion. »

    Quang-tong et Quang-si.

    Le dernier compte-rendu de ladministration de la Mission de Canton portait 558 baptêmes dadultes et 3207 baptêmes denfants païens moribonds. Mgr Guillemin, avec 19 Missionnaires et plusieurs prêtres indigènes, continue à évangéliser cette immense Mission, où lon pourra établir des Chrétientés plus nombreuses et obtenir de plus beaux résultats, sil est possible dy multiplier le nombre des ouvriers et de leur donner les moyens de faire entendre partout la bonne nouvelle. Souvent, il y a impossibilité de prêcher lEvangile dans certains endroits, parce quon na pas les ressources nécessaires pour sy établir. Cest ainsi que quun Missionnaire de lîle de Haï-nan sest vu dans limpossibilité de travailler dans la principale ville de lîle, parce quil ne pouvait pas acheter ou louer une maison pour y habiter.
    Deux Missionnaires envoyés dans la province de Quang-si pour essayer de sétablir dans le pays où Mr Chapdelaine a été martyrisé, nont pas pu encore y pénétrer. Les troubles de la Province du Kouy-tcheou quils devaient traverser les ont forcés de sarrêter momentanément au Su-tchuen. Nous espérons apprendre bientôt quils ont pu continuer leur route. Puissent-ils réussir dans leur tentative !
    Nous allouons un secours spécial à Mgr Guillemin pour la province du Quang-si.
    Vous savez, Nosseigneurs et Messieurs, que lîle de Sancian, sur laquelle mourut St François-Xavier, appartient à la Mission de Canton. Le tombeau où son corps reposa quelque temps est encore là, mais ce ne sont plus que des ruines. Depuis longtemps, Mgr Guillemin désirait élever une chapelle sur ce lieu si vénérable : ce projet va être accompli prochainement. Déjà un Missionnaire est établi auprès du tombeau et, en préparant la construction de la chapelle à bâtir, il prêche lEvangile aux infidèles du voisinage. Un de ces insulaires a brûlé ses tablettes superstitieuses pour adorer le vrai Dieu ; nous pouvons espérer de voir une Chrétienté se former dans cette île, sanctifiée par la mort du grand Apôtre de lOrient, patron de luvre de la Propagation de la Foi. Nous avons cru entrer dans vos intentions, Nosseigneurs et Messieurs, en allouant une somme de 3000 fr. pour faciliter lexécution de cette pieuse entreprise.

    Su-tchuen Oriental.

    Pendant la dernière administration, de 1866, dans la Mission orientale du Su-tchuen, on a baptisé 762 adultes,, et 38,117 enfants en danger de mort. On aurait baptisé plus dadultes, si on eût pu instruire convenablement les nouveaux convertis des trois districts si cruellement et si longuement persécutés en 1864 et 1865 ; mais les difficultés du temps nont pas permis de leur donner assez tôt linstruction suffisante. Puis, chacun était si occupé de ses misères corporelles ! Aujourdhui, dans ces trois districts, la tranquillité est à peu près rétablie et les Missionnaires soccupent à réparer les ruines. Il faudra encore du temps pour tout remettre sur un bon pied. Du moins, on a maintenant la paix, ce qui est déjà beaucoup.
    Le département de Jeou-iang-tcheou ne comptait beaucoup dadorateurs que dans les deux districts de Jeou iang tcheou (même nom) et de Pen-choui-hien. Les deux autres districts de Kien-kiang-hien et de Sieou-chan-hien en avaient peu, parce quon navait pas eu, au moment de la persécution, le temps de sy étendre. Aujourdhui, on annonce des conversions sur le territoire de Kien-kiang-hien où un prêtre va bientôt se fixer. Mgr Desflèches vient dacheter une grande maison dans la ville de Sieou-chan-hien, qui sera bientôt, on peut lespérer, le centre de plusieurs Chrétientés. Cest un des plus beaux districts du Su-tchuen Oriental, à lextrême limite méridionale du Vicariat. Mais il faut des ouvriers. Le pays est vaste, les communications sont difficiles. Puis, les nouveaux convertis ne peuvent être, comme les anciens Chrétiens, laissés longtemps à eux-mêmes. Le corps de notre cher martyr, Mr Mabileau est toujours dans la pagode où il a été mis à mort.
    Un Evêque, 14 Missionnaires et plus de 30 prêtres indigènes évangélisent cette Mission.

    Su-tchuen Occidental.

    A la fin de lannée 1865, le Su-tchuen Occidental fit visité par la persécution. Dans le district de Pa-tcheou, où les Missionnaires avaient eu la consolation de compter plus de 3,000 adorateurs, de méchants païens, excités secrètement par le prétoire, formèrent une conjuration contre les Chrétiens. Plus de cinquante familles furent pillées, dix-sept maisons furent renversées et presque tous les nouveaux adorateurs rançonnés et forcés à lapostasie. Un catéchumène nommé Lieou qui avait reçu chez lui un prêtre Chinois, Curé du district, fut saisi, garrotté, cruellement frappé et ensuite lié à une colonne de sa maison. On lui donna le choix entre lapostasie ou la mort ; Lieou ne balança pas un instant : il opta pour la mort. Il fut aussitôt broyé sous les coups de pierres, de bâtons et de couteaux.
    Les conjurés sadjoignirent ensuite tous les repris de justice du pays, composèrent une bande denviron 300 personnes et se portèrent immédiatement sur toutes les familles chrétiennes. Ils pillaient les maisons, frappaient, blessaient et forçaient à lapostasie. La persécution devint bientôt générale dans tout larrondissement. Il est impossible de dire tout ce que les pauvres Chrétiens ont eu à souffrir ; riches et pauvres, tous sont ruinés, réduits à la mendicité. Plus de cinquante familles ont vu leurs maisons détruites ou livrées aux flammes. Un grand nombre de maîtres de maisons ont été liés, cruellement battus, suspendus des journées entières par les deux pouces, privés de nourriture. Trois enfants à la mamelle ont été jetés à terre et écrasés sous les pieds, en haine de la religion. Une centaine de Chrétiens sétaient réfugiés dans une caverne : ils y ont passé deux mois, mais leur lieu de refuge ayant été entouré par les brigands, ils furent obligés de se livrer entre leurs mains, pour ne pas mourir de faim.
    Cette persécution a duré cinq mois. En Mai 1866, elle était un peu calmée, mais la paix nétait pas rétablie. Les conjurés, armés de couteaux, gardaient les routes pour empêcher les néophytes daller demander justice au tribunal. Les satellites et les mandarins reçoivent de largent des ennemis des Chrétiens, et ils écrivent ensuite à la capitale du Su-tchuen que le calme est rétabli.
    Dans les autres districts du Vicariat, la tranquillité nest pas troublée en ce moment : mais Mgr Pinchon pense que la persécution commencera dès que les païens voudront se convertir en nombre. Le mot dordre est donné dans les prétoires : on veut absolument empêcher les conversions.
    Malgré ces difficultés, lEvêque et ses Missionnaires ne se découragent pas : « Nous ne perdons pas courage, écrit Mgr Pinchon°nous comptons sur la divine Providence. Notre fervent catéchumène Lieou qui, le lendemain du jour où il avait reçu le catéchuménat, a préféré les souffrances et une mort cruelle à une vie périssable, et qui a mérité dêtre baptisé dans son sang, ne saurait ne pas se souvenir de sa patrie ; nos petits anges écrasés sur la pierre en haine de Dieu, seront à jamais glorieux et puissants dans le ciel. La terre quils ont arrosée de leur sang se couvrira un jour, il faut lespérer, dune riche moisson. »
    326 adultes ont été baptisés dans le courant de lannée dernière et 75,064 petits enfants ont été régénérés à larticle de la mort. La Mission du Su-tchuen Occidental a 2 Séminaires où étudient 97 élèves ; elle a en outre 97 écoles de garçons, 86 écoles de filles et 3 orphelinats. Elle a 1 Evêque, 9 Missionnaires et 30 prêtres indigènes.

    Su-tchuen Méridional.

    Dieu a béni les travaux apostoliques des Missionnaires du Su-tchuen Méridional pendant lannée 1866. Sils nont pas pu compter des conversions très nombreuses, ils ont eu du moins la consolation de voir quils cultivaient une terre encore vierge qui nattend que la semence évangélique pour produire au centuple. Un mouvement de conversions très-sensible et bien soutenu sest manifesté sur presque tous les points de la Mission. Jamais il navait été permis de concevoir des espérances aussi fondées.
    Un Missionnaire qui compte à peine deux ans de ministère dans son immense district plus vaste que deux ou trois départements de France, a pu, dans ce court espace de temps, et malgré les préoccupations de létude de la langue, baptiser plus de 200 adultes, fonder plusieurs stations qui promettent beaucoup, et amener à la Foi plusieurs centaines de païens qui, faute dinstruction et dépreuve suffisante nont pas pu encore être admis à la grâce du baptême.
    Un autre immense district fournirait aussi un bon contingent de conversions si le Missionnaire qui en est chargé pouvait donner ses soins aux païens : mais il est continuellement occupé à visiter ses Chrétiens dispersés dans plus de 30 stations et à voler au secours des pauvres moribonds. Dans une partie de ce district, dans lespace de deux ou trois ans, plus dun millier de païens avaient adoré : mais privés dinstructions et de direction, un grand nombre en sont restés là, et cest à peine si cette année on a pu baptiser une trentaine de ces adorateurs. Il faudrait diviser ce district, mais les ouvriers manquent.
    Voici encore un troisième district qui donnerait des résultats si les ouvriers étaient plus nombreux, si lon pouvait établir des écoles pour soutenir et accroître le mouvement religieux. De nouveaux Chrétiens, encore faibles dans la Foi sont bien exposés à retourner en arrière lorsquils sont privés des secours spirituels pendant des années entières.
    Il faut remarquer que les trois grands districts dont on vient de parler et qui forment la partie méridionale du Vicariat, étaient administrés il y a 5 ou 6 ans par deux prêtres indigènes et qui ne pouvaient visiter les Chrétiens quune fois chaque année : on ne comptait jamais par an plus de 40 conversions dinfidèles dans cette partie : or lannée dernière, on y a baptisé plus de 200 adultes. Il y a donc déjà un grand progrès, mais ce progrès serait beaucoup plus considérable si le nombre des Missionnaires et les ressources pour létablissement des uvres permettaient de multiplier les centres daction.
    La partie supérieure du Vicariat semblait jusquici vouloir rester en dehors du mouvement religieux, mais limpulsion vient dêtre donnée : il sagit maintenant de diviser les districts, de multiplier les stations et les conversions deviendront plus nombreuses et en même temps plus solides, les Chrétiens pourront être instruits.
    La Mission du Su-tchuen Méridional na été érigée en Vicariat Apostolique quen 1860. Depuis cette époque, 9 Missionnaires y ont été envoyés. Cest un chiffre relativement considérable, mais que peuvent 9 Missionnaires et 5 prêtres indigènes au milieu de 18 000 000 dinfidèles, quand ils ne peuvent pas même administrer les Chrétiens disséminés sur tous les points de cette immense territoire : on compte jusquà 215 stations ou chrétientés.
    Le besoin douvriers évangéliques est vivement ressenti en ce moment dans toutes nos Missions de Chine. Nos Vicaires Apostoliques comprennent plus que jamais la nécessité de travailler avant tout à laugmentation du clergé indigène. Le Su-tchuen Méridional en particulier fait de grands efforts pour bien établir ses Séminaires. Ce nest quau prix des plus onéreux sacrifices que Mgr Pichon a pu créer et entretenir deux établissements de ce genre. Déjà une quarantaine délèves, sans compter quelques latinistes qui se forment sous la direction et à la suite des Missionnaires, y reçoivent une éducation aussi complète que le permet le personnel restreint de la Mission. Deux élèves ont commencé leur cours de théologie ; quelques autres élèves pourront les imiter dans deux ou trois ans.
    296 adultes ont été baptisés ; 31,154 enfants de païens ont été régénérés dans leau sainte, à larticle de la mort. Il y a de 16,500 à 18,000 Chrétiens dans le Su-tchuen Méridional : on y compte 11 écoles de garçons et 40 de filles ; 7 à 800 païens ont adoré le vrai Dieu et 225 ont été inscrits au nombre des catéchumènes.

    Yun-nan.

    La Province du Yun-nan est toujours troublée par la révoltes des mahométans ; ces infidèles sont maîtres de Ta-ly,, la seconde ville du Yun-nan et de presque tout louest de la province. Tout le pays quils occupent est ravagé par la guerre. A la capitale, les Mahométans sont plus tranquilles en ce moment, mais on nest pas rassuré pour lavenir : à chaque instant ils peuvent recommencer la guerre. Cest là un grand obstacle à la Propagation de lEvangile. « Des milliers de païens adoreraient à la capitale, écrit Mgr Ponsot, sans la crainte des Hong-tse (Mahométans) toujours ennemis déclarés du Christianisme.
    Le Vice-Roi du Yun-nan et du Kouy-tcheou, le bon Lao-ta-jen, a pu faire son entrée dans la capitale du Yun-nan, le jour du Samedi Saint. Tous les mandarins civils et militaires sont allés le recevoir à quatre lieues de la ville. Cétait un véritable jour de joie pour tout le peuple. Les Missionnaires ont pris part à la fête et sont allés rendre leurs devoirs au gouverneur qui les a très-bien reçus. Il leur a donné des actes écrits et munis de son sceau dans lesquels il leur permet de résider dans la province, de prêcher lEvangile à tout le monde, il défend de les inquiéter et il enjoint aux mandarins de les protéger. Lao-ta-jen a aussi donné deux grandes maisons à la Mission ; la première à la capitale, la seconde à Tchao-tong-fou pour y établir des chapelles et des écoles. On na pu encore, faute de ressources, rendre ces deux maisons habitables : il ny a que celle de la capitale qui a été disposée pour servir aux uvres de la Mission.
    Vers la fin de lannée 1865, le grand district de Tchen-hiong-tcheou a été envahi par une horde de 20 000 Miao-tseu venus du Kouy-tcheou. Ces barbares brûlaient et tuaient tout ce qui tombait sous leurs mains. Dans ce massacre général une vingtaine de chrétiens qui nont pu séchapper à temps, ont péri : la belle pharmacie de Ka-kong, dans laquelle on baptisait tous les ans un grand nombre denfants a été détruite. Depuis que ce pays est ravagé par les rebelles, les Missionnaires ont construit quelques résidences fortifiées pour sy réfugier avec leurs Chrétiens en cas dattaque. Ces espèces de forteresses qui ont déjà sauvé la vie à un grand nombre de personnes, ont encore été utiles dans cette circonstance. Plus de 1,000 Chinois, chrétiens et païens, ont échappé à la mort, en se retirant à lapproche de lennemi dans la forteresse de Ta-ouan-tsè.
    Plusieurs Chrétientés qui avaient été détruites et dispersées par les guerres, la peste et la famine, commencent à se reformer.
    200 adultes environ et 12,315 enfants dinfidèles ont été baptisés cette année dans la Mission du Yun-nan, Mgr Ponsot, Evêque de Philomélie, gouverne cette Mission ; il est secondé par 9 Missionnaires et par quelques prêtres indigènes. Deux nouveaux prêtres indigènes ont été ordonnés en 1866.

    Kouy-tcheou

    La province du Kouy-tcheou présente en ce moment le plus triste spectacle. Partout on voit des traces du passage des rebelles ; des villages incendiées, des villes complètement démolies, des chemins jonchés de cadavres. La terreur est partout ; on ne parle que de rebelles, on ne raconte que des massacres. A la moindre alarme, tout le monde prend la fuite, les maisons sont abandonnées, puis pillées et brûlées, tandis que les émigrants meurent de froid et de faim sur les routes. Ce ne sont pas les rebelles seuls qui sont les auteurs de ces désastres : les soldats eux-mêmes envoyés contre les révoltés pillent en fuyant les villes et les villages abandonnés. La peste et la famine viennent ensuite exercer leurs ravages sur ceux que la guerre épargne.
    Ces trois fléaux réunis, la guerre, la peste et la famine ont fait périr plus de 150,000 adorateurs du vrai Dieu quon allait instruire pour les préparer au baptême. Un Missionnaire, Mr Victor Muller a été massacré par les rebelles dans une ville prise dassaut.
    Malgré cette grande désolation, Mgr Faurie espère beaucoup de lavenir, et il appelle de tous ses vux la paix qui doit permettre aux Missionnaires de profiter des bonnes dispositions quon remarque partout chez les infidèles. Dans le pays dévasté, il reste quelques familles éparses qui, la paix revenant, seront de précieux noyaux pour établir des Chrétientés. « Il est vrai, écrit Mgr Faurie, que les rebelles saccagent tout avec une recrudescence de fureur, mais il reste partout de la semence qui lèvera plus tard. Jose même assurer que les troubles nous préparent une plus belle moisson. Les troubles, la famine et la misère font beaucoup dorphelins. Nous en recueillons un grand nombre et nous sommes obligés dannée en année de multiplier nos établissements. Comme nous sommes les seuls à faire cette bonne uvre, nous avons partout lestime et laffection du peuple. A voir la disposition des esprits, dès que la paix se fera, nous aurons, si nous pouvons les accepter, tous les orphelinats de la province. Nous avons reçu cette année, des deux mères régentes de lempire, des félicitations et des encouragements, et les mandarins, pour nous aider à soutenir nos établissements, nous préparent des biens-fonds choisis parmi les propriétés restées sans maîtres. Ces établissements sont de puissantes racines plantées dans le sol et elles germeront après la tempête. »
    Le Kouy-tcheou a 1 Evêque, 15 Missionnaires et 1 prêtre indigène. On y a baptisé en 1866, 408 adultes et 13,178 enfants dinfidèles en danger de mort. 806 païens ont été inscrits au nombre des catéchumènes.

    Thibet.

    Depuis notre dernier rapport, les affaires de la Mission du Thibet sont restées dans le statu quo. Les Missionnaires chassés de Bonga et de Kionatong, expulsés du territoire du royaume de Hlassa, se sont établis sur la frontière, prêts à la franchir de nouveau au premier moment favorable. Un Missionnaire réside toujours chez le Lama de Tcha-mou-tong avec ses Chrétiens ; deux sont aux salines ; deux autres sont à Pa-tang ; enfin le Vicaire Apostolique et deux Missionnaires demeurent à Ta-tsien-lou. Le mot dordre est de garder les positions occupées et de ne reculer que lorsquon y sera forcé. Les Lamas de Hlassa ont intimé aux autorités du pays lordre de chasser les prédicateurs de lEvangile des lieux où ils se sont retirés, mais cet ordre na pas été exécuté.
    Quoique nos Confrères ne soient plus sur le territoire de leur Mission, ils travaillent cependant pour leurs chers Thibétains. Le pays quils occupent dépend il est vrai des provinces Chinoises du Su-tchuen et du Yun-nan, mais la population est Thibétaine et les Missionnaires travaillent à y établir des Chrétientés.
    Des ordres venus dernièrement de Peking ordonnent de rechercher et de punir les auteurs de lassassinat de Mr Durand, et nos chers Confrères espèrent beaucoup pour lavenir.

    Mandchourie.

    La Mission de Mandchourie a été ravagée par les rebelles lannée dernière : « Les brigands, écrit Mgr Verrolles, pillent, brûlent, assassinent, violent, enlèvent hommes et femmes pour en faire des soldats. Ce sont des alertes perpétuelles et un sauve-qui-peut général. Un village chrétien a été deux fois envahi par les révoltés. Tout a été brisé, pillé et le Missionnaire a été maltraité et frappé. Tous ces désastres sont loin dêtre favorables à notre saint ministère. Nous avons néanmoins visité nos Chrétiens, et nos catéchumènes ont augmenté. »
    Une lettre postérieure de Mgr Verrolles nous apprend que les brigands ont disparu du Leaotong ; mais la peste et le choléra ont pris leur place. Mrs Gillié et Mesnard en ont été attaqués et sont morts victimes de leur dévouement au service des pestiférés. Ces chers Confrères faisaient beaucoup de bien et ils sont très-regrettés de leur Vicaire Apostolique et de leurs Chrétiens. Mgr Verrolles profite du calme dont il jouit pour construire bon nombre de chapelles dans les principaux centres de sa Mission.
    Voici le dernier catalogue de ladministration. La Mandchourie a 1 Evêque, 10 Missionnaires et 6,962 Chrétiens, y compris les catéchumènes qui sont au nombre de 247. Il y a eu cette année 54 baptêmes dadultes ; 3,717 denfants de païens, in articulo mortis ; 5,142 confessions et 3,400 communions annuelles ; 19 écoles de garçons et 23 de filles.

    Japon.

    Il vous tarde sans doute, Nosseigneurs et Messieurs, de savoir quelque chose de la Mission du Japon. Lan dernier, nous vous écrivions que la prudence nous faisait un devoir de garder le silence sur la conduite miséricordieuse de la divine Providence à légard de cette illustre église : aujourdhui, nous pouvons lever le voile jusquà un certain point et vous faire part des consolations que nous donne cette Mission.
    Nos chers Confrères de Nagasaki ont découvert un très-grand nombre danciens Chrétiens qui, dirigés par des chefs de prières et par des baptiseurs qui se succèdent régulièrement, ont conservé les traditions chrétiennes avec une certaine organisation. Sans prêtres et sans Sacrements depuis près de deux siècles, ils se sont conservés dans la foi et dans la piété, au point que dans une persécution qui a eu lieu il y a 8 ou 9 ans seulement, un certain nombre dentre eux sont morts dans les tourments, plutôt que dabjurer notre sainte Religion et quaujourdhui la plupart se montrent disposés à affronter le martyre. Sans doute il sest introduit bien des abus, il sest glissé bien des erreurs parmi eux ; la forme même du baptême a été gravement altérée dans plusieurs Chrétientés ; mais, depuis environ deux ans quils sont entrés en rapport avec nos Confrères ; ils montrent le plus grand zèle et la plus grande docilité pour sinstruire des vérités de notre sainte Religion, pour corriger leurs murs et pour recevoir les Sacrements. Depuis lors ils viennent tour à tour à la dérobée chez nos Missionnaires de Nagasaki pour sy faire instruire ; puis, après avoir reçu les Sacrements, ils laissent la place à dautres, pour aller eux-mêmes faire les fonctions de catéchistes dans leurs villages. Partout on veut sinstruire et recevoir les Sacrements. Les Missionnaires ont même été obligés très-souvent de modérer leur ardeur pour ne pas éveiller lattention de la police et pour ne pas les exposer à une sanglante persécution.
    Malgré ces mesures de prudence, ce mouvement na pu échapper à la surveillance du Gouvernement ; le Gouverneur de Nagasaki a fait défendre aux Japonais dentrer dans léglise des Missionnaires français et davoir des rapports avec eux. Les Chrétiens alors ont pris plus de précautions, mais ils nen étaient que plus désireux de sinstruire et de recevoir les Sacrements, pour se préparer, disaient-ils, au martyre, en cas de persécution. Bientôt, en effet, loccasion sest présentée de professer leur foi, et ils lont fait avec un courage et une fermeté qui prouvent quils nont pas dégénéré de leurs pères.
    Les Bonzes ont la coutume de faire des superstitions à lenterrement des morts, et les Chrétiens les recevaient comme les autres, avant quils eussent été instruits par nos Confrères ; mais dès quils ont su quils ne pouvaient les appeler sans péché, ils sen sont abstenus et se sont refusés à les recevoir auprès de leurs morts. Les Bonzes alors ont porté plainte aux autorités. Le maire dabord, puis ensuite le préfet, ont fait venir les Chrétiens, les ont fortement réprimandés et leur ont répondu avec fermeté quils ne suivaient pas la même voie que les Bonzes et quils ne pouvaient pas les appeler auprès de leurs morts. Le Préfet, voyant quil ne pouvait rien gagner sur eux, a porté laffaire au tribunal du Gouverneur de Nagasaki. Les principaux Chrétiens ont été cités à comparaître devant son tribunal ; ils sattendaient à être mis en prison, et ils sy étaient préparés par la réception des Sacrements. Le Gouverneur les a, en effet, sévèrement réprimandés ; il a employé la persuasion et les menaces pour leur faire promettre dappeler les Bonzes, comme par le passé ; mais les trouvant inébranlables dans leur résolution, et nayant sans doute pas dordres pour sévir contre eux, il les a renvoyés en leur disant que personne nétait forcé daller à la pagode.
    Les Chrétiens sortis victorieux de ces épreuves, ne sen sont montrés que plus fermes pour refuser dadmettre les Bonzes chez eux. Afin de les effrayer, on a demandé les noms de ceux qui ne voulaient pas recevoir les Bonzes ; de suite 700 familles sur 800, dans une seule vallée, ont donné leurs noms ; 100 seulement des plus tièdes et généralement des plus favorisés des biens de ce monde, ont promis de se conformer aux ordres du Gouvernement. Les choses en sont là pour le moment. Il est évident que le Gouvernement ne sait trop que faire ; les édits de persécution subsistent toujours ; mais comment sévir contre un si grand nombre de Chrétiens évidemment résolus à mourir plutôt que de renoncer à leur Foi, et qui, loin de reculer devant le péril, profitent au contraire de cette manifestation pour se livrer publiquement aux pratiques de leur religion.
    Le Gouvernement ne voudrait pas donner la liberté de religion ; mais ses nouveaux rapports avec les puissances européennes ne lui permettent pas non plus de faire comme autrefois un massacre général de tant de Chrétiens. Que fera-t-il ? On ne le sait pas. Le Gouverneur de Nagasaki est allé à Yeddo, mais quel est le but de son voyage ? On lignore. Nous aurons probablement sous peu quelque chose de décisif.
    Nous avons aujourdhui au Japon, avec Mgr Petitjean, 8 Missionnaires, et deux nouveaux vont sy rendre prochainement. Nous sommes obligés doccuper tous les points accessibles à mesure que de nouveaux ports sont ouverts au commerce.
    Remercions Dieu des grâces accordées à cette intéressante Mission, et prions-le dachever son uvre en lui donnant la paix et la liberté.

    Corée.

    Il nous reste à parler dune Mission dont les nouvelles sont du plus grand intérêt : cest la Mission de Corée qui a été appelée encore une fois à donner à Dieu le témoignage du sang et que lon pourrait à bon droit nommer la terre des martyrs, comme autrefois lAngleterre lîle des saints.
    Vous savez, Nosseigneurs et Messieurs, quelle consolation nous donnait chaque année cette Mission par le grand nombre de baptêmes dadultes quelle nous présentait ; lannée dernière devait donner encore une récolte plus abondante. Dans les provinces du Nord qui navaient pas encore été évangélisées, Mgr Berneux avait baptisé 800 Coréens ; quatre jeunes Missionnaires, pleins de zèle et de vertus, pouvant déjà parler la langue du pays, allaient augmenter le nombre des ouvriers. Jamais léglise de Corée navait été dans une aussi belle position. Deux saints Evêques pour la gouverner, 10 Missionnaires pour administrer les Chrétiens et prêcher lEvangile ; à la Cour, la nourrice du jeune Roi pratiquant la religion ; son père connaissant la présence des Européens dans le royaume ; sa mère catéchumène, et faisant dire des messes pour obtenir de Dieu la liberté de la religion.
    Cest au moment où la persécution semblait prête à séloigner pour la première fois de la Corée, quelle sest déchaînée sur ce pays avec une nouvelle fureur. Sur 12 Missionnaires, 9 ont été martyrisés, une cinquantaine de fidèles ont donné leur vie pour Jésus-Christ ; les Chrétiens ont été pillés, emprisonnés, torturés, et à lheure présente, la tempête nest peut-être pas encore calmée.
    Les trois Missionnaires survivants, Mrs Féron, Ridel et Calais, ont dû se retirer en Chine, où ils ont été rejoints par trois nouveaux Confrères que nous leur avons envoyés et qui apprennent la langue avec eux et avec quelques Coréens qui les ont accompagnés. Ces 6 Missionnaires sefforceront dentrer en Corée le plus tôt possible, afin de porter secours à leurs pauvres Chrétiens.
    Nous avons reçu des détails intéressants sur le martyre de nos Confrères et de quelques indigènes, qui paraîtront prochainement dans les annales de la Propagation de la Foi.
    Dans toutes les parties de la France, les Eglises qui ont lhonneur de compter, parmi les membres de leur Clergé, quelquun de nos vénérables martyrs, ont fait des fêtes solennelles en leur honneur et en actions de grâces des bienfaits signalés que Dieu leur a accordés et nos Evêques de France se sont montrés pleins de zèle pour célébrer leur triomphe. A Amiens surtout, patrie de Mgr Daveluy, et à Dijon, patrie de Mr de Brétenière, les fêtes ont été magnifiques. Mgr Mermillod a prêché à ces deux fêtes ; on comptait à Amiens 19 Evêques (y compris le Nonce du Pape à Paris) et 500 prêtres. Notre vénéré Supérieur, Mr Albrand, et plusieurs Directeurs y étaient présents. En ce moment même, Mgr Gauthier, Mr Delpech et Mr Perny sont à Painbuf pour assister à la fête que lon y célèbre en souvenir du glorieux martyre de Mr Mabileau. Ces fêtes ne peuvent manquer dattirer les bénédictions de Dieu sur nos Missions et de nous concilier les curs de tant de prêtres et de tant de fidèles qui en sont les témoins.

    Séminaire de Pinang.

    Le Séminaire de Pinang dirigé par sept Missionnaires, donne toujours linstruction cléricale à des jeunes gens envoyés de nos différentes Missions. En 1866 le nombre des élèves sest élevé à 137 : 35 étudient la théologie, 14 font leur philosophie et les autres étudient le latin.

    Procures.

    Nos trois provinces de Hongkong, de Chang-hay et de Singapore continuent à rendre de grands services à nos Missions. Outre les avantages quelles en retirent pour lexpédition de leurs nouveaux Missionnaires et de leurs bagages, pour leurs commissions, pour les correspondances, pour le règlement de leur comptabilité, pour les soins quy trouvent les Missionnaires dans leurs voyages et dans leurs maladies, etc., elles en reçoivent encore des services importants pour les opérations du change qui sont aujourdhui le moyen le plus sûr et le plus avantageux, non seulement pour faire venir leurs fonds dEurope, mais encore très-souvent pour les expédier des Procures dans les Missions. Leur position dans les trois villes principales de commerce de lextrême Orient, met les Procureurs à même de savoir quel est le lieu où le change est le plus favorable, et den profiter à loccasion, et la différence qui en résulte pour le prix de la piastre, ou autres valeurs, et telle quelle donne des profits très-considérables, et il serait facile de démontrer par des chiffres que la somme des gains que cela procure à la Société dépasse en moyenne chaque année les dépenses faites spécialement pour lentretien de ces Procures.
    Vous savez déjà que Mr Libois a été remplacé à Hong-kong par Mr Pierre-Marie Osouf, comme Procureur général de nos Missions. Nous ne vous parlerons pas ici du mérite personnel de ce cher Confrère, de son zèle et de son aptitude pour le service des Missions ; depuis dix ans quil remplit les fonctions de Procureur, vous avez pu lapprécier par vous-mêmes, et la longue expérience du passé est une garantie pour lavenir. Nous avons donc tout lieu despérer que les Missions seront satisfaites de ses services, et que nous naurons nous-mêmes quà nous louer de lui avoir confié cette importante administration. Nous lui avons donné pour assistant Mr Aimé Villion qui nous a paru avoir les qualités requises pour réussir dans cette position.
    Mr Cazenave ayant été appelé à dautres fonctions, a été remplacé à Chang-hay par Mr Eugène Lemonnier. Ce cher Confrère était Directeur au Collège de Pinang depuis 1855. Il y a rempli longtemps les fonctions de Procureur du Collège, et par la manière dont il sen est acquitté, il a montré son aptitude pour ladministration des affaires et du temporel et cela nous donne la confiance quil sacquittera du nouvel emploi qui vient de lui être confié à la satisfaction de nos Missions.

    Séminaire de Paris.

    Il ne nous reste plus quà vous dire quelques mots sur notre Séminaire de Paris, la pépinière des ouvriers évangéliques pour toutes nos Missions. Le bon Dieu continue à le bénir en lui envoyant un grand nombre daspirants à la vie apostolique. Nous en avons eu dernièrement jusquà 105, et nous avons lieu despérer que, malgré les départs de la Trinité, ce nombre sera dépassé à la rentrée des classes. Vous comprenez facilement Nosseigneurs et Messieurs, quelles lourdes charges nous impose lentretien dun pareil personnel ; nous en sommes réduits aux expédients pour le loger dans notre Séminaire qui est devenu tout-à-fait insuffisant, et tous les ans nous nous demandons si nous pourrons les entretenir jusquà la fin de lannée, mais la Providence veille sur ses uvres, nous avons confiance en elle et jusquà présent, nous navons pas refusé un seul des aspirants qui se sont présentés avec les qualités requises.
    Lexpédition de nos nouveaux Missionnaires, dont le nombre croît en proportion de celui de nos aspirants, est aussi pour nous une source de bien grandes dépenses. Lannée dernière, il nous a fallu fournir dhabits, dornements, de vases sacrés et de tous les autres objets nécessaires, 33 Missionnaires à leur départ, et payer leurs frais de voyages sur les chemins de fer et à bord des vapeurs des Messageries Impériales.
    Cependant, malgré le grand nombre de nouveaux ouvriers que nous expédions chaque année nous ne pouvons satisfaire quà une partie des demandes que nous font Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques. A mesure que les vocations se multiplient, les besoins deviennent plus grands, et plus que jamais nous pouvons répéter ces paroles de N.S.J.-C. : Messis quidem multa operating autem pauci ; rogate ergo Dominum messis ut mittat operating in messem suam ; mais en le priant de nous envoyer un plus grand nombre douvriers, prions le aussi de nous procurer en même temps les ressources nécessaires pour les former, pour les envoyer, pour les soutenir et les seconder dans leur pénible ministère.
    Nous vous avons déjà fait part de la douleur que nous avons éprouvée en perdant notre vénéré Supérieur Mr François-Antoine Albrand ; nous navons pas besoin de vous exposer la grandeur de cette perte pour notre Société ; vous avez su lapprécier comme nous ; notre consolation est de penser quil se repose aujourdhui de ses travaux et que notre uvre a un protecteur de plus auprès de Dieu.
    Dans notre assemblée du 6 Juin 1867, nous lui avons donné pour successeur Mr Prosper-Bernard Delpech qui a été élu à lunanimité Supérieur de notre Séminaire. Ce cher Confrère parti pour les Missions en 1851, a été pendant 4 ans Directeur à notre Séminaire général de Pinang. Rappelé en 1855, au Séminaire de Paris, il en a été depuis lors Directeur et il remplissait les fonctions dassistant de Mr Albrand depuis 1865.
    Mr Legrégeois et Mr Albrand étant morts et Mr Charrier, à cause de ses infirmités toujours croissantes, ne pouvant plus faire la classe, nous avons dû nous partager leur travail, et nous nous sommes trouvés surchargés à lexcès, dautant plus que, vu le grand nombre de nos Aspirants, dont les uns arrivent sans avoir commencé leur théologie et les autres en ayant déjà fait une partie, nous nous sommes trouvés dans la nécessité détablir deux cours nouveaux supplémentaires, lun pour le dogme et lautre pour la morale, pour ceux qui ne peuvent pas suivre les cours ordinaires, sans revoir des traités quils ont déjà vus chez eux et sans rester, à cause de cela, plus longtemps au Séminaire, pour voir plus tard ceux quils nont pas étudiés chez eux.
    Nous avons, il est vrai, rappelé lan dernier Mr Libois, et nous lavons nommé Directeur de notre Séminaire, mais vous savez quil avait une destination spéciale et quil devait nous représenter à Rome pour y traiter les affaires et y soigner les intérêts de nos Missions et de toute la Congrégation, comme il la fait en réalité depuis son retour ; aussi la nomination de ce cher Confrère na-t-elle point allégé notre fardeau et il nous a fallu songer à en appeler dautres à notre aide.
    Nous avions au Séminaire un poste de Directeur vacant, nous avons appelé pour le remplir Mr Pierre-Xavier Cazenave dont ladministration dans nos diverses Procures a toujours mérité notre approbation, et qui, nous en somme persuadés, fera également bien à Paris.
    Le groupe de nos Missions du Nord na jamais eu de Procureur officiel et le poste de celui du groupe de la Malaisie est devenu vacant par la mort de Mr Albrand, ainsi que celui de nos Missions de Chine, par la démission de Mr Voisin qui, à cause de son grand âge, a demandé à être remplacé et à ne conserver que son titre de Directeur perpétuel du Séminaire quil réunissait à celui de Procureur du groupe de Chine. Nous avons, en conséquence invité ces trois groupes à nommer chacun un Procureur officiel pour les représenter à Paris et nous désirons dautant plus vivement quils répondent à notre appel, que nos occupations vont toujours croissant et que dailleurs nous avons plusieurs Directeurs fort âgés et qui auraient droit à jouir dun peu de repos pour navoir plus à soccuper que de la haute direction des affaires de notre Séminaire et de notre Société.
    Avant de terminer, nous devons vous donner encore, Nosseigneurs et Messieurs, quelques mots dexplication au sujet du décret du 8 Avril 1866 qui se trouve à la fin de notre ordo pour lannée 1868.
    Depuis quelques temps, Nosseigneurs et Messieurs, les Vicaires Apostoliques avaient reçu du Saint-Siège le pouvoir benedicendi Ssmi Crucifixi icones cum applicatione indulgencier viae crucis, &e &e, avec la faculté de le communiquer à ceux de leurs Missionnaires qui étaient dans des districts éloignés : mais quel devait être léloignement, pour que lon pût communiquer ce pouvoir ? Cest ce que lon navait pas déterminé ; de là souvent des doutes et des incertitudes et par conséquent un grand embarras dans la pratique. Un de nos Vicaires Apostoliques se trouvant à Rome, exposa cette difficulté à la S.C. de la Propagande.
    Pour obvier à cet inconvénient, et sans que nous en ayons été prévenus préalablement, le Saint-Père, sur la demande de Mgr Capalti, Secrétaire de la dite Congrégation, donna alors le susdit Décret en faveur du Supérieur de notre Séminaire de Paris.
    En conséquence et conformément à la teneur de larticle 1er de ce Décret, Mr le Supérieur accorde dès maintenant à tous les Confrères qui sont dans nos Missions, le pouvoir de bénir les Crucifix avec application des indulgences du Chemin de la Croix, &e &e (voir les termes du Décret), et il donnera désormais le même pouvoir à tous les nouveaux Missionnaires de notre Société, au moment de leur départ.
    Enfin Nosseigneurs les Vicaires Apostoliques qui sont chargés par le Saint-Siège de prendre les informations canoniques nécessaires pour procéder à la béatification des serviteurs de Dieu qui ont souffert le martyre dans leurs Missions, sont priés de nouveau de fournir les informations le plus tôt possible.
    Voilà, en raccourci, Nosseigneurs et Messieurs, létat de nos diverses Missions et des divers établissements de notre Congrégation, le tableau abrégé des uvres que nos Confrères y ont accomplies, des épreuves quils ont eu à traverser, enfin de leurs combats et de leurs triomphes.
    Prions Dieu de continuer à nous bénir : le sang de nos onze martyrs de lannée dernière est pour nous un gage assuré de sa sainte protection et un sûr garant de nouvelles victoires pour lavenir. Fiat ! Fiat !

    Noms et Destinations des jeunes Missionnaires partis ou devant partir en 1867.

    Sont partis le 15 Février 1867.

    Messieurs

    Martineau, Alexandre-Jérémie. Luçon. Corée
    Richard, Eugène. Luçon. Corée
    Blanc, Marie-Jean-Gustave. Lyon. Corée
    Gentillon, Auguste-Jean-Victor. Gap. Cochinchine Occidentale.
    Gelot, Pierre. Luçon. Tongking Occidental.
    Fautrat, Henri-Pierre. Le Mans. Tongking Occidental.
    Bonnétraine, François-Ernest. Autun. Cochinchine Septentrionale.

    Sont partis le 15 Mars 1867.

    Messieurs

    Gandy, Joseph-Adolphe. Grenoble. Pondichéry.
    Fauque, Joseph-Amable. Gap. Siam.
    Desbons, Charles-Etienne. Bayonne. Malaisie.
    Murcier, François. Lyon. Cochinchine Orientale.
    Bonin, Claude. Autun. Cochinchine Septentrionale.

    Est parti le 15 Mai 1867.

    Monsieur Dejean, Jean-François-Joseph. Lyon. Canton.

    Sont partis le 15 Juillet 1867.

    Messieurs

    Delavay, Jean-Marie. Annecy. Canton.
    Béal, Antoine. Clermont. Canton.
    Guégo, Mathurin-Marie. St Brieux,, agrégé à Versailles. Siam.

    Partiront le 16 Août 1867.

    Messieurs

    Evrard, Félix. Metz. Japon.
    Plessis, Marin-Pierre-Justinien. Angers. Japon.
    Pineau, François. Angers. Pondichéry.
    Bacle, Guillaume-Pierre. La Rochelle. Pondichéry.
    Vanhée, Clément-Isidore. Bruges. Pondichéry.
    Jager, Jacques. Metz. Cochinchine Occidentale.
    deKerland, Henri-Marie-Thérèse-Alexandre. Angers. Cochinchine Occidentale.
    Perreaux, Louis-Charles. Séez. Tong-king Occidental.
    Suchet, Honoré-Donat. Lyon. Cochinchine Orientale.
    Joly, Jean-François-Amédée. Besançon. Camboge.

    Partiront le 15 Septembre 1867.

    Messieurs

    Bon, Henri-François. Angers. Su-tchuen Occidental.
    Coupat, Eugène. Clermont. Su-tchuen Occidental.
    Détroyat, François-Xavier. Grenoble. Su-tchuen Méridional.
    Jamet, André. Lyon. Su-tchuen Méridional.
    Farges, Paulin. Montauban. Su-tchuen Oriental.
    Landes, Jean-Pierre. Rodez. Su-tchuen Oriental.

    Nous avons lhonneur dêtre avec un très-profond respect et un entier dévouement,

    Nosseigneurs et Messieurs,

    Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs,


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